À cette période de l'année où les sorties cinéma se réduisent comme peau de chagrin, pensez si la nouvelle de la sortie d"Inception," le nouveau Christopher Nolan (Memento, The Dark Knight) - un des plus brillants metteurs en scène hollywoodiens et un de mes réalisateurs actuels préférés, au passage - était TRÈS attendu par tous les cinéphiles.
Film d'action à grand spectacle, quel est est le point de départ d"Inception" ? DiCaprio est un "extracteur," qui entre dans les rêves des autres à des fins d'espionnage industriel afin de leur soutirer des informations autrement hors d'atteinte. Ce statut lui a coûté sa famille et sa nationalité, mais une chance de retour lui est offerte s'il parvient avec son équipe d'experts à pratiquer une "inception" : autrement dit, implanter une idée dans le subconscient d'un sujet. Mais il y a l'éternel facteur humain...
Le subconscient de l'individu : sujet constant du cinéma cérébral et ludique de Christopher Nolan, qui va pendant plus de deux heures nous embarquer dans le plus spectaculaire des thrillers d'action et jouer de manière échevelée avec le spectateur. Amateur de son cinéma qui concilie concept pur et divertissement hollywoodien, j'ai vu le film dès le jour de sa sortie et eu besoin de le "digérer" pendant quelque temps pour avoir un avis à froid.
Alors, verdict ? Ambitieux, labyrinthique et "bigger than life", "Inception" est surtout un film qui démontre la croyance communicative qu'éprouve Nolan envers le pouvoir du cinéma.
Avec son scénario complexe raconté avec une maestria narrative complète, il semble vouloir tout embrasser quitte à rappeler au spectateur quelques références (fable à la Matrix, film de casse ou d'espionnage (l'équipe de DiCaprio effectue un "vol mental" et fonctionne comme dans Mission Impossible), thriller d'action à la Michael Mann et film de science-fiction (on songe à Existenz ou au trop méconnu Dark City).
Sans oublier une constante beauté plastique, des images de visionnaire, un constant souci des espaces - comme un architecte, la plus belle idée du film : celle de bâtir ses rêves comme on bâtit une cité - une mécanique diabolique et un goût très poussé de l'élaboration conceptuelle sublimée par une manipulation de prestidigitateur. Et quelle grande trouvaille que cet emboîtement de rêves les uns dans les autres - des rêves gigognes - sans égarer pour autant le spectateur.

Le dernier tiers du film piétine un peu et sa durée se fait alors sentir, menaçant parfois de le faire passer pour un illusionniste à la limite de l'esbroufe, sans oublier la lourde musique de Hans Zimmer.Mais le sérieux imperturbable dont il fait preuve, la richesse de son concept et la jubilation de son film conçu comme une gigantesque pièce montée, effacent ces réserves et emportent in fine mon adhésion.
Peut-on ajouter que Leo DiCaprio y est en super-forme, dans un rôle jumeau de celui de "Shutter Island", mais plus sobre et dynamique à mon goût ?La petite Ellen Page vue dans "Juno," et Marion Cotillard, figure féminine obsessionnelle, sorte de fantôme hitchcockien sorti de Vertigo, se partagent les deux rôles féminins principaux.
Nolan étant un réalisateur qui aime beaucoup les acteurs - même s'il n'est pas aisé d'exister pour des comédiens dans ce type de machine cinématographique - on n'oubliera pas le reste d'un solide casting, dont on citera le prometteur Joseph Gordon-Levitt en fidèle associé ou Cillian Murphy, celui qui doit être "incepté."

Plus une exploration du mental humain qu'un film onirique - ce qui semble décevoir une partie des critiques, les benêts - "Inception" est un super-film d'auteur conceptuel déguisé en film d'action grand public.
Allez donc voir "Inception", j'attends vos avis pour ouvrir le débat.

La bande-annonce :
♥♥♥♥
Réalisation et scénario : Christopher Nolan. Chef-Opérateur : Wally Pfister. Musique : Hans Zimmer. Production : Warner Bros. Durée : 145 mn.







