dimanche 12 décembre 2010

PARCOURS SOLITAIRES. Fyfe Dangerfield, James Blake, Yellow Ostrich, Llyod Cole

Hasard de la vie du web, me voilà en train d'établir ma petite sélection musicale du jour autour d'artistes solitaires au moment où l'ami Charlu a fait de même hier de son côté, voir ici.

Ouf ! sauvés, nous n'avons pas les mêmes artistes au menu, chez lui c'est plutôt les leaders de groupe en solo, mais cela me permet de le saluer, et au passage de vous inciter à fréquenter son blog fort recommandable.

La petite virée débute avec "Fly Yellow Moon", premier album solo de Fyfe Dangerfield, ex-futur-jeune espoir de la scène pop anglaise avec ses Guillemots.

D'ordinaire très client de l'écriture pop britannique, j'avoue avoir été peu convaincu à l'époque par ce groupe, malgré une presse dithyrambique autour de leur coup d'essai "Through The Windowpane".

Amateurs d'une pop lyrique et orchestrée, Dangerfield et sa bande ne manquaient pas de culot, mais plutôt d'avoir su rendre cohérente leur musique qui basculait trop souvent dans l'emphase et l'alambiqué, malgré de rares moments de grâce (les intimistes Little Bear et Redwings).

Depuis l'insuccès du second Guillemots, Dangerfield fait cavalier seul et nous revient avec un album déjà adoré par la presse et adoubé par Sir Paul McCartney himself voir les Inrocks et Télérama

Hélàs, rebelote - j'ai décidément du mal avec la critique - tout sémillant qu'il puisse paraître, Dangerfield ne m'emballe pas autant qu'on le voudrait.

Son album part dans trop de directions pour être fluide (rock mainstream, pop pompeuse sur Faster Than The Setting Sun) et on décèle même sur certains titres des similitudes troublantes : les accords de "Barricades" ressemblant pas mal à ceux du "Hallelujah" de Cohen, version John Cale-Jeff Buckley ou un "Don't Be Shy", trop Nick Drake.



Et un conseil, Fyfe, pas la peine d'étaler tes performances vocales, ta voix mesurée dans les ballades suffit amplement. D'ailleurs, le plus carré de l'ensemble ne serait-il pas "She's Always A Woman", reprise variété sans chichis d'un vieux standard de Billy Joel ?

Maigre consolation, on en conviendra, pour un artiste qui se voit peut-être remplacer Paddy McAloon de Prefab Sprout, mais peine perdue, c'est hors d'atteinte. À ce jeu, Conor O'Brien des Villagers est mieux placé que lui.

Fyfe Dangerfield. "Fly Yellow Moon" (Polydor/Wrasse Records) en écoute sur Spotify

Fyfe Dangerfield.com

Bon, côté musique, on est dans un autre monde avec celui qui suit, qui porte d'ailleurs un patronyme qui ne peut que me plaire. Vous en conviendrez, grand moment : Blake qui parle de ... James Blake (!).

Mais, en-dehors de son nom impeccable (pas d'accord ?), l'univers musical du dit Blake est loin d'être sans intérêt.

Collaborateur des Mount Kimbie, le jeune homme a développé en peu de temps sur une poignée de EP une électro instrumentale expérimentale, qualifiée de "postdubstep" chez les gens qui savent.

Un univers atmosphérique, où en vrai explorateur sonore, il joue des samples de voix vocodées restructurées, bâtissant des architectures subtiles et hypnotiques en jouant sur les silences, le tout étant très magnétique et accessible pour peu qu'on soit curieux.










Si le EP "CMYK" (à gauche) dessinait une soul R&B au groove étrange et décalé, "Klavierweke EP" (à droite) s'aventure encore plus vers le minimalisme abstrait et l'électronica rêveuse pour un voyage sonore en apesanteur garanti, la présence grandissante des claviers prouvant sa formation classique.





