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vendredi 9 septembre 2011

PART TIME. Souvenir du futur


Permettez-moi de ne pas trop aimer les étiquettes. Pas celles, même réductrices - pop, électro, folk, dubstep - qui aident à se frayer un chemin dans la jungle musicale actuelle. Non, celles collées à vitesse grand V sur les disques et qui vous tromperaient plutôt sur la marchandise.

Ainsi, que fait celle, à la pointe de la hype, de "chillwave" collée sur le premier album du groupe Part Time? Drivé par le flandrin David Speck, ce combo venu de San Francisco aurait plus à voir avec une relecture du post-punk et du rock minimaliste années 80 qu'avec la pop électro volontiers easy listening de Toro Y Moi, Memory Tapes ou consorts, tenants officiels du courant chillwave, devenu un grand fourre-tout plutôt envahissant.

"Chillwave" ou pas, erreur d'étiquetage ou non, il aurait été dommage de passer à côté de "What Would You Say?", nonchalant recueil de vignettes rock portées par des synthés minimalistes et d'antiques boîtes à rythmes.

Une vraie curiosité spatio-temporelle ressuscitant l'esprit des soirées des early eighties, entre fêtards désabusés et spleen blême. Troublant retour en arrière jusque dans la voix lasse de David Speck, qui rappellera bien des souvenirs à ceux que bercèrent la voix d'Alan Vega de Suicide :



On arguera qu'on ne manque pas de formations néo-pop 80's dont l'esthétique cheap et synthétique n'en finit pas de nous revenir depuis quelques années. Mais intelligent, nostalgique et finalement très attachant, le flash-back musical de Part Time distille un charme triste évident, loin de l'opportunisme marketing souvent de mise (à vous de mettre les noms) et plus à ranger du côté des vraies réussites du genre, celles récentes de John Maus, Destroyer, Twin Shadow ou des Metronomy période "Nights Out".













Proche de l'esprit du label Italians Do It Better (l'album des Chromatics), la virée italo-disco et pré new wave de David Speck retrouve l'esprit d'un certain underground d'époque, artisanal et alternatif, entre pop synthético-neurasthénique très Depeche Mode et rock désabusé à la Suicide ou Psychedelic Furs :



Malgré le nombre de références qu'il évoquera sans doute à chacun, "What Would You Say" est en fait assez grand pour sortir tout seul et une virée en sa compagnie ne se refusera pas. Plus proche de la gueule de bois d'après-soirée arrosée que d'un philtre euphorisant, pas sûr qu'il vous guérisse du spleen causé par l'actuelle rentrée. Mais comment résister à son charme froissé ?

Tracklist :
1. Thunderbolts Of Love
2. I Wanna Take You Out
3. Living In Pretend (My Girl Imagination)
4. She's Got The Right
5. In This Filthy City
6. What Would You Say?
7. Hey Kareen
8. Riots In The Streets
9. 19
10. Shes' Playing With Your Mind
11. Cassie (Won't You Be My Doll)

Part Time. "What Would You Say?" (Mexican Summer/Universal Music)
♥♥♥
depuis juillet en digital, paru en CD le 29 août

en écoute sur spotify & deezer
3 titres
sur la Playlist Pop
à lire sur des chips et du rosé et hartzine

Mexican Summer
Italians Do It Better

vendredi 4 mars 2011

POP PLEASURES. Toro Y Moi et Tahiti 80

Même si ce papier aurait dû voir le jour bien plus tôt ces jours-ci (mais que voulez-vous, cette semaine est passée si vite) voilà deux disques idéaux pour saluer le soleil revenu/à venir, avant-goût d'un printemps 2011 fortement désiré et deux disques qui arborent tous des pochettes assez répulsives au goût discutable, un effort, les gars !

D'abord le retour du petit Chaz Bundick qui, planqué derrière le pseudo de Toro Y Moi, reprend ses pérégrinations de petit prodige de la chillwave après "Causers of This", son opus remarqué de 2010.

