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samedi 14 avril 2012

CHAPELIER FOU, pas si invisible

On sait que nos petits français ne sont pas en reste question vitalité musicale et la scène bien de chez nous, pop, rock, électro, va bien, merci pour elle (au hasard : Frànçois & The Atlas Mountains, Alexandre Navarro, The Last Morning Soundtrack, Herzfeld Orchestra, Cascadeur). Preuve en est aussi avec le lorrain Chapelier Fou qui, avec son deuxième album Invisible, confirme avec éclat son talent en expansion.

Violoniste doué devenu bidouilleur éclectro, son premier opus séduisant 613 à écouter ici, révélait qu'il allait falloir compter sur Chapelier Fou (a.ka. Louis Warynski), ses comptines instrumentales électro à la résonnance naïve, entre Yann Tiersen minimaliste ou homologue hexagonal d'Owen Pallett. Chose faite, quelques EP plus tard, et brillamment confirmée avec cet Invisible qui nous occupe aujourd'hui.

La production du jeune homme, toujours basée sur une électronica rêveuse et impressionniste, s'ouvre maintenant sur un territoire plus ouvert. S'aventurant en des tonalités musicales plus contrastées avec synthés anoalogiques. Se permettant l'apport de featurings vocaux hier absents. Abordant des rivages plus mélancoliques, voire sombres (P Magister, Moth, Flame).
Ainsi, la musique de Chapelier Fou continue de séduire tout en cultivant une secrète introspection, une zone d'inquiétude qui la rend encore plus pertinente : 


Touche-à-tout boulimique ayant la bougeotte, Louis Warynski se nourrit autant de références savantes du genre (Philip Glass, Pierre Henry, Stockhausen) que de ses nombreux voyages (récemment, en Chine), d'instruments patiemment dénichés ou de collaborateurs qui l'inspirent (Matt Elliott, Gerard Kurdian de This Is The Hello Monster).  
Invisible, disque fluide aux textures sonores variées, déroule une suite de tableaux complémentaires, qui vont de l'électronica malicieuse du début (Shunde's Bronx) au territoire épuré de la fin (Moth, Flame), le tout résonnant d'échos très cinématographiques (Fritz Lang), porteurs d'images en supension :



Un album au charme durable, se déployant en volutes addictives telles celles de son violon, où notre ami de Metz semble parfois saluer en secret des fugures secrètes (Le tricot ne serait-il pas un hommage évident aux ritournelles de notre François de Roubaix préféré ?).

Invisible ne peut que faire mentir son titre en révélant à tous la liberté et maîtrise captivante d'un musicien dont la carrière ne fait pourtant que commencer. De quoi espérer le meilleur sans crainte pour la suite !

Un très beau disque, en tout cas.
1. Shunde's Bronx
2. Cyclope & Othello
3. Vessel Arches (avec Gérald Kurdian)
4. Fritz Lang
5. L'Eau Qui Dort
6. Le Tricot
7. Protest
8. P Magister
9. Moth, Flame (avec Matt Elliott)

Chapelier Fou. Invisible (Louis Warynski / Ici D'Ailleurs) paru le 26 mars
♥♥♥♥
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interview sur l'alsace

chapelier fou 

dimanche 18 mars 2012

REVOLVER et THE SHINS : les mirages de la perfection pop ?

On sait que passer l'épreuve du deuxième album n'est pas chose aisée et les jeunes musiciens de Revolver n'échappent pas à la règle.
Vite révélés en 2009 avec leur premier opus intimiste Music For A While, leurs harmonies vocales et leur refrains à l'unisson, le trio parisien avait, à défaut de rien inventer, l'avantage de leur très grande jeunesse, la joliesse pop et la délicatesse harmonique, héritage de leur éducation classique. 
Vus en concert, malgré les risques d'une maladresse occasionnelle, Revolver respirait à la fois la timidité et la fraîcheur des premiers pas, la promesse des lendemains, en émules juvéniles des Beatles ou Donovan.

Devenus un enjeu commercial vu le succès de leurs 100 000 albums vendus, les trop gentils Ambroise, Jérémie et Christophe ont beau avoir intitulé la suite Let Go, on attend encore en vain le "lâcher prise" promis. Plus formatée et banalisée, leur musique de jeunes gens sages confié aux (mauvais) soins du producteur Julien Delfaud les voit enfiler l'ordinaire et le tout-venant des habits pop, en vagues photocopies de Phoenix (trop lisses Wind Song ou Brothers). Du nanan pour les radios grand public :



Distillés mollement sous l'étouffoir d'un vernis lisse sans saveur où rien ne dépasse, les titres de Let Go, obsédés par une certaine perfection pop, procure plus l'ennui qu'autre chose. Et confirment le risque de fadeur inhérente des compositions des garçons, la trop grande gentillesse ou inoffensivité de leur politesse de bons élèves. On sauvera toutefois un Losing You d'inspiration Crosby Still Nash & Young ou un Cassavetes plus americana qui laisse entrevoir ce que le groupe aurait pu faire la bride moins sur le cou.

