jeudi 26 août 2010

LECTURES D'ÉTÉ. Haruki Murakami

On contine le petit tour d'horizon de souvenirs de lectures estivales passées. Cette fois, un arrêt au Japon avec le fascinant roman "Kafka sur le rivage" du maître zen Haruki Murakami.

Le livre le plus célèbre de son auteur, publié en 2003 et dont je me rappellerai longtemps les circonstances de sa lecture, si vous me permettez de parler quelque peu de moi.
Et pour cause : ce fut un des bouquins dévorés pendant un mois d'août 2006, lors d'une longue convalescence forcée, suite à presque un mois d'hospitalisation. Un contexte qui aurait pu me faire prendre en grippe ce roman pour longtemps.

Que nenni ! La lecture de cette histoire étrange au climat surprenant et onirique est un des rares bons souvenirs d'une période par ailleurs pas bien marrante... Qui sait même si cette plongée dans cet univers singulier, typique de l'imaginaire de cet auteur unique, n'a pas favorisé mon rétablissement ultérieur ?

Difficile de résumer l'argument de "Kafka sur le rivage." On dira juste que ce roman initiatique fantastique nous entraîne aux côtés de Kafka Tamura, un adolescent fuyant une terrible prophétie paternelle en se rendant sur l'île de Shikoku.

Extrait :
"Avant de quitter la maison, je n'ai pas pris que du liquide dans le bureau de mon père. J'ai aussi pris un petit briquet ancien en or (j' aime bien sa forme et son poids dans ma main) et un couteau pliant bien pointu.

Le manche est recouvert de peau de daim, et, avec sa lame de douze centimètres de long, il est plutôt lourd. Mon père a dû l'acheter lors d'un de ses voyages à l'étranger.
Je récupère aussi dans un tiroir une solide lampe de poche qui éclaire bien. Ainsi que des lunettes de soleil Revo aux verres bleus, pour dissimuler mon âge."

Un périple étrange aux confins du réél, durant lequel il croisera Nakata, vieil homme amnésique ou encore un bibliothécaire androgyne philosophe. Après une suite d'événements surprenants, dans une impénétrable forêt ouvrant sur le monde des esprits, le jeune garçon ira enfin comme à sa propre rencontre... Pour apprécier toute la beauté de ce conte baroque et poétique, il faut accepter d'abandonner toute logique, de perdre ses repères cartésiens, et refuser de vouloir tout comprendre.

Vous ne vous étonnerez pas alors que le vieil homme converse tout naturellement avec les chats (!), que nos compères assistent à une pluie de poissons tombés du ciel (!!), ou que l'on puisse faire l'amour avec une revenante...
Ainsi, comme l'Alice de Lewis Carroll suivant le lapin blanc sans savoir où il l'entraîne, vous serez littéralement envoûtés par ce climat surréaliste à la mode asiatique.

Où tout l'art de Murakami consiste à porter le regard de côté et transmuer la quotidienneté de la vie en rêverie métaphorique, empreinte d'une certaine mélancolie et aussi d'une belle sérénité face aux grands questionnements existentiels.

Une vision typique du shintoïsme, reliant les êtres et les choses dans l'univers, les vivants et les morts, qui n'est pas sans rappeler l'univers de transgressions et de métamorphoses permanentes, entre émerveillement et effroi, d'un certain Miyazaki, autre génial créateur nippon.

Si "Kafka sur le rivage" est considéré par beaucoup comme son chef-d'oeuvre, ne vous privez pas d'aller à la rencontre du reste de son oeuvre séduisante, parfois déconcertante avouons-le, mais toujours attachante et que je n'ai pour ma part pas complètement explorée.

Dans des romans plus urbains comme "La Ballade de l'impossible" ou "Le Passage de la nuit" ou ses recueils de nouvelles, absurdes et énigmatiques comme "Après le tremblement de terre" ou "L'éléphant s'évapore", Murakami exprime avec ce mélange de distance et de sensibilité qui fait sa patte (de chat) toute la mélancolie et l'étrangeté de nos existences.

Un auteur épris de culture occidentale, Fitzgerald ou Raymond Carver, de classique, de jazz et de pop - il cite souvent les Beatles - portant sur nos préoccupations contemporaines, "l'ultra-moderne solitude" surtout, un regard si oriental.

Si le voyage vous tente, n'attendez pas que cet artiste authentique soit sacré prix Nobel, une rumeur qui court chaque année. Passez donc sans hésiter de l'autre côté du miroir, de belles émotions vous sont promises...


















Kafka sur le rivage, Belfond, 2003 et en poche chez 10/18, 640 pages, 8, 90 €

Dernier livre paru : Saules aveugles, femme endormie publié chez 10/18, 503 pages, 8, 10 €

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