mercredi 30 juin 2010

RADIO. France-Inter, la déférence ? *


Ce n'est pas mon habitude, mais cette fichue chaleur aidant, un p'tit coup de sang polémique :

C'est une fausse impression ou "il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France-Inter" comme aurait pu le dire ce bon Willy Shakespeare ?
Loin de moi l'envie de jouer les Don Quichotte au rabais, mais les évictions à grand fracas la semaine dernière des humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte des tranches infos du matin de la radio nationale - l'un pour "humour méchant" suite à ses portraits de Dominique Strauss-Kahn et Éric Besson et l'autre pour "vulgarité" - sont assez révélatrices de la tournure pour le moins ...inquiétante que prend la station publique.
Dernière chronique de Guillon ...


... et dernière aussi de Didier Porte :

L'ambitieux et opportuniste Philippe Val, ex libertaire (?) des années 70 et fossoyeur de l'esprit Charlie-Hebdo, bombardé l'an dernier directeur de France-Inter aura donc mis à peine un an pour faire un solide ménage dans la station, épaulé par son fidèle boss Jean-Luc Hees, président de Radio-France transformé soudainement en garant du bon goût :
"Je considère que cette tranche d'humour (insérée dans la tranche infos) est un échec. Elle a montré une grande misère intellectuelle dont je ne m'accommode pas. Il n'y aura pas de changement d'horaire ni de remplaçants. Ce qui ne fait pas rire à 7h55 ne me fera pas plus rire à 3 heures du matin."

Merci, cher Jean-Luc, de veiller à protéger nos chastes oreilles de propos qui sans vous, auraient pu polluer nos pauvres esprits influençables...
Si cela ne s'appelle pas réactiver Dame Anastasie autrement appelée censure, qu'est-ce donc d'autre ?
D'autant que je n'étais pas grand fan de Stéphane Guillon, trop occupé selon moi à peaufiner trop narcissiquement son image de soi-disant "flingueur médiatique" pas très subtil ni bien hilarant, et que Didier Porte, bien que pratiquant un humour plus franc et direct, n'était pas exempt non plus de facilités ou lourdeurs.
Mais il me semblait que sur Inter, on respectait cette chose dépassée appelée liberté d'expression...

Non, voyez-vous, ces deux fâcheux égratign(ai)ent surtout très régulièrement les actions et la personne du locataire actuel de l'Élysée...
Allez, hop, qu'on nettoie donc tout ça.
Et au passage, aussi, débarquons donc l'émission culturelle "Esprit critique" de Vincent Josse, le magazine globe-trotter quotidien "Et pourtant elle tourne", présenté par Jean-Marc Four, peut-être même les billets de François Morel, très menacés (trop subversifs aussi ?).

Sur ce, le journaliste Yves Calvi s'apprête, lui aussi, à quitter la station, ainsi que Nicolas Demorand, pour d'autres raisons (lassitude de se lever tôt) - mais lui, on ne le regrettera pas, suffisant, superficiel et donneur de leçons, on ne peut pas dire qu'il ait soutenu ses collègues chroniqueurs - (à voir ici).
Bien égoïstement, je suis soulagé que la nouvelle grille de rentrée ait préservé mes émissions musicales préférées (Système disque de Valli et C'est Lenoir de ce bon Bernard), ainsi que l'emblématique espace de liberté, "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet, mais pour combien de temps encore ?
Mauvais virage, mauvaise ambiance. Ça promet, la rentrée à la Maison-Ronde...

Le mot de la fin à l'excellent François Morel qui s'attristait dans son tout récent billet de la dérive de France-Inter, "sa" radio, celle avec laquelle il a grandi et dans laquelle il croyait se reconnaître. On était deux, François, on était deux...

* Rendons à César ce qui lui appartient : Je me suis permis d'emprunter ce titre malin au commentaire de Phil74 sur le site de Télérama. fr...

samedi 26 juin 2010

CHANSON. K... le farfelu nous parle...

Un petit jeu :

1) Reconnaissez-vous ce regard ?
2) Et ce visage, vous dit-il quelque chose ? 3) Bon, là, vous ne vous pouvez pas vous tromper, bien sûr, c'est ...... Philippe KATERINE évidemment ...

4) Oh, la belle pochette de disque que voilà : raffinée, tellement mode, super-classe ! C'est pourtant bien la pochette du prochain album de notre hurluberlu préféré, le chanteur dadaïste vendéen de la scène française, disque qui paraîtra le 27 septembre prochain.

