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samedi 25 juin 2011

MY MORNING JACKET, l'auberge espagnole du rock

Un rapide billet pour entamer ce weekend, qui saluera impulsivement un album et un groupe difficile à caser, et dont justement l'aspect puzzle, composite et rempli d'embardées en tous genres satisfont chez moi en ce moment un désir de chaud et de froid, sage et énergique, calme et tempêtueux en même temps.

Bonne pioche avec "Circuital", septième album à l'oeil vert inquiétant de My Morning Jacket, le gang de loustics mené par la force de la nature Jim James.
Un boulimique compositeur qui mêle sur ses albums country rock, ballades alternatives, blues rock, indie pop, le moderne et l'ancien.
Comme s'il ne savait pas choisir entre Neil Young, Mercury Rev ou Grandaddy, James et sa bande s'offrent le tout, énergie brute, envolées rock ou recueillement acoustique.

Un banquet où le meilleur est au début, avouons-le avec un "Victory Dance" quasi prog-rock d'influence Pink Floydienne/Supertrampienne qui tâche un peu et finalement assez addictif...



... suivi d'un "Circuital" épique, sensuel et habité auquel je reviens sans faillir :



Soyons franc, un morceau qui doit toute sa structure et déroulement au célèbre "Creep" de Radiohead ou au lyrisme d'un Jeff Buckey, vérifiez par vous-même ci-dessous. Mais malgré (ou grâce à) cette similarité, qui finit par posséder un sacré caractère, lyrique et envoûtant :

"Creep" - Radiohead (Curtis Rock Redrum)

"Circuital" -My Morning Jacket

Et ça continue le long de ce disque digne d'une montagne russe, boulimique, imparfait, hirsute, mais jamais prévisible.
"Holding On To Black Metal", titre lourdaud et débraillé vous déplaît ? "Outta My System", une pop song digne des Troggs qui joueraient avec Jesus & The Mary Chain vous redonne le sourire alors que "Wonderful (The Way I Feel)", une ballade apaisée d'une naïve candeur vous cueille par surprise.

Si James et son clan refusent de choisir, se rêvant à la fois cowboys country-blues amoureux de leur slide guitar ou indie rockers alternatifs, abdiquant tout jugement définitif sur ces électrons libres, on se laisse juste aller au partage de ce repas d'ogre tous azimuts.
Quitte à le relativiser demain, on se laisse aller avec plaisir à l'ivresse temporaire de se sentir bien vivants en leur compagnie.

Tracklist :
1. Victory Dance
2. Circuital
3. The Day is Coming
4. Wonderful (The Way I Feel)
5. Outta My System
6. Holdin On To Black Metal
7. First Light
8. You Wanna Freak Out
9. Slow Slow Tune
10. Movin Away

My Morning Jacket. "Circuital" (Ato Music) ♥♥♥
sorti le 20 juin

en écoute sur spotify et deezer
2 titres sur la Playlist Pop
chronique sur pomme de pin et article sur magic

My Morning Jacket

mercredi 22 juin 2011

JOHN MAUS et SCOTT MATTHEW, outsiders en liberté

Grâce soit rendue au net qui vous fait découvrir si vite l'existence d'artistes dont il y a quelques semaines à peine vous ne soupçonniez même pas l'existence.
L'occasion de jeter un oeil (une oreille, plutôt) sur le parcours de créateurs oeuvrant en solo dans une relative confidentialité, laquelle ne devrait pas durer longtemps.

Prenez d'abord le cas du dit John Maus. Déjà le troisième album pour cet olibrius et néanmoins docteur en philosophie et sciences politiques.
Un parcours atypique pour un oiseau rare ayant déjà commis deux LP et collaboré avec son ami proche, l'ostrogoth Ariel Pink. Et qui accouche d'un disque énigmatique qui mêle dans le même mouvement, comme un situationniste moderne, radicalisme des idées ("Let's kill the cops tonight" sur Cop Killer) et radicalisme musical.