Bon, on réécoute mieux les Fleet Foxes - qu'ils adorent mais dont ils sont très loin - on vit un peu, et on revient avec un peu d'expérience et une approche plus mûre. Sinon, on vous zappera vite, les gars !

Revolver. Let Go (EMI Music) paru le 12 mars

spotify & deezer
avis pour sur les inrocks, contre sur magic et déçu sur pop revue express


L'immaturité n'est pas ce qui menace James Mercer, l'homme étant auteur à la tête de ses Shins d'une jolie discographie, dont l'inaugural Oh, Inverted World en 2001 ou le petit sommet pop Wincing The Night Away de 2007.
Révélé à tous par la ballade New Slang sur la bande-son du film culte Garden State, le talent mélodique, la précision instrumentale et la voix de vocaliste hors pair du one man band sont autant d'éléments de choix dans un parcours toujours mouvant. Même si la parenthèse Broken Bells avec Danger Mouse avait prouvé sa capacité à changer d'univers, on avait envie de le retrouver depuis ses longues années.


Chose faite avec un retour aux affaires comme pilote de son navire principal : The Shins réappareillent pour un retour au port (Port Of Morrow). Si ce quatrième volume qui sort demain célèbre nos retrouvailles avec sa pop liquide soignée, ces  mélodies à tiroirs et une maîtrise intacte, avouons aussi que, survenant après son inventif opus pop de 2007 qui le voyait réinventer son groupe néo-sixties en groupe moderne entre ombre et lumière, Port Of Morrow paraît en  agréable, mais évident pilote automatique.

Ainsi, victime de sa volonté d'efficacité, Mercer semble se réfugier derrière une grosse production immaculée dont témoigne l'aspect nouveau riche du single Simple Song : 


Sévérité de notre regard, mais qu'on aurait accepté de la part d'autrui ? Surtout l'aspect fondamentalement décousu d'une collection de titres anciens qu'il avoue avoir accumulé au fil du temps, d'où le côté inégal d'un recueil de chansons sans vrai unité artistique.
Le disque, s'il comporte faiblesses ou facilités (No Way Down, It's Only Life) affiche cependant aussi mélodies catchy (Bait And Switch, 40 Mark Strasse) ou trouvailles inspirées (Port Of Morrow, le titre) :



Ce qui déçoit en fait, c'est son aspect plutôt anecdotique en regard de ses capacités, et surtout l'obsession sonore et de la perfection clinique dans lesquels Mercer semble s'être installé. Des pièges qui menacent de scléroser son inspiration et surtout limiter son champ d'action et notre intérêt. La perfection peut être voisine de l'ennui, en musique comme dans la vie.

Allez, on médite et dort là-dessus, une nouvelle semaine s'annonce !

The Shins. Port Of Morrow (Rural Apothecary/Columbia Records) parution lundi 19 mars
entre ♥ et ♥♥
écouter sur spotify & deezer
avis pour sur la quenelle culturelle et mitigé sur les inrocks 

mardi 13 décembre 2011

REPLAY (7). THE LAST MORNING SOUNDTRACK

Voici un modeste papier sur un disque dont je n'aurais pas effectué l'écoute (et ça aurait été dommage!) si je n'avais pas été aiguillé par l'avis enthousiaste d'un de mes collègues blogueurs et ami, Muffin Man*.

* Je vous conseille (ordonne!) la lecture régulière de ses pages. Au programme : recettes gourmandes sucrées et chroniques musicales savoureuses relevées de l'enthousiasme chaleureux qui le caractérise, à lire ici.

Disque sorti au printemps dernier, "A Distance. A Lack." est en fait un album qui prend toute sa dimension cet hiver. Un refuge contre les vents mauvais et les bourrasques, à l'intimisme pudique et à la douce architecture sonore, entre solitude nue et mélancolie consolatrice.

Un vrai disque d'indie folk digne des meilleurs orfèvres U.S. pourtant signé ... d'un petit français, le rennais Sylvain Texier sous le nom de The Last Morning Soundtrack. Fruit d'une longue maturation artistique, cette "bande-son du dernier matin" respire autant une mélancolie introspective et fragile, fruit de questionnements personnels de l'auteur, qu'un constant appel vers l'épanouissement et l'apaisement.

