mercredi 29 juin 2011

Memory Of The 80's (18). COCTEAU TWINS, la musique des anges

Retour surprise d'une disparue, la rubrique "Memory Of The 80's" qui, à la faveur des grandes vacances qui s'avancent, refait surface (merci à Charlu en passant).
Manière de saluer enfin la figure d'un groupe unique alors que l'ami Bernard Lenoir rediffusait lundi 27 juin une ancienne de ses Black Sessions avec eux, la dernière du genre annonce-t-il. Fin d'une aventure - les concerts de rock indé en direct à Radio France - mais pas de la carrière de notre John Peel français, on le souhaite en tout cas.

Lenoir, le rock et la musique d'un groupe fondamental dans mon parcours personnel, cet insaisissable trio venu de Glasgow : une sainte trinité qui a bercé ma post-adolescence, forgé mon apprentissage musical et dont je ne peux décidément pas me défaire.

Vraie bulle de mystère et d'évidence mêlées, la chanson-titre de cet album, aux contours bleus et froids et aux guitares supersoniques, distille tout l'art de ces faux jumeaux, fer de lance new wave au son unique détenant en leur sein le trésor de la voix magique comme tombée du ciel de la divine Liz Fraser.

Aujourd'hui comme hier (1988), comment résister à la beauté de "Blue Bell Knoll" des Cocteau Twins ?



Même si déjà entraperçus à l'époque de "Treasure", leur cinquième opus "Blue Bell Knoll", fut pour moi, à une époque encore très indécise, la porte d'entrée véritable du monde envoûtant et fraternel des irremplaçables Cocteau Twins. Dix titres d'un onirisme évanescent, au son aquatique traversé par des guitares d'anthologie en lévitation emblématique d'une new wave en apesanteur.
 

Un des plus beaux albums de l'histoire de la pop : un vrai univers, une galaxie aux contours flous et mouvants, mais dispensant une puissante lumière depuis la décennie 80 qu'ils marquèrent de leur discrète mais tenace empreinte.

Tout adorateur de musique ayant grandi (ou pas) dans cette décennie sait ce qu'il doit aux Cocteau qui furent la plus belle figure de proue du label 4AD, LE label new wave le plus influent des années 80 (This Mortal Coil, Dead Can Dance, Pixies, Throwing Muses) en lire plus ici et n'apprendra sans doute rien de plus ici à leur sujet.

Mais, avoir été touché par la flèche des Cocteau Twins et du couple Liz Fraser-Robin Guthrie, c'est reconnaître une dette éternelle envers cet authentique groupe culte démarré comme un obscur combo cold wave en 1981 et ayant bâti ses propres règles, entre new wave ésotérique, expérimentations soniques et méditations ambient planantes.

C'est reconnaître les forces de l'instinct et de la sensibilité sur le carriérisme forcené et les froids calculs qui président trop souvent au destin des groupes rock.

C'est préférer le mystère de paroles en langue inventée par la secrète Elizabeth Fraser, du son tissé par les arpèges de guitares hypnotiques de Robin Guthrie et de la basse d'une infinie rondeur de Simon Raymonde, propices au rêve et à la fascination face aux rengaines pré-mâchées des FM d'époque.

C'est rester étonné de la fausse simplicité de ces chansons aux faux airs de comptines ou de berceuses et demeurer transpercé, près de vingt-cinq ans après, par les accents incroyables des vocalises insensées de Liz, soprano jonglant entre les graves et les aigus avec l'aisance insolente d'un rossignol new wave :



C'est se replonger avec un bonheur inchangé dans la grâce souveraine de ces classiques fondateurs d'une indie pop musardant entre joie profonde et spleen abyssal avec l'évidence d'artistes pratiquant leur art comme des enfants insouciants créent des merveilles avec trois fois rien.

Car derrière les titres de chansons les plus étranges et hermétiques de toute la musique pop, la singularité d'un groupe sculptant son image mystérieuse par son silence et l'imagerie onirique du label 4AD disséminée sur 10 albums et d'innombrables maxi 45 tours et EP, se cache la pureté d'un ange, diaphane et fragile : Liz Fraser et sa voix inouïe qui donne le frisson. LA plus belle voix du monde ?

"Voice of God" (voix de Dieu) ou pas, entre Kate Bush jouant avec The Cure ou un ensemble de geishas improvisant avec Joy Division, le fascinant mystère spirituel de la voix dédoublée de Liz Fraser...
Le groupe new wave le plus typique de son époque, boîte à rythmes, claviers et guitares en avant, semblait ainsi renouer avec la vocation presque mystique de la musique.