En revisitant à coup de claviers glacés et voix réverbérée toute la new wave minimaliste et clinquante des années 80, John Maus semble prendre un malin plaisir à balader son auditoire, lequel risque de le ranger à tort dans l'habituel revival eighties pratiqué par une certaine indie pop.



Si cette épopée néo vintage, trop courte, ne peut que satisfaire l'éternel accro des années 80 qui dort (?) en moi, cette galette à la fausse distanciation révèle un original prêt à se confronter au fantôme glacé de Joy Division, la new wave synthétique de Human League ou les moulinettes robotiques des ancêtres Kraftwerk.












Le tout évoquant les folies post-punk et pré-électro d'originaux comme Suicide ou Fad Gadget et recouvert à l'occasion d'un vernis d'italian disco pour une synth pop bien minimaliste balancée par de bonnes vieilles boîtes à rythme.



Une bizarrerie oscillant entre revival distancié et folie d'artiste, mais qui repose sur la qualité brute des compositions et la rigueur de son auteur (fantastiques Believer et Quantum Leap).
Un album qui démontre toutes ses facettes changeantes au fur et à mesure des écoutes pour se révéler, bien que trop succint dans sa durée, un plaisir rétro-futuriste diablement addictif, comme récemment dans des registres différents mais voisins, Twin Shadow ou Destroyer.

Ballade non exempte d'un romantisme noir, d'un activisme politique et d'une simple foi dans la musique pop, fut-elle déguisée en réhabilitation des codes et sonorités d'une époque révolue, l'aventure révèle un personnage en dehors des normes que je surveillerai désormais de près.

John Maus - "Keep Pushing On"

Tracklist :
1. Streetlight
2. Quantum Leap
3. ... And The Rain
4. Hey Moon
5. Keep Pushing On
6. The Crucifix
7. Head For The Country
8. Cop Killer
9. Matter Of Fact
10. We Can Break Through
11. Believer

John Maus. "We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves" (Upset The Rhythm) ♥♥♥♥
à écouter sur spotify
à lire
sur La Musique à Papa et article sur Magic

John Maus

Autre découverte personnelle de saison, le dénommé Scott Matthew déambule lui aussi en solo sur la scène musicale.
Arpentant des terrains plus fréquentés, entre crooner indie et songwriter solitaire, cet australien à la sensibilité et la voix proches d'un Antony Hegarty s'adonne lui aussi au plaisir de succomber à la muse mélancolie.

"Gallantry's Favorites Son", ensemble de ballades recueillies conçues comme des confessions de blessures intimes et aux arrangements précieux est surtout, dans mon cas, la découverte d'une voix qui ne peut que rappeler la trace d'illustres aînés, crooners undergrounds et stars atypiques.



Impossible à l'écoute de cette élocution stylée et ce timbre androgyne de ne pas songer à la grandeur dramatique de Scott Walker ou la flamboyance vocale de David Bowie lui-même. Saines influences auxquelles on peut rajouter le vibrato émotionnel d'un Terry Callier ou le timbre élégant d'un Perry Blake (oui, oui, Blake...).























Car on ne peut nier la distinction et le charme de cet album qui ne révolutionnera pas le genre mais qui alterne avec harmonie plages de mélancolie désolée (Buried Alive, True Sting) et titres d'humeur plus légère, presque easy listening (Felicity, No Place Called Hell). Mais d'inspiration et de tonalité élégantes, genre pop sixties, entre choeurs spectoriens, influences gospel et ambiance Burt Bacharach. "The Wonder Of Falling In Love", perle du disque, en est le parfait exemple :



Pourtant à la longue, le timbre plaintif et affecté de Matthew et la couleur sombre, voire désespérée de son spleen parfois complaisant peuvent finir par lasser (à l'instar de Antony & The Johnsons) et on aurait aimé que le disque soit toujours aussi fluide que ce morceau ou intense comme certaines torch songs épurées (Duet).

