mardi 26 octobre 2010

MEMORY OF THE 80's, time oddity (12). The Dukes Of Stratosphear


Au menu de ce "Memory of the 80's", un curieux exemple de bizarrerie musicale spatio-temporelle.
En effet, courant 1985 paraissait un étrange EP six titres dont le nom à rallonge du groupe, The Dukes of Stratosphear et le visuel de la pochette semblaient indiquer qu'il était tout droit sorti des années 60 les plus psychédéliques. Jugez plutôt :

Sans oublier les chansons elles-même, psychédéliques et sauvages comme "25 O'Clock" titre de ce mini-album :

... ou planantes et déjantées comme ce "The Mole from the Ministry" au clip sous acide genre "I Am The Walrus" des Fab Four :



Mais qui étaient donc ces mystérieux Dukes of Stratosphear ? Peut-être un obscur groupe de l'époque dont on rééditait les trésors oubliés ? Ce fut en tout cas un succès s'écoulant tout de même à près de 30 000 exemplaires.
L'affaire ne fut toutefois pas longue à éclaircir. Derrière ces titres hors d'âge et ce nom alambiqué se cachaient en fait les musiciens d'un des plus brillants groupes de la pop britannique : XTC soi-même ! 


XTC, la bande des orfèvres pop Andy Partridge et Colin Moulding - ici à l'époque de leur classique Making Plans for Nigel - répondait ici à la suggestion-blague de leur producteur John Leckie (le futur metteur en son des premiers Radiohead) avec ce pastiche de groupes pyché pop sixties (Zombies, Small Faces, Pink Floyd).
Un canular musical mené avec un budget 20 fois moindre que les précédents et désormais classiques disques d'XTC de l'époque, Mummer ou The Big Express, qui peinaient à trouver leur public.
Poussant la plaisanterie jusqu'au bout, nos experts-plagieurs allèrent jusqu'à s'habiller de nippes vintage garantie sixties en s'attribuant les pseudos les plus farfelus : The Red Curtain, Lord Cornelius Plum, Sir John Johns, E.I.E.I. Owen (?) ...
Derrière le côté purement farce de l'entreprise, un exemple parfait de pastiche musical, un exercice de style pratiqué avec bonheur par certains : les Monthy Python parodiant les Beatles sous le nom de Rutles, le film "Spinal Tap" raillant le hard rock ou les nombreuses parodies de la série télé "Flight of The Conchords".
Mais la blague élaborée des Dukes of Stratosphear/XTC réussit à tromper son monde à l'époque et témoigne surtout de la virtuosité de composition d'Andy Partridge épaulé par son comparse Colin Moulding

Un docteur-ès pop au savoir encyclopédique, capable ici de pondre une perle qu'on croirait sortie des sessions d'enregistrement de "Tomorrow Never Knows" tiré du mythique "Revolver" des Beatles, avec voix Lennonienne distordue et bandes bruitistes passées à l'envers :


"25 O'Clock", un disque devenu quasi culte depuis qui donna lieu à une suite deux ans plus tard sous forme d'un vrai album de dix titres au titre loufoque de rigueur, "Psonic Psunspot", avec un son plus sophistiqué où l'on reconnaît plus distinctement la voix de Partridge qui, évidemment, a un peu moins surpris l'auditoire...
Néanmoins comment résister à cette pop song typiquement McCartneyienne :
... ou à cette "Pale and Precious" digne du meilleur Brian Wilson période "Pet Sounds" ?



Les deux disques ont été réédités à la fin des années 80 en un seul album titré "Chips From The Chocolate Fireball" (pourquoi faire simple, n'est-ce pas...)
Cette parenthèse de "faussaires pop caméléons" ne doit pas étonner de la part de ce groupe doué qui s'est non seulement inscrit dans les pas de ses plus prestigieux aînés (Beatles, Kinks, Byrds, Beach Boys), voire a composé des titres du même niveau par la grâce du song-writing d'Andy Partridge.
Seul revers, le dit Partridge esprit volontiers cérébral et complexe s'est souvent ingénié à sur-référencer et alambiquer à loisir ses compositions très architecturées, élément qui peut expliquer la relative méconnaissance d'XTC par le plus grand nombre.
Je vous conseille tout de même vivement "English Settlement" (1982) ou "Oranges & Lemons" (1989), deux de leurs meilleurs opus.