Et voilà aussi qu'il se met à chanter avec style pour la reprise fort élégante d'un titre de Feist, "Limit To Your Love", ce qui pourrait agrandir son auditoire à l'aube de la parution d'un album en 2011.

L'exemple même d'outsider musical qu'on n'attend pas, mais qui vous surprend par sa créativité. Bref, à surveiller fortement l'année prochaine. Un Blake ne saurait décevoir ma foi (allez, un peu d'auto-célébration indirecte ne fait pas de mal !)

James Blake. "CMYK EP" et "Klavierwerke EP" (R&S Records) ♥♥♥ en écoute sur Spotify

"Limit To Your Love" en écoute sur la Playlist Automne-Hiver

chroniques sur Des Oreilles dans Babylone et MagM3

Myspace de James Blake

Autre outsider difficile à cerner qui s'avance en la personne de Alex Schaaf, plus identifié sous le nom de Yellow Ostrich.

Un drôle d'oiseau
(autruche, vraiment?) ou plutôt un déroutant homme-orchestre, d'une productivité abondante (il a publié foule de EP et inédits téléchargeables sur son site) et qui semble ne vouloir s'inscrire dans aucune case musicale précise.

Ou plutôt si, celle du nouveau "petit génie excentrique de l'indie rock américain", dans la lignée d'un Sufjan Stevens, diront les mauvaises langues, qui divise la blogosphère avec "The Age of Adz", sa nouvelle livraison ?

Disons plutôt que la musique de Yellow Ostrich est principalement basée autour de sa voix agile (dédoublée, démultipliée, polyphonisée), qui le fait parfois concurrencer tout seul les harmonies vocales des Fleet Foxes à lui tout seul.

Un travail hyper maîtrisé qui le voit dérouler sur le "Morgan Freeman EP" (inspiré par la page Wikipédia de l'acteur!) une électro pop alternative dans l'esprit de ses aînés Grandaddy ou Eels. Ou surtout envoyer planer l'auditeur sur le fort réussi "Fade Cave EP", six titres uniquement habillés de sa voix accompagnée d'une discrète drum machine. Planant et harmonieux voyage.




Le seul revers de son travail brillant étant que parfois, on ne voit plus que la virtuosité : ainsi sur "The Mistress", nouveau LP sorti en octobre, enregistré exceptionnellement avec d'autres musiciens (guitariste, bassiste, batteur) pour un résultat indie rock de bonne tenue, genre Local Natives (I'll Run, Campaign).

Mais moins emballant à mon goût sur ce projet, car plus bruyant et un peu en déficit d'émotion. Du coup, je reste partagé à son sujet. Un peu le même sentiment éprouvé que sur l'album folk de Timber Timbre.

Un travers de jeunesse peut-être, car l'individu semble d'abord avide de tout explorer avec la curiosité de son jeune âge. Gageons qu'il saura plus tard investir autant le fond que la forme et comme il fourmille d'idées, qu'un de ces prochains projets saura me convaincre définitivement.

Yellow Ostrich. "The Mistress" (Afternoon Records) ♥♥ en écoute sur Spotify & Deezer

chroniques chez Muziksetcultures, Mlle Edie et en live sur la Blogothèque

le Myspace Yellow Ostrich et surtout son site avec un choix de EP à télécharger


On rentre tout doucement au garage en croisant la route d'un revenant, ce bon vieux bougon écossais de Llyod Cole, perdu de vue depuis un bail.

Faut dire que l'homme ne nous avait pas facilité la tâche ces dernières années avec des albums impersonnels dont je n'ai pas gardé trace, loin de ses brillants débuts avec ses Commotions.

... Souvenirs émus du classique "Rattlesnakes", son standard de 1984, (remember le magique "Forest Fire") ou ses premiers albums en solo, dont l'éponyme "Llyod Cole" il y a 20 ans :










Avec "Broken Record", il n'a certes pas encore retrouvé la brillance folk-pop de sa jeunesse, mais on aurait tort de négliger la bonne tenue de ce nouveau cru country-folk ; où le Lloyd renoue avec une certaine grâce mélodique et fluidité de production perdue de vue depuis belle lurette, sans oublier sa voix inchangée.

