Allez, retour de "la rubrique trois pour le prix d'un." Un rapide petit tour (comme Joris de Tasca Potosina aime le faire) de quelques artistes récents qu'on peut regrouper sous l'intitulé de "mal-aimés de la pop." Trois disques un peu passés inaperçus à tort ou à raison? en cette saison discographique finalement bien fournie.
On commence avec le dernier opus des trois suédois Peter Bjorn and John, artistes souvent résumés à leur méga-succès sifflotant "Young Folks" sur leur "Writer's Block" de 2006.
Un arbre qui cache trop la maison pop à facettes multiples de ce trio productif et changeant, entre autres le travail de production du fort doué Bjorn Yttling, maître d'oeuvre sonore des meilleures galettes des chanteuses Anna Ternheim ou Lykke Li.
Après leur "Living Thing"de 2009, volontiers plus électro-tribal, les voilà partis sur d’autres chemins de traverse. En l’occurrence, selon une formule plus simple : batterie, rock basique et riffs de guitare ad hoc...
D'après eux, "pour enregistrer leur premier disque punk". Mais vu l’indéniable limpidité mélodique de nos oiseaux, voici du punk et garage-pop joyeux qui reste un vrai album de P B & J. Autrement dit, un ensemble de bombes pop d'une immédiateté et efficacité assez irrésistibles.
Un disque à l'image des premiers jours du printemps, du genre néos-The Knack et procurant une légère euphorie, chansons toutes dans la joie du moment ([Don't Let Them] Cool Off, le single Second Chance) voire une relecture pop express du shoegaze (I Know You Don't Love Me).
Pas sûr qu'aux premiers mauvais jours, on y prenne autant de plaisir, c'est possible, mais parfois la pop et le rock ne cherchent pas la complication et se savourent (vite) juste dans l'instant.
Deuxième album de cette sélection, c'est ni plus ni moins le nouvel album de la moitié du légendaire duo Simon & Garfunkel qui nous occupe, "So Beautiful Or So What", la dernière oeuvre du baladin pop Paul Simon.
Un artiste, pour ma part, perdu de vue depuis quelques lustres et que je retrouve ici avec un regard nouveau. Est-ce de la nostalgie mal placée, alors que l'on décèle trace de son influence dans de nombreux groupes indie-folk-pop actuels (Vampire Weekend, Kings Of Convenience, etc) et que le célébrissime dernier album du duo '"Bridge Over Troubled Water" est ressorti récemment, titillant par là-même la fibre du passé qui sommeille en nous (moi) ?
En tout cas, avec le vieux Paulo, c'est à un travail d'artisan qu'on a affaire : retour à des espaces sonores connus, proches du Paul Simon des années 80 d'heureuse mémoire. Un mélange de folk acoustique mélodique greffé sur des rythmes world marqués (musique africaine, gospel, percussions indiennes) qui témoignent de la maîtrise du bonhomme.
Tout en saluant quelques réussites (Dazzling Blue, digne de la tradition indienne soufie ou Getting Ready For Christmas Day au rythme inventif), le plaisir de retrouver la voix douce inchangée de cet auteur subtil n'empêche pas de trouver ce disque au bout du compte plutôt sans surprise.
Du travail bien fait, mais sans réel enjeu ni vrai coup d'éclat. On y savoure surtout le jeu de guitare toujours cristallin de l'auteur de "Sound of Silence" tout en constatant trop de similarités avec son "Graceland" de 1986 dont il ne semble toujours pas remis, musicalement parlant.
Toujours plus authentique que les productions high-tech d'un Peter Gabriel, mais sans réelle nouveauté. Reste la trace d'un auteur attachant, et le souvenir d'harmonies vocales irréelles, il y a longtemps dans le New York des années 60.
Paul Simon. "So Beautiful Or So What" (Universal Music/StarCon) ♥ sorti le 11 avril en écoute sur deezer et spotify
Last, but not least, voici venir le groupe des High Llamas qui vont fermer la marche et cette rubrique. Un autre groupe et artiste que je retrouve après pas mal d'années d'absence de ma part.
Est-ce la raison du plaisir ressenti à l'écoute de "Talahomi Way" le nouvel album de ces atypiques anglais, oeuvrant dans l'ombre depuis les années 90 ? La bande de trop discrets orfèvres pop menés par le talentueux Sean O'Hagan, ex-leader dans les eighties de Microdisney, et qui perpétue avec inspiration et constance les canons pop des années 60.