Et il est fort recommandé d'embarquer dans la capsule spatiale temporelle des Dukes of Stratosphear : évasion garantie.
Allez on se quitte avec une rengaine style pub pop, "You're A Good Man, Albert Brown" dans l'inspiration des chansons des Beatles composées pour Ringo Starr, et qui vaut bien sans conteste toute "l'oeuvre (?)" de Ringo lui-même :
Tracklist :
1. 25 O'Clock
2. Bike Ride To The Moon
3. My Love Explodes
4. What In The World ??...
5. Your Gold Dress
6. The Mole From The Ministry
7. Vanishing Girl
8. Have You Seen Jackie ?
9. Little Lighthouse
10. You're A Good Man Albert Brown (Curse You Red Barrel)
11. Collideascope
12. You're My Drug
13. Shiny Cage
14. Brainiac's Daughter
15. The Affiliated
16. Pale And Precious

"Chips From The Chocolate Fireball" en écoute intégrale sur Deezer et Spotify

jeudi 21 octobre 2010

L'ART DÉLICAT DE L'ARRANGEMENT. Violens, Agnès Obel, Lost In The Trees

Cette chronique du jour pourrait être sous-titrée : "Dépouillement ou trop-plein, choisis ton camp, camarade musicien..."
En effet, en musique, en dehors de la composition proprement dite, le choix du type de production est souvent crucial pour définir le son d'un artiste ou d'un groupe. Sobriété et retenue, ou ormementation et profusion d'arrangements ?

Prenez le cas du groupe Violens, nouvelle hype du moment de la presse musicale, manifestement adeptes de la seconde option avec leur premier album "Amoral".

Copains de Brooklyn de MGMT et Chairlift, la bande de gandins du dandy Jorge Elbrecht, qui chante comme Brett Anderson qui se prendrait pour Morrissey, a manifestement eu les yeux plus gros que le ventre en élaborant un mur du son surchargé d'effets en tout genre...

Une vraie avalanche de vrilles soniques, de guitares réverbrées et de voix noyées d'échos, totalement disproportionnée pour leur pop songs néo 80's, revisitant habilement - ou bien pillant sans vergogne ? - les Smiths, les Pale Fountains ou les oubliés Lotus Eaters, voire Spandau Ballet (!), saupoudrée de réminiscences sixties.

Avouons-le, si la recette alléchait sur leur EP de 2009 (l'acoustique Already Over), ici ce gâteau étouffe-chrétien écoeure vite et s'avère plutôt indigeste, masquant de plus les rares bonnes chansons plus comestibles (Violent Sensation Descends, Trance Like-Turn, Another Strike Restrained).

Un cas typique de surproduction
et de surcharge ornementale injustifiée qui se retourne contre ses auteurs et donne de suite à nos oreilles des envies de silence. À vous de juger....

Violens. "Amoral" (Static Recital) sorti le 3 octobre en écoute sur Deezer

article sur les Inrocks et chronique sur Des Chips et du Rosé

Petit exercice : comparez les deux versions du single "Acid Reign", celle de l'album et le "In The Trees Mix" et choisissez votre préférée, ou plutôt, la moins pire :





Violens.net

À l'opposé complet du spectre musical, Agnes Obel a joué la carte exactement inverse. Autrement dit : nettoyage par le vide, absence de superflu, un instrument prédominant, une voix et des chansons.

Sur son premier album "Philharmonics", cette jeune Danoise férue de folk, fan de Joni Mitchell, aux faux airs de Madonna sur sa pochette, fait surtout montre de sa formation en piano classique, base de tous ses morceaux au son intimiste et recueilli, éclairés par sa voix pure, à l'atmosphère ouatée de neige tombante.

