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vendredi 30 septembre 2011

La parenthèse JONO McCLEERY

Alors que la rentrée musicale bat son plein et que les disques à écouter commencent à s'accumuler (Wilco, Zola Jesus et consorts) voilà que je prends déjà un chemin de traverse en allant écouter un peu ailleurs... Effet de la chaleur ou pas, mes oreilles en quête d'apaisement sont tombées par hasard sur "There Is", session de rattrapage impromptue pour un disque paru depuis le 5 septembre.

Déjà estampillé de l'encombrante étiquette de "nouveau James Blake", le dénommé Jono McCleery pourrait être abordé comme un suiveur de saison s'il n'affichait déjà un parcours de folk singer classique entamé avec le mini LP "Darkest Light."

Trêve de références, on écoute et l'aventure retient alors l'attention, mais avouons-le, pas tout de suite : les premiers morceaux, entre dubstep à la James Blake et intonations soul trop proches d'un Kezia Jones (!) agacent un peu et sa reprise de l'anecdotique succès années 80
de Black "Wonderful Life" ne s'impose pas. C'est en fait à partir de "Tomorrow", lent et fascinant quatrième titre, suspendu et atmosphérique, que le cas McCleery commence à intriguer, voire captiver.

"Tomorrow" (version courte) :


Très vite, l'analogie James Blake s'efface un peu, car l'espace esquissé par ce nouveau londonien dessine d'autres paysages, au son moins électro, aux paysages résolument moins novateurs et plus classiques mais pas moins flottants, se frottant au soft jazz et à l'acoustique, descendant du folk de John Martyn, frère pop du Blue Nile ou cousin des anglais Fink ou The Cinematic Orchestra.











Pour lâcher ces sempiternelles comparaisons, disons que la pop en apesanteur de McCleery, pour peu qu'on s'abandonne à sa voix superbe de soulman blanc et à son apprivoisement instrumental de l'espace, distille un calme contemplatif à l'atmosphère changeante, aux échos d'orages à la Radiohead (Garden), de soul music au groove recueilli (superbes Home et It's All) ou d'images bucoliques dignes du folk anglais (The Gymnopedist, moment de grâce voltigeuse).

Étrange album qu'on aurait tort de prendre pour un copié-collé opportuniste de James Blake puisqu'il cherche moins ouvertement les effets électro-dubstep ou à créer de nouveaux espaces sonores. D'une autre manière, il n'en est pas moins un disque libre, à la croisée entre folk et soul music, mutation de blues antique et pop futuriste se basant sur l'instrumentation jazz :



Album à la fois classique et contemporain, on ne peut encore présager de l'avenir sonore à long terme de cet opus. Mais qu'il soit prochainement détrôné par un nouveau prétendant importe peu, tant par l'intemporalité de son inspiration, il risque de faire la joie de ceux - à mon avis nombreux - sensibles au talent de vocalistes inspirés, au spleen de Nick Drake, au groove de Gil Scott-Heron ou à la sensibilité d'un Thom Yorke.
On attend d'ailleurs vos avis.

Tracklist :
1. Fears
2. Garden
3. Wonderful Life
4. Tomorrow
5. It's All
6. Stand Proud
7. Home
8. Only
9. Tie Me In
10. Raise Me
11. The Gymnopedist
12. She Moves

Jono McCleery. "There Is" (Counter Records)
♥♥♥
Paru le 5 septembre
en écoute sur deezer & spotify et 3 titres sur la Playlist Pop
avis sur les inrocks, musique-culture et bon pour les oreilles

jono mc cleery.com

jeudi 3 février 2011

DUBSTEP OR NOT DUBSTEP ? James Blake, l'album

Depuis belle lurette que le disque de James Blake circule sur le net, tourne sur les lecteurs mp3 et fait les gorges chaudes de la blogosphère musicale, nul surprise si je l'évoque avec une légère avance sur sa parution officielle ce lundi 7 février, puisqu'en fait je suis déjà en retard, si vous me suivez bien.

Avec ce premier album attendu comme l'un des grands rendez-vous de ce début 2011, James Blake divise bel et bien, signe des attentes qu'il suscitait chez beaucoup.