Une photo qui nous renvoie aux plus belles heures de l'élégance française, entre Les Bidochons, la Rubrique-À-Brac de Gotlib ou les Deschiens. On n'en attendait pas moins de cet original, dont je soupçonne que ce soient ses vrais parents qui l'encadrent fièrement sur la photo...

Pour indice*, lisez-donc la liste des chansons qui nous attendent sur cette nouvelle galette :

01. Je m'éloigne d'autant que je m'approche
02. Bla Bla Bla
03. La Reine d'Angleterre
04. Les derniers seront toujours les premiers
05. Des bisoux
06. Bien Mal
07. Liberté
08. La Banane
09. J'aime tes fesses (avec Jeanne Balibar)
10. Philippe
11. Il veut faire un film (avec mes parents) *
12. Moustache
13. Sac en plastique
14. Té-lé-phone
15. À Toi-À Toi (avec ma fille Edie) *
16. Parivélib'
17. La musique
18. Vieille chaîne
19. Morts-vivants
20. Cette mélodie
21. Le rêve
22. Juifs Arabes
23. Musique d'ordinateur
24. Le Champ de blé

Ce nouvel opus se présente comme un recueil de chansonnettes-vignettes, dont certainement beaucoup de loufoqueries (j'attends d'écouter "J'aime tes fesses" ou "La Banane"), mais j'espère que notre ami ne se contente pas de jouer le maboule décalé de service, et n'a pas oublié sa mélancolie et sa poésie personnelle. On peut l'espérer avec des titres comme "Cette Mélodie" ou "Le Champ de Blé".

Premier extrait (un brin minimal, mais efficace) avec "Bla Bla Bla" :

le site du nouvel album (mais bon, là, je vous ai déjà tout révélé)

Et pour ceux qui l'ignoreraient encore, retrouvez Katerine dans son exercice de 52 reprises dans l'espace, entreprise hautement ubuesque de relecture de classiques (?) du répertoire français. Et pour ceux qui veulent tout savoir, rendez-vous sur le site de l'artiste que vous trouverez, tiens, dans la liste de sites en bas à droite du blog.

Une bonne raison d'aller y voir par-là-bas. Eh, je ne vais pas vous mâcher tout le travail quand même ! Bonnes découvertes.

jeudi 24 juin 2010

MES POCHE SOUS LES YEUX. Le Mystère de la Chambre Jaune de Gaston Leroux

Troisième chapitre de ma rubrique consacrée à tous ces livres de poche qui jalonnent nos souvenirs de lecteur. Aujourd'hui, retour arrière, avec un livre lu pendant l'enfance, ou la pré-adolescence, entre 12 et 13 ans, ce qui ne rajeunit personne, surtout pas moi !

Classique du roman policier national, "Le Mystère de la Chambre Jaune", fut inscrit au programme de mon année de cinquième par notre professeur de français, appellons-le donc Monsieur Nicolas...

Bien lui en a pris à ce brave homme, car grâce à lui, j'ai découvert cette merveille de la littérature policière - ce qui a confirmé mon attirance pour ce genre, Sherlock Holmes n'allait pas tarder à devenir mon héros préféré-à-moi-tout-seul - et fait de Gaston Leroux un des auteurs dits populaires pour lesquels j'ai le plus d'affection.

Tout le monde connaît, j'imagine, l'argument du "Mystère de la Chambre Jaune", roman publié en 1907 ? Le résumé le plus simple que j'ai pu trouver est le suivant :
"Le petit reporter Joseph Rouletabille se lance aux trousses du meurtrier qui a tenté d'assassiner Mathilde, la fille du célèbre professeur Stangerson. Il se rend dans la "chambre jaune" du château du Glandier pour mener son enquête, différente de celle menée par le célèbre inspecteur Larsan de la sûreté. Qui est donc l'agresseur ? Et quel est son mobile ? "

Ça, cher amis lecteurs, vous le saurez au bout des quatre cent-cinquante pages les plus riches en énigmes insolubles, indices inexplicables, rebondissements imprévus, et révélations stupéfiantes qu'un roman puisse contenir...

Le maître-étalon du roman dit "en chambre close" qui allait faire des émules dans la littérature anglaise des décennies suivantes (Agatha Christie et surtout John Dickson Carr, maître incontesté du genre), dû à l'imagination fertile et inventive de Leroux, chroniqueur judiciaire et grand reporter au journal "Le Matin."