Rien de transcendant, mais l'allégresse de "Oh Genevieve", la délicatesse d"If I Were A Song" et la douceur d'un "Why In The World?" ou de "Like A Broken Record" réconfortent, en prouvant qu'à près de 50 ans et une carrière inégale mais digne, un artiste en son temps orfèvre en matière de song writing n'est pas encore bon à jeter aux chiens.*

Le premier single en images :

* n'en déplaisent les critiques hâtives de certaines gazettes "magico-parisiennes" à lire ici.

Bon, allez, c'est dit, je me calme avec les critiques. Je vous laisse plutôt finir le week-end, ou commencer la semaine, comme on veut, avec le classicisme pépère mais rassurant d'un Llyod Cole retrouvé.

Llyod Cole. "Broken Record" (XII Bis Records) en écoute sur Spotify & Deezer

chronique émue sur Le sous-marin jaune

Llyod Cole.com

vendredi 10 décembre 2010

MES POCHE SOUS LES YEUX. Un Roi sans divertissement de Jean Giono

C'est la saison des retours... Revoici la rubrique à fréquence très irrégulière "Mes poche sous les yeux" réactivée à cause de (grâce à?) la neige qui s'est abattue sur notre pays depuis la semaine dernière.

De par chez nous, on ne l'a vu qu'un jour ou deux, et puis elle s'en est allée ... en voici d'ailleurs la trace, de modestes photos de ma bonne ville prises par mes soins :

Ce tapis blanc inattendu m'a remis en mémoire un livre où le blanc de la neige joue un rôle primordial, livre dans lequel je suis de nouveau plongé, autrement dit : "Un roi sans divertissement" de Giono, un des romans les plus originaux de la littérature française...

Roman énigmatique fascinant, polar historique atypique, "Un roi sans divertissement" est le premier ouvrage du cycle des chroniques romanesques de l'écrivain de Manosque entrepris après la guerre, et certainement l'un des plus sombres de son oeuvre.

Jean Giono, à tort souvent relégué comme écrivain de la Provence - à cause des films de Pagnol, souvent tirés de son oeuvre - est loin d'être cet "écrivain régionaliste couleur locale" que fut Marcel Pagnol ou un écrivain classique sans histoire aimablement démodé.

Giono est d'abord un grand narrateur à la verve langagière typique du Sud, mais mise au service d'un regard inquiet sur les tourments de la société humaine.

Et avouons qu'il trompe son monde au début de ce récit se déroulant en 1843 dans les massifs alpins du Trièves du sud de l'Isère, dans un XIXème siècle rural plus vrai que nature sous sa plume alerte et ironique.

Extrait : "Frédéric a la scierie sur la route d'Avers. Il y succède à son père, à son grand-père, à son arrière-grand-père, à tous les Frédéric. C'est juste au virage, dans l'épingle à cheveux, au bord de la route. Il y a là un hêtre, je suis bien persuadé qu'il n'en existe pas de plus beau : c'est l'Apollon-citharède des hêtres.."

Début faussement paisible d'une plongée bien noire au coeur du crime et du mal. ... Où un invisible "serial-killer rural" terrorise les villageois en éliminant sans raison ses semblables.
... Où un capitaine de gendarmerie nommé Langlois, à force de ténacité, l'identifiera après quelques années, non sans révéler son sentiment d'ennui récurrent, son attirance pour la chasse, et surtout une étrange fascination pour la beauté du sang d'une oie répandu sur la neige...

Cette trouvaille visuelle et brillante métaphore éclairant le personnage peut justifier à elle seule la lecture de ce livre atypique aux rebondissements imprévisibles.

Une oeuvre à la construction gigogne, où la grande virtuosité de Giono lui permet de jongler avec de multiples narrateurs (hommes, femmes) au gré d'une temporalité éclatée (sur quatre ans, vingt ans, voire un siècle...) qui recompose, comme un puzzle, l'histoire complète.

