mercredi 16 février 2011

METRONOMY EN LIVE SUR SPOTIFY

Je rebondis sans vergogne à la suite de l'excellent Twist, toujours parti sans son chapeau, qui vous faisait part dernièrement chez lui de son engouement pour "She Wants", le nouveau single des anglais de Metronomy.

Un engouement également partagé dans ces pages quand je vous annonçais la sortie de leur troisième album "The English Riviera" prévue le 11 avril prochain (chez Because Music) et dont voici la pochette :


Metronomy
, drivé par le remixeur-et-bidouilleur-en-chef Joseph Mount, est un des combos électro les plus inventifs et réjouissants de ces dernières années qui laissent assez loin derrière eux tous les suiveurs sans idées engouffrés dans la brèche du revival néo-80's qui encombrent l'indie-world (... allez, je lance méchamment deux noms : Hot Chip ou Late Of The Pier).

Avec leur deuxième album en 2008, le fantasmabuleux "Nights Out", ils réussissaient à l'aide du minimum de machines possible à marier la techno pop des années 80 - on y croisait les fantômes de Giorgio Moroder, Soft Cell ou des Sparks - et l'hédonisme électro des années 200o pour une virée inventive et détonante sur des dance-floors de fortune, grinçants et légèrement barrés.

Comme une gueule de bois vécue pendant la fête elle-même.

Un disque d'électro disco dérangée immanquable qui se devrait de figurer dans votre discothèque (Mp3 ou pas) :




Or donc, alors que s'avance à grands pas l'arrivée de leur nouvel opus, voilà-t'-y-pas que l'indispensable plate-forme musicale Spotify nous convie à partager le concert que les britanniques (dont le line up a d'ailleurs changé, nouveau bassiste et une batteuse) donnent ce soir à La Boule Noire, un set à suivre ce soir à partir de 21h.
Une info apprise trop tardivement, mais mieux vaut tard que jamais, paraît-il.

Décidément, c'est la semaine des web-concerts après celui de PJ Harvey dont 6 titres sont à rattraper ici organisé par arte live web et deezer lundi dernier.

Préparez-vous donc à l'évènement que vous pourrez suivre à partir d'ici

Sinon pour vous mettre dans l'ambiance, encore un p'tit coup de la vidéo de "She Wants" dont l'ami Twist a souligné à juste titre la beauté et dont je ne me lasse pas :


Et pour terminer, la track list de l'album pour les plus impatients :

1. The English Riviera
2. We Broke Free
3. Everything Goes My Way
4. The Look
5. She Wants
6. Trouble
7. The Bay
8. Loving Arm
9. Corinne
10. Some Written
11. Love Underlined

"Nights Out" en écoute intégrale sur spotify

"She Wants" sur la Playlist Automne-Hiver

Metronomy.co.uk et myspace

dimanche 13 février 2011

PJ HARVEY SECOUE L'ANGLETERRE. Let England Shake

Évidemment la sortie d'un nouveau PJ Harvey - dès demain lundi - ça ne passe pas inaperçu. Et l'écoute des quelques titres envoyés en éclaireur avant l'album, au climat étrange avec voix déformée, avaient de quoi retenir l'attention et intriguer.

D'autant plus intrigant que, avouons-le, depuis son album introductif (Dry) en 1992 qui a posé le personnage - rock lyrique, voix et guitare farouche - je n'ai pas toujours été un inconditionnel de la rockeuse anglaise.
Séduit en leur temps par le flamboyant "To Bring You My Love" ou l'original "Is This Desire", agacé par la routine rock-à-guitare de "Uh Hu Her" ou franchement rebuté par les expérimentations radicales avec John Parish en 2009, PJ Harvey ne fait pas toujours partie de mon panthéon personnel d'artistes.










Seulement, le dépouillé "White Chalk" de 2007 qui la voyait baser un album entier sur le piano et développer une voix angélique indiquait que Polly Jean, au fil du temps, se donnait le droit de changer, d'éviter de se répéter : une artiste en perpétuelle évolution.