Restrictions relevées qui n'empêchent pourtant pas le plaisir de ce détour australien plus que fréquentable en compagnie d'un de ces outsiders préférant les chemins de traverse. De ceux qui ont souvent parsemé l'histoire du rock et de la pop, toujours pour notre bonheur.



Tracklist :
1. Black Bird
2. True Sting
3. Felicity
4. Duet
5. Buried Alive
6. Devil's Only Child
7. Sinking
8. The Wonder Of Falling In Love
9. Seedling
10. Sweet Kiss In The Afterlife
11. No Place Called Hell

Scott Matthew. "Gallantry's Favorite Son" (Glitterhouse Records) ♥♥
sorti le
14 juin
en écoute sur spotify et "The Wonder Of Falling In Love" sur la Playlist Pop
article sur les inrocks
Scott Matthew

lundi 20 juin 2011

BON IVER, épisode 2

Dans la longue liste des sorties du moment, le deuxième album éponyme de Bon Iver a la chance (ou pas) d'être impatiemment attendu par ceux qui avaient succombé à la beauté de son premier essai "For Emma, Forever Ago", recueil de folk mélodique et limpide confectionné en quasi-ermite.

Justin Vernon, l'homme-orchestre caché derrière Bon Iver, a eu l'intelligence d'éviter de reconduire la même formule acoustique : fini l'ambiance épurée genre "Nebraska" de Bruce Springsteen ou "Pink Moon" de Nick Drake, place à l'espace, aux arrangements variés, à l'électricité.

Si le précédent s'avérait touchant dans le dénuement de son ambiance rurale, son successeur affirme la volonté de son auteur de changer de paysage et d'évoquer un décor plus contemporain.



"Bon Iver l'album" est ainsi un objet à la fois plus excitant, moins attendu mais plus ambigu, dont la production minutieuse évoluant vers un climat conceptuel donne à réfléchir sur Vernon lui-même : fait-il encore du folk ? Notre homme loin d'un quelconque gratouilleur barbu ne serait-il pas un vrai laborantin sonique tenté par l'abstraction et la création d'espaces esthétiques ?

Un disque qui impose sa maîtrise de mélodiste/chanteur et d'évidence construit autour de sa voix céleste (évident Calgary, très beau Holocene) habillée parfois d'effets électroniques. Un travail d'orfèvre jugé fascinant et entièrement maîtrisé dans mon cas, mais non exempt d'un aspect "exercice de style" que les plus réfractaires à la voix très auto-tunée de Vernon pourront juger démonstratif.



Exercice de style ou pas
, même proche d'un certain clinquant sonore (Hinnom, TX), cet opus singulier est au service d'une inspiration mélodique jamais prise en défaut (très lumineux Perth et Holocene) où respire une classe et une élégance évidentes.

Un objet immanquable qui en fait un des disques les plus marquants de cette saison, dépassant le petit cadre habituel du folk par le potentiel fort qu'il recèle. Voilà un disque qui met à jour le visage d'un artiste fort doué, mais que guette parfois les pièges d'une certaine virtuosité, un goût pour la perfection clinique moins naturelle que son essai inaugural fragile et dépouillé.

Confirmant le virage entrepris avec le EP "Blood Bank" et sa collaboration suprise avec Kanye West, on est alors tenté de mettre le parcours de Bon Iver en parallèle avec celui d'un Sufjan Stevens, en moins alambiqué (même dispositif "une chanson-un lieu" que l'auteur d'Illinoise) et le même goût pour l'apesanteur et la préciosité vocale qu'un certain petit ... James Blake !













Que Bon Iver se dirige alors vers le dubstep ou un soft-rock années 80 comme celui de "Beth/Rest", le dernier morceau qui clôt ce déroutant opus (à rapprocher de celui du super-groupe Gayngs auquel il collabore), n'aurait alors rien d'étonnant.


Mais finalement ne regarde que ce surprenant faux ermite qui semble avoir toutes les cartes en main pour tracer une route qu'on lui souhaite libre et encore parsemée de surprises. Un album sans doute imparfait, agaçant mais passionnant en tout cas.   