Épurées et allant à l'essentiel, ses compositions à l'apparente fragilité de libellule révèlent une solidité sculptée dans la luminosité d'arrangements raffinés (guitare acoustique claire, violons et violoncelles soyeux, glockenspiel enchanté, toy piano aérien, voix doublée entêtante). Une délicatesse de porcelaine, un matin d'hiver irisé de givre au ciel bleu radieux :



De sa douce invitation, Sylvain Texier marie les folk songs intimistes de Damien Rice ou d'Elliott Smith avec le ravissement enfantin de Pascal Comelade ou la tendre nostalgie d'un Yann Tiersen première manière.













Pour résumer simplement : un beau disque, plus d'une fois touchant (les babillements d'enfant sur Around The Bend, la nudité de Such A Cold Winter) se refermant sur un Last Chapter d'une belle intensité.


The Last Morning Soundtrack - "A Snowman In Summer"

J'aurais mis le temps, mais une fois entendu l'oasis musicale de ce dernier matin, difficile de se défaire de cette "bande-son" d'une pureté salvatrice. De celle capable d'une seule note de vous faire oublier la morosité de cet hiver humide et maussade et surtout, de vous faire partager les vertus de la mélancolie, celle qui soigne et guérit de tout.

Merci encore à Fabrice

Tracklist :

 1. Heartbeats & Headache
2. A Snowman In Summer
3. Empty Frames
4. Locked-In Syndrome
5. Around The Bend
6. Your Escape. My Guiltiness.
7. Your Wedding Day
8. Such A Cold Winter
9. The Belated Promise Of Lovers
10. The Last Chapter

The Last Morning Soundtrack. "A Distance. A Lack." (Tlms) sorti le 28 mars 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011à lire sur the muffin man
interview sur the muffin man et vidéo-interview sur fma

The Last Morning Soundtrack
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dimanche 27 novembre 2011

SYD MATTERS EN LIVE. Merci, Mr Morali !



L'existence d'un blog est une course de fond, non exempte d'incidents et d'arrêts imprévus. Plus de dix-sept jours de break momentané, un trou d'air de saison occasionnel qui nous envoie déjà à la fin du mois de novembre.

Et c'est donc à l'occasion d'un concert hier soir, ma deuxième virée passée à La Sirene, que le blog se réveille de sa torpeur passagère. Un concert de Syd Matters, mais quel concert ! Bon, commençons par le début car la soirée pop rock rochelaise s'est déroulée en trois temps.

D'abord le quatuor des Kid Bombardos, petits voisins bordelais qui ont ouvert les hostilités avec l'énergie qui caractérise leur jeune âge. Et admettons que le groupe des frangins Martinelli se tient bien en scène, endroit qu'ils connaissent manifestement comme leur poche. Leurs pop songs charnues et électriques et leur look rétro constituent un apéritif sympa, à défaut d'être original :



Avouons juste que, malgré l'excellence de leur bassiste et leur jeu de guitares furibardes, malgré tout l'engagement scénique dont ils font preuve, le set s'avère un peu lassant, lorgnant sur les sixties et le rock limité des Strokes, pour finir au fond par sonner comme une version hexagonale des Vampire Weekend ou Two Door Cinema Club. Quand en plus, on n'est pas très sensible au phrasé anglais très chewing-gum de Vincent Martinelli. Ceci dit, vu leur âge et leur fougue en scène, je présage que ces kids là ont toute la ressource de me convaincre dans la suite de leur parcours.

myspace kid bombardos

Puis vint le tour des Rouennais de Tahiti 80, le groupe de french pop qui mériterait d'être aussi célèbre que Phoenix, ou au moins, de connaître une part de la reconnaissance médiatique (exagérée) qu'on accorde aux versaillais.

Véritables champions de feel good music, difficile de résister au vraies bombes sunshine pop du groupe du sympathique Xavier Boyer, dont la récente approche électro n'a fait que bonifier leur pop fruitée et mélodiquement irrésistible. Quand en plus le gang fait preuve d'une évidente aisance scénique, aucune raison de bouder son plaisir :



Hélas, c'était sans compter sans l'apathie ou l'indifférence d'une partie du public qui les toisait avec l'air blasé d'un troupeau de bestiaux regardant passer un TGV. Ainsi, une certaine qui regardait en coin d'un air navré ma tentative personnelle de danse improvisée d'un air quasi attéré.
Réflexion tardive
: "Si tu viens au concert pour faire la gueule, même quand les artistes sont bons, fallait pas venir, Machine !"
"Vous allez l'air sage, trop sage!" lança un Xavier Boyer conscient du problème, plutôt piqué et semble-t-il agacé par l'obligation de terminer à un horaire imposé. Décidés à les faire bouger, le gang enchaîna avec un choix imparable de machines à danser (Gate 33, Darlin', Crack Up). Mais cette dernière n'ayant, à ma grande surprise, pas encore réveillé les endormis, Boyer & co ont semblé rendre prématurément les armes, ce que je comprends dans ces circonstances, et sans aucun rappel, que ce petit public de zombies ne méritait d'ailleurs pas.
Du coup, tout le monde en a été privé. C'est pas juste pour les autres, dont moi !

tahiti 80

Le temps d'un nouveau (et bien long) changement de matériel, j'en vins à m'interroger sur la suite : est-ce que cette attente valait le coup? Avais-je bien fait de vouloir voir Syd Matters en scène?

