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jeudi 20 octobre 2011

YANN TIERSEN au ciel

Pas de crainte à avoir malgré l'intitulé ambigu de ce billet, l'ami Yann Tiersen est bien toujours parmi nous ! Voire même plus que jamais puisqu'à peine un an après son dernier album, l'excellent "Dust Lane" (lire ici) sur l'historique label anglais Mute, le voici déjà de retour avec "Skyline".

Manifestement regonflé par l'expérience et la tournée qui s'ensuivit, l'instrumentiste continue son exploration en musicien libre et inclassable. Pour un opus court et ramassé dans la même mouvance, entre pop éthérée et post-rock à tendance noisy, une couleur parfaitement résumée dans l'explosif titre d'ouverture aux accents shoegaze, "Another Shore" :



Mais comme c'était déjà le cas avec "Dust Lane", le breton ne suit que sa propre humeur, entraînant autant l'auditeur sur des plages accueillantes et légères (I'm Gonna Live Anyhow, Monuments) que l'abandonnant en zone de turbulences intenses (déroutant Exit 25 Block 20) ou pièce instrumentale éthérée (épanoui The Trial).

Développant en solitaire bien entouré (Olavur Jacobson d'Orka, le remixer Ken Thomas) son croisement très personnel entre musique instrumentale et influences indie rock à l'orchestration épurée ou énergique, Yann Tiersen affiche une belle santé créative, en pleine possession de ses moyens, en équilibre entre formats pop et climats changeants flirtant à l'occasion avec l'expérimentation.



Une suite logique qui n'atteint cependant pas l'intensité radicale et mystérieuse de "Dust Lane" mais s'avère toutefois un excellent cru du breton,
à mettre en haut de sa discographie. Une étape de plus dans un parcours de plus en plus impeccable et singulier. Prêt au décollage ?

Tracklist :


1. Another Shore
2. I'm Gonna Live Anyhow
3. Monuments
4. The Gutter
5. Exit 25 Block 20
6. Hesitation Wound
7. Forgive Me
8. The Trial
9. Vanishing Point

Yann Tiersen. "Skyline" (Everything's Calm/Mute) Sorti le 17 octobre 2011
♥♥♥♥
à écouter sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Pop
à lire sur bon pour les oreilles et hop blog

Yann Tiersen.com

mercredi 14 septembre 2011

MIOSSEC. Avoir un bon copain

Qu'un billet sur le dernier Miossec figure ici est une chose qui m'étonne assez moi-même. Pas du tout que la figure du chanteur brestois me laisse indifférent, mais depuis quelques années on a épisodiquement suivi sa carrière qui faisait un certain surplace (excepté le beau "1964" de 2004), flirtant souvent avec une banale chanson-rock et retrouvant en fait rarement la verve de ses deux premiers albums "Boire" et "Baiser" fin des années 90.

Ainsi, l'écoute des "Chansons Ordinaires" commence mal : des titres courts d'un rock minimal à la prise de son brouillonne, brassant les mêmes textes désabusés chantés d'une voix courte, une première écoute qui passe plutôt dans l'indifférence.
Pourtant à s'y reprendre plus tard, son choix de revenir à un format rock plus serré se révèle une bonne idée, d'autant que passées les trois banales et mornes premières chansons, ce huitième album révèle une vraie énergie retrouvée.



Ne pourtant pas chercher de l'innovation musicale dans ce recueil de onze titres - tous débutant ironiquement par "chanson" - enregistré à l'instinct avec de jeunes musiciens proches de Dominique A après seulement trois jours de répétition. On n'y renouvellera pas les fondamentaux d'un Miossec, premier à critiquer la faiblesse de son chant, la tendance qu'aurait son inspiration à radoter ou la simplicité musicale de son approche.

Une fois que l'artiste a réglé lui-même lucidement son propre compte, c'est donc aussi pour ses limites qu'on peut estimer Miossec et prendre plaisir à ces retrouvailles. Comme retrouver un vieil ami perdu de vie (une thématique de l'amitié très présente ici) défauts y compris, mais que le passage du temps rend vraiment plus touchant.