Connu mondialement pour son célèbre conte quasi-gothique "Le Fantôme de l'Opéra", Leroux mit dans ses livres toutes ses expériences de journaliste et son goût pour les enquêtes policières, avec une prédisposition pour la mise en scène et l'excès (son passé d'ancien avocat ?).

D'où certainement l'atmosphère sans égal
- mélange de théâtralité exagérée et atmosphère dramatique feuilletonnesque - qui émane de ces oeuvres, une profonde poésie, naïve et magique bien loin des rigueurs logiques du récit policier anglo-saxon. Leroux est le créateur d'une oeuvre au climat surnaturel, qui a séduit en son temps de nombreux artistes, dont les Surréalistes qui ne s'y sont pas trompés...

Grande demeure entourée d'un parc mystérieux, agression impossible d'une belle jeune femme romantique, lourds secrets qui pèsent sur les personnages, enquête complexe "défiant les lois de la physique"...

Une oeuvre baignant dans l'inexplicable et le quasi fantastique
. Et rendue inoubliable par un style vigoureux, rempli d'interjections théâtrales, de points d'exclamation et surtout de formules en italique comme "le cri de la bête du Bon Dieu", "la galerie inexplicable, "le cadavre incroyable"...

Et la plus célèbre d'entre elles : "Le presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat", une formule qui faisait le bonheur des poètes surréalistes, qui se la passaient entre eux comme un sésame... Et ces plans détaillés des lieux pour mieux expliquer l'action (!) qui font encore ma joie :

Rien de plus envoûtant pour enflammer l'imagination des lecteurs, surtout des plus jeunes, qui trouvent avec le personnage de Rouletabille un double idéal, l'incarnation même de l'intelligence juvénile et de la malice.

Un Rouletabille qu'on peut voir comme un Gavroche moderne, cousin du journaliste Fandor qui combat Fantômas, et surtout d'Isidore Beautrelet, jeune insolent qui faillit mettre en échec Arsène Lupin dans "L'Aiguille Creuse" de Maurice Leblanc, qui s'inspira pas mal de Leroux dans son roman publié vers 1909.

Une figure de l'imaginaire de l'époque, l'adolescent génial et détective amateur, qui formera peut-être (?) le modèle de futures stars de la BD comme Spirou ou ...Tintin.

Mais surtout, un personnage entouré d'un passé intime et familial fort mystérieux qui ne sera dévoilé que dans sa suite "Le Parfum de la Dame en Noir", les deux livres formant un dyptique littéraire qui marquera fortement les imaginations.

Ils seront souvent adaptés au cinéma dès 1913, jusqu'à nos jours (ne parlons pas des calamiteux films récents des frères Podalydès), les meilleurs étant ceux des années 30/40 (Marcel L'Herbier ou Henri Aisner, photo).

Mais, bien que grand admirateur du 7ème art, rien ne vaut de se plonger dans la (re) lecture de ce chef-d'oeuvre - oui, oui, osons le mot - décidément indémodable, où même lorsqu'on connaît la résolution finale, plane toujours la même atmosphère d'intrigue, de mystère somnambulique et de rêve éveillé si bien évoquée dans une célèbre préface par Cocteau, prestigieux fan de Leroux :

"Il n'existe pas d'arts mineurs."
Ce n'est pas chez cette famille d'artistes, l'intrigue ni les épisodes "à suspens" qui comptent, mais une pénombre de rêve, un malaise qui singularise les demeures où vivent leurs héros, un orchestre nocturne acccompagnant l'histoire qu'ils nous racontent sans la moindre morgue (...).
Que les lecteurs qui m'approuvent se mettent à l'étude d'un règne où Leroux fut prince (...) et soudain, enchantés par un monde qu'ils crurent un demi-monde, ils iront à la découverte des maîtres, en tête de qui Gaston Leroux triomphe de l'indifférence dans laquelle tant d'auteurs "sérieux" firent naufrage."

Je ne saurais vraiment mieux dire que l'illustre Jean.