La musique de nos "Hauts Lamas" (en VF), c'est un mélange des mini-symphonies pop autrefois ciselées par le génial Brian Wilson et ses Beach Boys, d'easy listening suave à la limite du kitsch et de B.O. savoureuses de films lounge, entre Henry Mancini et Lalo Schifrin.
Si l'on concédera que l'ami Sean n'invente rien, semblant se réfugier dans un certain âge d'or pop désormais révolu, avouons qu'il le fait avec une légèreté, une grâce et une élégance dont certains jeunes groupes feraient parfois bien de s'inspirer.
Un disque au charme discret qui semble au premier abord anecdotique, voire décoratif, genre musique d'ambiance, mais qui distille une évidente magie et félicité pop lumineuse, évocateur de soleil, de Riviera (tiens, comme Metronomy) et de temps suspendu.
Rempli de claviers scintillants, de cordes aériennes et d'harmonicas désuets, émaillé de perles pop intemporelles (Take My Hand, Fly Baby Fly), "Talahomi Way" sera un must pour les amateurs de pop vintage, aussi savoureux que le récent champion du genre Gruff Rhys avec son délicieux "Hotel Shampoo".
Avouons qu'il est des retrouvailles qu'on savoure plus que d'autres.
Tracklist : 1. Berry Adams 2. Wander, Jack Wander 3. Take My Hand 4. Woven and Rolled 5. The Ring of Gold 6. Talahomi Way 7. Fly Baby, Fly 8. Angel Connector 9. To The Abbey 10. A Rock in May 11. Crazy Connector 12. Calling Up, Ringing Down
The High Llamas. "Talahomi Way" (Drag City/PIAS) ♥♥♥♥ sorti le 11 avril
Une petite sélection musicale, exercice que j'avais un peu abandonné ces temps-ci, pour un rapide tour d'horizon musical de quelques artistes féminines, parfois piochée dans l'actualité, parfois non ... alors que se profile à l'horizon le nouveau PJ Harvey...
Celle qui fut l'égérie stonienne des 60's, la Sister Morphine des 70's et depuis icône indiscutable du rock, Dame Marianne Faithfull continue, toute légende vivante qu'elle soit, à publier fort régulièrement des albums.
Mais qui peut prendre plaisir à écouter ses disques récents qui peinent à renouer avec la magie de ses "Broken English" ou "Strange Weather" de la grande époque ? Et ce n'est pas son cru 2011, "Horses and High Heels", disque peu inspiré au bluesy-rock pataud et aux accents stoniens paresseux, qui va répondre à la question.
Réussissant même à banaliser sa voix inimitable, ce disque ennuyeux et vieillot, entre nouveaux titres laborieux (que fait ici Laurent Voulzy?) et reprises sans saveurs dignes d'un banal Joe Cocker est juste à mettre de côté. Le tout produit sans idées par Hal Willner et la présence d'un transparent Lou Reed à la guitare n'y changeant rien.
On sait que Lady Marianne survit à tout, elle survivra à cet album inutile. Mais une telle personnalité (et voix) mériterait une autre équipe pour mieux la servir ... sans parler de cette pochette qui bat en mauvais goût celle des Cocorosie de l'an dernier.
Marianne Faithfull. "Horses and High Heels" (Naïve) paru le 31 janvier écoute sur Spotify
Changement de style avec le timbre de voix enfantin de Julia Stone, la soeur du duo Angus & Julia Stone qui avec leur dernier album s'est offert en 2010 un joli succès public. D'ou peut-être la raison de la publication de son premier album "The Memory Machine" ? Car cet opus solo a en fait été enregistré avant la publication de "Down The Way".
On y retrouve les mêmes ballades intimistes à l'atmosphère feutrée que celles chantées sur leur album commun, le tout servi sur des arrangements soignés d'un classicisme presque conformiste.
Des complaintes folk qui souvent charment (la jolieMaybe, l'allègre Catastrophe!) et irritent parfois un brin quand le spleen trop sentimental, la juvénilité de la voix et son affectation de femme-enfant l'emportent (What's Wrong With Me, justement...)
Une collection de bonbons doux-amers éminemment suaves, mais à l'enrobage parfois trop sucre-aigrelet. Pas une "Catastrophe" pour reprendre un de ses titres, mais Julia Stone en jeune cuisinière folk n'a pas encore complètement le dosage de ses ingrédients, ni l'entière maîtrise de sa recette. Mais voulez-vous y goûter tout de même ?