Un recueil de ballades intemporelles, à la production maîtrisée, à peine agrémentée d'une guitare ou de pincements de cordes.
Évitant le piège de l'austérité, bénéficiant de quelques jolis morceaux (Riverside en tête, Philharmonics ou Close Watch, reprise de John Cale), sa démarche n'est cependant pas au bout du compte à l'abri d'une certaine impassibilité où rien ne dépasse vraiment, comme le bien sage single "Just So."

Un peu comme chez la folkeuse Alelia Diane, toujours de bon goût, mais sans réelle surprise ou vraie prise de risque. Dans un registre voisin, l'imprévisible Shara Worden de My Brighest Diamond s'avère bien plus troublante.

Autant qu'une surproduction excessive, trop d'épure et de dépouillement peut nuire également un tantinet à l'intensité. Néanmoins, une artiste à surveiller.
Agnes Obel. "Philharmonics" (PIAS) ♥♥ sorti le 4 octobre en écoute sur Deezer

chroniques sur Les chroniques de Charlu et SWOMMB





Agnes Obel sur Myspace

Finalement, entre l'opulence ou la sobriété des arrangements, certains ont préféré surtout se poser la question de savoir ce que cela apportait à leur musique...

Ainsi, la bande des musiciens de Lost In The Trees de l'inclassable groupe folk américain mené par le compositeur Ari Picker, a-t-elle relevée le défi d'inaugurer un croisement folk/musique classique et d'habiller d'arrangements authentiquement classiques, exécutés par un orchestre symphonique, leurs rustiques folk songs, sur "All Alone in an Empty House".

Une démarche très loin d'un quelconque décorum musical prétentieux si souvent de mise, où les somptueux arrangements classiques révélent ici le panache et la liberté des compositions de Picker, conférant une vigueur et une élégance à ces complaintes écorchées dignes d'Elliott Smith, de fait réellement habitées.

Pour s'en convaincre, il n'est que d'écouter l'étonnant "Walk Around The Lake" aux surprenants coups d'archet dignes de Bernard Hermann, suivi d'une pièce instrumentale classique (Mvt I Sketch), et les enchantées "Song for the Painter" ou "We Burn The Leaves" qui donnent le frisson.

Autant de féériques envolées qui justifient l'imagerie sylvestre développée tout au long du voyage poétique de ces bardes américains inspirés. Des arrangements rigoureux et lyriques qui portent haut ce folk au caractère charnel et spirituel à la fois, qui rappelle la belle virtuosité et la liberté de l'insaisissable Andrew Bird.

Refusant le trop ou le trop peu, Lost In The Trees a finalement décidé d'appliquer ses propres règles, opérant le croisement esthétique harmonieux de deux styles pour leur projet atypique.

Si, finalement, plus qu'un habillage de surface, le choix des bons arrangements révélait la réelle créativité des artistes et surtout la vraie profondeur de leur musique ?

Lost In The Trees. "All Alone in an Empty House" (Anti Records) sorti le 23 août

Coup de coeur ♥♥♥♥ en écoute sur Spotify

découvert grâce à Hop Blog

autres chroniques sur Words & Sounds, Esprits Critiques et Les chroniques de Charlu







le site de Lost In The Trees

samedi 16 octobre 2010

MEMORY OF THE 80's, ever forever (11). The Sundays

Pour ce "Memory of the 80's" de la semaine, encore un groupe avec une chanteuse, tiens... je fais une toute petite entorse à l'intitulé de cette rubrique, puisque le premier album du groupe concerné est sorti au tout début de l'année 1990.
Mais je m'en sors en vous précisant que le premier single de ce groupe formé dans les eighties a vu le jour en 1989.

