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dimanche 11 mars 2012

L'oiseau ANDREW BIRD fait le printemps

Ça y est, on tient le bon bout, le printemps n'est pas loin ! Preuve en est avec ce disque libre et ouvert à tous vents, nouvel album de l'insaisissable Andrew Bird. Des années déjà que l'infatigable baladin de formation classique promène son archet en maître-violoniste accompli, ses mélodies à tiroirs et son folk pop aussi aérien que changeant. 

Parcours sinueux que celui du faux solitaire de Chicago, autant que ses compositions remplies de chausse-trapes souvent en équilibre subtil entre Americana rurale et indie pop sophistiquée. Pas toujours aisé de s'y retrouver chez cet adepte des chemins de traverse qu'on a connu flirtant à la limite de l'expérimentation (Armchair Apocrypha) et qu'on avait quitté en 2009 sur le brillamment pop Noble Beast

Mais pour peu qu'on l'ait découvert comme moi avec son rayonnant Weather Systems de 2003, disque d'une liberté musicale complète entre joie pop et mélancolie instrumentale, on reste toujours attaché au travail précieux du musicien.

Ici, à première vue, les habitués trouveront sans doute que l'américain a assez peu changé ses fondamentaux : ambiance cosy tranquille, pizzicati de violons et effets sonores (qu'il appelle des "loops"), sifflements guillerets qu'ils prendront pour ses marques de fabrique :



Fausse impression : rien n'a changé et pourtant, tout vibre, respire, frémit d'une impression nouvelle : la joie du partage.
Plus insouciant et spontané, le virtuose a laissé de côté l'aspect un peu cérébral de sa musique au profit d'une liberté instrumentale acquise lors de l'enregistrement très "jam sessions" de ce Break It Yourself. Le perfectionniste a laissé plus de place au feeling et au hasard, heureux de l'émulation positive avec ses musiciens qui développaient les idées qu'il lançait. 

Un travail à ciel ouvert où se sent la joie palpable de la création collective du moment, enluminé d'un violon retrouvé qu'Andrew Bird a remis à sa place d'honneur. Excursion indie fok champêtre enchanteresse relevée de banjo et cordes enveloppantes, qui nous promène de balade caraïbe aux accents country square dance (Danse Caribe) en pop song ciselée (Near Death Experience Experience), d'une inattendue rock song (Eyeoneye) en explosion de joie pure (Orpheo Looks Back) :



Une libération visible qui s'exprime aussi dans le chant de l'artiste, dont la voix n'a jamais été aussi affirmée, d'une fraternité touchante, épaulé parfois par la voix d'Annie Clark de St-Vincent. Si retour sur ses fondamentaux artistiques s'effectuait pour chacun de manière si éclatante, nul doute qu'on aurait des merveilles à écouter chaque semaine. 

Classique instantané, un des plus beaux de ce début d'année et un des meilleurs albums, avec Weather Systems, de son auteur, pas décidé à céder sa place à Owen Pallett ou Peter Broderick. Beau comme l'émouvant Hole In The Ocean Floor, clou incontestable de cet opus épanoui et radieux :



Si la pochette de cet album n'était pas d'un goût si discutable, on tenait là un vrai sans-faute, monsieur Bird ! Blague à part, ne faites pas l'erreur de passer à côté de ce moment réjouissant pas loin du futur classique.

1. Desperation Breeds
2. Polynation
3. Danse Caribe
4. Give It Away
5. Eyeoneye
6. Lazy Projector
7. Near Death Experience Experience
8. Behind The Barn
9. Lusitania
10. Orpheo Looks Back
11. Sifters
12. Fatal Shore
13. Hole In The Ocean Floor
14. Belles

Andrew Bird. Break It Yourself (Mom + Pop/Fargo) paru le 5 mars 2012
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR
écouter sur spotify & deezer
article sur l'album sur magic et interview d'Andrew Bird sur les inrocks 

andrew bird

mercredi 8 février 2012

Les (bonnes) vieilles idées de LEONARD COHEN

On pouvait se demander à juste titre, vu la richesse de l'actualité musicale enfin retrouvée, les nouveautés en pagaille qui nous attendent chaque semaine, si se pencher sur un nouveau disque de Leonard Cohen valait la peine. Cela, tant les dernières productions du vieux moine canadien depuis vingt ans avaient tout de l'anecdotique, affadissant à coup de lounge music le caractère mythique de cet artiste essentiel, lequel n'est quand même pas un quelconque pousseur de goualante.