Julia Stone. "The Memory Machine" (Discograph) ♥paru le 7 févrierécoute sur Spotify
2 titres en écoute sur la Playlist Automne-Hiver
Encore un premier album, mais pas le même univers avec "The Ghost Who Walks". Le premier opus de Karen Elson sorti l'an dernier mais découvert ici tardivement (merciRebecca Manzoni, le mmarsupetesprits critiques) par la grâce d'un seul titre, l'atmosphérique chanson-titre avec son ambiance 70's et cet orgue hanté ...comme si Mazzy Star chantait du Nancy Sinatra.
L'album dans son ensemble est d'une tonalité un peu différente, plus country-blues revisité, car la belle rousse est non seulement top-model star des podiums, mais ausi Madame Jack "White Stripes" White à la ville. Trop facile alors quand on est compagne d'une star de l'indie-rock de se lancer dans la musique ?
Pourtant la majorité des compositions est signé de la demoiselle et sa voix expressive, soigneusement mise en valeur par son producteur de mari, est bien de celles qui font les délices de l'indie music.
Si "The Ghost Who Walks" ne renouvelle pas la grammaire du genre, on peut prendre un plaisir évident à cette relecture des standards folk-country bien dans la logique des travaux de Jack White, moins un moderniste qu'un revivaliste respectueux.
Si mes oreilles sont plus accrochées par une poignée d'indie-pop songs atmosphériques (TheTruth Is On The Dirt, Pretty Babies, 100 Years From Now et son côté néo-Kurt Weill) que par l'aspect plus roots, cette échappée revisitée au pays des slide guitar et violons country ne manque pas de grâce avec ces ballades qui parfois ressuscitent les Cowboy Junkies d'heureuse mémoire...
Et, tiens, me voilà surpris à réécouter encore le titre "The Ghost Who Walks". Doux fantôme...
Karen Elson. "The Ghost Who Walks" (XL Recordings) ♥♥ paru le 25 mai 2010écoute sur Spotify et Deezer
Hasard de la vie du web, me voilà en train d'établir ma petite sélection musicale du jour autour d'artistes solitaires au moment où l'ami Charlu a fait de même hier de son côté, voir ici.
Ouf ! sauvés, nous n'avons pas les mêmes artistes au menu, chez lui c'est plutôt les leaders de groupe en solo, mais cela me permet de le saluer, et au passage de vous inciter à fréquenter son blog fort recommandable.
La petite virée débute avec "Fly Yellow Moon", premier album solo de Fyfe Dangerfield, ex-futur-jeune espoir de la scène pop anglaise avec ses Guillemots.
D'ordinaire très client de l'écriture pop britannique, j'avoue avoir été peu convaincu à l'époque par ce groupe, malgré une presse dithyrambique autour de leur coup d'essai "Through The Windowpane".
Amateurs d'une pop lyrique et orchestrée, Dangerfield et sa bande ne manquaient pas de culot, mais plutôt d'avoir su rendre cohérente leur musique qui basculait trop souvent dans l'emphase et l'alambiqué, malgré de rares moments de grâce (les intimistes Little Bear et Redwings).
Depuis l'insuccès du second Guillemots, Dangerfield fait cavalier seul et nous revient avec un album déjà adoré par la presse et adoubé par Sir PaulMcCartney himself voir les Inrockset Télérama
Hélàs, rebelote - j'ai décidément du mal avec la critique - tout sémillant qu'il puisse paraître, Dangerfield ne m'emballe pas autant qu'on le voudrait.
Son album part dans trop de directions pour être fluide (rock mainstream, pop pompeuse sur Faster Than The Setting Sun) et on décèle même sur certains titres des similitudes troublantes : les accords de "Barricades" ressemblant pas mal à ceux du "Hallelujah" de Cohen, version John Cale-Jeff Buckley ou un "Don't Be Shy", trop Nick Drake.
Et un conseil, Fyfe, pas la peine d'étaler tes performances vocales, ta voix mesurée dans les ballades suffit amplement. D'ailleurs, le plus carré de l'ensemble ne serait-il pas "She's Always A Woman", reprise variété sans chichis d'un vieux standard de Billy Joel ?
Maigre consolation, on en conviendra, pour un artiste qui se voit peut-être remplacer Paddy McAloon de Prefab Sprout, mais peine perdue, c'est hors d'atteinte. À ce jeu, Conor O'Brien des Villagers est mieux placé que lui.
