jeudi 13 octobre 2011

I'M FROM BARCELONA a mis le feu à La Sirene !


Hier, c'était le soir des premières fois : premier live de la saison, premier concert des suédois pop I'm from Barcelona et d'abord première soirée où je découvrais La Sirène. Mais vous me direz, qu'est-ce donc que La Sirene ?

Rien moins que l'Espace Musiques Actuelles que La Rochelle attendait depuis longtemps : érigé sur la friche industrielle du port de La Pallice, un bâtiment moderne sur deux étages, avec deux studios de répétition et d'enregistrement, un bar, un club (Le Balcon, 35o places) et une grande salle de concert aux lustres géants et à l'acoustique vraiment excellente (Le Cap, 1170 places)
Lire l'interview de son directeur David Fourrier

Un beau navire flambant neuf pour faire voguer les musiques de toutes sortes au service d'une programmation éclectique (rock, électro, hip hop, folk) mais exigeante : on y attend Asian Dub Foundation, Syd Matters ou bientôt même Patti Smith.

Hier il y avait donc de la fête dans l'air avec la venue de la joyeuse bande de I'm from Barcelona, ex-amateurs devenus pros de l'entertainment indé. La salle s'est remplie gentiment au début pour se retrouver quasi pleine et enfiévrée à l'heure du show des suédois.

Mais j'anticipe un brin car l'ambiance était loin d'être la même lors de la première partie assurée par le duo féminin Mansfield TYA.

Plutôt cold, tendance cold wave et épure minimale, le set de Carla Pallone et Julia Lanöé a exposé sa tension radicale et imposé le respect sans toutefois déchaîner les passions. Normal avec une musique entre électro rêche tendance Anne Clark-Laurie Anderson et punk attitude à la Violent Femmes, le public appréciait l'énergie des demoiselles tout en semblant les craindre un peu, malgré leur humour.
Trop différent de la suite à mon avis, mais à programmer lors d'une affiche plus homogène (album Nyx à paraître).

Car en à peine deux minutes, l'humeur a changé du tout au tout dès l'arrivée des suédois : Emanuel Lundgren et sa bande de joyeux allumés (au moins 15 sur scène!) vous entraînent dans leur sarabande pendant près de deux heures et ne vous lâchent plus.

Une récréation pop qui célèbre la joie de l'instant,
une jovialité communicative sans niaiserie, un happening contrôlé autorisant toutes les fantaisies, les I'm from Barcelona dérideraient sans peine une convention de croque-morts :



Aventure assez inédite, le collectif pop alternatif suédois est un groupe qui peut sembler juste sympa à certains sur disque mais qui prend sa véritable nature en live : une expérience entre happening festif, birthday party d'ados attardés et fête foraine permanente qui tourne au jeté de confettis, lancer de ballons et chenilles endiablées (si, si) :

Vrai remède anti-morosité, la troupe est une vraie démocratie participative demandant la participation active de l'audience, Emanuel Lundgren insistant entre deux chansons sur le fait qu'il ne jouent pas "pour" nous mais "avec" nous. De fait, assister à ce joyeux foutoir sans y participer n'a aucun intérêt et on se retrouve vite à entonner sans complexe leurs refrains simples mais euphorisants en choeur !



Manifestement en verve, la bande fraternelle ne semblait pas pressée d'abandonner la scène et a laissé l'audience conquise et le sourire aux lèvres, mais sur les rotules...
Et dire qu'il rééditent l'évènement tous les soirs de leur tournée française bien remplie, impressionnant ! Toutes les dates de leur tournée ici



Entrée en matière éclatante pour cette première incursion "sirenienne", pas la dernière, car dans un mois, c'est Syd Matters et Tahiti 80 qui reçoivent. Vivement fin novembre !