Prophète du désastre, prêcheur folk, Cioran du rock, l'auteur de Bird On A Wire et Halellujah est l'incarnation même du song writer d'exception, du pessimisme en marche et de l'indépendance faite homme : on ne compte plus les générations de chanteurs rock qui n'existeraient pas sans son exemple d'intégrité artistique, voir l'hommage des Inrocks I'm Your Fan.

Longtemps remisée, l'écoute de Old Ideas a quand même eu lieu eu égard aux souvenirs : le vinyle de son Greatest Hits tout de beige vêtu trônant dans la discothèque parentale fut longtemps la meilleure porte d'entrée du monde poétique d'un artiste déjà considéré comme un vieux rabat-joie dès son arrivée fin des sixties. Une So Long Marianne épique, un Partisan vibrant, une Suzanne mythique, un Famous Blue Raincoat déchirant : TOUTES les plages de cette galette sont autant de pièces vitales pour appréhender le gentleman de la désespérance.

Avouons-le : on ne reverra plus cet âge d'or créatif à jamais disparu, mais renouer avec la langueur de sa voix d'outre-tombe s'avère un plaisir. Tout en remarquant que ce disque n'est pas tout à fait la merveille annoncée, on comprend les bons échos qui accompagnent ce douzième opus apaisé, où le dandy septuagénaire semble avoir fait la paix avec ses vieilles obsessions (les femmes, la foi, la rédemption, la mort). Sorte de revisitation-clin d'oeil de son parcours depuis la série de concerts qui l'ont vu triompher ces dernières années de la faillite financière :


Plus épuré et allégé des scories synthético-kitch de sa dernière période, Old Ideas n'atteint certes pas les grandes heures de sa période historique 1967-1974, dont l'indispensable Songs Of Love And Hate, ni même de sa renaissance années 80 I'm Your Man/The Future. Mais en laissant plus de place à l'instrumentation acoustique, le vieux Leo s'autorise une palette musicale élargie (blues, gospel, country, piano d'église) résonnant sur des mélodies aux airs déjà classiques (Show Me The Place, Banjo, Lullaby) et s'octroie même une ballade dépouillée comme aux plus belles heures (Crazy To Love You).

Il faut cependant réussir à passer les deux premiers titres, l'album ne prenant son (lent) rythme de croisière qu'avec Show Me The Place ; le vieux séducteur n'a pas abandonné son usage de choeurs féminins kitsch sans dénicher un producteur digne de ce nom, vu  certaines orchestrations minimales ; et l'ensemble témoigne plus d'une inspiration balisée que d'une vraie re-création artistique.

Mais le charisme du gentleman, la volupté de s'abandonner à sa voix profonde et sa fausse sagesse sarcastique sont des plaisirs qu'il serait dommage de snober malgré l'aspect musical désuet du projet. À 77 ans, peu nombreux sont les artistes historiques capables de générer tel sentiment de filiation et d'affection :



Élégant, digne et déconcertant funambule renaissant toujours de ses cendres, dans mon cas toujours préféré à Dylan, Mister Cohen est de ces compagnons fidèles et pères spirituels qui accompagnent bon an mal an toute une vie. Cet opus a surtout un avantage : revisiter les étapes de son parcours et fouiller dans les recoins de sa discographie décidément inépuisable. Pas si mal pour de "vieilles idées".

Leonard Cohen. Old Ideas (Sony Music) paru le 30 janvier
♥♥♥
spotify et deezer
à lire sur bon pour les oreilles, télérama et rétrospective sur les inrocks 

leonard cohen

samedi 17 décembre 2011

PIERS FACCINI et IBRAHIM MAALOUF ont charmé La Sirene


Jeudi 15, c'était mon dernier concert de l'année à La Sirene mais ce fut encore une belle soirée, malgré les vents furieux qui soufflaient au dehors. Un beau moment d'échange, une parenthèse chaleureuse en compagnie des deux passeurs que sont Piers Faccini et Ibrahim Maalouf. Si l'expression "citoyens du monde" n'était pas si galvaudée à longueur de temps par les médias, c'est quand même celle-là qui leur irait le mieux.