Autant dire que dès que l'obscurité s'est faite, à peine éclairée d'une petite lumière bleue aquatique et que les premières mesures de "River Sister" ont résonné, le climat change et le niveau monte d'un cran. Plus de questions, la certitude d'être au bon endroit, au bon moment, et de voir des artistes légitimes dans la pleine mesure de leur talent :



Si le folk-pop rigoureux et inventif de Syd Matters charme déjà sur disque (le génial "Brotherocean"), les voir en scène constitue un vrai aboutissement. Voir chanter Jonathan Morali avec une rare intensité, les yeux fermés comme plongé dans son monde intérieur, envoûte par son caractère spirituel qui impose l'exigence à tous. Light show inspiré, son parfait, musiciens concentrés, choeurs chaleureux, section rythmique d'enfer, compositions habitées : de la pure magie, un vrai moment de grâce étonnant.

Jonathan Morali semble investi dans chaque mot de chaque chanson, et quelles chansons ! Intimes, fluctuantes, émouvantes, complexes et limpides à la fois, l'énergie de la scène leur confère une dimension supplémentaire et une électricité rock insoupçonnée en studio.


















Alternant épure acoustique, digressions instrumentales dignes des meilleures heures du prog rock et longues boucles guitaristiques ou variations électro aux vertus psychédéliques, Syd Matters impressionne par sa force tranquille, sa puissance de feu et laisse muet plus d'une fois (somptueux "Obstacles" ou "I Might Float", au hasard) :





Un moment en apesanteur, où la gravité perce sous la douceur, l'euphorie sous la mélancolie, rempli des regards de connivence de Morali vers ses quatre complices et de son émotion lors d'un double rappel triomphal et bluffant de beauté. Dignes enfants de Pink Floyd, cousins hexagonaux de Midlake mais surtout de Radiohead, voilà, à mon humble avis, le plus grand groupe français actuel en activité.

Dont je ne remercierai jamais assez l'actuelle prestation. Surtout pour nous rappeler combien il est bon, dans une époque de faux-semblants et de vrais blasés, de se retrouver en position d'admiration devant le talent de vrais artistes, une sensation rare pour un plaisir réconfortant.

Des étoiles dans les yeux, bien qu'à moitié sourd après le concert, je cours récupérer une affiche du groupe. Derrière moi, deux couples commencent à s'échauffer, l'un reprochant à l'autre d'avoir parfois parlé et ri trop fort lors du set, même lorsque les morceaux ne s'y prêtaient pas :
"- Ça, on peut dire qu'on vous a entendu, vous !"
"- Comment, on doit se taire? C'est la messe, c'est Dieu, Syd Matters ?"

Même ridicules et inappropriées, ces interventions n'avaient pourtant pas réussi à briser l'harmonie de ce rendez-vous entre ciel et terre, air et eau, ombre et lumière.

Un moment qui restera comme un des meilleurs concerts que j'ai vus, un instant protégé par la bulle aérienne du monde de Syd Matters. Vous savez ce qui vous reste à faire si d'aventure ils passent près de chez vous : y courir sans hésitation !

"Brotherocean" en écoute sur spotify

syd matters
la sirene

Merci sincère aux lecteurs et blogueurs amis (Christo, Benoit, Joris, Muffin Man, Charlu, Vincent et les autres) quand l'envie s'essouffle parfois, pour me redonner régulièrement envie de repartir. Thanks a lot !

jeudi 20 octobre 2011

YANN TIERSEN au ciel

Pas de crainte à avoir malgré l'intitulé ambigu de ce billet, l'ami Yann Tiersen est bien toujours parmi nous ! Voire même plus que jamais puisqu'à peine un an après son dernier album, l'excellent "Dust Lane" (lire ici) sur l'historique label anglais Mute, le voici déjà de retour avec "Skyline".

Manifestement regonflé par l'expérience et la tournée qui s'ensuivit, l'instrumentiste continue son exploration en musicien libre et inclassable. Pour un opus court et ramassé dans la même mouvance, entre pop éthérée et post-rock à tendance noisy, une couleur parfaitement résumée dans l'explosif titre d'ouverture aux accents shoegaze, "Another Shore" :



Mais comme c'était déjà le cas avec "Dust Lane", le breton ne suit que sa propre humeur, entraînant autant l'auditeur sur des plages accueillantes et légères (I'm Gonna Live Anyhow, Monuments) que l'abandonnant en zone de turbulences intenses (déroutant Exit 25 Block 20) ou pièce instrumentale éthérée (épanoui The Trial).