I'm from Barcelona
/ facebook
La Sirene / facebook

(photos de la sirène sur facebook et sur le site une étoile dans la musette, merci à eux)

mercredi 12 octobre 2011

REPLAY 2011 (1). CASCADEUR

Début d'une nouvelle rubrique qui a pour but de revenir sur des disques sortis dans l'année mais non encore chroniqués. Ce, pour plein de raisons : la tête ailleurs, bugs informatiques répétés, break du blog, vacances. Une rubrique prévue en onze billets, onze disques remis en lumière pour l'année 2011.

On commence avec le premier album injustement absent ici d'un artiste pourtant beaucoup aimé : Cascadeur.

2011 aura enfin été l'année de Cascadeur le récompensant de ses années de formation au sein du groupe français Orwell. Pourtant lauréat 2008 au concours CQFD des Inrocks, il aura donc fallu trois ans de patience à Alexandre Longo pour concrétiser son projet personnel.
Mais après la sortie fin 2010 du remarquable EP "Walker", le résultat est bien là sous la forme de "The Human Octopus", première incursion dans l'univers poétique d'un musicien subtil.

Album mélancolique d'une douceur infinie, c'est le premier volet des aventures de Cascadeur, personnage d'alter ego casqué qui permet au timide mais brillant musicien français de se protéger du monde extérieur tout en osant mettre ses émotions à nu.
Car sa pop lyrique habillée d'un piano rêveur et d'une voix d'ange portant ses compositions en clair-obscur sont de parfaits véhicules à sensations et émotions révélant autant la sensibilité de son auteur qu'éveillant celle de l'auditeur.



La pop raffinée entre audace mélodique et maîtrise précise de ce musicien à la formation classique aborde des rivages peu abordées en France, conviant autant la pop fragile d'un Patrick Watson, le vertige vocal d'un Jeff Buckey ou le folk troublant des Midlake, devenus d'ailleurs des fans et des amis.

Moderne et intemporel, le spleen de Cascadeur impose sa mélancolie consolatrice, ses mélodies inspirées autant qu'un rappel lumineux à l'enfance et ses jeux (des claquettes sur Waitin), ses rêveries d'enfant seul,
mêlant fantaisies sonores dignes des CocoRosie et piano bleu nuit à la Erik Satie (bouleversant Your Shadow) et choeurs juvéniles (la version chorale de Meaning) :



Perfectionniste, l'ami Alexandre est allé jusqu'à compléter les arrangements des titres déjà présents sur le EP et les réorchestrer afin de mieux les intégrer à l'atmosphère cinématographique des nouveaux titres, à l'image du "Into The Wild" d'ouverture, témoignant du respect de son public.

Lequel public se presse actuellement à sa rencontre, l'artiste effectuant une tournée attendue, ses prestations très visuelles ajoutant un plus à sa musique déjà évocatrice d'images par elle-même, par exemple ce jeudi 13 octobre au Krakatoa de Bordeaux. et quand à La Rochelle, SVP ?

Première étape d'un parcours qu'on souhaite le plus riche possible, vous auriez tort de passer à coté de ce casse-cou très attachant.
Que reste-t-il de plus à se dire, à part... "Bye Bye"? :



Tracklist :
1. Into The Wild
2. Walker (album version)
3. Waitin
4. Meaning (album version)
5. Bye Bye (album version)
6. Glam
7. The End
8. Memories
9. Your Shadow (album version)
10. Highway 01
11. Meaning (choral version)

Cascadeur. "The Human Octopus" (Mercury/Universal) Sorti le 6 avril
♥♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011

article sur la musique à papa, questionnaire sur hop blog et interview par muffin man

Cascadeur
myspace
facebook

À bientôt pour un prochain replay

mardi 11 octobre 2011

LE CINÉ MALGRÉ TOUT. Ceci n'est pas un film

Étrange situation que celle du cinéma d’auteur iranien cette année 2011 qui voit couronner d’un énorme succès "Une Séparation", le film de Asghar Farhadi, alors que dans le même temps certains de ses confrères cinéastes sont interdits de tourner. En témoigne "Ceci n’est pas un film", surprenant et réjouissant film du réalisateur Jafar Panahi.