Évolution confirmée avec ce "Let England Shake", dixième album de sa carrière. On y reconnaît la patte PJ, elle n'a pas tout bouleversé, juste déplacé, dérangé les éléments de son univers pour un disque à l'abord étrange au début, ensuite totalement familier une fois accoutumé à son climat.

Comme imprégné par l'atmosphère intemporelle de l'église isolée du Dorset dans lequel l'anglaise a enregistré avec Parish et le producteur Flood, "Let England Shake" déroule une singulière atmosphère : entre comptines tordues et chants ésotériques envoûtants, évocatrice de curieux tableaux d'une Angleterre de guerres violentes, de champs d'honneur, de combats héroïques perdus.





Une thématique belliciste poétique qui voit la voix de PJ, soutenue par la voix grave de Parish dans les choeurs, plus sorcière que jamais, jeter ses sortilèges ludiques sur fond de charges de cavalerie (The Glorious Land) ou trompettes héroïques (The Words That Maketh Murder) ou de saxos piqués à Morphine (The Last Living Rose), quand elle ne semble pas invoquer les esprits d'une voix de fée irréelle (On Battleship Hill).

Philtre musical à la composition secrète, tissage sonore complexe rempli de samples (il y a sûrement la magie blanche du sorcier du son Flood là-dessous), composant un paysage fort réussi (mais parfois crispant, voir sur England), variant les rythmes et les climats.


La fin de l'album la voit même se muer en grande cousine des Cocorosie (Hanging In The Wire) ou soeur évanescente de Liz Fraser pour un mix étonnant de dream pop et de dub à l'ambiance très Primal Scream (Written On The Forehead).



De quoi rendre encore plus imprévisible la figure de Miss Harvey, chanteuse assez insaisissable, un brin distante, pas vraiment émouvante, mais certes une artiste inspirée et libre. Écoutez-la, vous devriez succomberez. "Let It Burn, Let It Burn".

PJ Harvey. "Let England Shake" (Island/Universal Music)
♥♥♥ Sortie ce lundi 14 février
en écoute sur deezer et spotify


Diffusion de son concert à La Maroquinerie sur ARTE LIVE WEB ce lundi cliquer ici

article sur next-Libé et interview sur Magic
chroniques
sur Les Chroniques de Charlu, La Musique à Papa et Esprits Critiques

PJ Harvey

samedi 12 février 2011

CINÉMA. "Black Swan" de Darren Aronofsky

Impossible de l'ignorer cette semaine : l'évènement cinéma annoncé, à grand renfort d'affiches étalées partout et d'articles, c'était la sortie de "Black Swan" le nouveau film de l'auteur de "Requiem For A Dream" avec un Oscar normalement prévu à la clef pour son actrice-vedette Natalie Portman.

Et l'on se réjouissait de voir l'inégal, mais doué Darren Aronofsky concrétiser un de ses vieux projets grâce au succès du pourtant décevant "The Wrestler", en confiant par la même occasion un rôle porteur à Natalie Portman.

"Black Swan" c'est d'abord l'histoire d'une ballerine trop parfaite déterminée à obtenir le rôle-titre du Lac des Cygnes, obligée affronter des rivales, et qui semble se perdre elle-même dans cette confrontation.
"Black Swan" c'est aussi une fable métaphorique, qui revisite les figures du conte à l'ancienne, en pervertissant les figures et en exacerbant la sexualité omniprésente.

"Black Swan" c'est surtout le cas d'un metteur en scène formaliste qui n'a peur de rien et revisite sans complexe les figures du thriller mental paranoïaque.

À ce jeu-là sa mise en scène fiévreuse, avec caméra à l'épaule qui suit sans relâche sa fragile ballerine, pose un cadre de cinéma parfaitement oppressant et anxiogène (photo nocturne, ambiance grise) développant un climat mortifère où se développent les cauchemardesques visions de la danseuse.

