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mardi 6 mars 2012

Un ROVER, ça tient plutôt la route

Déjà repéré avant ma petite absence, voilà tout naturellement que je rouvre avec ce disque. Pas si souvent que je me penche sur un artiste français, mais pas un hasard non plus si l'album de ce nouveau venu sur la scène française attire fort l'attention ces temps-ci.
Physique inhabituel pour un lyrisme peu courant par chez nous, pop romanesque aux fortes effluves britanniques, Rover se démarque, se remarque, dont Aqualast est la tubesque carte de visite : 



Efficacité immédiate et omniprésence sur les playlists des radios dont on aurait aussi tendance à se méfier, Rover pourrait aussi n'être vu que la sensation pop fédéraliste d'un moment, comme le furent Aaron, Cocoon et autres Puggy.

On laisse reposer et on y revient doucement, troublé par l'intensité vocale du bonhomme, timbre costaud jonglant avec les graves et les aigus, cousinage proche de Jeff Buckley ou Thom Yorke. Et par l'évidente fluidité musicale du projet, classique agrémenté de discrètes touches vintage, de sa pop habitée (beau Queen Of The Fools) au romantisme noir couleur new wave, très The Auteurs / Luke Haines (bien vu Charlu) souvent plus ténébreux que vraiment grand public. 

Doux ogre au parcours de baroudeur (ex-punk rocker au Liban) déjà bien rempli, Timothée Reignier a/k/a Rover fait montre d'un spleen ombrageux et d'un gros appétit musical (emprunts à Gainsbourg, Killing Joke, Radiohead). Une boulimie et de multiples influences qui font aussi, soyons franc, l'aspect patchwork de cet opus, son côté brouillon et son lyrisme enflammé l'amenant à une emphase vocale digne de Muse (Full Of Grace) ou écarts trop mélos (l'encombrante Carry On) parfois gênants.

Restrictions qu'on mettra sur le compte de la maladresse des premiers pas, Rover promet sans être encore la merveille lue partout. Mais ceci posé, le potentiel artistique (et scénique) du garçon et les fulgurances de cet album inaugural laissent présager du meilleur. Si les références indie et la musique grand public pouvaient plus souvent se fondre, la pop, française ou pas, ne devrait que mieux s'en porter :



Rover. Rover (Cinq 7/Wagram) paru le 27 février
♥♥
écouter sur spotify & deezer
lire sur les chroniques de charlu, la musique à papa et froggy's delight 

facebook rover

lundi 6 février 2012

AIR à la conquête de la lune

Février n'est pas que le mois de la vague de froid et de neige que nous supportons tant bien que mal, mais c'est aussi le mois qui nous a nous réservé le retour du groupe Air.
On serait même tenté de dire un retour aux affaires, tant les derniers opus de la paire JB Dunckel-Nicolas Godin avaient été loin d'être concluants. Malgré l'indulgence qu'on peut avoir envers leur production, pour peu qu'on soit sensible à leur électro pop easy listening volontiers naïve, voilà longtemps qu'ils s'étaient installés dans un vernis pop aussi moelleux que plutôt sclérosant artistiquement (Talkie Walkie, 2004). Isolés dans leur bulle, les deux dandys versaillais alignaient des productions agréables, mais anecdotiques et manquant en fait ... d'air.


Mais rien ne vaut l'exercice obligé venant de l'extérieur, car sollicités par le passionné Serge Bromberg, déjà auteur de la résurrection de L'Enfer de Clouzot, pour rhabiller la bande-son du classique du précurseur Georges Méliès, Le Voyage dans la Lune restauré et recolorisé par Lobster Films et l'aide de la Fondation Gan pour le cinéma, ce petit voyage spatial leur refait une modeste mais salutaire santé musicale.

Confirmant leur vocation pour le rétro-futurisme, leur bande-son rétro-moderne, à l'exemple de Giorgio Moroder pour Metropolis en 1984, habille de couleurs seventies, synthés antiques et pulsations rock vintage les rêveries ludiques colorées du père historique du cinéma de l'imaginaire et des effets spéciaux : 



Sans jamais trahir la fraîcheur de ses visions de 1902, leur B.O. en restitue l'aspect ludique (Sonic Armada), aérien (Moon Fever) ou carrément psychédélique (Cosmic Trip).
Mieux : si la nouvelle version du film (à voir sans tarder et disponible en DVD le 23 avril) supporte fort bien leurs inventions, Le Voyage dans la Lune L'Album s'apprécie tout autant - voire même plus - tout seul accroissant son pouvoir d'évocation et de suggestion spatiale à coups de synthétiseurs Moog, sons de mellotron et claviers analogiques. Le tout lorgnant autant du côté des ancêtres du krautrock allemand (Kraftwerk, Neu) que des b.o. du cinéma italien, aux embardées gentiment expérimentales :



On peut même trouver la durée du voyage un peu courte bien qu'allongée de quinze minutes par rapport au film. Mais voilà un disque cohérent qui ne changera certes pas leur statut mais qui confirme l'aisance du groupe dans la composition instrumentale (souvenez-vous de leur chef-d'oeuvre Virgin Suicides).