Folk, musique slave, blues africain, latin jazz, occident, orient : ces deux musiciens libres, et amis dans la vie, métissent tout avec gourmandise et on les suit sans hésiter avec le plaisir de les voir brasser avec autant de générosité toutes les racines qui ont nourri leurs musiques.


Soyons clair, je suis plus coutumier du folk cristallin de Piers Faccini que de la trompette jazz Ibrahim Maalouf, même si la réputation de virtuose de ce dernier, d'ailleurs vedette de la soirée, m'était connue. Étrange situation de le voir acclamé par un large public plutôt d'âge mûr plus habitué aux beaux théâtres de centre ville qu'à une scène rock en quartier industriel comme La Sirene. Curieux de voir applaudir à tout rompre ses intros de morceaux ou l'attaque de chacun de ses musiciens : l'homme soulève l'enthousiasme et fédère.
On comprend vite pourquoi : immédiatement sympathique, tchatcheur, jovial, et surtout très très grand musicien. De l'or au bout des lèvres dès qu'il souffle dans l'instrument et soulève une foule de sentiments, entre spleen méditatif, souffle spirituel et appel de la beauté. Une réputation non usurpée :



Seul problème pour ce spectacle souvent détonant : je ne suis pas vraiment adepte de la formule jazz-rock électrique choisie par Ibrahim dans ces lieux, entouré de musiciens virtuoses (Frank Woeste au Fender Rhodes, François Delporte à la guitare électrique, Laurent David à la basse et Xavier Rogé à la batterie).
Virtuoses, mais assénant une énergie très hard rock, avec riffs de guitare heavy metal, batterie en plomb à en faire vibrer le sol (!) et longs solos magistraux mais ennuyeux à la longue de chacun, qui contrastait avec la dentelle du jeu, digne du grand Jon Hassell, du trompettiste Maalouf.
Lequel se permettait tout : taquiner le clavier en blaguant sur Vincent Delerm, jouer le musicien schizophrène, revisiter la musique bretonne et surtout, atteindre au superbe sur un "Beirut" déchiré et émouvant, grand moment de son album "Diagnostic" et de ce concert :



Hormis cette divergence esthétique, voilà un homme d'une énergie et générosité emballantes. En témoigne le moment où il partageait la scène avec Piers Faccini au chant, chacun manifestement honoré de la présence de l'autre, ce dans le concert de chacun. Bel exemple d'admiration mutuelle.

Une soirée qui avait de toute façon débuté sous les meilleurs auspices, ceux du timbre voilé du folkman anglo-italien : entendre sa voix a capella entonner un blues d'esclave américain dans une salle plongée dans le noir et résonner d'un écho spirituel à filer le frisson donne le ton de ce concert magnifique.

Une prestation d'une ferme élégance et grande musicalité, entamée avec des ballades alanguies, poursuivies par des virées afro-folk sous des cieux exotiques (Tribe, Dreamer) suivies par un public pas forcément connaisseur mais de plus en plus conquis par son magnétisme :



Signe d'un concert réussi, la set list enchaînait avec des titres plus rapides et plus âpres, histoire de montrer que la voix douce de Piers Faccini cache aussi un vrai showman capable de remuer son audience, parlant à l'occasion avec respect avec le public. Et un orfèvre musical entouré d'excellents complices (très bons batteur Simone Prattico et violoniste Rodrigo d’Erasmo).












 


Photos
du groupe : © Stéphane Schmutz www.stemutz.ch

Le moment où Ibrahim Maalouf apparut pour illuminer "The Beggar & The Chief" de ses volutes magiques ne faisait que confirmer ce que tout le monde (j'espère) avait perçu : le temps d'un soir, La Sirene était en lévitation entre ciel et terre, sur un petit nuage de partage et de grâce.

 Un avant-goût de la période de Noël peut-être, ou un répit pacifique offert par deux hommes de bonne volonté. Diablement efficace alors, car la tempête qui soufflait encore à la sortie n'a pas réussi à me l'enlever. Merci à eux deux.