Fyfe Dangerfield. "Fly Yellow Moon" (Polydor/Wrasse Records) en écoute sur Spotify
Bon, côté musique, on est dans un autre monde avec celui qui suit, qui porte d'ailleurs un patronyme qui ne peut que me plaire. Vous en conviendrez, grand moment : Blake qui parle de ... James Blake (!).
Mais, en-dehors de son nom impeccable (pas d'accord ?), l'univers musical du dit Blake est loin d'être sans intérêt.
Collaborateur des Mount Kimbie, le jeune homme a développé en peu de temps sur une poignée de EP une électro instrumentale expérimentale, qualifiée de "postdubstep" chez les gens qui savent.
Un univers atmosphérique, où en vrai explorateur sonore, il joue des samples de voix vocodées restructurées, bâtissant des architectures subtiles et hypnotiques en jouant sur les silences, le tout étant très magnétique et accessible pour peu qu'on soit curieux.
Si le EP "CMYK" (à gauche) dessinait une soul R&B au groove étrange et décalé, "Klavierweke EP" (à droite) s'aventure encore plus vers le minimalisme abstrait et l'électronica rêveuse pour un voyage sonore en apesanteur garanti, la présence grandissante des claviers prouvant sa formation classique.
Et voilà aussi qu'il se met à chanter avec style pour la reprise fort élégante d'un titre de Feist, "Limit To Your Love",cequi pourrait agrandir son auditoire à l'aube de la parution d'un album en 2011.
L'exemple même d'outsider musical qu'on n'attend pas, mais qui vous surprend par sa créativité. Bref, à surveiller fortement l'année prochaine. Un Blake ne saurait décevoir ma foi (allez, un peu d'auto-célébration indirecte ne fait pas de mal !)
James Blake. "CMYK EP"et "Klavierwerke EP" (R&S Records) ♥♥♥ en écoute sur Spotify
"Limit To Your Love"en écoute sur la Playlist Automne-Hiver
Autre outsider difficile à cerner qui s'avance en la personne de Alex Schaaf, plus identifié sous le nom de Yellow Ostrich.
Un drôle d'oiseau (autruche, vraiment?)ou plutôt un déroutant homme-orchestre, d'une productivité abondante (il a publié foule de EP et inédits téléchargeables sur son site) et qui semble ne vouloir s'inscrire dans aucune case musicale précise.
Ou plutôt si, celle du nouveau "petit génie excentrique de l'indie rock américain", dans la lignée d'un Sufjan Stevens, diront les mauvaises langues, qui divise la blogosphère avec "The Age of Adz", sa nouvelle livraison ?
Disons plutôt que la musique de Yellow Ostrich est principalement basée autour de sa voix agile (dédoublée, démultipliée, polyphonisée), qui le fait parfois concurrencer tout seul les harmonies vocales des Fleet Foxes à lui tout seul.
Un travail hyper maîtrisé qui le voit dérouler sur le "Morgan Freeman EP" (inspiré par la page Wikipédia de l'acteur!) une électro pop alternative dans l'esprit de ses aînés Grandaddy ou Eels. Ou surtout envoyer planer l'auditeur sur le fort réussi "Fade Cave EP", six titres uniquement habillés de sa voix accompagnée d'une discrète drum machine. Planant et harmonieux voyage.
Le seul revers de son travail brillant étant que parfois, on ne voit plus que la virtuosité : ainsi sur "TheMistress", nouveau LP sorti en octobre, enregistré exceptionnellement avec d'autres musiciens (guitariste, bassiste, batteur) pour un résultat indie rock de bonne tenue, genre Local Natives (I'll Run, Campaign).
Mais moins emballant à mon goût sur ce projet, car plus bruyant et un peu en déficit d'émotion. Du coup, je reste partagé à son sujet. Un peu le même sentiment éprouvé que sur l'album folk de Timber Timbre.
Un travers de jeunesse peut-être, car l'individu semble d'abord avide de tout explorer avec la curiosité de son jeune âge. Gageons qu'il saura plus tard investir autant le fond que la forme et comme il fourmille d'idées, qu'un de ces prochains projets saura me convaincre définitivement.
Yellow Ostrich. "TheMistress" (Afternoon Records) ♥♥ en écoute sur Spotify &Deezer
On rentre tout doucement au garage en croisant la route d'un revenant, ce bon vieux bougon écossais de Llyod Cole, perdu de vue depuis un bail.