Et, avant tout, leur première et toujours aussi emballante chanson, petite merveille de pop indé, ce "Can't Be Sure" tant aimé :

"Can't Be Sure" ou "comment écrire la meilleure chanson des Smiths à leur place", ce qu'ont réussi The Sundays, un des meilleurs souvenirs musicaux de la fin de cette décennie :




The Sundays, fruit artistique du couple David Gavurin-Harriet Wheeler, duos d'amoureux qui signèrent un classique instantané à sa sortie avec ce "Reading, Writing & Arithmetic".
Un album qui a du rendre ce vieux Morrissey des Smiths envieux, tant il renferme dix perles pop radieuses enluminées d'un son de guitare ligne claire d'une fluidité à rendre le virtuose Johnny Marr également vert de jalousie.


Et que dire de la grâce de la voix gracile de la douce muse Harriet, l'une des plus jolies chanteuses de la pop toutes époques confondues, et dont le groupe, fort élégant, n'exploita cependant jamais l'image, préférant un visuel discret et sobre pour ses pochettes d'album ?


Tout dans cet opus inspiré respire la grâce et la fraîcheur, qui, de la production sobre et acoustique à l'écriture rigoureuse, constitue une sorte d'aboutissement de l'école pop indépendante britannique de l'époque.

Et qui consacra Harriet Wheeler comme l'une des plus jolies voix de l'époque, à l'instar de Tracey Thorn (Everything But The Girl) et Liz Fraser (Cocteau Twins).
Fleuron du célèbre label alternatif Rough Trade (il serait bien long de lister tous leurs artistes, allez si, un récent : Antony & the Johnsons), The Sundays alternent sur ce disque sensibilité pop (Can't Be Sure), énergie rock (A Certain Someone), titre atmosphérique (Joy) et magnifique mélancolie (You're Not The Only One That I Know)...



... sans oublier le splendide et bien nommé pour finir ce billet, "Here's Where The Story Ends" :


... Et même si le parcours des Sundays ne s'est pas arrêté là, puisque ils signèrent encore deux albums d'excellente tenue (Blind - 1992 et Static & Silence - 1997) avant de clore leur carrière pour aller élever leurs enfants, avouons qu'ils ne retrouvèrent jamais vraiment la limpidité et la grâce de cet album quasi parfait.
Une très intime Madeleine de Proust musicale douce à mes oreilles et qui ressuscite cette période de post adolescence si particulière, à la fois floue, fragile et tellement vivace malgré tout.


Tracklist :
1. Skins & Bones
2. Here's Where The Story Ends
3. Can't Be Sure
4. I Won
5. Hideous Towns
6. You're Not The Only One I Know
7. A Certain Someone
8. I Kicked A Boy
9. My Finest Hour
10. Joy

"Reading, Writing & Arithmetic" en écoute intégrale sur Spotify
article sur Fluctuat.net
The Sundays en écoute sur la Mini Playlist 80's

vendredi 15 octobre 2010

CINÉ, AMOUR, TRAVAIL. Les Amours imaginaires & Entre nos mains

Encore un petit manque de temps cette semaine qui raréfie un peu mes interventions...
Mais l'actualité cinéma joue plutôt en ma faveur, puisque sont sortis récemment deux films que votre serviteur a vus cet été en avant-première et dont je vous avais touché un rapide mot ici. L'occasion de redire tout le bien que j'en pense, sans me répéter j'espère...

Deux films qui abordent au fond chacun deux éléments fondamentaux de nos vies à tous...
L'amour d'abord avec le deuxième film du québécois Xavier Dolan "Les Amours Imaginaires", qui confirme son jeune talent avec cette chronique des affres de l'amour en forme de (faux) film branché maniéré.
Au final, un vrai petit bonheur de cinéma, et une analyse assez pertinente des illusions amoureuses.

Sur un sujet parcouru de long en large par le cinéma, souvent français et parisien - deux jeunes gens, Marie et Francis, amoureux du même troisième, Nicolas - Dolan règle un réjouissant et ironique ballet des sentiments de ces jeunes gens encore plus amoureux du sentiment amoureux que de l'être aimé.