Si, un détail : pour terminer, si je me souviens si bien de cette année de cinquième où l'on a lu "Le Mystère de la Chambre Jaune", c'est aussi parce que le professeur de français qui nous l'avait proposé - appelons-le toujours Monsieur Nicolas -, ce bon enseignant classique style ancienne école, est mort de maladie brutalement avant la fin de l'année scolaire.
Et je n'ai aucun souvenir de son remplaçant et de ce qu'il a pu nous faire lire...


première photo du livre : Blake.

lundi 21 juin 2010

HUMEUR. (Don't ?) Stop the Music

Voulez-vous que je vous dise une bonne chose :
le 21 juin, jour de la sempiternelle "Fête" de la Musique, c'est bien le seul jour de l'année - OUI, BIEN LE SEUL - où je n'écoute pas de musique ...



Quoi ? Vous avez dit : contrariant ?

samedi 19 juin 2010

MGMT, toujours : ça marche pour eux

Bon, vous aurez remarqué sans peine que je suis assez client des frasques musicales du groupe (pour ne pas dire que je dois en bassiner certains avec, mais bon, prenez patience, ça ne dure pas longtemps)

On continue donc à dérouler le fil de cette petite fixation avec les nouvelles aventures clipesques du duo. Pour la vidéo de leur deuxième single "Its Working" - toujours extrait de leur décidément très addictif "Congratulations" - nos héros psyché-pop Ben et Andrew sont aux prises avec une boite infernale qui leur réserve bien des surprises.

"Ça marche, ça marche" : c'est vite dit !
Quelle idée aussi de tourner leur clip chez Ikea. C'est bien connu, on ne s'en sort pas chez eux, avec ou sans manuel d'instruction. Une vidéo réalisée d'ailleurs par un réalisateur français, So-Me (pour des artistes comme Justice ou Kid Cudi). "Cocorico" alors ? En tout cas, certainement plus qu'une certaine équipe nationale de foot, suivez mon regard...

Voilà une imagerie sympa, quoique un poil moins échevelée que leur musique - le rythme de la chanson autorisait encore plus de délires. Mais on est fan tout de même de ce concept de boîte de Pandore transformable : absurde, humoristique et savoureux.

Mais je vous laisse juger vous-même :
 

Et bon week-end bricolage à tous, alors !

jeudi 17 juin 2010

DVD-CINÉ. Les amours malheureuses de Two Lovers de James Gray

À la faveur d’une actualité cinéma peu inspirante ces temps-ci, en vue d’échapper à la coupe du monde de foot et varier les plaisirs en dehors des séries TV (Lost, Dr House et tutti quanti…) béni soit alors le lecteur DVD...
J'ai donc décidé de piocher dans la pile de DVD qui se cachent dans mon meuble de salon.
Bien m’en a pris : j’ai enfin vu très récemment "Two Lovers" le dernier film de James Gray que j’avais raté en salles en 2008.
Eh oui, tout cinéphile qu'on puisse se prétendre, on a parfois de ces lacunes...

New York : Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra, la femme que ses parents lui ont choisie, ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l'instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix...

Ce résumé passe-partout ne précise pas que le dit Leonard est incarné par un Joaquin Phoenix inspiré, qui incarne le fils cabossé d’une famille juive modeste, protectrice et étouffante. Et que cette histoire, dont le fil pourrait être banal ou mélo, débouche sur un film d’une justesse âpre sur les tourments amoureux et les difficiles virages de l’existence.

Vaguement basé sur Nuits Blanches un roman de 1848 de Dostoeivski et quelques détails autobiographiques romancés, l’excellent James Gray délaisse les tragédies policières qui ont fait son succès (Little Odessa, La Nuit Nous Appartient) pour exposer au grand jour ce qui en constituait la toile de fond : la famille, nourricière, vitale, étouffante parfois.

En vieil ado instable et malheureux, on n’oubliera pas de sitôt le regard perdu de Leonard/Joaquin comme prisonnier du vieil appartement de ses parents - à déconseiller aux claustrophobes - sorte de prison étouffante sans âge, photographe amateur déçu et poussé dans les bras d’une jolie brune (Vinessa Shaw) juste pour les besoins des affaires familiales.

Filmant ce qu’il connaît le mieux, ces quartiers de briques mornes et tristes du Queen’s, James Gray décrit le terrible besoin d’amour et d’espoir d’un être peu fait pour la banalité de ce qui l’entoure.
Croisant le chemin d’une Grace Kelly de rencontre (prétexte à un clin d’œil cinéphile à "Fenêtre sur cour", avec l’immeuble avec vue sur cour et le héros photographe), Michelle, voisine paumée et inconséquente jouée par une Gwyneth Paltrow qui n’a jamais été aussi juste, Leonard s’y accroche de manière désespérée et excessive, pour ne pas "se sentir tout à fait mort."