Chanter de manière pop mais quasi sacrée les états d'âmes, joies et espérances de l'être humain comme en prise directe sur nos émotions premières.
Innocence et génie des origines où les plaintes et trilles éthérées de Liz semblent comme les voix qui peuplent nos rêves et notre conscience.
Grande pureté d'une musique
qui semble rentrer en écho avec nos émotions les plus indicibles :



Groupe au parcours lumineux, le pilier fondateur de la dream pop et du rock shoegaze est bien l'un des "trésors", comme le titre de leur classique de 1984, de la musique et une influence chaque jour grandissante pour ses cadets indes (demandez donc aux Beach House, School Of Seven Bells ou Warpaint). Une aventure poursuivie en 1990 avec le lumineux "Heaven Or Las Vegas", leur dernière livraison pour 4AD et terminée en 1997 après deux albums chez le label grand public Mercury.

























Deux disques mésestimés par les fans car plus accessibles, mais où la maîtrise musicale du trio est à son apogée : "Four-Calendar Café" en 1993 et, en particulier, le radieux "Milk & Kisses" de 1996, dont le "Seekers Who Are Lovers" final est sans nul doute, avec "Song To The Siren" pour This Mortal Coil, un des titres les plus émouvants chantés par Liz :



Preuve que leur trace est plus vivace que jamais : si Liz Fraser semble retombée dans le silence après avoir collaboré avec Massive Attack sur "Mezzanine" ou aux projets de Peter Gabriel et Yann Tiersen, si Robin Guthrie publie discrètement ses albums instrumentaux (le dernier s'appelle Emeralds, ici), l'ami Simon Raymonde perpétue l'inaltérable esprit chercheur des Cocteau à la tête de l'indispensable label pop indépendant Bella Union qui fait notre bonheur toute l'année.

De quoi tempérer notre inévitable déception devant l'impossible reformation d'un groupe dont on est sûr que le couple central séparé ne se réunira... jamais.

Mais, qu'importe, quand on sait que le bonheur est à portée de main, dans chaque sillon de chaque album des ces éternels enfants touchés par les ailes de la grâce et qui figurent en bonne place au panthéon personnel de mes groupes préférés de tous les temps. La place d'honneur : celle du coeur.

Cocteau Twins. "Blue Bell Knoll", 1988 (4AD/Virgin)
♥♥♥♥♥
sur spotify et deezer 

découvrir les Cocteau Twins sur spotify et deezer ♥♥♥♥♥
lire l'analyse de l'album sur XSilence.net
écouter les Cocteau Twins sur la Mini Playlist 80's

(pochette alternative de "Blue Bell Knoll")

Tracklist :

1. Blue Bell Knoll
2. Athol-Brose
3. Carolyn's Fingers
4. For Phoebe Still A Baby
5. The Itchy Glowbo Blow
6. Cico Buff
7. Suckling The Mender
8. Spooning Good Singum Gum
9. A Kissed Out Red Floatboat
10. Ella Megalast Burls Forever

Discographie albums :

Garlands (1982)
Head Over Heels (1983)
Treasure (1984)
Victorialand (1986)
The Moon And The Melodies with Harold Budd (1986)
Blue Bell Knoll (1988)
Heaven Or Las Vegas (1990)
Four Calendar-Café (1993)
Milk & Kisses (1996)
Stars And Topsoil compilation (2000)
Lullabies To Violaine intégrale des singles & b-sides, coffret 4 volumes (2005)

cocteau Twins
4AD 
Bella UnionLien
elizabeth Fraser
robin Guthrie

samedi 25 juin 2011

MY MORNING JACKET, l'auberge espagnole du rock

Un rapide billet pour entamer ce weekend, qui saluera impulsivement un album et un groupe difficile à caser, et dont justement l'aspect puzzle, composite et rempli d'embardées en tous genres satisfont chez moi en ce moment un désir de chaud et de froid, sage et énergique, calme et tempêtueux en même temps.

Bonne pioche avec "Circuital", septième album à l'oeil vert inquiétant de My Morning Jacket, le gang de loustics mené par la force de la nature Jim James.
Un boulimique compositeur qui mêle sur ses albums country rock, ballades alternatives, blues rock, indie pop, le moderne et l'ancien.
Comme s'il ne savait pas choisir entre Neil Young, Mercury Rev ou Grandaddy, James et sa bande s'offrent le tout, énergie brute, envolées rock ou recueillement acoustique.