Air connu : il soigne donc la forme, illustre en vrai styliste pop leurs fantasmes et projections - toute cette cristallisation sur des petits riens, objets, rites, moments où les amoureux se rêvent en néos-James Dean ou Audrey Hepburn - enveloppe le tout d'une bande originale ironique (Bach, The Knife et ... Dalida!), sans oublier ces vrais-faux témoignages d'anonymes (?) québécois dissertant sur leur vie sentimentale, souvent hilarants.


Volontiers poseur et dandy, à l'image de son auteur-acteur, ce film qui a tout pour agaçer et en agaçera de fait certains est tout de même assez irrésistible, car drôle et triste à la fois, et d'une férocité et justesse assez étonnantes pour un si jeune metteur en scène.
Xavier Dolan, tout narcissique tête-à-claques qu'il soit, a réussi un film pop mélancolico-euphorisant.
Peuplé de citations cinéphiles - ralentis Wong Kar-waïens, couleurs Almodovariennes, plans Gus Van Santiens - qui n'empêchent cependant pas cette promenade aux (faux) airs superficiels d'être un film malicieux, finalement personnel, et plus amer qu'il n'y paraît.
Et une mention spéciale à l'épatante Monia Chokri, attachante Marie...

De courts extraits du film :




"Les Amours Imaginaires" (Québec, 2009) Réalisation et scénario : Xavier Dolan. Chef-Opérateur : Stéphanie Weber-Biron. Production : Remstar Media Partners. Distribution : MK2 Diffusion. Durée : 95 mn.
Avec : Xavier Dolan (Francis) ; Monia Chokri (Marie) ; Niels Schneider (Nicolas) ; Anne Dorval (la mère de Nicolas) ; Perrette Souplex (la coiffeuse) ; l'invité (Louis Garrel)
sorti le 29 septembre 2010













chroniqué sur De l'autre côté, perché avec le blanc lapin et Tadah ! Blog
... Le travail ensuite, denrée primordiale car fragile, dans une société qui le maltraite de plus en plus.
Sur le sujet, rien ne remplace le regard du documentaire, d'autant que le film Entre nos mains", bénéficie du regard précieux de la documentariste Mariana Otero, auteur entre autres, du magnifique film familial "Histoire d'un secret."
Plantant sa caméra dans une entreprise de lingerie féminine à l'heure de son dépôt de bilan dû au patron indélicat que l'on ne verra jamais à l'écran, c'est grâce à sa patience et sa discrétion que nous assistons aux multiples échanges et questionnements qui secouent les employé(e)s : doivent-ils (elles) soutenir financièrement ce projet de SCOP (Société Coopérative de Production) qui leur permettrait de prendre en main la société, et leur avenir ?
S'immiscant avec complicité dans ce quotidien pétri de doutes, Mariana Otero filme en douceur la progression possible de l'individu isolé, doutant, hésitant, consultant les collègues, se méfiant de leurs délégués, soupesant le pour et le contre ... jusqu'à pourquoi pas, la reprise effective possible de l'entreprise en un collectif durable.
Belle utopie qui rassemble les ouvrières, à l'origine éclatées en clans, beaux portaits de femmes à la spontanéité et au naturel radieux qui figurent parmi les plus beaux moments d'un film toujours digne, car respectant toujours ses intervenants filmés.
Sans trop craindre de rompre le suspense, on peut révéler que, face aux manoeuvres tordues du patron, qui préfère sacrifier la viabilité de sa boîte plutôt que de la voir perdurer sans lui, l'utopie fera long feu...
Dur retour à la réalité, amer et pourtant pas désen-chanté, puisque la réalisatrice a le courage de clore son film sur une séquence douce-amère, dernier élan collectif qui voit ces héroïnes du quotidien sublimer leur déception.
Soudain, c'est le cinéma de Jacques Demy qui fait son irrruption, jolie conclusion d'un film élégamment et éminemment politique, où l'on se plaît à espérer pour nos lendemains à tous, sans angélisme, plus d'élans collectifs qui permettraient à chacun de passer d'instrument anonyme à seul maître de son destin. ... C'est trop demander ?
Vu en avant-première en présence des principales "actrices" de l'histoire, ce film à voir sans restriction prenait de fait pleinement toute sa dimension sociale et humaine.
Bande-annonce et extrait :