Le talentueux auteur de "Sang et Or" et du "Cercle", même s’il a toujours eu maille à partir avec la censure depuis ses débuts n’a jamais autant été atteint par cette dernière qu’au moment où débute cet étrange objet filmique bricolé, très court (75mn) mais vital qu’on aurait envie de sous-titrer "24 heures dans la vie d’un (ou deux) cinéaste(s)".

Entrée de plain-pied dans le vif du sujet : atmosphère tendue soutenue par un bruit de pétarades (ou rafales?) venant du dehors, filmé chez lui, seul à sa table, manifestement soucieux, le cinéaste est au bout du fil avec son avocate, redoutant la sentence dont on le menace : six ans de prison, vingt ans d’interdiction de quitter le pays et surtout d’exercer son métier : bienvenue en République Islamique d’Iran.

Face à ce mur dressé devant lui - et par là-même toute la liberté d’expression des metteurs en scène iraniens - que peut un réalisateur seul ? Panahi n’a comme seule arme que sa caméra, ou plutôt celle de son ami documentariste Mojtaba Mirtahmasb qui le filme, dialoguant avec lui, à l’abri mais aussi douloureusement enfermé dans son appartement.
Paradoxe :
de ce film sur l’impuissance et l’isolement sort une énergie vitale et une liberté étonnamment stimulantes.











Que peuvent deux hommes contre la folie liberticide et la paranoïa d’un régime sclérosé ? Juste continuer à filmer. Filmer pour témoigner. Filmer pour tenter de trouver une solution. Filmer le désoeuvrement d’un homme touchant, tournant en rond comme tourne en rond dans la pièce l’iguane de sa fille, animal-star inattendue du film (ainsi que le chien des voisins, autre grand moment).

Filmer sa volonté de refaire son propre cinéma, avouant ses manques, les refus de tous ses récents scénarios, l’envie de les raconter, là devant la caméra, juste pour faire exister ses projets. Se serait-on attendu à trouver passionnant un auteur décrivant le récit d’un film condamné à ne pas exister ?

Étonnant moment proche du cinéma conceptuel du Lars von Trier de "Dogville" qui le voit réinventer chez lui à l’aide de traces au sol l’espace physique d’un film qu’il redoute ne jamais pouvoir tourner.
Vivifiante malice d’un prototype inédit d’un cinéma aussi original que le "Pater" d’Alain Cavalier, mais filmé par nécessité et où tout serait vrai, volé à la peur et au néant, dont ses auteurs doutent qu’ils puissent faire une oeuvre présentable mais qui ne s’arrêtent pourtant JAMAIS de tourner.










Car filmer malgré tout, même filmer avec un portable bon marché, c’est filmer pour conserver espoir, résister, être encore en vie. Le credo du film c’est la phase lancée par son ami à un Panahi soudain bouleversant car assailli par le doute, submergé par l’absurdité de raconter un film si on ne le tourne pas : "Continuons ! L’important, c’est que les caméras restent allumées !"

On aurait envie d’ajouter : "L’important, c’est que les écrans français restent allumés et que les salles se remplissent un peu plus".
Juste pour aller voir ce moment d’inventivité et de résistance envoyé clandestinement à Cannes sur une clé USB (ainsi que "Au Revoir" de Mohammad Rasoulof) et volé au chaos kafkaïen d’un pays qui tente d’éteindre la volonté d’expression de ses artistes, comme il aimerait endormir la conscience de ses citoyens.

Si le cinéma moderne se résume trop souvent à des images factices conçues pour tromper l’ennui, ce n’est pas le moindre des mérites que ce modeste film de contrebandier de nous rappeller que l’acte de filmer n’est jamais gratuit. Et que le cinéma peut non seulement porter un regard fort sur le monde mais permet de conserver une chose devenue trop rare, sous la dictature ou pas : sa dignité :



"Ceci n'est pas un film" (Iran, 2011). Sorti le 28 septembre ♥♥♥♥
Réalisation : Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb. Scénario : Jafar Panahi. Montage : Jafar Panahi. Production : Jafar Panahi Film Productions. Distribution France : Kanibal Films Distribution. Durée : 75 mn.