Mais, captivé par l'atmosphère originale et le déroulement surprenant des évènements, bien malin celui qui s'en rend compte à la première lecture...

Charmé par les sortilèges poétiques et la grande faconde narrative de l'auteur, c'est pourtant un rude voyage en hiver qui attend le lecteur, au long d'un texte qui ne livre pas d'emblée tous ses mystères et pratique la métaphore, ainsi la figure du loup :
''On sent que les loups ce sont des bêtes avec lesquelles on peut s'entendre, sinon avec des paroles, en tout cas avec des coups de fusil".

Une oeuvre qui se refuse à proposer la moindre explication psychologique sur le comportement profond de ses protagonistes, que ce soit le tueur Mr V. ou surtout son (anti) héros Langlois.

Étrange enquêteur qui, au moment d'arrêter le tueur enfin identifié, de représentant de la loi type Maigret chez Simenon se mue en personnage ambigu à la Dostoievski. Et les surprises ne s'arrêteront pas là...

"On ne voit jamais les choses en plein", phrase-clé du livre résumant que tout dans la vie est affaire de point de vue...

Où l'on réalise que cette fable métaphysique témoigne du sombre état d'esprit de Giono au sortir de la guerre et de l'occupation, renforçant son pacifisme et humanisme de base, mais teintés d'une inquiétude lucide sur la nature humaine.
Ne remarque-t-il pas ironiquement : "hiver 43, (1800), évidemment..."

Une oeuvre forte placée sous l'égide de Pascal, lui empruntant sa réflexion : "Un roi sans divertissement ... est un homme plein de misères" pour en faire le titre du livre.

Mais qu'on ne s'y trompe pas : troublant, pessimiste, hanté par la le mal, le meurtre violent et le monstrueux chez l'homme, "Un roi sans divertissement" est un livre peuplé d'arbres funèbres et d'hommes aussi féroces que des loups qui vous laissera en tête de persistants tableaux de neige et de blanc.
Comme une échappée désolée dans les terres de haute solitude humaine...

Pour terminer, ce roman à lire sans attendre a été adapté au cinéma en 1963 par le cinéaste François Leterrier, sous la supervision de Giono lui-même.

Un film rare, qui, tout en étant moins vertigineux que le livre, en restitue assez bien le climat.

... Entre blanc du décor, rouge du drame et noir de l'inspiration, illustré par la belle et sombre chanson de Brel, "Pourquoi faut-il que les hommes s'ennuient?" écrite pour l'occasion :


disponible chez folio poche et DVD du film chez CinéGénération

fine analyse d"Un roi sans divertissement" sur Magister

première photo du livre et La Rochelle sous la neige : photos Blake.

dimanche 5 décembre 2010

MEMORY OF THE 80's, the return (14). Ultravox


Alors que décembre est bien là et que les blogueurs musicaux s'affairent à peaufiner leur palmarès et tops de fin d'année, voilà que réapparaît temporairement la rubrique "Memory of the 80's", un peu laissée en sommeil ces temps-ci.
Passera-t-elle d'ailleurs l'année à venir ? C'est à voir ...
En attendant, la vieillerie déterrée a de bonnes chances d'aggraver ma réputation "d'accro aux eighties" - tant pis, c'est trop tard maintenant ! - puisque c'est bien un authentique poids lourd années 80 qui s'avance avec ce titre paru en 1982, titre avec lequel je les avais découverts :


Hé oui : Ultravox, ou le cauchemar officiel désigné des amateurs de vrai rock à l'époque ... Ultravox et sa synth-pop qui n'avait pas peur de l'emphase ... Ultravox qui ne craignait pas de proposer des clips à l'esthétique rétro qui fait sourire maintenant... Ultravox qui n'avait peur de rien, surtout pas du ridicule :