"Entre nos mains" (France, 2010). Documentaire. Réalisation et photographie : Mariana Otero. Musique : Fred Fresson. Producteur : Denis Freyd (Archipel 33). Distribution : Diaphana Distribution. Durée : 90 mn. sorti le 6 octobre 2010



article sur Le Monde Diplomatique

samedi 9 octobre 2010

Memory of The 80's, remember (10). ALTERED IMAGES

Retour au tout début de la décennie 1980, les "early eighties"pour ce "Memory of The 80's" du jour. Où l'on retrouve un joli souvenir, petit vent de fraîcheur pop qui soufflait alors en Grande-Bretagne en 1981.


Avec son mélange pop-new wave ludique sans prétention, et la voix fraîche et acidulée de sa teen-ager de chanteuse, le groupe Altered Images faisait preuve d'une réjouissante insouciance, due certainement à leur jeune âge, insouciance incarnée ici par leur sautillant tube "I Could Be Happy" :


Autour de leur jeune star Clare Grogan (18 ans à l'époque) à la voix de gamine mutine, les Altered Images développèrent une pop juvénile et pétillante, mais d'excellente tenue, sorte d'équivalent teen-ager British de Blondie.
D'efficaces pop songs, résolument énergiques et hédonistes, publiées sur leur premier LP "Happy Birthday", au moment même où sévissaient les nuages gris de la new wave anglaise.

Ce morceau titre est une autre bulle pop, au refrain minimaliste enfantin plutôt simpliste, mais qui devrait vous rester en tête longtemps :

Ce qui n'empêche pas le reste de leur musique, même résolument pop, d'afficher une vitalité et spontanéité effectives encore de nos jours, car bénéficiant d'une vraie orientation rock. Une recette qui semble moins évidente de nos jours, semble-t-il.


Penchez-vous donc ce "Dead Pop Stars" très emblématique, aux guitares tricoteuses et à l'énergie rock presque digne d'un garage band. On pourrait ainsi croire que ce sont les ténébreux corbeaux batcave de Bauhaus qui ont signé les arrangements de ce titre à l'ambiance quasi cold wave...

... et que dire de la prestation vocale de la p'tite Clare, soudain métamorphosée en précoce Siouxsie & The Banshees ? :

Pour aussi sympathique qu'elle soit, l'aventure d'Altered Images ne dura que le temps de trois albums (Happy Birthday - 1981, Pinky Blue - 1982 et Bites - 1983) qui vit Caesar, l'un des musiciens, aller ensuite former le groupe The Wake.

Clare Grogan se maria avec Steve Lironi, autre membre du groupe et reste populaire aujourd'hui en Grande-Bretagne comme comédienne et récemment présentatrice sur la télévision britannique.
À redécouvrir avec curiosité - et indulgence - sur une de leurs nombreuses compilations, par exemple : Reflected Images, The Best of Altered Images.
Un groupe à voir aussi comme la photo musicale d'un courant passager où d'autres éphémères formations (Haircut One Hundred, Missing Persons, Bow Wow Wow, Martha & The Muffins), tentèrent une sorte de troisième voie entre rock pur et pop mainstream, dans cette décennie pas si maudite musicalement qu'on veut bien le penser.

Tracklist :
1. Intro : Happy Birthday
2. Dead Pop Stars
3. Happy Birthday
4. Love & Kisses
5. Real Toys
6. I Could Be Happy
7. See Those Eyes
8. Pinky Blue
9. Forgotten
10. See You Later
11. Don't Talk to Me About Love
12. Bring Me Closer
13. Love To Stay
14. Change Of Heart
15. Thinking About You
16. Happy Birthday
17. Don't Talk To Me About Love
18. Love To Stay
19. Bring Me Closer
20. Last Goodbye
21. Outro : Happy Birthday


"I Could Be Happy", "Happy Birthday et "Dead Pop Stars" en écoute sur la Mini Playlist 80's

myspace Altered Images