Développant en solitaire bien entouré (Olavur Jacobson d'Orka, le remixer Ken Thomas) son croisement très personnel entre musique instrumentale et influences indie rock à l'orchestration épurée ou énergique, Yann Tiersen affiche une belle santé créative, en pleine possession de ses moyens, en équilibre entre formats pop et climats changeants flirtant à l'occasion avec l'expérimentation.



Une suite logique qui n'atteint cependant pas l'intensité radicale et mystérieuse de "Dust Lane" mais s'avère toutefois un excellent cru du breton,
à mettre en haut de sa discographie. Une étape de plus dans un parcours de plus en plus impeccable et singulier. Prêt au décollage ?

Tracklist :


1. Another Shore
2. I'm Gonna Live Anyhow
3. Monuments
4. The Gutter
5. Exit 25 Block 20
6. Hesitation Wound
7. Forgive Me
8. The Trial
9. Vanishing Point

Yann Tiersen. "Skyline" (Everything's Calm/Mute) Sorti le 17 octobre 2011
♥♥♥♥
à écouter sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Pop
à lire sur bon pour les oreilles et hop blog

Yann Tiersen.com

mercredi 14 septembre 2011

MIOSSEC. Avoir un bon copain

Qu'un billet sur le dernier Miossec figure ici est une chose qui m'étonne assez moi-même. Pas du tout que la figure du chanteur brestois me laisse indifférent, mais depuis quelques années on a épisodiquement suivi sa carrière qui faisait un certain surplace (excepté le beau "1964" de 2004), flirtant souvent avec une banale chanson-rock et retrouvant en fait rarement la verve de ses deux premiers albums "Boire" et "Baiser" fin des années 90.

Ainsi, l'écoute des "Chansons Ordinaires" commence mal : des titres courts d'un rock minimal à la prise de son brouillonne, brassant les mêmes textes désabusés chantés d'une voix courte, une première écoute qui passe plutôt dans l'indifférence.
Pourtant à s'y reprendre plus tard, son choix de revenir à un format rock plus serré se révèle une bonne idée, d'autant que passées les trois banales et mornes premières chansons, ce huitième album révèle une vraie énergie retrouvée.



Ne pourtant pas chercher de l'innovation musicale dans ce recueil de onze titres - tous débutant ironiquement par "chanson" - enregistré à l'instinct avec de jeunes musiciens proches de Dominique A après seulement trois jours de répétition. On n'y renouvellera pas les fondamentaux d'un Miossec, premier à critiquer la faiblesse de son chant, la tendance qu'aurait son inspiration à radoter ou la simplicité musicale de son approche.

Une fois que l'artiste a réglé lui-même lucidement son propre compte, c'est donc aussi pour ses limites qu'on peut estimer Miossec et prendre plaisir à ces retrouvailles. Comme retrouver un vieil ami perdu de vie (une thématique de l'amitié très présente ici) défauts y compris, mais que le passage du temps rend vraiment plus touchant.

Omniprésence des amours mal fichues, éternelle rage sociale, regret de la liberté artistique de la chanson passée perdue de nos jours, obsession du temps qui passe ("Comme le temps passe, comme il nous abîme, comme il nous laisse de cicatrices" sur Chanson qui laisse des traces) : rien de nouveau, mais Miossec enfonce ici avec efficacité le clou du spleen et de la désillusion déjà planté dès ses débuts (remember Regarde un peu la France).



Plutôt ragaillardi par le format rêche et expéditif de l'expérience, par ses musiciens parfois bruitistes qui jouent sec et dru, ces "Chansons Ordinaires" ne semblent pas être une illusoire tentative de retourner au son de ses débuts.
Juste une étape plus lumineuse et plaisante dans le parcours souvent inégal, mais toujours attachant de ce solitaire irréductible amateur de tension, d'accidents et d'une certaine zone d'inconfort.

Et puis au fond, difficile de renier les vieux amis, ce serait se renier soi-même... Welcome back, Christophe !