Emmenée par son second leader historique Midge Ure, la formation, à l'origine créée par John Foxx dans les mid-seventies sous le premier nom d'Ultravox!, affichait pour sa seconde vie une croyance absolue dans les vertus de sa pop synthétique aux envolées lyriques.
Ils allaient même contribuer à définir en grande partie le son de l'époque, synthés clignotants affichés obstensiblement, et lyrisme grandiloquent assumé. Sans oublier un goût pour les poses esthétiques, le must du néo-romantisme à tout crin du moment. Du genre : "Oublions la crise à coups de poses d'élégants et de clips comme si on était au cinéma", comme le très emblématique "Vienna" pour leur tube de 1980 :



Du risque de trop aimer le néo-glamour, jusqu'à tomber dans le kitsch. Je raille, je raille, mais de grands souvenirs de pré-ado restent attachés à leur troisième album "Quartet" de 1982 dont est extrait "Reap The Wild Wind", ritournelle pop synthétique entêtante.
Une vraie machine à remonter le temps personnelle, un exemple de vignettes synth-pop à la production rutilante signée George Martin - oui, celui des Beatles ! - avec des titres aussi subtils et poétiques que (en V.F approximative) : "Récoltons le vent sauvage", Mienne pour la vie", "Quand le cri s'atténue" ou ces "Visions en bleu"*, summum de la théâtralité pompière assumée du groupe, là encore, quel clip :


Mais si tout cela accuse un peu le poids des ans, rien de plus rafraîchissant que le premier degré absolu et l'absence de dérision de Midge Ure et ses compères ; surtout quand on connaît le côté "écossais rustaud" du personnage au physique et à l'emphase de ténor d'opéra pas avare de son talent (si, si...).
Un artisan en grande partie responsable du carton intégral "Fade To Grey" pour Visage et son (à peine) chanteur Steve Strange, porte-manteau néo-romantique ayant abusé du mascara.

Midge Ure fut aussi co-instigateur avec Bob Geldof du Live Aid avec "Do They Know It's Christmas" (nos oreilles préfèrent peut-être l'oublier) ou joua les élégants - uniquement à la scène - avec le bassiste dandy Mick Karn échappé de Japan le temps d'un synthétique single en 1983 :



Avouons qu'il est souvent difficile de réentendre les productions néo-romantiques d'Ultravox sans légèrement sourire, mais n'était-ce pas déjà le cas à l'époque ?

Et j'ai toujours trouvé, à l'inverse de la critique qui parle de leur son froid, qu'ils avaient développé les synthés les moins glaciaux et les plus chaleureux de l'époque, mêlé à un son de claviers immédiatement reconnaissable, tout ça moins ridicule que leur son de guitares "heavy" terriblement daté.

Enfin, tout en faisant mon malin, je suis assez attaché au souvenir d'Ultravox.
Le trio que forme "Vienna" (1980), "Rage In Eden" (1981) et "Quartet" (1982) donne un bon aperçu de la production la plus représentative du groupe avant leur futur déclin et inévitable implosion, après le gros succès de "Lament" en 1984 :























Sans vouloir forcément les réhabiliter, ils font partie des vieux dossiers qui traînent chez tout un chacun, d'où leur présence obligée dans ces pages.

Mais sachez juste que ce dinosaure 80's compte parmi ses admirateurs secrets (à part votre serviteur) le très fréquentable journaliste rock Hugo Cassavetti, complice de Bernard Lenoir et un certain Dominique A (à droite) qui ne s'en cache pas, même s'il l'ébruite peu (à lire sur son site web)

Tracklist :
1. Reap The Wild Wind
2. Serenade
3. Mine For Life
4. Hymn
5. Visions In Blue
6. When The Scream Subsides
7. We Came To Dance
8. Cut And Run
9. The Song (We Go)

Pour revisiter "Quartet", allons chez Deezer ou Spotify

Reap The Wild Wind, Vienna, Visions In Blue et After A Fashion sur la Mini Playlist 80's

* En VO, respectivement : "Reap The Wild Wind", "Mine for Life", "When The Scream Subsides", "Visions In Blue".