Un banquet où le meilleur est au début, avouons-le avec un "Victory Dance" quasi prog-rock d'influence Pink Floydienne/Supertrampienne qui tâche un peu et finalement assez addictif...



... suivi d'un "Circuital" épique, sensuel et habité auquel je reviens sans faillir :



Soyons franc, un morceau qui doit toute sa structure et déroulement au célèbre "Creep" de Radiohead ou au lyrisme d'un Jeff Buckey, vérifiez par vous-même ci-dessous. Mais malgré (ou grâce à) cette similarité, qui finit par posséder un sacré caractère, lyrique et envoûtant :

"Creep" - Radiohead (Curtis Rock Redrum)

"Circuital" -My Morning Jacket

Et ça continue le long de ce disque digne d'une montagne russe, boulimique, imparfait, hirsute, mais jamais prévisible.
"Holding On To Black Metal", titre lourdaud et débraillé vous déplaît ? "Outta My System", une pop song digne des Troggs qui joueraient avec Jesus & The Mary Chain vous redonne le sourire alors que "Wonderful (The Way I Feel)", une ballade apaisée d'une naïve candeur vous cueille par surprise.

Si James et son clan refusent de choisir, se rêvant à la fois cowboys country-blues amoureux de leur slide guitar ou indie rockers alternatifs, abdiquant tout jugement définitif sur ces électrons libres, on se laisse juste aller au partage de ce repas d'ogre tous azimuts.
Quitte à le relativiser demain, on se laisse aller avec plaisir à l'ivresse temporaire de se sentir bien vivants en leur compagnie.

Tracklist :
1. Victory Dance
2. Circuital
3. The Day is Coming
4. Wonderful (The Way I Feel)
5. Outta My System
6. Holdin On To Black Metal
7. First Light
8. You Wanna Freak Out
9. Slow Slow Tune
10. Movin Away

My Morning Jacket. "Circuital" (Ato Music) ♥♥
sorti le 20 juin

en écoute sur spotify et deezer
2 titres sur la Playlist Pop
chronique sur pomme de pin et article sur magic

My Morning Jacket

mercredi 22 juin 2011

JOHN MAUS et SCOTT MATTHEW, outsiders en liberté

Grâce soit rendue au net qui vous fait découvrir si vite l'existence d'artistes dont il y a quelques semaines à peine vous ne soupçonniez même pas l'existence.
L'occasion de jeter un oeil (une oreille, plutôt) sur le parcours de créateurs oeuvrant en solo dans une relative confidentialité, laquelle ne devrait pas durer longtemps.

Prenez d'abord le cas du dit John Maus. Déjà le troisième album pour cet olibrius et néanmoins docteur en philosophie et sciences politiques.
Un parcours atypique pour un oiseau rare ayant déjà commis deux LP et collaboré avec son ami proche, l'ostrogoth Ariel Pink. Et qui accouche d'un disque énigmatique qui mêle dans le même mouvement, comme un situationniste moderne, radicalisme des idées ("Let's kill the cops tonight" sur Cop Killer) et radicalisme musical.

En revisitant à coup de claviers glacés et voix réverbérée toute la new wave minimaliste et clinquante des années 80, John Maus semble prendre un malin plaisir à balader son auditoire, lequel risque de le ranger à tort dans l'habituel revival eighties pratiqué par une certaine indie pop.



Si cette épopée néo vintage, trop courte, ne peut que satisfaire l'éternel accro des années 80 qui dort (?) en moi, cette galette à la fausse distanciation révèle un original prêt à se confronter au fantôme glacé de Joy Division, la new wave synthétique de Human League ou les moulinettes robotiques des ancêtres Kraftwerk.












Le tout évoquant les folies post-punk et pré-électro d'originaux comme Suicide ou Fad Gadget et recouvert à l'occasion d'un vernis d'italian disco pour une synth pop bien minimaliste balancée par de bonnes vieilles boîtes à rythme.



Une bizarrerie oscillant entre revival distancié et folie d'artiste, mais qui repose sur la qualité brute des compositions et la rigueur de son auteur (fantastiques Believer et Quantum Leap).
Un album qui démontre toutes ses facettes changeantes au fur et à mesure des écoutes pour se révéler, bien que trop succint dans sa durée, un plaisir rétro-futuriste diablement addictif, comme récemment dans des registres différents mais voisins, Twin Shadow ou Destroyer.