Tracklist :
1. Chanson Que Personne N'écoute
2. Chanson Pour les Amis
3. Chanson d'un Fait Divers
4. Chanson Pour un Homme Couvert de Femmes
5. Chanson Pleine de Voix
6. Chanson Dramatique
7. Chanson du Bon Vieux Temps
8. Chanson Protestataire
9. Chanson Qui Laisse des Traces
10. Chanson d'Insomniaque
11. Chanson Sympathique

Miossec. "Chansons Ordinaires" (PIAS France) Sorti le 12 septembre
♥♥
en écoute sur spotify et deezer
2 titres sur la Playlist Pop
article sur magic
Miossec chez Pascale Clark sur france inter

Miossec le site

samedi 19 mars 2011

POP BATTLE. The Dø vs Moriarty

Vu le (très relatif) calme questions sorties, profitons de la sortie récente quasi conjointe des nouveaux albums de deux groupes emblématiques de "la-scène-pop-française-avec-une-chanteuse-qui-chante-en-anglais" pour les opposer en un mini-match comparatif.

À ma gauche : le duo franco-finlandais The Dø, chouchou du public hexagonal et des gazettes indé depuis 2008, année du succès de leur premier LP "A Mouthful" (avec le multi-entendu On My Shoulders). À ma droite : le groupe franco-américain Moriarty qui revisite à sa façon les musiques patrimoniales des U.S.A : country, folk, blues and co...








Sur le papier, The Dø est celui des deux qui semblait partir avec une tête d'avance, fort des origines nordiques de sa chanteuse Olivia Merilahti, souvent synonymes de félicité pop mêlées d'expérimentation inventive (obligée depuis Björk?).

Il est vrai qu'on ne pourra pas reprocher au duo d'éviter de proposer un copié-collé du premier album "A Mouthful" (2008) quoique hétéroclite et généralement surcôté.

Sur ce deuxième opus on les entend qui tentent des choses, essayent d'éviter la reconduction d'une formule trop prévisible et les recettes pop radiophoniques, cherchant des chemins de traverse plus accidentés...


Encore faudrait-il qu'ils aient trouvé,
car cela ne débouche jamais sur un résultat probant et un univers musical cohérent. Juste l'impression d'un fourre-tout pop même pas vraiment expérimental, juste très décousu, plein d'embardées sans réelle décision artistique (pop tribale? dream pop évanescente?) et assez pénible sur la longueur car dépourvu de réelle grande chanson.

Du coup, votre appréciation dépendra surtout de l'effet qu'a sur vous la voix d'Olivia : soit vous supporterez son timbre suraïgu, soit vous serez exaspéré par les affèteries de femme-enfant de sa voix très en avant.



En fait, on prendra son (petit) plaisir dans les chansons les plus pop, quoique relativement anodines (les immédiates Too Insistent ou The Wicked & The Blind) en se désolant de ce non-album et en regrettant à l'écoute du seul titre réellement touchant, le "Dust It Off" d'ouverture, que le couple ait raté ainsi son incursion dans l'onirisme pop expérimental.

The ­Dø - Dust It Off


Un domaine où des groupes tels que CocoRosie, Seabear ou The Knife s'avèrent des modèles qu'ils auront du mal à égaler. D'ailleurs, en groupe largement surévalué, en auront-ils jamais les moyens ?

Tracklist :
1. Dust It Off
2. Gonna Be Sick!
3. The Wicked And The Blind
4. Too Insistent
5. Bohemian Dances
6. Slash Them All
7. Leo Leo
8. B.W.O.J.
9. Slippery Slope
10. The Calendar
11. Was It A Dream
12. Quake, Mountain, Quake
13. Moon Mermaids


The Dø. "Both Ways Open Jaws" (Wagram/Cinq Sept)

écoute intégrale sur Deezer et Spotify

"Dust It Off" sur la Playlist Hiver


Contre toute attente, on trouvera donc son plaisir dans un univers musical plus classique, mais pas sans séductions. Au moins, chez les franco-américains de Moriarty, pas de démarche pseudo-arty tournant à la prétention quand elle est dépourvue de résultat.

Comme sur leur premier album en 2007 "Gee Whiz But This Is A Lonesome Town" (avec le savoureux titre Jimmy), mais avec une liberté encore plus manifeste, le groupe franco-américain revisite avec un plaisir évident et une belle aisance les codes des musiques de l'Ouest, le vrai..

Ritournelle folk qui fleure bon la poussière des westerns (jolie Isabella), blues grasseyant à l'atmosphère humide (Dark Line In The Middle Of), folk rural aérien (Beasty Jane), ballade blues-rock intense à deux voix (Julie Gold's Candy Cane Tale) : un voyage à priori peu dépaysant tellement nous sommes familiarisés depuis des décennies avec ces sonorités.



Mais le tout est revisité avec tant de savoir-faire et d'inspiration, genre "artisan doué et partageur" qu'on aurait mauvaise grâce à bouder son plaisir.

Rien n'y manque
: violons, hamonica, superbes guitare dobro et guitare acoustique, et surtout la voix craquante de Rosemary Standley, notre guide au charme étrange qu'on ne quitte pas des yeux (oreilles) durant ce voyage aux images très cinématographiques.