Vous devinerez donc que ce film ne respire pas une joie de vivre évidente...

C’est un beau film triste, pour reprendre une image toute faite. Beau, car la réalisation impeccable de Gray est d’une beauté impeccable – par exemple un travelling magnifique en musique pour leur première sortie à New York.

Triste, car le portrait de cet homme immature qui peine à trouver son bonheur - "Es-tu heureux ?" lui demande fréquemment sa mère, campée par Isabella Rossellini - est, selon la volonté du réalisateur (merci les bonus DVD), destiné à résumer tout ce qui a pu, peut ou pourra nous interpeller dans notre propre cheminement, nous spectateurs anonymes. Dont certains pourront reprocher au film un certain manque de flamboyance ou de lyrisme.
Mais qui ne juge à aucun moment chacun de ses personnages et parsemé de détails touchants : ainsi, Leonard "écrivant" I Love You de son doigt sur le poignet de Michelle alors qu'elle s'endort...

Il est vrai aussi que "Two Lovers" n’est peut-être pas le plus beau film d’amour du monde, comme une partie de la critique voulait le faire entendre. Le somptueux "The Yards" restera pour moi le film de référence de Gray.

Évitant tout pathos lacrymal, James Gray a pu, c’est vrai, tomber dans une certaine distance. C’est, à mon avis, pour mieux mettre à jour la douleur de ce "cœur en hiver" (merci, Claude Sautet) qui ne demande qu’à se ranimer pour enfin se sentir exister. Quitte à se faire rappeler à l'ordre par la réalité.

Beau et triste, on vous le confirme...

Two Lovers (U.S.A, 2008). Réalisation : James Gray. Scénario : James Gray et Richard Menello. Chef-Opérateur : Joaquin Baca-Asay. Musique : Wojciech Kilar. Production : 2029 Productions & Wild Bunch. Durée : 105 mn.
Avec Joaquin Phoenix (Leonard) ; Gwyneth Paltrow (Michelle) ; Vinessa Shaw (Sandra) ; Isabella Rosselini (la mère) ; Moni Moshonov (le père) ; Elias Koteas (Ronald).

DVD disponible chez Wild Side Vidéo.


La bande-annonce du film :

samedi 12 juin 2010

MUSIQUE. Seven Teen pop. Two Door Cinema Club, The Drums, Avi Buffalo

Aujourd'hui, j'ai dix-sept ans, c'est la fin de l'année scolaire, et entre deux molles révisions pour mon bac de français, je m'évade avec la musique des groupes pop indé en vogue...

Quoi ? C'est pas vrai, me direz-vous ? En tout cas, c'est ce que je ferais si j'avais RÉELLEMENT dix-sept ans en ce moment... Quoique, pour rien au monde, je ne souhaiterai revenir à cet âge, et revivre l'angoisse des épreuves du bac, au secours ! Mais, bon, admettons...

En ce moment, me trottent dans la tête des refrains enjoués entendus il y a déjà quelques mois, une poignée de missiles pop débités à cent à l'heure et vitaminés par des guitares tricoteuses, dont j'ai mis quelques mois à identifier les auteurs.

Longtemps confondues avec celles de Franz Ferdinand ou surtout des frenchies de Phoenix, à l'écoute du titre "Something Good Can Work" - dont l'utilisation pour une pub du Crédit Agricole n'a pas encore réussi, par miracle, à m'en dégoûter - on doit ces pop-songs sympathiques, juvéniles et efficaces à un très jeune trio nord-irlandais mené par Alex Kimble, les Two Door Cinema Club.

La critique rock les a salués dès la fin de l'année dernière comme de jeunes pousses douées, mais à consommer rapidement, avant une date de péremption qui ne saurait tarder (l'album est sorti en mars, autant dire une éternité de nos jours).

Qu'importe : écouter "Undercover Martyn", "This Is The Life" ou "What You Know", rien de mieux pour se vider la tête entre deux révisions d'Apollinaire ou Marguerite Duras... Des chansons volatiles, inoffensives certes, mais de parfaites bulles de savon pop, insouciantes et dégagées de toute gravité.
Ah, légèreté, légèreté, doux souvenirs des jours enfuis. Excusez-moi, ce doit être toute cette poésie qui déteint un peu...