Ballade non exempte d'un romantisme noir, d'un activisme politique et d'une simple foi dans la musique pop, fut-elle déguisée en réhabilitation des codes et sonorités d'une époque révolue, l'aventure révèle un personnage en dehors des normes que je surveillerai désormais de près.

John Maus - "Keep Pushing On"

Tracklist :
1. Streetlight
2. Quantum Leap
3. ... And The Rain
4. Hey Moon
5. Keep Pushing On
6. The Crucifix
7. Head For The Country
8. Cop Killer
9. Matter Of Fact
10. We Can Break Through
11. Believer

John Maus. "We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves" (Upset The Rhythm) ♥♥♥♥
à écouter sur spotify
à lire
sur La Musique à Papa et article sur Magic

John Maus

Autre découverte personnelle de saison, le dénommé Scott Matthew déambule lui aussi en solo sur la scène musicale.
Arpentant des terrains plus fréquentés, entre crooner indie et songwriter solitaire, cet australien à la sensibilité et la voix proches d'un Antony Hegarty s'adonne lui aussi au plaisir de succomber à la muse mélancolie.

"Gallantry's Favorites Son", ensemble de ballades recueillies conçues comme des confessions de blessures intimes et aux arrangements précieux est surtout, dans mon cas, la découverte d'une voix qui ne peut que rappeler la trace d'illustres aînés, crooners undergrounds et stars atypiques.



Impossible à l'écoute de cette élocution stylée et ce timbre androgyne de ne pas songer à la grandeur dramatique de Scott Walker ou la flamboyance vocale de David Bowie lui-même. Saines influences auxquelles on peut rajouter le vibrato émotionnel d'un Terry Callier ou le timbre élégant d'un Perry Blake (oui, oui, Blake...).























Car on ne peut nier la distinction et le charme de cet album qui ne révolutionnera pas le genre mais qui alterne avec harmonie plages de mélancolie désolée (Buried Alive, True Sting) et titres d'humeur plus légère, presque easy listening (Felicity, No Place Called Hell). Mais d'inspiration et de tonalité élégantes, genre pop sixties, entre choeurs spectoriens, influences gospel et ambiance Burt Bacharach. "The Wonder Of Falling In Love", perle du disque, en est le parfait exemple :



Pourtant à la longue, le timbre plaintif et affecté de Matthew et la couleur sombre, voire désespérée de son spleen parfois complaisant peuvent finir par lasser (à l'instar de Antony & The Johnsons) et on aurait aimé que le disque soit toujours aussi fluide que ce morceau ou intense comme certaines torch songs épurées (Duet).

Restrictions relevées qui n'empêchent pourtant pas le plaisir de ce détour australien plus que fréquentable en compagnie d'un de ces outsiders préférant les chemins de traverse. De ceux qui ont souvent parsemé l'histoire du rock et de la pop, toujours pour notre bonheur.



Tracklist :
1. Black Bird
2. True Sting
3. Felicity
4. Duet
5. Buried Alive
6. Devil's Only Child
7. Sinking
8. The Wonder Of Falling In Love
9. Seedling
10. Sweet Kiss In The Afterlife
11. No Place Called Hell

Scott Matthew. "Gallantry's Favorite Son" (Glitterhouse Records) ♥♥
sorti le
14 juin
en écoute sur spotify et "The Wonder Of Falling In Love" sur la Playlist Pop
article sur les inrocks
Scott Matthew

lundi 20 juin 2011

BON IVER, épisode 2

Dans la longue liste des sorties du moment, le deuxième album éponyme de Bon Iver a la chance (ou pas) d'être impatiemment attendu par ceux qui avaient succombé à la beauté de son premier essai "For Emma, Forever Ago", recueil de folk mélodique et limpide confectionné en quasi-ermite.

Justin Vernon, l'homme-orchestre caché derrière Bon Iver, a eu l'intelligence d'éviter de reconduire la même formule acoustique : fini l'ambiance épurée genre "Nebraska" de Bruce Springsteen ou "Pink Moon" de Nick Drake, place à l'espace, aux arrangements variés, à l'électricité.

Si le précédent s'avérait touchant dans le dénuement de son ambiance rurale, son successeur affirme la volonté de son auteur de changer de paysage et d'évoquer un décor plus contemporain.