Tracklist :
1. Perth
2. Minnesota, WI
3. Holocene
4. Towers
5. Michicant
6. Hinnom, TX
7. Wash
8. Calgary
9. Lisbon, OH
10.
Beth/Rest


Bon Iver. "Bon Iver" (Jagjaguwar/4AD)
♥♥♥♥
Sortie lundi 20 juin

en écoute sur deezer et spotify et 3 titres (Holocene, Michicant, Calgary) sur la Playlist Pop
à lire sur Muffin Man, Tasca Potosina, So Why One More Music Blog et l'ami Charlu

Bon Iver.com

vendredi 17 juin 2011

FOLK. VETIVER côté pile et THE MIDDLE EAST côté face


Terre idéale pour trouver la satisfaction musicale, voici que la production folk pop arrive à notre secours. Du folk en toute saison, je ne suis pas contre, surtout quand il est pratiqué par de valeureuses formations comme ici.

Avec "The Errant Charm", voilà la galette parfaite en vue d'un week-end paisible. Avec ce cinquième album de Vetiver, la bande d'Andy Cabic nous offre l'une des haltes musicales les plus harmonieuses du moment.
Car nos trop discrets baladins californiens, compagnons de route de Joanna Newsom et Devendra Banhart, n'ont jamais eu pour ambition de rien révolutionner, dans la folk, la pop, ni même dans leur trajectoire musicale. Et pas de raison de le regretter, tellement le voyage s'avère ici rayonnant.



Avec cette radieuse collection de vignettes folk très pop, "The Errant Charm" propose la plus décontractée des virées, au son délicat et accueillant en compagnie de la voix doucement feutrée de Cabic. Entre guitares limpides évoquant les Byrds, folk du Buffalo Springfield et luminosité de la sunshine pop fin sixties.
Peaufinées avec modestie et soin, les compositions touchées par l'élégance pop de Cabic s'avèrent d'une allégresse toujours vivifiante (Wonder Why, Fog Emotion) serties dans l'écrin d'une belle production s'autorisant à ses heures un peu de fantaisie sonore (l'atypique Soft Glass).



Un art pour l'écriture intimiste peaufiné avec une fluidité de maître-artisan porté à son épanouissement (ces guitares fondantes!). Qui a dit qu'on ne pouvait pas écrire de bonnes chansons sur les sentiments positifs ? Assertion démentie ici avec une modeste assurance communicative et qu'on se gardera pour les jours dociles au coeur léger.
La bande-son parfaite de vos siestes d'été à venir, notez-le donc.

Tracklist :
1. It's Beyond Me
2. Worse For Fear
3. Can't You Tell
4. Hard To Break
5. Fog Emotion
6. Right Away
7. Wonder Why
8. Ride Ride Ride
9. Faint Praise
10. Soft Glass
Vetiver. "The Errant Charm" (Sub Pop/V2Records) sorti le 14 juin ♥♥♥♥  
écoute sur spotify & deezer et 3 titres sur la Playlist Pop    
chronique sur La Quenelle Culturelle et article sur Magic
 
Vetiver le site  

Autant l'art de Vetiver incite à l'insouciance ensoleillée, autant la bande de The Middle East, nous invite à un voyage plus désorientant et qu'aucun GPS ne vous indiquera jamais.
Un disque déroutant dont il n'est pas besoin de connaître le passé du groupe (un LP autoproduit en 2008, un EP depuis) pour apprécier le caractère intrigant.
Ébahi à juste titre par l'épure des deux morceaux d'entrée (saisissant Black Death 1349 et noirceur sépulcrale de My Grandmother Was Pearl Hill avec son piano désolé), les titres suivants brouillent l'identification, nous égarant sur des pistes plus variées : country, rock, bruitiste (les deux Mount Morgan). Puis plus loin tendent vers l'épanouissement pop (Months) ou la ballade slowcore (Deep Water) :



Étrange impression d'un album se refusant à toute catégorisation et qui logiquement nous résiste au début. Mais on ne peut que trouver étrangement familière la musique de ce collectif australien.