"Chillwave" : encore un raccourci journalistique hâtif fourre-tout regroupant quelques artistes (Memory Tapes, Neon Indian, Washed Out et d'autres) pratiquant une pop easy listening lorgnant sur les sons pré-électro des années 70/80.

Si le précédent affichait une évanescence électro-digitale à la texture surchargée (samples, révérbérations, voix éthérées, bidouillages en tous genres) qui menaçait de faire disparaître sa musique dans le flou le plus complet, ce deuxième album se révèle bien plus incarné, déjà dans son instrumentation plus directe d'inspiration dance-floor années 70, basse funky et batterie disco, un son plus "garage" selon l'intéressé qui exagère un brin :













On notera surtout qu'il revisite avec inspiration le son des productions seventies, des bande-sons d'Ennio Morricone et François de Roubaix (influence évidente d'ailleurs revendiquée), au space disco estampillé late 70's (New Beat) et un amour des climats en apesanteur qui le voit battre Air sur son propre terrain (Divina).



"Underneath The Pine" est même le disque de french pop que les versaillais ne savent plus vraiment faire, rehaussé d'une chaleur et d'un aspect foutraque un peu soulant qui fait finalement son charme, culminant sur les scintillants "How I Know" et "Elise" qui mixent des harmonies vocales dignes des Beach Boys à celles plus baggy des Stones Roses ou autres Charlatans :


C'est dire la palette plutôt large que déplie cet alchimiste attachant pour un voyage en pop rétro-futuriste et hypnagogique où le groove dansant équilibre la mélancolie rêvasseuse des compositions d'un Toro souvent plus aérien que terrien, malgré la photo qui précède ces lignes.

Toro Y Moi. "Underneath The Pine" (Karpack Records)
Sorti le 22 février
♥♥♥♥
en écoute sur spotify
Toro Y Moi
Après près de douze ans de carrière et presque une demi-douzaine d'albums, les éternels Poulidor de la pop française, autrement dit, les rouennais de Tahiti 80 repointent le bout de leur nez avec "The Past, The Present & The Possible". Est-ce en prémisse des beaux jours ?

En tout cas, un parfait disque de pop légère et séduisante, délivré par des artisans doués dont le handicap a toujours été d'être cantonnés dans l'ombre d'un groupe modèle - ou rival? - portant le nom d'une célèbre ville d'Arizona. Vous voyez ? (mais si, c'est marqué sur la photo à côté)

Pourtant bien que les médias s'agenouillent devant le succès international de ces derniers, qui personnellement me laissent souvent froid et bien que labourant le même territoire pop, le groupe de Xavier Boyer ne démérite pas et pourrait bien livrer son opus le plus cohérent.

Une collection de pop songs à la production électronique plus marquée qui lui donne un aspect apparemment un peu lisse.

Mais tendez l'oreille : hormis des titres un poil formatés comme "Defender" et "Gate 33" où il semblent se prendre pour des New Order français, cet album renferme bien des plaisirs : un "Solitary Bizness" irrésistible avec ses gimmicks dignes du Tom Tom Club de la meilleure époque, un "Crack Up" ludique en diable, ou "Want Some?" et "Easy", parfaits exemples de sunshine pop :



Et quelques titres plus intimistes comme la chanson-titre, sympathique morceau à tiroirs, où la voix discrète mais attachante de Xavier Boyer n'a rien à envier à celle de Thomas Mars, sans omettre un song writing classique mais lumineux :



En fait, il faut prendre ce cinquième album des Tahiti 80 pour ce qu'il est, un recueil de vignettes pop modestes mais soignées, qui ne révolutionneront certes pas le paysage pop, mais tel n'est pas le but de ces discrets artisans hexagonaux.

"The Past, The Present & The Possible" (Human Sounds)
Sorti le 21 février
♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
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Tahiti 80