Jouant à fond la carte du film horrifique, Aronofsky enserre à chaque scène un peu plus la fragile Nina/Natalie infantilisée et trop "couvée" par sa mère dont le destin se confond avec celui de son rôle, "cygne blanc" forcé à affronter, voire devenir son "cygne noir" dans la logique du ballet de Tchaïkovski.

Mais en fait, "Black Swan" est un curieux cas de film d'une efficacité redoutable quoique prévisible, flirtant volontairement, on espère avec l'éxagération. À la fois spectaculaire ET grotesque, impressionnant ET grand-guignolesque.

Carburant surtout à l'énergie, Aronosfky brosse de très simplistes seconds rôles (Vincent Cassel le maître de ballet tyrannique, lourd comme souvent, Mila Kunis la rivale sexy, Winona Ryder la danseuse déchue), surligne trop lourdement la lecture sexuelle des blocages de Nina (mère surprotectrice, dégoût de la sensualité) et ne se refuse aucun effet voyant digne d'une série B (sang, hallucinations, mutations du corps).
Pas vraiment subtil, le Darren...

Avec son goût du baroque, voire du kitsch et de l'excessif, "Black Swan" s'aliénera une partie du public que rebuteront ses excès.

Mais ce qui le rend presque attachant en dépit de ses gros défauts, c'est la foi dans le cinéma qui semble animer son auteur, à son apogée dans le dernier et assez puissant tiers du récit où la machine paranoïaque s'emballe, conclu par un final grandiloquent mais logiquement tragique. Une fin de cinéma qui donne son sens à cette réflexion sur ce qu'un artiste peut sacrifier à son art...

Quant à Natalie Portman, à l'impeccable port de tête - et de TOUS les plans - l'osmose a dû être profonde entre le réalisateur et sa comédienne. Car on a rarement vu synergie si intense entre un film et une actrice, où l'on ne sait si c'est l'actrice qui nourrit le film ou le film lui-même qui l'emporte dans son énergie. Une performance surtout physique, son jeu étant à l'image du film, plus puissante que subtile, toute en force.

Mais au final ce qui peut sauver le film en-dehors de son thème, c'est la foultitude des références cinéma identifiables auxquelles il renvoie. Manière de dire poliment qu'il recycle énormément d'éléments déjà vus ailleurs, mais leur richesse en fait justement l'intérêt.

Petit jeu :
L'univers des ballets et le style thriller baroque : "Les Chaussons Rouges" de Michael Powell et le cinéma de Dario Argento, "Suspiria" au hasard.
La symbolique sexuelle et la mère castratrice : "Marnie" d'Hitchock et "Carrie" de De Palma.
La névrose paranoïaque et la perte d'identité : "Répulsion" de Polanski et "Possession" de Zulawski.
Les mutations du corps et la schizophrénie : tout Cronenberg et Lynch...





















Références non exhaustives qu'on résumera pourtant en une seule...
Car "Black Swan" est surtout le quasi jumeau d'un autre film, plus convaincant, sur le double et l'identité, la réalité et la folie : "Perfect Blue" le splendide thriller d'animation du regretté Satoshi Kon où une jeune chanteuse japonaise affrontait son double schizophrénique déjà évoqué ici.
Les connaisseurs des deux films apprécieront ce parallèle troublant*... mais finalement logique qu'un film sur la dualité en renvoie à un autre, voire des Autres, non ?

* on lira l'excellent article qui met en évidence les 2 films sur distorsion.fr

Pour savoir si le sortilège de "Black Swan" opère ou non sur vous : vérifiez donc par vous-même dans les salles obscures. Et on en reparle après.

"Black Swan" (U.S.A.). Réalisation : Darren Aronosfsky. Scénario : Mark Heyman, Andres Heinz, John McLaughlin. Chef-Opérateur : Matthew Libatique. Musique : Clint Mansell. Production : Twentieth Century Fox. Durée : 110 mn.