Ultravox.org

mercredi 1 décembre 2010

PETITS & GRANDS PLAISIRS EN EP. Cascadeur, Django Django, Iron & Wine, Owen Pallett

Après le léger coup de sang de la dernière fois, reprise d'une petite sélection musicale, cette fois-ci par le biais d'un rapide tour d'horizon des EP - il n'y a pas que les albums dans la vie - format qui permet à certains artistes de se faire connaître et à d'autres de rester dans l'actualité musicale.

Ce qui est le cas de l'hyper-actif canadien Owen Pallett. Violoniste prodige, compositeur-interprète, arrangeur (The Last Shadow Puppetts, Beirut), le jeune homme cumule beaucoup de casquettes et divise pas mal cette année la blogosphère à son sujet.

Artiste brillant déjà auteur du très remarqué (remarquable) "Heartland" en début d'année ou virtuose maniéré trop sûr de lui ?
Personnellement, je suis preneur de sa pop baroque orchestrée et sur "A Swedish Love Story", son EP sorti fin septembre, le musicien nous dévoile une face pop plus immédiate, moins conceptuelle que les longues pièces d"Heartland", plus électro aussi.

Ce qui n'empêche pas "Heartland" d'être à mes yeux un des albums de l'année.


Et je me régale toujours avec ses envolées de violon à la Andrew Bird (Scandal At The Parkade) et ses inflexions de voix si Beach Boys à la Brian Wilson, maître pop incontesté. Réjouissant de musicalité, limpide et acrocheur, offrez-vous ce court plaisir pop avant de statuer sur le sort de cet artiste rebelle aux étiquettes.
Owen Pallett. "A Swedish Love Story" (Domino Recordings) ♥♥♥ EP 5 titres en écoute sur spotify et deezer
Avec la bande d'énergumènes venus d'Écosse identifiés sous le nom de Django Django, c'est une autre affaire.

On ne sait trop comment appréhender ces excentriques à la production fort rare (deux singles depuis l'an dernier, même pas de EP, là j'ai triché un peu). Pour une musique au curieux mélange, entre rock sixties style Shadows et pop psyché barrée à la Beta Band avec choeurs inspirés très en place.

Un résultat assez séduisant et ludique comme en témoigne leur premier single paru l'an dernier, "Love's Dart" :


Mais il faut avouer que les petits Django Django feraient mieux de se méfier.

Car, malgré quelques médias que leur cas intéresse (merci Bernard, toujours Lenoir sur Inter), la présence de l'excellent titre "Storm" sur une compil Rough Trade et d'irrégulières visites à quelques festivals, à trop espacer leur production (pas d'album en vue et pas signés sur un label digne de ce nom), ils risquent fort de passer de la case "espoirs prometteurs" à "ex-vedettes indé" mort-nées avant même d'avoir existées.

Allez, on se bouge un peu les gars, et on espère avoir d'autres choses à écouter prochainement de plus consistant - en terme de quantités - que ce petit single 2 titres (Wor et Skies Over Cairo) néanmoins gouleyant, avec parfois ce goût de néo Devo ou B-52's.

Django Django. "Wor" ♥♥♥
2 titres en écoute sur spotify et Storm sur Rough Trade Counter Culture
Avec Iron & Wine, c'est autre chose. Derrière ce nom de groupe bien noté "Amérique locale", se cache l'auteur-compositeur Sam Beam que je pourrais qualifier de bon élève du folk indépendant et de l'Americana. Copain des Band of Horses, sorte de Bon Iver en moins torturé, sa carrière est jalonnée d'excellents disques, souvent aux réminiscences très Nick Drake (sa voix y fait fortement songer).
Et pour le dernier en date "The Shepherd's Dog" en 2007, il avait même agrandi sa palette musicale - blues, jazz et cuivres, parfois sous influence des Calexico
Le voilà qui, à l'occasion d'un EP "Walking Far From Home" se met aux sons électroniques, comme tout le monde ces temps-ci, railleront certains pour trois compositions assez attachantes. Manque à mes yeux un tout petit quelque chose, un peu de fantaisie peut-être pour m'emporter complètement.