"Bon Iver l'album" est ainsi un objet à la fois plus excitant, moins attendu mais plus ambigu, dont la production minutieuse évoluant vers un climat conceptuel donne à réfléchir sur Vernon lui-même : fait-il encore du folk ? Notre homme loin d'un quelconque gratouilleur barbu ne serait-il pas un vrai laborantin sonique tenté par l'abstraction et la création d'espaces esthétiques ?

Un disque qui impose sa maîtrise de mélodiste/chanteur et d'évidence construit autour de sa voix céleste (évident Calgary, très beau Holocene) habillée parfois d'effets électroniques. Un travail d'orfèvre jugé fascinant et entièrement maîtrisé dans mon cas, mais non exempt d'un aspect "exercice de style" que les plus réfractaires à la voix très auto-tunée de Vernon pourront juger démonstratif.



Exercice de style ou pas
, même proche d'un certain clinquant sonore (Hinnom, TX), cet opus singulier est au service d'une inspiration mélodique jamais prise en défaut (très lumineux Perth et Holocene) où respire une classe et une élégance évidentes.

Un objet immanquable qui en fait un des disques les plus marquants de cette saison, dépassant le petit cadre habituel du folk par le potentiel fort qu'il recèle. Voilà un disque qui met à jour le visage d'un artiste fort doué, mais que guette parfois les pièges d'une certaine virtuosité, un goût pour la perfection clinique moins naturelle que son essai inaugural fragile et dépouillé.

Confirmant le virage entrepris avec le EP "Blood Bank" et sa collaboration suprise avec Kanye West, on est alors tenté de mettre le parcours de Bon Iver en parallèle avec celui d'un Sufjan Stevens, en moins alambiqué (même dispositif "une chanson-un lieu" que l'auteur d'Illinoise) et le même goût pour l'apesanteur et la préciosité vocale qu'un certain petit ... James Blake !













Que Bon Iver se dirige alors vers le dubstep ou un soft-rock années 80 comme celui de "Beth/Rest", le dernier morceau qui clôt ce déroutant opus (à rapprocher de celui du super-groupe Gayngs auquel il collabore), n'aurait alors rien d'étonnant.


Mais finalement ne regarde que ce surprenant faux ermite qui semble avoir toutes les cartes en main pour tracer une route qu'on lui souhaite libre et encore parsemée de surprises. Un album sans doute imparfait, agaçant mais passionnant en tout cas.   

Tracklist :
1. Perth
2. Minnesota, WI
3. Holocene
4. Towers
5. Michicant
6. Hinnom, TX
7. Wash
8. Calgary
9. Lisbon, OH
10.
Beth/Rest


Bon Iver. "Bon Iver" (Jagjaguwar/4AD)
♥♥♥♥
Sortie lundi 20 juin

en écoute sur deezer et spotify et 3 titres (Holocene, Michicant, Calgary) sur la Playlist Pop
à lire sur Muffin Man, Tasca Potosina, So Why One More Music Blog et l'ami Charlu

Bon Iver.com

vendredi 17 juin 2011

FOLK. VETIVER côté pile et THE MIDDLE EAST côté face


Terre idéale pour trouver la satisfaction musicale, voici que la production folk pop arrive à notre secours. Du folk en toute saison, je ne suis pas contre, surtout quand il est pratiqué par de valeureuses formations comme ici.

Avec "The Errant Charm", voilà la galette parfaite en vue d'un week-end paisible. Avec ce cinquième album de Vetiver, la bande d'Andy Cabic nous offre l'une des haltes musicales les plus harmonieuses du moment.
Car nos trop discrets baladins californiens, compagnons de route de Joanna Newsom et Devendra Banhart, n'ont jamais eu pour ambition de rien révolutionner, dans la folk, la pop, ni même dans leur trajectoire musicale. Et pas de raison de le regretter, tellement le voyage s'avère ici rayonnant.



Avec cette radieuse collection de vignettes folk très pop, "The Errant Charm" propose la plus décontractée des virées, au son délicat et accueillant en compagnie de la voix doucement feutrée de Cabic. Entre guitares limpides évoquant les Byrds, folk du Buffalo Springfield et luminosité de la sunshine pop fin sixties.
Peaufinées avec modestie et soin, les compositions touchées par l'élégance pop de Cabic s'avèrent d'une allégresse toujours vivifiante (Wonder Why, Fog Emotion) serties dans l'écrin d'une belle production s'autorisant à ses heures un peu de fantaisie sonore (l'atypique Soft Glass).