Avec : Natalie Portman (Nina), Vincent Cassel (Thomas Leroy), Winona Ryder (Beth McIntyre), Mila Kunis (Lilly), Barbara Hershey (Érica, la mère).

interview de Natalie Portman chez Les Inrocks et critique sur distorsion.fr

chroniques sur De L'Autre Côté..., Silence Action!, Ma mère était hipster et Dr FrankNfurter, Tasca Potosina et Hop Blog

vendredi 11 février 2011

LADIES'S SONGS. Marianne Faithfull, Julia Stone, Karen Elson

Une petite sélection musicale, exercice que j'avais un peu abandonné ces temps-ci, pour un rapide tour d'horizon musical de quelques artistes féminines, parfois piochée dans l'actualité, parfois non ... alors que se profile à l'horizon le nouveau PJ Harvey...

Celle qui fut l'égérie stonienne des 60's, la Sister Morphine des 70's et depuis icône indiscutable du rock, Dame Marianne Faithfull continue, toute légende vivante qu'elle soit, à publier fort régulièrement des albums.

Mais qui peut prendre plaisir à écouter ses disques récents qui peinent à renouer avec la magie de ses "Broken English" ou "Strange Weather" de la grande époque ? Et ce n'est pas son cru 2011, "Horses and High Heels", disque peu inspiré au bluesy-rock pataud et aux accents stoniens paresseux, qui va répondre à la question.

Réussissant même à banaliser sa voix inimitable, ce disque ennuyeux et vieillot, entre nouveaux titres laborieux (que fait ici Laurent Voulzy ?) et reprises sans saveurs dignes d'un banal Joe Cocker est juste à mettre de côté. Le tout produit sans idées par Hal Willner et la présence d'un transparent Lou Reed à la guitare n'y changeant rien.

On sait que Lady Marianne survit à tout, elle survivra à cet album inutile. Mais une telle personnalité (et voix) mériterait une autre équipe pour mieux la servir ... sans parler de cette pochette qui bat en mauvais goût celle des Cocorosie de l'an dernier.

Marianne Faithfull. "Horses and High Heels" (Naïve) paru le 31 janvier écoute sur Spotify



Changement de style avec le timbre de voix enfantin de Julia Stone, la soeur du duo Angus & Julia Stone qui avec leur dernier album s'est offert en 2010 un joli succès public.
D'ou peut-être la raison de la publication de son premier album "The Memory Machine" ? Car cet opus solo a en fait été enregistré avant la publication de "Down The Way".

On y retrouve les mêmes ballades intimistes à l'atmosphère feutrée que celles chantées sur leur album commun, le tout servi sur des arrangements soignés d'un classicisme presque conformiste.

Des complaintes folk qui souvent charment (la jolie Maybe, l'allègre Catastrophe!) et irritent parfois un brin quand le spleen trop sentimental, la juvénilité de la voix et son affectation de femme-enfant l'emportent (What's Wrong With Me, justement...)

Une collection de bonbons doux-amers éminemment suaves, mais à l'enrobage parfois trop sucre-aigrelet. Pas une "Catastrophe" pour reprendre un de ses titres, mais Julia Stone en jeune cuisinière folk n'a pas encore complètement le dosage de ses ingrédients, ni l'entière maîtrise de sa recette. Mais voulez-vous y goûter tout de même ?

Julia Stone. "The Memory Machine" (Discograph) paru le 7 février écoute sur Spotify

2 titres en écoute sur la Playlist Automne-Hiver




Encore un premier album, mais pas le même univers avec "The Ghost Who Walks".
Le premier opus de Karen Elson sorti l'an dernier mais découvert ici tardivement (merci Rebecca Manzoni, le mmarsup et esprits critiques) par la grâce d'un seul titre, l'atmosphérique chanson-titre avec son ambiance 70's et cet orgue hanté ...comme si Mazzy Star chantait du Nancy Sinatra.

L'album dans son ensemble est d'une tonalité un peu différente, plus country-blues revisité, car la belle rousse est non seulement top-model star des podiums, mais ausi Madame Jack "White Stripes" White à la ville. Trop facile alors quand on est compagne d'une star de l'indie-rock de se lancer dans la musique ?

