Dans la série "albums-sortis-de-nulle-part", en voilà une bonne pioche ! Une découverte rencontrée au hasard de la lecture de La Musique à Papa, de l'ami Vincent, adresse plus que recommandable.
Avec son titre en forme d'adresse internet, l'album http://www.itstartshear.com est la énième publication de l'hyperactif Peter Broderick, multi-instrumentiste abonné aux nombreuses collaborations (M. Ward, Efterklang, Dolorean) dont celle qu'il poursuit avec le pianiste Nils Frahm semble être la plus créative et la plus fructueuse.
Manifestement, les deux solitaires s'inspirent mutuellement, preuve en est la présence du musicien allemand comme producteur de cet opus fluide et rayonnant :
Emprutant autant l'intimisme d'un folk élégiaque hérité de Nick Drake qu'aux volutes d'archet subtiles d'Andrew Bird qui nous revient en mars prochain, ou la classe d'arrangements soyeux dignes d'Owen Pallett (A Tribute To Our Letter Writing Days), la musique aux morceaux grands ouverts des deux compères s'avère limpide et aérienne. Elle distille une élégance et une constante luminosité, de notes de piano égrenées en cordes et arpèges de guitares accueillantes, où il fait bon se lover sans réticence.
Un travail sonore élaboré en toute complicité et esprit d'improvisation, s'aventurant autant sur des chemins instrumentaux cinématographiques (Asleep) qu'abordant franchement les rivages pop, voire les formats proches du rap ou spoken word, sur le décalé It Starts Hear :
Travail d'artisans modestes mais inspirés, ce disque de faux sages confirme la belle santé d'une pop indépendante ouvragée par de discrètes personnalités, (on citera aussi Ólafur Arnalds ou Yellow Ostrich), doux excentriques à la belle sensibilité.
Le rayon de soleil musical de votre weekend qui sera la parfaite bande-son de vos belles journées d'hiver et, à mon avis, bien au-delà.
Rien de mieux que de tomber amoureux par hasard d'un disque pour renouer avec l'actualité musicale de la rentrée prête à se déverser. Publié ces jours-ci en CD mais pourtant apparu dans l'inertie de cet été rare en grandes sorties,"We Are Rising" impose d'emblée son caractère unique et addictif. Chef-d'oeuvre de la saison ?Disque de chevet immédiat en tout cas.
"We Are Rising" donne la sensation de pénétrer dans les méandres d'un cerveau foisonnant d'idées révélant une production d'une précision maniaque. L'aboutissement du travail obsessionnel de Son Lux sur le son, dont on a déjà eu l'aperçu à travers ses remixes de Radiohead, Beirut ou Owen Pallet, pour ceux qui étaient passés à côté de son premier LP "At War With Walls & Mazes" en 2008.
Disque fou et inspiré, rétif aux catégorisations, tant solaire que nocturne, aussi radieux que taciturne, ce deuxième album d'une beauté irréelle révèle au grand jour le talent surprenant de cet alchimiste sonore, faux solitaire bien entouré.
Entre électro tortueuse, abstract hip-hop, musique contemporaine et pop brûlante, Ryan Lott alias Son Lux mixe le tout transmutant son projet en cathédrale sonore rêvant d'un art total :
Vaisseau spatial à l'atmosphère nocturne et inquiétante, peuplée d'une forêt d'arrangements néo-classiques, de beats à la précision chirurgicale et de choeurs éthérés, l'album est une machine de guerre (WAR) agissant comme un poison profond au caractère explosif.
Musicien de formation classique ayant collaboré à l'écriture de musique de ballets, Son Lux réussit le mariage de l'expérimentation laborantine et de la pop immédiate, alliant rigueur chirurgicale du son (Rising, All The Right Things) et folie baroque des arrangements (Chase ou un Flickers inaugural qui donne le frisson).
Une richesse sonore, fruit de son travail avec l'ensemble yMusic (choeurs divins dont DM Stith ou Shara Worden de My Brighest Diamond)et instrumentale (cuivres, cordes, piano, bois, électronica) d'une maturité magistrale. Surtout quand on découvre que le tout a été conçu en UN SEUL MOIS, résultat du défi lançé par le magazine RPM !
On pourrait évidemment entendre dans cette pop mutante, cérébrale et organique, les échos d'autres "petits génies" multiformes : le Sufjan Stevens de "The Adge Of Adz" en cent fois plus maîtrisé, le lyrismeorchestral d'Owen Pallett, l'onirisme de Sin Fang, l'éclectisme de Yellow Ostrich.
