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samedi 19 mars 2011

POP BATTLE. The Dø vs Moriarty

Vu le (très relatif) calme questions sorties, profitons de la sortie récente quasi conjointe des nouveaux albums de deux groupes emblématiques de "la-scène-pop-française-avec-une-chanteuse-qui-chante-en-anglais" pour les opposer en un mini-match comparatif.

À ma gauche : le duo franco-finlandais The Dø, chouchou du public hexagonal et des gazettes indé depuis 2008, année du succès de leur premier LP "A Mouthful" (avec le multi-entendu On My Shoulders). À ma droite : le groupe franco-américain Moriarty qui revisite à sa façon les musiques patrimoniales des U.S.A : country, folk, blues and co...








Sur le papier, The Dø est celui des deux qui semblait partir avec une tête d'avance, fort des origines nordiques de sa chanteuse Olivia Merilahti, souvent synonymes de félicité pop mêlées d'expérimentation inventive (obligée depuis Björk?).

Il est vrai qu'on ne pourra pas reprocher au duo d'éviter de proposer un copié-collé du premier album "A Mouthful" (2008) quoique hétéroclite et généralement surcôté.

Sur ce deuxième opus on les entend qui tentent des choses, essayent d'éviter la reconduction d'une formule trop prévisible et les recettes pop radiophoniques, cherchant des chemins de traverse plus accidentés...


Encore faudrait-il qu'ils aient trouvé,
car cela ne débouche jamais sur un résultat probant et un univers musical cohérent. Juste l'impression d'un fourre-tout pop même pas vraiment expérimental, juste très décousu, plein d'embardées sans réelle décision artistique (pop tribale? dream pop évanescente?) et assez pénible sur la longueur car dépourvu de réelle grande chanson.

Du coup, votre appréciation dépendra surtout de l'effet qu'a sur vous la voix d'Olivia : soit vous supporterez son timbre suraïgu, soit vous serez exaspéré par les affèteries de femme-enfant de sa voix très en avant.



En fait, on prendra son (petit) plaisir dans les chansons les plus pop, quoique relativement anodines (les immédiates Too Insistent ou The Wicked & The Blind) en se désolant de ce non-album et en regrettant à l'écoute du seul titre réellement touchant, le "Dust It Off" d'ouverture, que le couple ait raté ainsi son incursion dans l'onirisme pop expérimental.

The ­Dø - Dust It Off


Un domaine où des groupes tels que CocoRosie, Seabear ou The Knife s'avèrent des modèles qu'ils auront du mal à égaler. D'ailleurs, en groupe largement surévalué, en auront-ils jamais les moyens ?

Tracklist :
1. Dust It Off
2. Gonna Be Sick!
3. The Wicked And The Blind
4. Too Insistent
5. Bohemian Dances
6. Slash Them All
7. Leo Leo
8. B.W.O.J.
9. Slippery Slope
10. The Calendar
11. Was It A Dream
12. Quake, Mountain, Quake
13. Moon Mermaids


The Dø. "Both Ways Open Jaws" (Wagram/Cinq Sept)

écoute intégrale sur Deezer et Spotify

"Dust It Off" sur la Playlist Hiver


Contre toute attente, on trouvera donc son plaisir dans un univers musical plus classique, mais pas sans séductions. Au moins, chez les franco-américains de Moriarty, pas de démarche pseudo-arty tournant à la prétention quand elle est dépourvue de résultat.

Comme sur leur premier album en 2007 "Gee Whiz But This Is A Lonesome Town" (avec le savoureux titre Jimmy), mais avec une liberté encore plus manifeste, le groupe franco-américain revisite avec un plaisir évident et une belle aisance les codes des musiques de l'Ouest, le vrai..

Ritournelle folk qui fleure bon la poussière des westerns (jolie Isabella), blues grasseyant à l'atmosphère humide (Dark Line In The Middle Of), folk rural aérien (Beasty Jane), ballade blues-rock intense à deux voix (Julie Gold's Candy Cane Tale) : un voyage à priori peu dépaysant tellement nous sommes familiarisés depuis des décennies avec ces sonorités.



Mais le tout est revisité avec tant de savoir-faire et d'inspiration, genre "artisan doué et partageur" qu'on aurait mauvaise grâce à bouder son plaisir.

Rien n'y manque
: violons, hamonica, superbes guitare dobro et guitare acoustique, et surtout la voix craquante de Rosemary Standley, notre guide au charme étrange qu'on ne quitte pas des yeux (oreilles) durant ce voyage aux images très cinématographiques.



De plus, le solide savoir-faire de Moriarty, même traditionnel, nous console de l'aspect Canada Dy d'une inodore scène folk française trop proprette (Cocoon, Lily Wood & The Prick, June & Lula, etc).

Plaisir modeste ? Peut-être, mais de quoi donner l'envie de se procurer un Stetson et de grimper sur le premier Jolly Jumper venu pour se consoler de la déception toujours pas digérée du pâle western "True Grit" des frères Coen. C'est déjà ça !

BONUS : leur version du "Enjoy The Silence" de Depeche Mode


Tracklist :
1. I Will Do
2. Isabella
3. Clementine
4. Where Is The Light
5. Beasty Jane
6. Serial Fields
7. How Many Tides
8. [ ]
9. Decaf'
10. Julie Gold's Candy Cane Tale
11. Mah-Jong
12. The Dark Line in The Middle Of
13. Roboto Oshii

Moriarty. "The Missing Room" (Air Rytmo) ♥♥
écoute intégrale sur Deezer et Spotify

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