Pourtant la majorité des compositions est signé de la demoiselle et sa voix expressive, soigneusement mise en valeur par son producteur de mari, est bien de celles qui font les délices de l'indie music.

Si "The Ghost Who Walks" ne renouvelle pas la grammaire du genre, on peut prendre un plaisir évident à cette relecture des standards folk-country bien dans la logique des travaux de Jack White, moins un moderniste qu'un revivaliste respectueux.

Si mes oreilles sont plus accrochées par une poignée d'indie-pop songs atmosphériques (The Truth Is On The Dirt, Pretty Babies, 100 Years From Now et son côté néo-Kurt Weill) que par l'aspect plus roots, cette échappée revisitée au pays des slide guitar et violons country ne manque pas de grâce avec ces ballades qui parfois ressuscitent les Cowboy Junkies d'heureuse mémoire...

Et, tiens, me voilà surpris à réécouter encore le titre "The Ghost Who Walks". Doux fantôme...

Karen Elson. "The Ghost Who Walks" (XL Recordings) ♥♥ paru le 25 mai 2010 écoute sur Spotify et Deezer

2 titres en écoute sur la Playlist Automne-Hiver

samedi 5 février 2011

SOMETHING FOR THE WEEKEND. Tennis, The Luyas, Destroyer

Allez, un petit coin de ciel bleu en cette période de l'année où ils se font rares. Un peu de légèreté musicale pour votre week-end...

Une petite partie de tennis avec le groupe du même nom, un jeune couple de Denver, Patrick Riley et Alaina Moore qui proposent une pop récréative sans conséquence sur leur premier album "Cape Dory" disponible depuis le début de ce mois.
Plutôt light, mais sympathique et remplissant son office :





Tennis. "Cape Dory" (Fat Possum Records) sorti le 8 janvier
♥♥
en écoute intégrale sur Hype Machine

On continue dans la pure fiandise indie pop avec le groupe The Luyas.
Cette formation canadienne, qui compte la chanteuse Jessie Stein, membre du projet Miracle Fortress et aussi Pietro Amato un collaborateur d'Arcade Fire, sortira un second opus sur le label Dead Oceans ce mois-ci, "Too Beautiful To Work" avec des arrangements de cordes signés Owen Pallett.
Un exemple avec le titre du même nom et son indie pop acidulée fantaisiste :





The Luyas. "Too Beautiful To Work" (Dead Oceans) sortie 28 février prochain

en écoute intégrale sur Hype Machine

Et pour finir - oui c'est une escapade assez rapide - un voyage en Destroyer, plutôt une croisière en compagnie du groupe de Dan Bejar, hurluberlu canadien aux multiples projets.

Il nous convie ici avec son album "Kaputt" à un tranquille cabotage en eaux calmes, du style easy listening pop FM qui rappellera des souvenirs (bons ou mauvais!) aux amateurs du genre durant les eighties, entre échos de Steely Dan, réminiscences de Scritti Politti ou Prefab Sprout, une pure sucrerie musicale pleine de saxos et de claviers moelleux habillée de sa voix de funambule désabusé.
Gare à ne pas en abuser tout de même :





Destroyer. "Kaputt" (Merge Records) sorti le 25 janvier
♥♥♥
en écoute intégrale sur Hype Machine

Bon week-end à tous !

Et mille excuses aux lecteurs pour cette mise en ligne de samedi pleine de fautes et bâclée par manque de temps ce weeek-end, réparée et améliorée depuis.

jeudi 3 février 2011

DUBSTEP OR NOT DUBSTEP ? James Blake, l'album

Depuis belle lurette que le disque de James Blake circule sur le net, tourne sur les lecteurs mp3 et fait les gorges chaudes de la blogosphère musicale, nul surprise si je l'évoque avec une légère avance sur sa parution officielle ce lundi 7 février, puisqu'en fait je suis déjà en retard, si vous me suivez bien.

Avec ce premier album attendu comme l'un des grands rendez-vous de ce début 2011, James Blake divise bel et bien, signe des attentes qu'il suscitait chez beaucoup.