Omniprésence des amours mal fichues, éternelle rage sociale, regret de la liberté artistique de la chanson passée perdue de nos jours, obsession du temps qui passe ("Comme le temps passe, comme il nous abîme, comme il nous laisse de cicatrices" sur Chanson qui laisse des traces) : rien de nouveau, mais Miossec enfonce ici avec efficacité le clou du spleen et de la désillusion déjà planté dès ses débuts (remember Regarde un peu la France).



Plutôt ragaillardi par le format rêche et expéditif de l'expérience, par ses musiciens parfois bruitistes qui jouent sec et dru, ces "Chansons Ordinaires" ne semblent pas être une illusoire tentative de retourner au son de ses débuts.
Juste une étape plus lumineuse et plaisante dans le parcours souvent inégal, mais toujours attachant de ce solitaire irréductible amateur de tension, d'accidents et d'une certaine zone d'inconfort.

Et puis au fond, difficile de renier les vieux amis, ce serait se renier soi-même... Welcome back, Christophe !

Tracklist :
1. Chanson Que Personne N'écoute
2. Chanson Pour les Amis
3. Chanson d'un Fait Divers
4. Chanson Pour un Homme Couvert de Femmes
5. Chanson Pleine de Voix
6. Chanson Dramatique
7. Chanson du Bon Vieux Temps
8. Chanson Protestataire
9. Chanson Qui Laisse des Traces
10. Chanson d'Insomniaque
11. Chanson Sympathique

Miossec. "Chansons Ordinaires" (PIAS France) Sorti le 12 septembre
♥♥
en écoute sur spotify et deezer
2 titres sur la Playlist Pop
article sur magic
Miossec chez Pascale Clark sur france inter

Miossec le site

vendredi 19 novembre 2010

SCÈNE FRANÇAISE ... en anglais. Yann Tiersen, Radiosofa, The Bewitched Hands

La sélection musicale de cette fin de semaine réactive par hasard un vieux serpent de mer : le rock français.

Force est d'avouer que la scène nationale bon an, mal an, produit toujours régulièrement du rock made in France, d'autant plus quand ceux-ci s'expriment parfois paradoxalement, en vue d'exportation ou non, ... en anglais ! Et, paradoxe encore, les artistes choisis ici s'avèrent être tous basés en région.

Premier régional de l'étape, le célèbre Yann Tiersen nous est revenu en octobre avec "Dust Lane", un nouvel opus qui risque de surprendre les retardataires scotchés à l'époque d"Amélie Poulain", mais pas les auditeurs des "Retrouvailles" qui le voyaient travailler en 2005 avec les stars indie Liz Fraser (Cocteau Twins) ou Stuart Staples (Tindersticks).

Personnalité depuis quelque temps en mutation, le breton prend le public à rebrousse-poil en publiant sur le légendaire label anglais Mute cette oeuvre qui confirme sa grande liberté artistique.

Libéré de tout carcan de format (chanson, musique de film) et trempant son inspiration dans une humeur assez sombre, le Brestois met sa virtuosité d'instrumentiste au service de longues pièces musicales - souvent sept minutes - atmosphériques et rock, mais façon rock progressif années 70, voire post-moderne.

Entouré d'une foule de collaborateurs discrets mais pointus (Laetitia Sheriff, Josh Pearson, Matt Elliott), "Dust Lane" semble souvent une musique de fin du monde, ombrageuse (Palestine), tourmentée et expérimentale (Dark Stuff au son seventies vintage), parfois bruitiste, mais traversée d'une énergie vitale presque lumineuse - les choeurs et le lyrisme des arrangements sur Ashes - et qui pourra parfois faire songer au lyrisme des Arcade Fire.

Un paradoxe surprenant pour une oeuvre souvent radicale mais maîtrisée, qui a emballé les spectateurs estivaux de la dernière Route du Rock, point d'orgue d'un parcours singulier qui devrait nous valoir de nouvelles surprises pour les années à venir.