Seulement, Son Lux impose sa suprématie en combinant luxuriance orchestrale et mélancolie lyrique. Volontiers sombre, introspective et comme illuminée de l'intérieur, sa pop flamboyante impose sa mélancolie majestueuse portée par une voix de mystique habité, d'autant plus troublante dans cet écrin clinique parfait. On songe alors à l'ombre de Radiohead et surtout à The Eraser de Thom Yorke, mariage du feu et de la glace, parent éloigné de ce joyau ou aussi à la récente production inspirée (Scratch My Back) d'un certain Peter Gabriel.
Mais le génie de cet enfant du laptop et du New York Philarmonic est assez grand finalement pour se passer de références et n'attend plus que vous pour succomber.
Quant à la géniale "Leave The Riches", dont je n'ai pas fini d'admirer la richesse, aux choeurs célestes et à la fascinante dimension gothique, elle résonne comme le diamant noir envoûtant de cet album addictif, d'ores et déjà élu une des merveilles de l'année :
Voilà, c'est la dernière ligne droite. Voici les 10 premiers de mon Top 2010 !
Un choix subjectif et partial peut-être pas bien original - le Blake est un animal aux goûts forts classiques - mais reflet fidèle en tout cas des artistes qui m'ont bercé cette année. Pas l'année d'UN SEUL vrai disque, mais celle de nombreux plaisirs ajoutés, à chaque fois illustrés par uneprestation livedes artistes.
Cliquer sur le titre :lire la chronique. Cliquer sur le lien à droite : écouter sur deezer ou spotify.
Je m'en serai voulu de ne pas faire apparaître ici le dernier opus de la plus discrète et plus délicieuse des formations folk. Illuminée par la voix radieuse de Karen Peris, The Innocence Mission publie régulièrement depuis près de vingt ans des perles intemporelles, où la douceur le dispute à la tristesse.
C'est toujours le même disque ? Pas de changement chez eux ? Tant mieux, on ne touche pas aux choses parfaites.
Mon disque français de l'année est un disque nocturne et intrigant. L'insaisissable Bertrand Belin dépouille sa musique pour nous convier à une fascinante balade en terre inconnue.
Un disque comme l'eau qui dort : apparemment distant ou hermétique, en fait d'une familiarité évidente au fil des écoutes. Poétique et épuré, à l'image de sa fascinante chanson-titre, Belin en petit frère alternatif de Manset devrait prochainement acquérir une place convoitée au sein de la scène française.
Un vrai maître de l'archet en la personne du violoniste virtuose américain Owen Pallett qui, avec son album-concept "Heartland", nous embarque dans un enchaînement de mini-symphonies pop baroques parfois expérimentales de toute beauté.
Un album résolument ambitieux mais accessible et audible (Sufjan Stevens devrait l'écouter) sur lequel plane l'ombre "Beach Boysienne" du légendaire Brian Wilson, pas le moindre des compliments à mes yeux.
Vous pensiez vous, qu'on pouvait marier si bien le folk et la musique classique ? Contre toute attente, la formation folk d'Ari Picker l'a réussi pour une enthousiasmante envolée lyrique, féerique et symphonique.
D'un constant équilibre entre la rudesse écorchée du folk et la sophistication des cordes classiques, leur projet charme, envoûte et touche durablement. Une réussite à saluer.
Outsider déboulé sans prévenir, le jeune irlandais Conor O'Brien caché derrière le pseudo de Villagers, tient le pari d'une pop littéraire et flamboyante typiquement britannique.
Ses armes ? Un fort brillant song writing à tiroirs et l'une des voix les plus souples et expressives de l'année.
Pas bien convaincu au début, le premier album de ce très attachant newcomer qui promet n'a fait que s'imposer à moi au fur et à mesure de l'année.
Électro et élégant. Dansant et cérébral. Charnel et hypnotique. Sophistiqué et immédiat. Ethéré et incarné. Doué et canadien.
Les deux derniers adjectifs concernent Dan Snaith, Caribou pour la scène. Les précédents essayaient juste de cerner la richesse de ce disque addictif et inoxydable.
Quand on croit s'en lasser, il vous étonne encore. Sacré animal ! (préféré à LCD Soundsystem comme disque électro 2010)
N'en déplaise à ceux qui prédisaient la disparition programmée de MGMT après la hype de 2008, ces blancs-becs d'Andrew et Ben en avaient manifestement sous le pied et prolongent sur leur deuxième opus les délires soniques de leur inédit "Metanoia", annonciateur de cet album néo-sixties stratosphérico-bien barré.
En conviant l'auditeur à un voyage au long cours à bord de leur progressive pop songs à tiroirs, plus sinueuses que des anguilles et spatiales à souhait (la déjà culte Siberian Breaks), MGMT s'assure une confortable avance sur tous ses concurrents psyché rock, présents ou à venir.