"I Want That You Are Always Happy" avec sa faute de grammaire volontaire et sa pochette au ludisme inquiétant est un disque au magnétisme noir et lumineux qui se mérite. Un laboratoire musical distillant un parfum singulier, dont les accents parfois rageurs ne sont qu'un des versants d'une même humeur. Celle-là même qui habite les albums de Smog, Red House Painters, Will Oldham ou Sparklehorse.

 












Un spleen aux allures folk, en fait plainte antique cachée derrière une Americana de guitares, violons ou harmonicas qui ne sont là que pour parer de séduisants atours les éternels tourments tapis dans le coeur humain, fut-il australien en l'occurrence. Grâce d'ailleurs soit rendue à la voix élégiaque du Middle-East-en-chef, Jordan Ireland, aérienne et irréelle :



"Dark Night Of The Soul" (sombre nuit de l'âme), aurait été le sous-titre parfait de cette équipée singulière. s'il n'avait déjà été le titre du projet collectif de Danger Mouse en 2009. Qui navigue à l'instinct entre brusques irruptions soniques (Mount Mountain) et ballades introspectives à la slide guitar d'une fraternelle évidence (somptueux Deep Water et Ninth Avenue Reverie faits pour serrer le coeur).

Rêverie : voilà le mot juste pour cette belle révélation de la saison qui dépasse le petit cadre du folk. Disque parfait pour apprivoiser ou noyer son chagrin éventuel, et rêverie atmosphérique entre songe et cauchemar, parfois peuplée d'ombre inquiétante, parfois traversée de lumière apaisante. Un périple qui n'attend maintenant plus que vous.

Tracklist :
1. Black Death 1349
2. My Grandmother Was Pearl Hall
3. As I Go To See Janey
4. Jesus Came To My Birthday Party
5. Land Of The Bloody Unknown
6. Very Many 7. Sydney To Newcastle
8. Mount Morgan
9. Months
10. Dan’s Silverleaf
11. Hunger Song
12. Ninth Avenue Reverie
13. Deep Water
14. Mount Morgan End

The Middle East. " I Want That You Are Always Happy" (Play It Again Sam/PIAS) sorti le 6 juin ♥♥♥♥ en écoute sur spotify & deezer et 3 titres sur la Playlist Pop    
à lire sur Little Reviews et critiques sur Les Inrocks et Magic  

The Middle East le site

samedi 19 mars 2011

POP BATTLE. The Dø vs Moriarty

Vu le (très relatif) calme questions sorties, profitons de la sortie récente quasi conjointe des nouveaux albums de deux groupes emblématiques de "la-scène-pop-française-avec-une-chanteuse-qui-chante-en-anglais" pour les opposer en un mini-match comparatif.

À ma gauche : le duo franco-finlandais The Dø, chouchou du public hexagonal et des gazettes indé depuis 2008, année du succès de leur premier LP "A Mouthful" (avec le multi-entendu On My Shoulders). À ma droite : le groupe franco-américain Moriarty qui revisite à sa façon les musiques patrimoniales des U.S.A : country, folk, blues and co...








Sur le papier, The Dø est celui des deux qui semblait partir avec une tête d'avance, fort des origines nordiques de sa chanteuse Olivia Merilahti, souvent synonymes de félicité pop mêlées d'expérimentation inventive (obligée depuis Björk?).

Il est vrai qu'on ne pourra pas reprocher au duo d'éviter de proposer un copié-collé du premier album "A Mouthful" (2008) quoique hétéroclite et généralement surcôté.

Sur ce deuxième opus on les entend qui tentent des choses, essayent d'éviter la reconduction d'une formule trop prévisible et les recettes pop radiophoniques, cherchant des chemins de traverse plus accidentés...


Encore faudrait-il qu'ils aient trouvé,
car cela ne débouche jamais sur un résultat probant et un univers musical cohérent. Juste l'impression d'un fourre-tout pop même pas vraiment expérimental, juste très décousu, plein d'embardées sans réelle décision artistique (pop tribale? dream pop évanescente?) et assez pénible sur la longueur car dépourvu de réelle grande chanson.