Faut dire que l'homme ne nous avait pas facilité la tâche ces dernières années avec des albums impersonnels dont je n'ai pas gardé trace, loin de ses brillants débuts avec ses Commotions.
... Souvenirs émus du classique "Rattlesnakes", son standard de 1984, (rememberle magique "Forest Fire") ou ses premiers albums en solo, dont l'éponyme "Llyod Cole" il y a 20 ans :
Avec "Broken Record", il n'a certes pas encore retrouvé la brillance folk-pop de sa jeunesse, mais on aurait tort de négliger la bonne tenue de ce nouveau cru country-folk ; où le Lloyd renoue avec une certaine grâce mélodique et fluidité de production perdue de vue depuis belle lurette, sans oublier sa voix inchangée.
Rien de transcendant, mais l'allégresse de "Oh Genevieve", la délicatesse d"If I Were A Song" et la douceur d'un "Why In The World?" ou de "Like A Broken Record" réconfortent, en prouvant qu'à près de 50 ans et une carrière inégale mais digne, un artiste en son temps orfèvre en matière de song writing n'est pas encore bon à jeter aux chiens.*
Le premier single en images :
* n'en déplaisent les critiques hâtives de certaines gazettes "magico-parisiennes" à lire ici.
Bon, allez, c'est dit, je me calme avec les critiques. Je vous laisse plutôt finir le week-end, ou commencer la semaine, comme on veut, avec le classicisme pépère mais rassurant d'un Llyod Cole retrouvé.
Llyod Cole. "Broken Record" (XII Bis Records)♥en écoute sur Spotify & Deezer
Après le léger coup de sang de la dernière fois, reprise d'une petite sélection musicale, cette fois-ci par le biais d'un rapide tour d'horizon des EP - il n'y a pas que les albums dans la vie - format qui permet à certains artistes de se faire connaître et à d'autres de rester dans l'actualité musicale.
Ce qui est le cas de l'hyper-actif canadien Owen Pallett. Violoniste prodige, compositeur-interprète, arrangeur (The Last Shadow Puppetts, Beirut), le jeune homme cumule beaucoup de casquettes et divise pas mal cette année la blogosphère à son sujet.
Artiste brillant déjà auteur du très remarqué (remarquable) "Heartland" en début d'année ou virtuose maniéré trop sûr de lui ?
Personnellement, je suis preneur de sa pop baroque orchestrée et sur "A Swedish Love Story", son EP sorti fin septembre, le musicien nous dévoile une face pop plus immédiate, moins conceptuelle que les longues pièces d"Heartland", plus électro aussi.
Ce qui n'empêche pas "Heartland" d'être à mes yeux un des albums de l'année.
Et je me régale toujours avec ses envolées de violon à la Andrew Bird (Scandal At The Parkade) et ses inflexions de voix si Beach Boys à la Brian Wilson, maître pop incontesté. Réjouissant de musicalité, limpide et acrocheur, offrez-vous ce court plaisir pop avant de statuer sur le sort de cet artiste rebelle aux étiquettes.
Owen Pallett. "A Swedish Love Story" (Domino Recordings) ♥♥♥ EP 5 titres en écoute sur spotify et deezer
Avec la bande d'énergumènes venus d'Écosse identifiés sous le nom de Django Django, c'est une autre affaire.
On ne sait trop comment appréhender ces excentriques à la production fort rare (deux singles depuis l'an dernier, même pas de EP, là j'ai triché un peu). Pour une musique au curieux mélange, entre rock sixties style Shadows et pop psyché barrée à la Beta Band avec choeurs inspirés très en place.
Un résultat assez séduisant et ludique comme en témoigne leur premier single paru l'an dernier, "Love's Dart" :
Mais il faut avouer que les petits Django Django feraient mieux de se méfier.
Car, malgré quelques médias que leur cas intéresse (merci Bernard, toujours Lenoir sur Inter), la présence de l'excellent titre "Storm" sur une compil Rough Trade et d'irrégulières visites à quelques festivals, à trop espacer leur production (pas d'album en vue et pas signés sur un label digne de ce nom), ils risquent fort de passer de la case "espoirs prometteurs" à "ex-vedettes indé" mort-nées avant même d'avoir existées.
Allez, on se bouge un peu les gars, et on espère avoir d'autres choses à écouter prochainement de plus consistant - en terme de quantités - que ce petit single 2 titres (Wor et Skies Over Cairo) néanmoins gouleyant, avec parfois ce goût de néo Devo ou B-52's.