Le single-carte de visite de l'album :


Alors, confirmation du talent de ce jeune londonien de 22 ans vu pour les amateurs d'électro comme son futur grand espoir ? Ou trahison de l'esprit inventif et underground du genre dubstep, dont il était considéré comme son petit génie il y a un an avec les remixes de Destiny's Child, Lil Wayne ou ses collaborations avec les Mount Kimbie ?












Tandis que ses précédents EP (The Bells Sketch, CYMK) déjà évoqués ici peaufinaient une électro à tendance expérimentale tissée d'un entrelacs complexe de samples vocaux et effets sonores répétitifs à tendance hypnotique, l'album s'avère fondamentalement construit sur les parties vocales.
Il y développe une sorte de gospel électro minimaliste à la fois sensuelle et désincarnée, basée sur les claviers et le piano et surtout sa propre voix où il maîtrise un vibrato de crooner black digne de celui d'un vieux briscard de la soul music.

Un choix qui n'aurait pas dû surprendre à l'écoute de son "Klaviewerke EP", où le virage gospel et soul s'amorçait déjà amplement, avec ces claviers résonnants et cette soul en apesanteur.

Une option qu'il a épurée à l'extrême sur l'album, créant une atmosphère de chants néo-gospel, de soul futuriste dépouillée (Limit To Your Love), voire de recueillement spirituel (Measurements).

"James Blake, l'album" instaure une atmosphère fortement addictive qui témoigne à l'évidence d'un tempérament solitaire, d'une maîtrise technique imposante et d'une aisance vocale qui convoque au détour des plages les échos des voix de Nina Simone, Al Green, Terry Callier, D'Angelo ou le voisinage vocal proche d'un Antony & The Johnsons. Sans omettre que l'album compte au moins deux moments de haute volée : l'obsessionnel "I Never Learnt To Share" et le crescendo sonore de "The Wilhem Scream".



Pour être juste, les arguments de certains détracteurs du LP qui lui reprochent un aspect "r'n'b blanc" ainsi que son usage parfois immodéré de l'auto tune ne sont pas toujours sans fondement, assez pertinents dans les deux "Lindisfarne" à mi-parcours du disque.

Mais paradoxalement, c'est aussi cet aspect de bloc uniforme où Blake semble creuser encore jusqu'à l'os (l'abstraction?) toutes ses fantomatiques complaintes soul se répondant entre elles qui lui confère son identité marquée, entre caresse soul et solitude désolée. Dans ses meilleurs moments, il y a de la grâce dans cette électro-soul mutante au temps suspendu.


Pour revenir à la mini polémique suscitée, le mécanisme est connu qui fait qu'un artiste essuie les foudres du cercle d'initiés auquel il échappe pour élargir son audience, mais je pense qu'il y a encore de la marge à ce que James Blake devienne une soupe marketing déclinée jusqu'à l'usure.

Loin d'être un puriste spécialiste du dubstep, mon avis n'est cependant que celui d'un mélomane anonyme séduit par l'épure et la classe d'un artiste à la griffe déjà affirmée.
Et, pour finir, on ne réfutera pas le caractère événementiel de la sortie de ce disque. Que cet album soit ou non novateur, et qu'il figure ou non dans les grands disques de l'année, le temps seul nous le dira.

Tracklist :
1. Unluck
2. The Wilhelm Scream
3. I Never Learnt To Share
4. Lindisfarne I
5. Lindisfarne II
6. Limit To Your Love
7. Give Me My Month
8. To Care (Like You)
9. Why Don’t You Call Me
10. I Mind
11. Measurements

James Blake. "James Blake" (Atlas/A&M) ♥♥♥♥
SORTIE LUNDI 7 FÉVRIER
2011

en écoute sur Deezer et Spotify

Ils en ont déjà parlé, les pour : arbobo, Des Oreilles dans Babylone, Esprits Critiques

les contre : Chroniques électroniques, Brainfeeders & Mindfuckers

et un peu agacés : The Drone

myspace James Blake