Yann Tiersen. "Dust Lane" (Mute Records) ♥♥♥♥ en écoute sur Deezer et Spotify

chronique sur Hop Blog et Les chroniques de Charlu




"Dust Lane" en live à la Route du Rock 2010 :



Yann Tiersen.fr

Le groupe qui suit surprendra beaucoup moins, tant il s'inscrit dans la lignée d'un rock français électrique et sombre, à la noirceur post-adolescente.

Une école déjà fort représentée de par chez nous - les anciens new wave des 80's Taxi Girl, Marquis de Sade, Gamine - ou les incontournables du genre, Noir Désir.

Rien de nouveau donc, souvent un air de déjà entendu, mais avouons que le disque et le groupe, une formation venue de Rouen - toujours des régionaux... - affichent une flamme qui emporte plutôt le projet.

Tendu et nourri d'une sèche énergie, leur deuxième album "Le Souffle Court" témoigne d'une vraie cohésion artistique (beau son de guitares).

Toutefois Radiosofa, avec à leur tête le chanteur Thomas Cramoisan, ne possède pas encore la valeur ajoutée qui leur permettrait de sortir du lot.
Ainsi, on pense dans les meilleurs moments au groupe Tanger, et aux outsiders solitaires Joseph d'Anvers ou l'excellent Arman Méliès, et dans les moins bons, au passable Da Silva, d'ailleurs présent avec eux sur "Les Portes" leur titre le plus faible, étrangement le premier single extrait de l'album.










On sera aussi moins fou des paroles très scolaires, qui recyclent l'ordinaire des figures imposées du "rock à volonté poétique". Mais, bien que d'ordinaire peu sensible, voire agacé par le genre, sur des titres comme "10 000 Brasses" ou "Comme un rêve" passe une belle fougue nerveuse.
Et le seul titre en anglais, "Fuzzy" - une reprise folk-rock de Grant Lee Buffalo, vous vous rappelez ? - m'encline à penser qu'il devraient publier un album en anglais.

L'album se clôt sur la calme ballade "Les Voyages Immobiles" où l'on retrouve ... Arman Méliès. Qui se ressemble s'assemble. Au final, un groupe à surveiller pour peu qu'il mûrisse musicalement.

Radiosofa. "Le Souffle Court" (Opposite Prod.) ♥ en écoute sur Deezer et Spotify



Radiosofa.net

Changement de décor avec les chiens fous de The Bewitched Hands, jeune groupe venu de Reims et qui affole quelque peu le Landernau indé français en ce moment.
Et force est de reconnaître qu'il est difficile de résister à la fougue et l'enthousiasme de cette bande folk-rock qui montre un appétit féroce.

Rendez-vous compte, les voilà en train de faire se télescoper sur leur premier album "Birds & Drums", la pop radieuse des sixties (Beatles & co) et le rock indie 90 (style Boo Radleys, Pixies..).

Ou carrément refaire - sur l'épique "Hard to Cry" - les harmonies vocales des Fleet Foxes avec leur collectif digne des farfelus suédois de I'm From Barcelona et le lyrisme musical (côté foutraque pataud inclus) de Arcade Fire, encore eux.

L'ensemble, toujours sympathique et dynamique - les chansons durent en moyenne deux/trois minutes - s'avère toutefois encore un peu vert et trop peu cadré, avouons-le, comme leur accent frenchie très prononcé (!).

Mais leur joie y est doucement contagieuse, et l'énergie de ces "mains ensorcelées" devrait combler en live un public qui n'attend que ça. Et peut-être embraser une scène rock française souvent trop sage.

The Bewitched Hands. "Birds & Drums" (Jive Epic) ♥♥ en écoute sur Deezer et Spotify

chronique sur La musique à papa

La vidéo de "Sea" :


The Bewitched Hands en live :

le myspace de The Bewitched Hands

À venir : "scène française épisode 2", rayon nouveaux chanteurs