Oserait-on même dire que l'objet épaulé des chanteuses d'Au Revoir  Simone et Beach House pour les passages pop démontre qu'une des faiblesses récurrentes d'Air était de s'obstiner à (mal) assurer le chant ? Allez, les petits maîtres versaillais, votre amie people Sofia Coppola avait au moins senti ça : laissez tomber la lounge music sans ressort, vous êtes fait pour habiller le cinéma de vos délicieuses volutes rétro-temporelles.

Et souriez-donc aussi sur vos photos. Ce n'est quand même pas demander la lune.

Air. Le Voyage dans la Lune - A Trip To The Moon (Aircheology/Emi Music) paru le 6 février

vendredi 4 mars 2011

POP PLEASURES. Toro Y Moi et Tahiti 80

Même si ce papier aurait dû voir le jour bien plus tôt ces jours-ci (mais que voulez-vous, cette semaine est passée si vite) voilà deux disques idéaux pour saluer le soleil revenu/à venir, avant-goût d'un printemps 2011 fortement désiré et deux disques qui arborent tous des pochettes assez répulsives au goût discutable, un effort, les gars !

D'abord le retour du petit Chaz Bundick qui, planqué derrière le pseudo de Toro Y Moi, reprend ses pérégrinations de petit prodige de la chillwave après "Causers of This", son opus remarqué de 2010.

"Chillwave" : encore un raccourci journalistique hâtif fourre-tout regroupant quelques artistes (Memory Tapes, Neon Indian, Washed Out et d'autres) pratiquant une pop easy listening lorgnant sur les sons pré-électro des années 70/80.

Si le précédent affichait une évanescence électro-digitale à la texture surchargée (samples, révérbérations, voix éthérées, bidouillages en tous genres) qui menaçait de faire disparaître sa musique dans le flou le plus complet, ce deuxième album se révèle bien plus incarné, déjà dans son instrumentation plus directe d'inspiration dance-floor années 70, basse funky et batterie disco, un son plus "garage" selon l'intéressé qui exagère un brin :













On notera surtout qu'il revisite avec inspiration le son des productions seventies, des bande-sons d'Ennio Morricone et François de Roubaix (influence évidente d'ailleurs revendiquée), au space disco estampillé late 70's (New Beat) et un amour des climats en apesanteur qui le voit battre Air sur son propre terrain (Divina).



"Underneath The Pine" est même le disque de french pop que les versaillais ne savent plus vraiment faire, rehaussé d'une chaleur et d'un aspect foutraque un peu soulant qui fait finalement son charme, culminant sur les scintillants "How I Know" et "Elise" qui mixent des harmonies vocales dignes des Beach Boys à celles plus baggy des Stones Roses ou autres Charlatans :


C'est dire la palette plutôt large que déplie cet alchimiste attachant pour un voyage en pop rétro-futuriste et hypnagogique où le groove dansant équilibre la mélancolie rêvasseuse des compositions d'un Toro souvent plus aérien que terrien, malgré la photo qui précède ces lignes.

Toro Y Moi. "Underneath The Pine" (Karpack Records)
Sorti le 22 février
♥♥♥♥
en écoute sur spotify
Toro Y Moi
Après près de douze ans de carrière et presque une demi-douzaine d'albums, les éternels Poulidor de la pop française, autrement dit, les rouennais de Tahiti 80 repointent le bout de leur nez avec "The Past, The Present & The Possible". Est-ce en prémisse des beaux jours ?

En tout cas, un parfait disque de pop légère et séduisante, délivré par des artisans doués dont le handicap a toujours été d'être cantonnés dans l'ombre d'un groupe modèle - ou rival? - portant le nom d'une célèbre ville d'Arizona. Vous voyez ? (mais si, c'est marqué sur la photo à côté)

Pourtant bien que les médias s'agenouillent devant le succès international de ces derniers, qui personnellement me laissent souvent froid et bien que labourant le même territoire pop, le groupe de Xavier Boyer ne démérite pas et pourrait bien livrer son opus le plus cohérent.

Une collection de pop songs à la production électronique plus marquée qui lui donne un aspect apparemment un peu lisse.

Mais tendez l'oreille : hormis des titres un poil formatés comme "Defender" et "Gate 33" où il semblent se prendre pour des New Order français, cet album renferme bien des plaisirs : un "Solitary Bizness" irrésistible avec ses gimmicks dignes du Tom Tom Club de la meilleure époque, un "Crack Up" ludique en diable, ou "Want Some?" et "Easy", parfaits exemples de sunshine pop :



Et quelques titres plus intimistes comme la chanson-titre, sympathique morceau à tiroirs, où la voix discrète mais attachante de Xavier Boyer n'a rien à envier à celle de Thomas Mars, sans omettre un song writing classique mais lumineux :



En fait, il faut prendre ce cinquième album des Tahiti 80 pour ce qu'il est, un recueil de vignettes pop modestes mais soignées, qui ne révolutionneront certes pas le paysage pop, mais tel n'est pas le but de ces discrets artisans hexagonaux.

"The Past, The Present & The Possible" (Human Sounds)
Sorti le 21 février
♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
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Tahiti 80