Two Door Cinema Club. "Tourist History" (Kitsuné/Universal Music)sorti le 1er mars 2010

le site officiel TDCC et en écoute intégrale sur Deezer

La vidéo fluo kids de "Something Good Can Work" :



Sinon, le gros buzz du moment, le groupe pour lequel tout le monde s’emballe, ce sont les inévitables Drums.
Quatre gamins beaux gosses chouchoutés par la presse dès la sortie de leur hymne sifflotant "Let’s Go Surfing", nouvel hymne néo-Beach Boys à l’été et à la Californie, tube de leur premier EP "Summertime!".

Ils ont tout pour qu’on les prenne en grippe, la bande à Jonathan Pierce et Jacob Graham : quasiment toutes les filles de la classe craquent pour eux, autant que les rédacs de Magic ou des Inrocks, ils sont objets d'une hype avec le créateur Heidi Slimane qui les prend comme icônes de la mode, et nous assènent leurs rengaines rétro-vintage aux standards d’écriture très sixties.

Sauf que leurs chansons qui font se croiser les harmonies vocales de Brian Wilson et les rythmes cold wave années 80 type New Order (Me And The Moon, Down By The Water) - pourtant américains, ils sont fans transis des très british Smiths et des allemands de Kraftwerk - devraient sans surprise constituer la bande-son de l’été qui s’annonce, peut-être même au-delà.

Immédiatement accrocheuses, elles semblent désuètes et quasi futiles, un poil agaçantes (Best Friend), mais renferment déjà un peu de cette mélancolie de fin de partie (It Will All End In Tears et We Tried), quand les vacances prennent fin, et que la réalité quotidienne va reprendre ses droits.

Pas les génies qu'on nous vend partout, mais, si le show-bizz ne les engloutit pas, The Drums devraient survivre à l'été. O.K., mais moi, j’y suis pas encore, en vacances.

The Drums. "The Drums" (Moshi Moshi/Island Records) sorti le 7 juin

le site officiel The Drums et en interview & écoute sur les Inrocks.com

La vidéo jogging de "Let's Go Surfing" :

Et puis, pour vraiment bien oublier le bahut, les cours et les épreuves, j’ai gardé pour la fin ma botte secrète, un disque en apesanteur qu’on doit à des gamins de même pas 20 ans, Avi Buffalo.

Là encore, j’ai mis un peu de temps à les identifier.
La première fois sur "Whats’ In It For ?", j’ai cru entendre un inédit de MGMT, tellement on croirait y reconnaître la voix aigüe d'Andrew Van Wyngarden du célèbre duo de Brooklyn !

Ceci mis à part, rien de plus frais et attachant que les titres de cette jeune formation d'inspiration très seventies qu’on croirait improvisés dans une grange ou un bout de nature, morceaux tremblés et bidouillés (Where's Your Dirty Mind), où s’entendent claquement de doigts et orgues hors d’âge (Suns), chantés d’une voix de gamins naïfs, mais qui témoignent d’un talent de song writer évident.

En l’occurrence, celui du tout jeune Avigdor Zahner-Isenberg, mais dont les compositions folk-rock rurales et champêtres pourraient presque parfois être signées par les Byrds, le Buffalo Springfield de Neil Young (Remember Last Time avec long solo de guitare inclus, moi qui d'habitude n'aime pas ça, et le très beau We Can't Try This Again sur leur EP de demos) ou les très psyché-rock Flaming Lips (Jessica).

Une liberté et une maîtrise étonnantes pour des gosses à peine sortis de l’adolescence.

Bon, moi je ne suis pas pop-star indie en devenir et j’ai encore beaucoup de révisions à me farcir. Prière donc de ne pas me déranger. C’est parfois dur, dites, d’avoir dix-sept ans... Heureusement que tout ça n'est que fiction.

Avi Buffalo. "Avi Buffalo" (SubPop/PIAS) ♥♥♥ sorti le 31 mai

Avi Buffalomusic.com avec 6 titres à découvrir

Last.fm avec 8 titres dont des inédits en téléchargement légal

MySpace Avi Buffalo et article sur les Inrocks





La vidéo ocean flower power de "What's In It For ?" :

mercredi 9 juin 2010

PETIT ÉCRAN. Dans la mécanique d'Engrenages

Une fois n'étant - vraiment pas - coutume, voici un petit détour par la fiction policière française...
Non, pas celle audimatesque et grotesque de TF1, ou celle pépère et endormie de France Télévisions style P.J. ou Boulevard du Palais.
Celle d"Engrenages", série créée par Alexandra Clert et Guy-Patrick Sainderichin, un des fleurons les plus éclatants de Canal +, par parenthèse la seule chaine française vraiment créative en cette matière, à laquelle on doit les réussites récentes que sont Pigalle la nuit ou Carlos, ou les tentatives plus hasardeuses de Braquo ou Mafiosa.