Avec : Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb.

article sur rfi et critique du film sur télérama

samedi 8 octobre 2011

Les contes de la nuit de MGMT


D'habitude, ce n'est pas le genre de la maison de parler ici des compilations, genre trop facile et souvent sans grand intérêt, mais l'exception confirmant la règle, on en fera donc une en vous parlant de la dernière livraison des Late Night Tales.

D'abord parce qu'elle a été concoctée par les MGMT eux-mêmes ce qui aurait suffi en soi-même à attirer mon attention, vous connaissez mon vieux faible pour ces deux énergumènes.

Ensuite parce que LateNightTales est une des séries musicales les plus riches du genre qui depuis exactement dix ans propose des albums passionnants, sélections de titres souvent rares effectuée et mixée par des groupes et artistes les plus divers. D'abord orientée DJ et fondus d'électro (Howie B, Groove Armada), la collection s'est élargie aux groupes et formations indés et pas des moindres puisqu'on y trouve Belle & Sebastian, Artic Monkeys, Flaming Lips, Four Tet ou Midlake !













Autant mix idéal pour ravir vos oreilles en soirée ou seul dans votre chambrette que playlist farfouillant dans le grenier aux trouvailles de la pop, cet exercice dévoile avec bonheur et intelligence les coups de coeur, références et influences des artistes aux manettes. Ainsi, instructif de trouver dans le choix des planants Air tant Nino Rota que Black Sabbath (!) et Nick Drake voisinant avec Aphex Twin dans celui des folkeux de Midlake.












Chaque album renferme en plus une reprise inédite élaborée pour l'occasion. Ben et Andrew se sont ainsi attelés de façon étonnante à un titre extrait de "The Sky's Gone Out", un des meilleurs albums de Bauhaus :



Et, plus généralement, cette vingt-sixième livraison est fort généreuse en trouvailles et raretés : connaissiez-vous le folk intimiste et touchant d'artistes difficiles à dénicher comme Charlie Feathers ou Mark Fry ? Ou alors les pépites psyché pop de The Great Society ou des inventifs mais méconnus Jacobites de Nikki Sudden ?



Si l'on sait que le duo de Brooklyn s'est nourri de fort multiples références, il est réjouissant de croiser dans ce vagabondage dans l'arrière-boutique du rock les racines de leur son rétro-futuriste : la figure tutélaire du Velvet Underground et ses descendants post-punk (TV Personalities, Spacemen 3) ainsi qu'un net penchant pour les personnalités d'irréductibles solitaires bien barrés (Dan Treacy, Julian Cope, Viny Reilly et Durutti Column, Martin Rev et Suicide, présent deux fois).













Toutes influences qui ont inévitablement façonné leur son nourri autant du son du rock alternatif américain des années 60 que des excentriques anglais shoegaze et bidouilleurs de synthés (inconnue Pauline Anna Strom ou emblématiques Spacemen 3 avec le futur Sonic Boom, leur récent producteur).

Virée instructive qui donne l'impression de regarder par-dessus l'épaule du groupe, réservoir de leur souvenirs rocks et laboratoire à idées - sorte de prolongement naturel de l'album "Congratulations" - ce dernier LateNightTales ressuscite plusieurs pans de la culture indie qui donne immédiatement l'envie de jouer les explorateurs et archéologues du rock.

Idéal pour les jours où l'actualité musicale immédiate ne vous dit rien, ou au contraire pour éclairer les racines des derniers groupes qui vous enthousiasment.