De plus, le solide savoir-faire de Moriarty, même traditionnel, nous console de l'aspect Canada Dy d'une inodore scène folk française trop proprette (Cocoon, Lily Wood & The Prick, June & Lula, etc).

Plaisir modeste ? Peut-être, mais de quoi donner l'envie de se procurer un Stetson et de grimper sur le premier Jolly Jumper venu pour se consoler de la déception toujours pas digérée du pâle western "True Grit" des frères Coen. C'est déjà ça !

BONUS : leur version du "Enjoy The Silence" de Depeche Mode


Tracklist :
1. I Will Do
2. Isabella
3. Clementine
4. Where Is The Light
5. Beasty Jane
6. Serial Fields
7. How Many Tides
8. [ ]
9. Decaf'
10. Julie Gold's Candy Cane Tale
11. Mah-Jong
12. The Dark Line in The Middle Of
13. Roboto Oshii

Moriarty. "The Missing Room" (Air Rytmo) ♥♥
écoute intégrale sur Deezer et Spotify

autres chroniques sur Tasca Potosina et Des Chips et du Rosé

3 titres de Moriarty sur la Playlist Hiver

dimanche 28 novembre 2010

SCÈNE FRANÇAISE. Bastien Lallemant, Florent Marchet, et humeur sur quelques autres...


Suite et fin de ce ponctuel tour d'horizon de la scène française, côté chanteurs, qui prend dans un premier temps un air de session de rattrapage express.

Surtout concernant le dernier album du très discret Bastien Lallemant, paru au début du mois de ... mai dernier !

Ami et collaborateur de Bertrand Belin, Bastien Lallemant signe avec "Le Verger" un disque intemporel à l'évidente filiation gainsbourienne, qui ressuscite parfois à s'y méprendre vocalement le grand Serge, période La Javanaise-Les Goémons.


Plus narratif que Belin, moins post-moderne qu'un Arnaud Fleurent-Didier, l'art de Lallemant se révèle plus classique en terme d'inspiration et de composition.

Une flânerie poétique de belle tenue, où Lallemant, épaulé de quelques compagnons de jeu - Belin, Armelle Pioline de Holden aux choeurs, Pascal Parisot - distille une belle élégance sans afféterie et une certaine malice au long de jolies compositions (L'empoisonneuse, Les fougères).
Le tout composant un tableau soigné, quoiqu'un peu sage et trop ordonné, qui a donc le défaut de séduire sans toutefois surprendre.

À lui de proposer maintenant un parcours aux reliefs plus accidentés, pour peu que le public lui prête un peu attention.

Bastien Lallemant. "Le Verger" ♥♥ en écoute sur MusicMe

chroniques sur Culturopoing et Les chroniques de Charlu allez donc voir chez lui, un excellent blog ...



Myspace Bastien Lallemant

Arrive ensuite le cas du dernier Florent Marchet, qui avec "Courchevel" bénéficie d'une jolie mise sur orbite en terme d'exposition grand public qui lui avait manqué en 2007 à l'époque de son impeccable "Rio Baril" d'excellente mémoire, un disque désabusé de haute tenue.

Et peut-être la raison pour laquelle j'étais resté moyennement convaincu par ce nouvel opus lors de l'écoute à sa sortie en octobre : plus direct, plus simple avec ses pop songs efficaces (trop?), voire propre et calibré pour les passages radio (le single Benjamin en tête).

Seule l'inspiration, l'observation des petites misères et frustrations de la classe moyenne, reste toujours si peu consensuelle.


Seulement, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
À la faveur d'une récente prestation chez Lenoir sur Inter (voir sur La Musique à papa) - et en comparaison d'autres productions moins fréquentables, j'y viendrai - force est d'avouer la cohérence et l'intégrité du personnage.

Même s'il a un peu "électro popisé" son approche musicale ainsi que développé un look néo-Deschiens très trendy, il est bien loin d'en être réduit à bêler avec le ventre mou de la variété française des plateaux télé grand public.

Ne cédant en rien sur l'ironie et le spleen qui fonde ses vignettes chantées désabusées sans pathos (La Famille Kinder, La Charrette), Marchet, en petit frère pop de Dominique A - influence principale, un peu encombrante quand il essaye d'imiter ses inflexions de voix - va-t-il réussir à déambuler en équilibre entre chanson d'auteur et variété intelligente ?

