
Autant l'avouer tout de go, j'avais plutôt mal suivi les parcours respectifs des deux énergumènes qui nous occupent ici, pas inconnus de moi pour autant, mais mal identifiés et peu fréquentés.
Bonne occasion de se rattraper avec les derniers opus respectifs de ces deux solitaires publiés tous deux lundi 14 février dernier, Gruff Rhys et Bright Eyes.


Petit prince de l'indie folk américain, Conor Oberst, l'homme planqué derrière Bright Eyes, est du genre hyper productif : plus d'une dizaine d'albums depuis 1998, un projet alternatif "Mystic Valley Band", un album solo sorti sous son nom, un peu difficile de suivre tous ses faits et gestes.
"The People's Key" sera, paraît-il, son dernier album sous l'appellation Bright Eyes. Et avouons-le franchement, faut-il le regretter ?
Car cet album décevant n'est sans doute pas le meilleur moyen de découvrir l'univers de cet oiseau, connu aux Etats-Unis pour ses prises de position politiques (à l'époque anti-Bush).
Artistiquement, Oberst semble encore chercher la bonne formule, évitant certes de reconduire la même formule musicale
- en 2005 il publiait deux albums, l'un folk acoustique, devenu petit classique "I'm Wide Awake This Morning", l'autre quasi électro new wave, le bizarre "Digital Ash In Digital Turn".
- en 2005 il publiait deux albums, l'un folk acoustique, devenu petit classique "I'm Wide Awake This Morning", l'autre quasi électro new wave, le bizarre "Digital Ash In Digital Turn". Une schizophrénie qu'il tente de réconcilier ici en un seul disque, aux titres plus pop teintés parfois de synthés voyants (Shell Games, Beginner's Mind).
Un choix un peu tiède qui tire vers une pop plus banale, presque mainstream, dont seule reste la voix en avant reconnaissable de l'artiste.
Làs, sa voix plaintive aux accents pathétiques de post-adolescent tourmenté ne me séduit guère voire m'irrite, sauf dans ses meilleurs moments pop (One For You, One For Me), sans oublier certains titres introduits par la voix d'un obscur narrateur ennuyeux (Firewall).
Autrement dit, j'ai du mal à écouter jusqu'au bout le disque de ce Conor-là, alors qu'un autre Conor anglais, à la sensibilité voisine, m'envoûte depuis l'an dernier. Qui sait ? Si j'avais été plus familier de Bright Eyes avant la découverte de Conor O'Brien des Villagers, j'aurais peut-être été plus indulgent avec cet album (et artiste) honorable, mais qui ici n'a pas su me convaincre.
Sans rancune, Conor l'américain.
Bright Eyes. "The People's Key" (Saddle Seek Records) ♥avis mitigé sur Esprits Critiques et décu sur Brainfeeders & Mindfuckers
Autant Conor Oberst m'a laissé plutôt froid, autant je suis heureux de m'enflammer pour le dernier album de Gruff Rhys, l'ex-leader des Super Fury Animals, très sous-estimé groupe gallois de la fin des années 90.
Si l'aventure du groupe est finie, leur sympathique leader Gruff Rhys continue bel et bien puisqu'il en est à son troisième album solo, un "Hotel Shampoo" ainsi nommé soi-disant à cause de la fâcheuse manie de son auteur de "collecter" les échantillons de shampooing proposés dans les hôtels. Mais qu'importe l'emballage du flacon, puisque ce shampooing-là procure une ivresse bien réjouissante.
Un vrai tonifiant pop régénérant, petite bulle aux parfums enivrants qui ressuscite avec goût et inspiration tout un âge d'or de la pop vintage désormais révolue.
Des mini-symphonies pop élégiaques des Beach Boys à la somptueuse pop de luxe de Burt Bacharach, en passant par les compositions radieuses de Sean O'Hagan des cultes High Llamas, tous les amateurs d'une certaine harmonie pop qu'on ne croise pas si fréquemment seront ravis de cette nouvelle.

Nul doute que les journalistes pop-maniaques Mishka Assayas et Christophe Conte n'en aient déjà fait leur disque de chevet.
Bonne surprise inattendue de ce début 2011, doit-on aussi la réussite de ce voyage au stylé producteur Andy Votel aux manettes de cette lotion-miracle?
Qu'il s'agisse des cordes de "Vitamin K" d'esprit Divine Comedy, des délires mariachis du tonique "Sensations In The Dark" digne d'XTC, des effets psyché pop sixties du mini-tube "Christopher Colombus", de la classe soyeuse de "Space Dust #2" qui invite la chanteuse d'El Perro Del Mar, l'élégance de la production, référencée et inventive sans être passéiste, n'est jamais prise en défaut :
Ainsi que, plus généralement, la qualité des compositions dignes des Beach Boys d'un Gruff Rhys inspiré : c'est bien simple, notre hurluberlu barbu vient peut-être de signer le meilleur album ... de Brian Wilson ! Celui que l'ex-génie abîmé des années 6o est malheureusement incapable de pondre lui-même.
En tout cas, un disque salutaire annonciateur du printemps, qui devrait faire le bonheur de beaucoup, on l'espère.
D'ailleurs, c'est bien simple, si vous ne l'écoutez pas (l'aimer, on verra après), mais si vous ne prenez même pas la peine de l'écouter, je ne sais pas si je vous parlerai encore.
Gruff Rhys. "Hotel Shampoo" (Turnstile) ♥♥♥♥ en écoute sur Deezer et Spotify
chronique sur Hop Blog et articles sur les Inrocks et Magic
2 titres en écoute sur la Playlist Pop
gruffrhys.com