Le single-carte de visite de l'album :


Alors, confirmation du talent de ce jeune londonien de 22 ans vu pour les amateurs d'électro comme son futur grand espoir ? Ou trahison de l'esprit inventif et underground du genre dubstep, dont il était considéré comme son petit génie il y a un an avec les remixes de Destiny's Child, Lil Wayne ou ses collaborations avec les Mount Kimbie ?












Tandis que ses précédents EP (The Bells Sketch, CYMK) déjà évoqués ici peaufinaient une électro à tendance expérimentale tissée d'un entrelacs complexe de samples vocaux et effets sonores répétitifs à tendance hypnotique, l'album s'avère fondamentalement construit sur les parties vocales.
Il y développe une sorte de gospel électro minimaliste à la fois sensuelle et désincarnée, basée sur les claviers et le piano et surtout sa propre voix où il maîtrise un vibrato de crooner black digne de celui d'un vieux briscard de la soul music.

Un choix qui n'aurait pas dû surprendre à l'écoute de son "Klaviewerke EP", où le virage gospel et soul s'amorçait déjà amplement, avec ces claviers résonnants et cette soul en apesanteur.

Une option qu'il a épurée à l'extrême sur l'album, créant une atmosphère de chants néo-gospel, de soul futuriste dépouillée (Limit To Your Love), voire de recueillement spirituel (Measurements).

"James Blake, l'album" instaure une atmosphère fortement addictive qui témoigne à l'évidence d'un tempérament solitaire, d'une maîtrise technique imposante et d'une aisance vocale qui convoque au détour des plages les échos des voix de Nina Simone, Al Green, Terry Callier, D'Angelo ou le voisinage vocal proche d'un Antony & The Johnsons. Sans omettre que l'album compte au moins deux moments de haute volée : l'obsessionnel "I Never Learnt To Share" et le crescendo sonore de "The Wilhem Scream".



Pour être juste, les arguments de certains détracteurs du LP qui lui reprochent un aspect "r'n'b blanc" ainsi que son usage parfois immodéré de l'auto tune ne sont pas toujours sans fondement, assez pertinents dans les deux "Lindisfarne" à mi-parcours du disque.

Mais paradoxalement, c'est aussi cet aspect de bloc uniforme où Blake semble creuser encore jusqu'à l'os (l'abstraction?) toutes ses fantomatiques complaintes soul se répondant entre elles qui lui confère son identité marquée, entre caresse soul et solitude désolée. Dans ses meilleurs moments, il y a de la grâce dans cette électro-soul mutante au temps suspendu.


Pour revenir à la mini polémique suscitée, le mécanisme est connu qui fait qu'un artiste essuie les foudres du cercle d'initiés auquel il échappe pour élargir son audience, mais je pense qu'il y a encore de la marge à ce que James Blake devienne une soupe marketing déclinée jusqu'à l'usure.

Loin d'être un puriste spécialiste du dubstep, mon avis n'est cependant que celui d'un mélomane anonyme séduit par l'épure et la classe d'un artiste à la griffe déjà affirmée.
Et, pour finir, on ne réfutera pas le caractère événementiel de la sortie de ce disque. Que cet album soit ou non novateur, et qu'il figure ou non dans les grands disques de l'année, le temps seul nous le dira.

Tracklist :
1. Unluck
2. The Wilhelm Scream
3. I Never Learnt To Share
4. Lindisfarne I
5. Lindisfarne II
6. Limit To Your Love
7. Give Me My Month
8. To Care (Like You)
9. Why Don’t You Call Me
10. I Mind
11. Measurements

James Blake. "James Blake" (Atlas/A&M) ♥♥♥♥
SORTIE LUNDI 7 FÉVRIER
2011

en écoute sur Deezer et Spotify

Ils en ont déjà parlé, les pour : arbobo, Des Oreilles dans Babylone, Esprits Critiques

les contre : Chroniques électroniques, Brainfeeders & Mindfuckers

et un peu agacés : The Drone

myspace James Blake