Accrochez-vous, amis américains : une des merveilles folk pop de l'année est signée par un groupe français. Aboutissement de l'exigence de leur leader Jonathan Morali, avec"Brotherocean", Syd Matters marie le spleen et l'allégresse, le folk et l'électro, l'intime introspectif et le collectif ludique, le voyage intérieur et la pop immédiate et nage en eaux voisines de celles des grands Robert Wyatt ou Radiohead.
On n'est pas toujours fiers d'être français. Ici, on a vraiment le droit.
"Queen Of Denmark" ou le plus bel album des années 70 sorti en 2010. Avec l'album inespéré de sa résurrection, John Grant le rescapé du groupe Czars et épaulé par le groupe Midlake revisite de façon inattendue le meilleur du soft rock des seventies signant au passage parmi les plus belles chansons de l'année (Where The Dreams Go To Die, I Wanna Go To Marz, Caramel).
Un disque aussi amer dans son propos que simple et accompli dans sa forme, folk lyrique et électro vintage. Triste et beau, superbement arrangé et gorgé de mélodies à vous faire frissonner, même en été.
Le disque que j'ai le plus écouté est aussi le premier que j'ai chroniqué sur ce blog,lire lachronique. Bouclage logique du top musical d'une année où j'aurai rarement lâché ce disque lumineux, envoûtant nuage de mélancolie apaisante, aux allures de fête irréelle.
Façonné méticuleusement par les délicats orfèvres Micah Rabwin et Sean Ogilvie, "Hold This Ghost" est un superbe album de folk songs rêveuses et radieuses, remplies d'instruments anachroniques - scie musicale, harmonium, ondes Martenot - qui rendraient jubilatoires le spleen et la mélancolie. Si facile d'y rentrer, tellement difficile à quitter, une splendide bulle de douceur et de beauté fragile.
Après le léger coup de sang de la dernière fois, reprise d'une petite sélection musicale, cette fois-ci par le biais d'un rapide tour d'horizon des EP - il n'y a pas que les albums dans la vie - format qui permet à certains artistes de se faire connaître et à d'autres de rester dans l'actualité musicale.
Ce qui est le cas de l'hyper-actif canadien Owen Pallett. Violoniste prodige, compositeur-interprète, arrangeur (The Last Shadow Puppetts, Beirut), le jeune homme cumule beaucoup de casquettes et divise pas mal cette année la blogosphère à son sujet.
Artiste brillant déjà auteur du très remarqué (remarquable) "Heartland" en début d'année ou virtuose maniéré trop sûr de lui ?
Personnellement, je suis preneur de sa pop baroque orchestrée et sur "A Swedish Love Story", son EP sorti fin septembre, le musicien nous dévoile une face pop plus immédiate, moins conceptuelle que les longues pièces d"Heartland", plus électro aussi.
Ce qui n'empêche pas "Heartland" d'être à mes yeux un des albums de l'année.
Et je me régale toujours avec ses envolées de violon à la Andrew Bird (Scandal At The Parkade) et ses inflexions de voix si Beach Boys à la Brian Wilson, maître pop incontesté. Réjouissant de musicalité, limpide et acrocheur, offrez-vous ce court plaisir pop avant de statuer sur le sort de cet artiste rebelle aux étiquettes.
Owen Pallett. "A Swedish Love Story" (Domino Recordings) ♥♥♥ EP 5 titres en écoute sur spotify et deezer
Avec la bande d'énergumènes venus d'Écosse identifiés sous le nom de Django Django, c'est une autre affaire.
On ne sait trop comment appréhender ces excentriques à la production fort rare (deux singles depuis l'an dernier, même pas de EP, là j'ai triché un peu). Pour une musique au curieux mélange, entre rock sixties style Shadows et pop psyché barrée à la Beta Band avec choeurs inspirés très en place.
Un résultat assez séduisant et ludique comme en témoigne leur premier single paru l'an dernier, "Love's Dart" :
Mais il faut avouer que les petits Django Django feraient mieux de se méfier.
Car, malgré quelques médias que leur cas intéresse (merci Bernard, toujours Lenoir sur Inter), la présence de l'excellent titre "Storm" sur une compil Rough Trade et d'irrégulières visites à quelques festivals, à trop espacer leur production (pas d'album en vue et pas signés sur un label digne de ce nom), ils risquent fort de passer de la case "espoirs prometteurs" à "ex-vedettes indé" mort-nées avant même d'avoir existées.