"Engrenages", dont la troisième saison s'est achevée lundi soir dernier, explore depuis fin 2005 avec une âpreté rare pour une série télé les arcanes des systèmes judicaires et policiers français, en dressant un portrait hyper-réaliste sans concession.
À une excellente première saison de présentation lui avait succédé une deuxième plus conventionnelle, avec son côté poursuites et scènes d'action.

Bonne nouvelle pour sa nouvelle saison (dont l'entrée en matière, la découverte d'une femme assassinée emballée dans du plastique semble faire un clin d'oeil à la mort de Laura Palmer de Twin Peaks) : la série est revenue sur ses fondamentaux, enquête sur le terrain sur la piste meurtrière d'un mystérieux serial killer, et instruction judiciaire en terrain politique douteux, sans oublier l'exploration d'un Paris inhabituel, entre proxénétisme violent et pègre inquiétante.

Deux aspects incarnés par deux personnages emblématiques : la capitaine Laure Berthaud, pitbull policier d'une ôpiniatreté sans égal, impulsive et obsessionnelle, et de l'autre, le juge d'instruction François Roban, implacable et intransigeant, décidé à révéler une affaire de corruption que ses supérieurs aimeraient voir enterrée.

Deux personnages forts et complexes, incarnés par de formidables comédiens, respectivement l'énergique Caroline Proust et le remarquable Philippe Duclos, impressionnant en juge inflexible et solitaire dont l'exceptionnelle intégrité inquiète son entourage et le met à l'écart.
C'est peut-être LE point fort de cette série : la complexité des personnages principaux et la conséquence de leurs actions dans leur vie privée, aspect aussi intéressant que les intrigues.

Intrigues qui ne manquent pourtant pas de sel, qu'il s'agisse des embûches que rencontre la procédure judiciaire, de l'identité du redoutable tueur "le Boucher de La Villette", inspiré par un fait divers réel, de la rivalité dommageable entre services de police, ou les manoeuvres délictueuses de pénalistes douteux, en la personne de Joséphine Karlsson, à laquelle l'actrice Audrey Fleurot confère son magnétisme glacial.

Le reste de la distribution ausssi est à citer : notamment l'impeccable Thierry Godard qui joue Gilou, l'adjoint buté de la capitaine, sans compter l'inquiétant Daniel Duval en avocat ripou, et aussi la subtile Anne Alvaro, émouvant amour de jeunesse du juge Roban.

Deux, trois défauts cependant : la description caricaturale du monde politique, réduit à quelques politicards véreux et menteurs. Vision un brin simpliste qui n'incitera certes pas l'électeur potentiel à se rendre dans les urnes... Et l'accumulation de manipulations qui régissent les personnages entre eux, un brin excessive à la longue.

Ceci dit, "Engrenages" excelle à concilier une construction scénaristique efficace, pleine de rebondissements - on est vraiment happé dans la mécanique dès le premier épisode - et un aspect humain fort et attachant.

Ce qui atténue un peu la noirceur systématique et sans espoir des milieux décrits - le troisième défaut - accentuée par une réalisation réaliste avec caméra à l'épaule qui n'engendre pas la gaieté et l'optimisme, loin de là.

C'est une série visuellement gris bleu, nocturne, inconfortable, une plongée en apnée dans un monde impitoyable où fleurissent le meurtre sauvage, la violence, la corruption et la perte généralisée de tout repère moral.

Serait-ce notre monde, à peine déformé ? ...

Engrenages, saison 3 : 12 épisodes de 50 mn diffusés du 3 mai au 7 juin 2010 sur Canal +.

La bande-annonce des premiers épisodes :

Vous l'avez raté ? En guise de session de rattrapage, le coffret DVD paraît dès le 15 juin qui arrive. C'est votre lecteur DVD qui va être content...

et le site d'Engrenages sur canal +.fr

Autre point de vue - moins favorable - sur Hop Blog