Pari lancé mais que l'intéressé devrait tenir, s'il sait garder son cap, et je ne doute pas qu'il y parvienne en artiste avisé doué d'auto-dérision et aux références musicales irréprochables en écoute sur sa Playlist proposée à Libé

Florent Marchet "Courchevel" (PIAS France) ♥♥♥ en écoute sur Deezer et Spotify

chronique sur Hop Blog

Courchevel, L'eau de rose et La charrette sur la Playlist Automne




Florent Marchet.com

Et là, même si ce n'est pas vraiment mon habitude de prendre plaisir à dire du mal, force est d'avouer qu'il me faut vous parler de deux disques qui m'ont énervé...
Non seulement du fait de leur piteuse qualité, mais surtout parce que certains critiques professionnels ont eu l'étrange idée d'en dire du bien.

Je m'inquiète donc pour l'état de santé - physique : a-t-elle des oreilles en bon état ? ou mental : on craint le pire - de la critique de Télérama qui a décerné 3 étoiles à l'album "L'Homme Moderne " de Benjamin Paulin en citant Dutronc comme référence (pauvre Dutronc).

Si c'est moderne de chanter des textes creux mal écrits, surfant à coup de clichés sur le malaise social, d'un cynisme paresseux et d'un machisme vulgaire ("Ma femme voulait que je change, alors j'ai changé de femme"), alors, oui, le dandy de prisunic Benjamin Paulin, fils à papa bellâtre qui se veut élégant, est moderne.

Et si enrober le tout d'une soupe musicale néo-yéyé et variété-rap avec la diction caricaturale d'un slameur fabriqué des beaux quartiers à faire passer Grand Corps Malade pour un artiste inspiré, alors le très toc Paulin est moderne.

Faut-il que l'industrie et la presse musicale soient si larguées pour plébisciter des disques qui mériteraient de rester sur les étagères ?

Le plus effarant étant bien de voir du talent, là où il n'y en pas du tout du tout.

Benjamin Paulin. "L'Homme Moderne" (Universal Music AZ)

Pour les curieux : l'article signé Valérie Lehoux sur Télérama et à vos risques et périls, "L'Homme moderne" en écoute sur Spotify

Juste pour que vous mesuriez l'ampleur des dégâts, et ce n'est pas la pire ! :

Mais les épreuves ne s'arrêtent pas là puisque suit le premier album du dénommé Nicolas Comment, par ailleurs photographe.

Avec "Nous étions Dieu", ce dandy froid et compassé croit certainement avoir décroché la lune puisque son disque a l'heur "d'em-ba-ller" les rédactions de Libé, des Inrocks ou Magic.

Pas difficile, il a bien écouté le chant non chanté de Gainsbourg, l'électro nihiliste de Taxi Girl et l'austérité de Kat Onoma-Rodolphe Burger, a bien brassé paresseusement.

Et mon tout ressemble à un Yves Simon glacial ânonnant des platitudes artistico-érotico-existentielles aux rimes faciles sur fond d'électro basique et de guitares piquées à Rodolphe Burger.

Une petite chose fabriquée et vaine, qui ne mériterait pas qu'on s'y attarde, si donc la presse parisienne ne l'avait déjà fait rentrer dans leur club, que France-Inter ne le diffusait dans leur programmation musicale (épargnez mon dimanche matin) et que surtout, certains osent la comparaison avec Gainsbourg (je ris), Manset (je ris moins) ou ....Bashung (je ne ris plus).

Bon, ça suffit la supercherie, d'autant plus quand le monsieur commence à y croire.
Jugez donc la réaction mesquine de petit marquis outragé qu'il eût à la lecture d'un papier défavorable sur le blog Rock My Days et de son droit de réponse arrogant : "...votre chronique, le symbole du degré zéro de la critique rock" " ...lâche tâcheron de la critique amateur", j'en passe et des meilleures...

Le droit de suite du blogueur lui rive d'ailleurs bien son clou, et le tout, fort instructif sur la prétention et le refus de certains prétendus artistes à essuyer la critique est édifiant et à lire ici.

Si la critique se montrait moins complaisainte envers certains artistes ou maisons de disques, elle regagnerait peut-être une part de sa crédibilité depuis longtemps perdue.

Nicolas Comment. "Nous étions Dieu" (Kwaidan Records/Discograph)

Voulez-vous tenter l'écoute sur Spotify ?

Pour remettre les pendules à l'heure, rien de mieux que saluer l'ami Bashung trop tôt parti, mais à l'oeuvre si présente, non pas avec le documentaire hâtif conçu par Boris Bergman, mais bien avec l'intégrale paru chez Barclay.

Nommé "À perte de vue", l'objet porte bien son nom et réside en un coffret de 27 CD dont les 12 albums studio, 5 live ou encore 3 albums de raretés. Le reste est à découvrir pour moins de 100 €, voire 79 € si vous cherchez bien.

Indispensable pour les amoureux de l'alsacien solitaire ou ceux qui voudraient redécouvrir son parcours.

On se quitte avec "Angora", bijou qui clôt son chef-d'oeuvre Fantaisie Militaire :