Mais laissons-lui le bénéfice du doute, d'autant plus que le EP est annonciateur d'un nouvel album "Kiss Each Other Clean" à paraître en janvier prochain (on espère d'ailleurs un visuel plus gracieux). Et que le résultat s'avère tout de même plus audible que les récentes facéties saoûlantes de Sufjan Stevens.

Iron & Wine. "Walking Far From Home" (Warner)
♥♥ (♥) EP 3 titres en écoute sur grooveshark
chronique sur I Left Without My Hat


Ironandwine.com

Et, pour finir en beauté - et je pèse mes mots - voici un EP comme il en sort peu chaque année, et dont son auteur qui bénéficie déjà d'une côte d'amour grandissante justifiée, s'avère être ... un petit français.

En effet, venu de Metz comme Chapelier Fou, autre talent hexagonal en vue, Alexandre Longo, planqué derrière le pseudo de Cascadeur, se cache sur scène sous un casque de motard, comme les Daft Punk en leur temps. Manière de se protéger du public, ou moyen efficace de se distinguer et faire parler de lui ?
Qu'importe, tellement la beauté indéniable des quatre-cinq titres de "Walker", la chanson-titre en premier lieu, efface tout et balaye toutes les préventions qu'une telle démarche artistique pourrait éveiller.
"Walker" en live aux Francos 2010 :



Une pop lyrique illuminée par un piano triste, irradiée par une voix d'ange haut perchée et déroulant un tapis de mélancolie consolatrice à effet immédiat.

Ou, pour sortir les éternelles comparaisons musicales, des titres où se mêleraient la fougue vocale équilibriste de Jeff Buckley, le trouble d'un Robert Wyatt, la sensibilité d'un Antony & The Johnsons sans le pathos, ou les vertiges d'un Patrick Watson.
Et ce piano solitaire et désolé, aux notes bleu nuit, comme si Satie croisait les fantaisies électro des CocoRosie. Autant dire, tout un univers touchant et une poésie peu courante en France.
Et qui justifie l'emballement de la sphère média, des Inrocks aux Francofolies - il y est passé, idiot que je suis, je l'ai raté sans le savoir - même jusqu'à Europe 1.
Il va sans dire que la sortie de son premier album est fièvreusement attendue, et que, s'il s'avère d'aussi haut niveau que ce "Walker", l'avenir de Cascadeur promet d'être radieux.
Avouons qu'il fait bon succomber à la mélancolie émouvante de ces morceaux hypnotiques et ces paroles à la douleur apaisée. Comme chanté sur "Meaning" : "Someday, I'll understand the meaning of my life".

Même si on ne sort pas tout à fait indemne, voire tout chamboulé d'une chanson comme "Your Shadow", ma préférée, concourant déjà au titre de plus belle chanson triste de l'année, aux côtés de "Caramel" de John Grant ou "A Robbery" de Syd Matters.
 
Cascadeur est aussi soucieux de ses prestations scéniques, plutôt imagées et spectaculaires ajoutant un plus visuel à sa musique déjà évocatrice d'images en elle-même.
Foules sentimentales, indie pop ou non, Cascadeur est fait pour vous.


Cascadeur. "Walker" (Mercury/Universal Music) EP 5 titres en écoute sur Deezer et Spotify
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR
chroniques sur des chips et du rosé et sur artistic rézo


myspace de Cascadeur
 
Prévision de sortie du premier album "The Human Octopus" : février 2011

Avez-vous remarqué ? "Les Chroniques de Blake" en sont à leur centième billet... déjà ! Je me dois déjà de saluer les lecteurs, de passage ou réguliers, qui sont passés ici depuis mon arrivée sur le net en mars dernier. Le voyage est bien agréable avec vous, j'avoue.