Du coup, votre appréciation dépendra surtout de l'effet qu'a sur vous la voix d'Olivia : soit vous supporterez son timbre suraïgu, soit vous serez exaspéré par les affèteries de femme-enfant de sa voix très en avant.



En fait, on prendra son (petit) plaisir dans les chansons les plus pop, quoique relativement anodines (les immédiates Too Insistent ou The Wicked & The Blind) en se désolant de ce non-album et en regrettant à l'écoute du seul titre réellement touchant, le "Dust It Off" d'ouverture, que le couple ait raté ainsi son incursion dans l'onirisme pop expérimental.

The ­Dø - Dust It Off


Un domaine où des groupes tels que CocoRosie, Seabear ou The Knife s'avèrent des modèles qu'ils auront du mal à égaler. D'ailleurs, en groupe largement surévalué, en auront-ils jamais les moyens ?

Tracklist :
1. Dust It Off
2. Gonna Be Sick!
3. The Wicked And The Blind
4. Too Insistent
5. Bohemian Dances
6. Slash Them All
7. Leo Leo
8. B.W.O.J.
9. Slippery Slope
10. The Calendar
11. Was It A Dream
12. Quake, Mountain, Quake
13. Moon Mermaids


The Dø. "Both Ways Open Jaws" (Wagram/Cinq Sept)

écoute intégrale sur Deezer et Spotify

"Dust It Off" sur la Playlist Hiver


Contre toute attente, on trouvera donc son plaisir dans un univers musical plus classique, mais pas sans séductions. Au moins, chez les franco-américains de Moriarty, pas de démarche pseudo-arty tournant à la prétention quand elle est dépourvue de résultat.

Comme sur leur premier album en 2007 "Gee Whiz But This Is A Lonesome Town" (avec le savoureux titre Jimmy), mais avec une liberté encore plus manifeste, le groupe franco-américain revisite avec un plaisir évident et une belle aisance les codes des musiques de l'Ouest, le vrai..

Ritournelle folk qui fleure bon la poussière des westerns (jolie Isabella), blues grasseyant à l'atmosphère humide (Dark Line In The Middle Of), folk rural aérien (Beasty Jane), ballade blues-rock intense à deux voix (Julie Gold's Candy Cane Tale) : un voyage à priori peu dépaysant tellement nous sommes familiarisés depuis des décennies avec ces sonorités.



Mais le tout est revisité avec tant de savoir-faire et d'inspiration, genre "artisan doué et partageur" qu'on aurait mauvaise grâce à bouder son plaisir.

Rien n'y manque
: violons, hamonica, superbes guitare dobro et guitare acoustique, et surtout la voix craquante de Rosemary Standley, notre guide au charme étrange qu'on ne quitte pas des yeux (oreilles) durant ce voyage aux images très cinématographiques.



De plus, le solide savoir-faire de Moriarty, même traditionnel, nous console de l'aspect Canada Dy d'une inodore scène folk française trop proprette (Cocoon, Lily Wood & The Prick, June & Lula, etc).

Plaisir modeste ? Peut-être, mais de quoi donner l'envie de se procurer un Stetson et de grimper sur le premier Jolly Jumper venu pour se consoler de la déception toujours pas digérée du pâle western "True Grit" des frères Coen. C'est déjà ça !

BONUS : leur version du "Enjoy The Silence" de Depeche Mode


Tracklist :
1. I Will Do
2. Isabella
3. Clementine
4. Where Is The Light
5. Beasty Jane
6. Serial Fields
7. How Many Tides
8. [ ]
9. Decaf'
10. Julie Gold's Candy Cane Tale
11. Mah-Jong
12. The Dark Line in The Middle Of
13. Roboto Oshii

Moriarty. "The Missing Room" (Air Rytmo) ♥♥
écoute intégrale sur Deezer et Spotify

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3 titres de Moriarty sur la Playlist Hiver