AvecIron & Wine, c'est autre chose. Derrière ce nom de groupe bien noté "Amérique locale", se cache l'auteur-compositeur Sam Beam que je pourrais qualifier de bon élève du folk indépendant et de l'Americana. Copain des Band of Horses, sorte de Bon Iver en moins torturé, sa carrière est jalonnée d'excellents disques, souvent aux réminiscences très Nick Drake (sa voix y fait fortement songer).
Et pour le dernier en date "The Shepherd's Dog" en 2007, il avait même agrandi sa palette musicale - blues, jazz et cuivres, parfois sous influence des Calexico.
Le voilà qui, à l'occasion d'un EP "Walking Far From Home" se met aux sons électroniques, comme tout le monde ces temps-ci, railleront certains pour trois compositions assez attachantes. Manque à mes yeux un tout petit quelque chose, un peu de fantaisie peut-être pour m'emporter complètement.
Mais laissons-lui le bénéfice du doute, d'autant plus que le EP est annonciateur d'un nouvel album "Kiss Each Other Clean" à paraître en janvier prochain (on espère d'ailleurs un visuel plus gracieux). Et que le résultat s'avère tout de même plus audible que les récentes facéties saoûlantes de Sufjan Stevens.
Iron & Wine. "Walking Far From Home" (Warner)
♥♥ (♥) EP 3 titres en écoute sur grooveshark
Et, pour finir en beauté - et je pèse mes mots - voici un EP comme il en sort peu chaque année, et dont son auteur qui bénéficie déjà d'une côte d'amour grandissante justifiée, s'avère être ... un petit français.
En effet, venu de Metz comme Chapelier Fou,autre talent hexagonal en vue, Alexandre Longo, planqué derrière le pseudo de Cascadeur, se cache sur scène sous un casque de motard, comme les Daft Punk en leur temps. Manière de se protéger du public, ou moyen efficace de se distinguer et faire parler de lui ?
Qu'importe, tellement la beauté indéniable des quatre-cinq titres de "Walker", la chanson-titre en premier lieu, efface tout et balaye toutes les préventions qu'une telle démarche artistique pourrait éveiller.
"Walker" en live aux Francos 2010 :
Une pop lyrique illuminée par un piano triste, irradiée par une voix d'ange haut perchée et déroulant un tapis de mélancolie consolatrice à effet immédiat.
Ou, pour sortir les éternelles comparaisons musicales, des titres où se mêleraient la fougue vocale équilibriste de Jeff Buckley, le trouble d'un Robert Wyatt, la sensibilité d'un Antony & The Johnsons sans le pathos, ou les vertiges d'un Patrick Watson.
Et ce piano solitaire et désolé, aux notes bleu nuit, comme si Satie croisait les fantaisies électro des CocoRosie. Autant dire, tout un univers touchant et une poésie peu courante en France.
Et qui justifie l'emballement de la sphère média, des Inrocksaux Francofolies - il y est passé, idiot que je suis, je l'ai raté sans le savoir - même jusqu'à Europe 1.
Il va sans dire que la sortie de son premier album est fièvreusement attendue, et que, s'il s'avère d'aussi haut niveau que ce "Walker", l'avenir de Cascadeur promet d'être radieux.
Avouons qu'il fait bon succomber à la mélancolie émouvante de ces morceaux hypnotiques et ces paroles à la douleur apaisée. Comme chanté sur "Meaning" : "Someday, I'll understand the meaning of my life".
Même si on ne sort pas tout à fait indemne, voire tout chamboulé d'une chanson comme "Your Shadow", ma préférée, concourant déjà au titre de plus belle chanson triste de l'année, aux côtés de "Caramel" de JohnGrant ou"A Robbery" de Syd Matters.
Cascadeur est aussi soucieux de ses prestations scéniques, plutôt imagées et spectaculaires ajoutant un plus visuel à sa musique déjà évocatrice d'images en elle-même.
Foules sentimentales, indie pop ou non, Cascadeur est fait pour vous.
Cascadeur. "Walker" (Mercury/Universal Music) EP 5 titres en écoute sur Deezer et Spotify
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR
myspace de Cascadeur Prévision de sortie du premier album "The Human Octopus" : février 2011
Avez-vous remarqué ? "Les Chroniques de Blake" en sont à leur centième billet... déjà ! Je me dois déjà de saluer les lecteurs, de passage ou réguliers, qui sont passés ici depuis mon arrivée sur le net en mars dernier. Le voyage est bien agréable avec vous, j'avoue.