Dans les deux cas, succombez sans tarder au charme de ces nuits :




1. "Can't See Through It" Disco Inferno
2. "Love You Girl" The Great Society
3. "Cheree" Suicide
4. "Stop And Smell The Roses" TV Personalities
5. "Ocean" The Velvet Underground
6. "Red Indians" Felt
7. "Laughing Boy" Julian Cope
8. "For Belgium Friends" The Durutti Column
9. "Mound Of Clay" Charlie Feathers
10. "Song For Wilde" Mark Fry
11. "All We Ever Wanted Was Everything" (Bauhaus Cover) MGMT
12. "Troubled Mind" Cheval Sombre
13. "Drug Song" Dave Bixby
14. "Hearts Are Like Flower" The Jacobites
15. "Pink Frost" The Chills
16. "Sparks" Martin Rev
17. "Melancholy Man" The Wake
18. "Lord Can You Hear Me?" Spacemen 3
19. "Morning Splendor" Pauline Anna Strom
20. "Lost for Words Part 2" Paul Morley

Late Night Tales."MGMT" (Night Time Stories/EMI) Sorti le 3 octobre
♥♥♥♥en écoute sur spotify
articles sur goûte mes disques et les inrocks

LateNightTales le site
MGMT

jeudi 6 octobre 2011

CANT, duo pour un solo

Dans la pile des disques de rentrée, il aurait été aisé de passer à côté de ce "Dreams Come True" : nom de groupe qui n'indique rien, titre d'album passe-partout. Mais avouons que ça aurait été dommage, tant cet album procure un plaisir pas si courant : ne pas savoir à quoi s'attendre.

Car "Dreams Come True" est un disque entre deux mondes, voire deux époques. À l'écoute des titres d'entrée, on se croirait sur les plages inédites d'artistes synth pop ronflants des années 80 débutantes, genre Gary Numan ou Human League. Avant qu'on soit entraîné vers des terrains presque dubstep ou r'n'b (The Edge) ou sur de spectrales réverbérations (Bang) débouchant sur une pop déconstruite (Rises Silent).



On doit cette pop multiforme entre hommage et expérimentation sonore à Chris Taylor, une des éminence grises de Grizzly Bear. Si "Dreams Come True" est présentée comme sa première escapade en solo, on doit son identité schizophrène au fait que Cant cache en fait un travail ... en binôme effectué avec George Lewis Jr a.k.a Twin Shadow, dont Taylor fut le producteur du brillant "Forget" l'an passé.










Un disque "side project", concept assez courant comme celui des Last Shadow Puppets (2008) ou celui de Cat's Eyes (2010).

Pensé tout seul mais co-écrit et réalisé très vite à quatre mains, Cant est une entreprise dévoilant autant les caractères de deux individualités que respirant la liberté d'un artiste-producteur soucieux de "sonner différent". Plongé dans un synthétisme touffu de beats syncopés et de claviers envoûtants, "Dreams Come True" est un repère de démons et merveilles, conviant dans le même titre la langueur d'une ballade aérienne et la noirceur de riffs industriels d'outre-tombe (She Found A Way Out).



Emblématique d'un projet se plaisant à brouiller les pistes et les voix des deux interprètes - qui chante quoi, mais qu'importe ? - révélant la lumière au milieu même des abysses (Answer), arpentant de larges territoires, d'une synth pop tordue à une chillwave barrée jusqu'à l'expérimentation sonique qui prévaut sur la fin (Dreams Come True), comme les noces des âmes tordues de Radiohead et de Fever Ray. Pas étonnant qu'il ait été signé sur le farfouilleur label Warp.
Indéniablement conçu comme une récréation, Cant n'en est pas moins une photo sonore du moment et un bon condensé de la liberté que permet la pop indépendante. Le mariage du sensuel et du cérébral, des synthés analogiques et des instruments, des échos du passé et des rêves de notre présent.

Pas mal pour un disque inattendu à la pochette bien choisie, feu d'artifice nocturne qui devrait présager de réjouissants lendemains à son binôme d'auteurs, faux jumeaux mais vrais petits sorciers indés.