Un art pour l'écriture intimiste peaufiné avec une fluidité de maître-artisan porté à son épanouissement (ces guitares fondantes!). Qui a dit qu'on ne pouvait pas écrire de bonnes chansons sur les sentiments positifs ? Assertion démentie ici avec une modeste assurance communicative et qu'on se gardera pour les jours dociles au coeur léger.
La bande-son parfaite de vos siestes d'été à venir, notez-le donc.

Tracklist :
1. It's Beyond Me
2. Worse For Fear
3. Can't You Tell
4. Hard To Break
5. Fog Emotion
6. Right Away
7. Wonder Why
8. Ride Ride Ride
9. Faint Praise
10. Soft Glass
Vetiver. "The Errant Charm" (Sub Pop/V2Records) sorti le 14 juin ♥♥♥  
écoute sur spotify & deezer et 3 titres sur la Playlist Pop    
chronique sur La Quenelle Culturelle et article sur Magic
 
Vetiver le site  

Autant l'art de Vetiver incite à l'insouciance ensoleillée, autant la bande de The Middle East, nous invite à un voyage plus désorientant et qu'aucun GPS ne vous indiquera jamais.
Un disque déroutant dont il n'est pas besoin de connaître le passé du groupe (un LP autoproduit en 2008, un EP depuis) pour apprécier le caractère intrigant.
Ébahi à juste titre par l'épure des deux morceaux d'entrée (saisissant Black Death 1349 et noirceur sépulcrale de My Grandmother Was Pearl Hill avec son piano désolé), les titres suivants brouillent l'identification, nous égarant sur des pistes plus variées : country, rock, bruitiste (les deux Mount Morgan). Puis plus loin tendent vers l'épanouissement pop (Months) ou la ballade slowcore (Deep Water) :



Étrange impression d'un album se refusant à toute catégorisation et qui logiquement nous résiste au début. Mais on ne peut que trouver étrangement familière la musique de ce collectif australien.

"I Want That You Are Always Happy" avec sa faute de grammaire volontaire et sa pochette au ludisme inquiétant est un disque au magnétisme noir et lumineux qui se mérite. Un laboratoire musical distillant un parfum singulier, dont les accents parfois rageurs ne sont qu'un des versants d'une même humeur. Celle-là même qui habite les albums de Smog, Red House Painters, Will Oldham ou Sparklehorse.

 












Un spleen aux allures folk, en fait plainte antique cachée derrière une Americana de guitares, violons ou harmonicas qui ne sont là que pour parer de séduisants atours les éternels tourments tapis dans le coeur humain, fut-il australien en l'occurrence. Grâce d'ailleurs soit rendue à la voix élégiaque du Middle-East-en-chef, Jordan Ireland, aérienne et irréelle :



"Dark Night Of The Soul" (sombre nuit de l'âme), aurait été le sous-titre parfait de cette équipée singulière. s'il n'avait déjà été le titre du projet collectif de Danger Mouse en 2009. Qui navigue à l'instinct entre brusques irruptions soniques (Mount Mountain) et ballades introspectives à la slide guitar d'une fraternelle évidence (somptueux Deep Water et Ninth Avenue Reverie faits pour serrer le coeur).

Rêverie : voilà le mot juste pour cette belle révélation de la saison qui dépasse le petit cadre du folk. Disque parfait pour apprivoiser ou noyer son chagrin éventuel, et rêverie atmosphérique entre songe et cauchemar, parfois peuplée d'ombre inquiétante, parfois traversée de lumière apaisante. Un périple qui n'attend maintenant plus que vous.

Tracklist :
1. Black Death 1349
2. My Grandmother Was Pearl Hall
3. As I Go To See Janey
4. Jesus Came To My Birthday Party
5. Land Of The Bloody Unknown
6. Very Many 7. Sydney To Newcastle
8. Mount Morgan
9. Months
10. Dan’s Silverleaf
11. Hunger Song
12. Ninth Avenue Reverie
13. Deep Water
14. Mount Morgan End

The Middle East. " I Want That You Are Always Happy" (Play It Again Sam/PIAS) sorti le 6 juin ♥♥♥en écoute sur spotify & deezer et 3 titres sur la Playlist Pop    
à lire sur Little Reviews et critiques sur Les Inrocks et Magic  

The Middle East le site