Allez, on se bouge un peu les gars, et on espère avoir d'autres choses à écouter prochainement de plus consistant - en terme de quantités - que ce petit single 2 titres (Wor et Skies Over Cairo) néanmoins gouleyant, avec parfois ce goût de néo Devo ou B-52's.
AvecIron & Wine, c'est autre chose. Derrière ce nom de groupe bien noté "Amérique locale", se cache l'auteur-compositeur Sam Beam que je pourrais qualifier de bon élève du folk indépendant et de l'Americana. Copain des Band of Horses, sorte de Bon Iver en moins torturé, sa carrière est jalonnée d'excellents disques, souvent aux réminiscences très Nick Drake (sa voix y fait fortement songer).
Et pour le dernier en date "The Shepherd's Dog" en 2007, il avait même agrandi sa palette musicale - blues, jazz et cuivres, parfois sous influence des Calexico.
Le voilà qui, à l'occasion d'un EP "Walking Far From Home" se met aux sons électroniques, comme tout le monde ces temps-ci, railleront certains pour trois compositions assez attachantes. Manque à mes yeux un tout petit quelque chose, un peu de fantaisie peut-être pour m'emporter complètement.
Mais laissons-lui le bénéfice du doute, d'autant plus que le EP est annonciateur d'un nouvel album "Kiss Each Other Clean" à paraître en janvier prochain (on espère d'ailleurs un visuel plus gracieux). Et que le résultat s'avère tout de même plus audible que les récentes facéties saoûlantes de Sufjan Stevens.
Iron & Wine. "Walking Far From Home" (Warner)
♥♥ (♥) EP 3 titres en écoute sur grooveshark
Et, pour finir en beauté - et je pèse mes mots - voici un EP comme il en sort peu chaque année, et dont son auteur qui bénéficie déjà d'une côte d'amour grandissante justifiée, s'avère être ... un petit français.
En effet, venu de Metz comme Chapelier Fou,autre talent hexagonal en vue, Alexandre Longo, planqué derrière le pseudo de Cascadeur, se cache sur scène sous un casque de motard, comme les Daft Punk en leur temps. Manière de se protéger du public, ou moyen efficace de se distinguer et faire parler de lui ?
Qu'importe, tellement la beauté indéniable des quatre-cinq titres de "Walker", la chanson-titre en premier lieu, efface tout et balaye toutes les préventions qu'une telle démarche artistique pourrait éveiller.
"Walker" en live aux Francos 2010 :
Une pop lyrique illuminée par un piano triste, irradiée par une voix d'ange haut perchée et déroulant un tapis de mélancolie consolatrice à effet immédiat.
Ou, pour sortir les éternelles comparaisons musicales, des titres où se mêleraient la fougue vocale équilibriste de Jeff Buckley, le trouble d'un Robert Wyatt, la sensibilité d'un Antony & The Johnsons sans le pathos, ou les vertiges d'un Patrick Watson.
Et ce piano solitaire et désolé, aux notes bleu nuit, comme si Satie croisait les fantaisies électro des CocoRosie. Autant dire, tout un univers touchant et une poésie peu courante en France.
Et qui justifie l'emballement de la sphère média, des Inrocksaux Francofolies - il y est passé, idiot que je suis, je l'ai raté sans le savoir - même jusqu'à Europe 1.
Il va sans dire que la sortie de son premier album est fièvreusement attendue, et que, s'il s'avère d'aussi haut niveau que ce "Walker", l'avenir de Cascadeur promet d'être radieux.
Avouons qu'il fait bon succomber à la mélancolie émouvante de ces morceaux hypnotiques et ces paroles à la douleur apaisée. Comme chanté sur "Meaning" : "Someday, I'll understand the meaning of my life".
Même si on ne sort pas tout à fait indemne, voire tout chamboulé d'une chanson comme "Your Shadow", ma préférée, concourant déjà au titre de plus belle chanson triste de l'année, aux côtés de "Caramel" de JohnGrant ou"A Robbery" de Syd Matters.
Cascadeur est aussi soucieux de ses prestations scéniques, plutôt imagées et spectaculaires ajoutant un plus visuel à sa musique déjà évocatrice d'images en elle-même.
Foules sentimentales, indie pop ou non, Cascadeur est fait pour vous.
Cascadeur. "Walker" (Mercury/Universal Music) EP 5 titres en écoute sur Deezer et Spotify
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR
myspace de Cascadeur Prévision de sortie du premier album "The Human Octopus" : février 2011
Avez-vous remarqué ? "Les Chroniques de Blake" en sont à leur centième billet... déjà ! Je me dois déjà de saluer les lecteurs, de passage ou réguliers, qui sont passés ici depuis mon arrivée sur le net en mars dernier. Le voyage est bien agréable avec vous, j'avoue.