Tracklist :
1. Too Late, Too Far
2. Believe
3. The Edge
4. Bang
5. (brokencollar)
6. She Found A Way Out
7. Answer
8. Dreams Come True
9. Rises Silent
10. Bericht

Cant
. "Dreams Come True" (Warp) Sorti le 12 septembre 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify
3 titres sur la Playlist Pop
à lire sur pop revue express et popnews
rencontre avec Chris Taylor sur popnews

Cant sur le label Warp

lundi 3 octobre 2011

La rentrée de LONEY DEAR

Il est des cas où s'atteler à la critique du nouvel album d'un artiste qu'on aime bien semble vouloir résister à toute objectivité. Ainsi on trouverait plus simple de juste annoncer le fait, simple et brut : "Demain mardi 4 octobre, Loney Dear publie son sixième album "Hall Music" sur le label Something In Construction". Pas plus, pas moins.

Et puis on se reprend, car parler du retour du petit outsider suédois Emil Svanängen prolonge aussi le plaisir de sa musique. On aurait envie de dire paradoxalement que "Hall Music" sonne très familier pour qui le connaît bien et qu'à la première écoute, il n'est peut-être pas le plus grand album de l'orfèvre pop.

Passée cette première impression (c'est pas qu'on serait déçu quand même!) on a vite le sentiment de reprendre une conversation interrompue il y a deux ans suite à son dernier (splendide) album "Dear John", de retrouver avec bonheur ces mélodies folk pop au spleen intimiste, la voix douce et agile de son interprète et ces choeurs enveloppants, sa musicalité fragile et finalement très structurée.



Une nouvelle approche vous interpelle alors : "Hall Music" est à la fois très semblable et très différent.
Semblable : parce qu'il semble réunir dans un même écrin la mélancolie électronique de "Dear John" (2009) et la directe simplicité folk de "Loney Noir" (2007), ses deux derniers opus, d'où l'impression de familiarité.
Différent : parce que de ce voyage très court (30 minutes) aux compositions plus brèves et minimalistes se dégage une modeste mais constante impression d'harmonie et d'équilibre, de dialogue permanent entre joie et tristesse sans jamais savoir vraiment nommer l'une ou l'autre comme sur "Loney Blues" :



Moins lyrique, moins sombre, plus dense et acoustique, "Hall Music" résulte de l'expérience de sa dernière tournée où l'accompagnement par un orchestre classique l'a obligé à réarranger ses morceaux de manière plus orchestrale.

On ne s'étonnera pas alors du constant écho que jouent les instruments entre eux, de la douce électronica de "Maria, Is That You" aux échos cascadants de piano sur le désolé "Young Hearts" à un solo surprenant mais savoureux de xylophone soft jazz sur "Calm Down". Ni de la voix féminine de Malin Ståhlberg (photo) sur la très pop "What Have I Become?" finale.

"Hall Music" confirme aussi, s'il le fallait, le talent de compositeur et de mélodiste de Loney Dear bien au-dessus du lot de l'écriture pop moyenne, en parfait équilibre entre félicité et recueillement, introspection et exaltation, comme en témoigne le quasi religieux "Largo", splendeur de l'album. Pour qui est sensible au spleen lumineux du baladin suédois, une pierre de plus dans son parcours qui nous récompense élégamment de notre fidélité à cet attachant solitaire.

Un disque apaisé, radieux, qui semble clore en douceur la fin d'une période pour Svanängen et qui réjouira comme prévu les adeptes de ses mini-bonheurs pop sucrés-salés. Votre voisin ne daigne pas y goûter ? Pas grave, il est des festins qu'on savoure seul avec bonheur.

Loney Dear jouant "Young Hearts" au piano :



Tracklist :
1. Name
2. My Heart
3. Loney Blues
4. Calm Down
5. Maria, Is That You
6. D Major
7. Largo
8. Young Hearts
9. Durmoll
10. I Dreamed About You
11. What Have I Become?

Loney Dear." Hall Music" (Polyvinyl/La Baleine) Sortie le mardi 4 octobre
♥♥♥♥
en écoute sur deezer & spotify
4 titres sur la Playlist Pop
à lire sur musique-indie

Loney Dear
myspace

samedi 1 octobre 2011

Memory Of The 80's (19). BEL CANTO

Est-ce du à l'effet de l'actuelle vague de chaleur, à l'électro très 80's de Zola Jesus, à un retour de nostalgie ou à un mélange des trois ? En tout cas, voilà la rubrique "Memory of the 80's" ressuscitée encore une fois pour une virée rafraîchissante parmi les fjords et les lacs glacés en compagnie d'un groupe qui illumina de sa glaciale élégance la fin des années 80.

Autrement dit, Bel Canto, trio norvégien puis duo (suite au départ de Geir Gennsen) formé de Nils Johansen, multi-instrumentiste inspiré et d'Anneli Drecker, vocaliste lumineuse soufflant le froid et le chaud. En témoigne la beauté mélancolique, méditative et solennelle de "The Suffering", extrait de leur second album "Birds Of Passage" :



Bel Canto comme une réponse venue du Nord à la dream pop anglaise des désormais classiques Dead Can Dance ou Cocteau Twins, la voix pure et pénétrante de la jolie Anneli Drecker - qui chante à l'occasion en norvégien et espagnol - n'ayant pas grand chose à envier à celles de Lisa Gerrard ou de Liz Fraser, même si celle-ci reste ma préférée.

Plus immédiatement pop et synthétique que ses glorieux rivaux, d'une production précise et immaculée, les premiers albums du duo (jusqu'au troisième) ont posé les bases d'une pop nordique inventive évoluant de la pop médiévale onirique (White-Out Conditions, 1987) à la new wave électro (Birds Of Passage, 1989) jusqu'à la world music mâtinée de dance (Shimmering, Warm & Bright, 1992, un peu moins convaincant).














Si leur premier opus "White-Out Conditions" reste sans conteste le sommet de leur parcours avec son alchimie réussie entre froideur des machines et instrumentation d'inspiration médiévale (le morceau-titre parle de lui-même), j'avoue un vrai faible pour leur "Birds Of Passage" suivant.

Un opus encore plus glacé et plus électro, comme au croisement de toute l'indie pop de ces années-là, la synth pop à la Depeche Mode, l'onirisme de Kate Bush et des Cocteau Twins, des échos de Joy Division ou du hiératisme de Dead Can Dance :



Et voilà qu'à la réécoute impromptue de ce groupe légèrement en sommeil de nos jours, un peu rejeté dans l'oubli et trop peu reconnu, on se rend compte de l'influence - underground ou involontaire? - qu'il semble avoir eu sur, non seulement la grande majorité de la pop nordique (une certaine Björk n'émergera que quelque temps plus tard), mais aussi sur tout le renouveau de l'électro pop féminine de ces dernières années.



Faites l'essai : jetez une oreille sur les productions récentes de White Hinterland, School Of Seven Bells, Zola Jesus, Glasser et autres Austra, le parallèle est alors troublant.
Sans parler de la musique de la suédoise Karin Dreijer Anderson, que ce soit la pop festive de The Knife ou l'électro dark de Fever Ray, nul doute qu'elle doive son existence au souffle de la new wave nordique de Bel Canto et à ses avant-gardistes sonorités électro-gothico-ethniques.
 

On n'en aura donc pas fini avec cette décennie dont j'ai toujours pensé qu'elle n'était pas si maudite musicalement ...

Tracklist :
1. Intravenous
2. Birds Of Passage
3. The Glassmaker
4. A Shoulder To The Wheel
5. Time Without End
6. Oyster
7. Continuum
8. Dewy Fields
9. The Suffering
10. Picnic On The Moon
11. Look3

"Birds Of Passage", 1989-1990 (Crammed Discs) ♥♥♥♥
en écoute sur spotify et grooveshark
découvrir Bel Canto sur spotify

titres de Bel Canto en écoute sur la Mini Playlist 80's (à droite du blog)
chronique de "Birds Of Passage" sur xsilence.net

le site de Bel Canto