À retrouver, l'un sur son recommandable album "Diagnostic" et l'autre sur l'IN-DIS-PEN-SABLE "My Wilderness"












ibrahim maalouf

piers faccini
la sirene

mardi 13 décembre 2011

REPLAY (7). THE LAST MORNING SOUNDTRACK

Voici un modeste papier sur un disque dont je n'aurais pas effectué l'écoute (et ça aurait été dommage!) si je n'avais pas été aiguillé par l'avis enthousiaste d'un de mes collègues blogueurs et ami, Muffin Man*.

* Je vous conseille (ordonne!) la lecture régulière de ses pages. Au programme : recettes gourmandes sucrées et chroniques musicales savoureuses relevées de l'enthousiasme chaleureux qui le caractérise, à lire ici.

Disque sorti au printemps dernier, "A Distance. A Lack." est en fait un album qui prend toute sa dimension cet hiver. Un refuge contre les vents mauvais et les bourrasques, à l'intimisme pudique et à la douce architecture sonore, entre solitude nue et mélancolie consolatrice.

Un vrai disque d'indie folk digne des meilleurs orfèvres U.S. pourtant signé ... d'un petit français, le rennais Sylvain Texier sous le nom de The Last Morning Soundtrack. Fruit d'une longue maturation artistique, cette "bande-son du dernier matin" respire autant une mélancolie introspective et fragile, fruit de questionnements personnels de l'auteur, qu'un constant appel vers l'épanouissement et l'apaisement.

Épurées et allant à l'essentiel, ses compositions à l'apparente fragilité de libellule révèlent une solidité sculptée dans la luminosité d'arrangements raffinés (guitare acoustique claire, violons et violoncelles soyeux, glockenspiel enchanté, toy piano aérien, voix doublée entêtante). Une délicatesse de porcelaine, un matin d'hiver irisé de givre au ciel bleu radieux :



De sa douce invitation, Sylvain Texier marie les folk songs intimistes de Damien Rice ou d'Elliott Smith avec le ravissement enfantin de Pascal Comelade ou la tendre nostalgie d'un Yann Tiersen première manière.













Pour résumer simplement : un beau disque, plus d'une fois touchant (les babillements d'enfant sur Around The Bend, la nudité de Such A Cold Winter) se refermant sur un Last Chapter d'une belle intensité.


The Last Morning Soundtrack - "A Snowman In Summer"

J'aurais mis le temps, mais une fois entendu l'oasis musicale de ce dernier matin, difficile de se défaire de cette "bande-son" d'une pureté salvatrice. De celle capable d'une seule note de vous faire oublier la morosité de cet hiver humide et maussade et surtout, de vous faire partager les vertus de la mélancolie, celle qui soigne et guérit de tout.

Merci encore à Fabrice

Tracklist :

 1. Heartbeats & Headache
2. A Snowman In Summer
3. Empty Frames
4. Locked-In Syndrome
5. Around The Bend
6. Your Escape. My Guiltiness.
7. Your Wedding Day
8. Such A Cold Winter
9. The Belated Promise Of Lovers
10. The Last Chapter

The Last Morning Soundtrack. "A Distance. A Lack." (Tlms) sorti le 28 mars 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011à lire sur the muffin man
interview sur the muffin man et vidéo-interview sur fma

The Last Morning Soundtrack
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samedi 29 octobre 2011

Le traitement du bon dr JONATHAN WILSON

On croirait que ce disque a été conçu exprès pour m'accompagner toute cette semaine qui m'a vu diminué par un vilain rhume. Je n'évoque pas ici mon état de santé pour me faire plaindre (d'autant que ça va mieux, merci), mais pour vous donner une idée du caractère salvateur de la musique de Jonathan Wilson, entre torpeur enfiévrée et échappée sous des cieux plus favorables, exactement comme quand votre corps et votre esprit marchent légèrement au ralenti, touchés par un méchant virus.

Mais qu'importe, quand le traitement vous permet de succomber à un lumineux "Desert Raven", meilleure carte de visite du docteur Wilson :



"Gentle Spirit", un titre on ne peut plus adéquat pour un album qui fait revivre à merveille tout l'esprit d'une période révolue (la fin des sixties) et d'un lieu, le Laurel Canyon près de Los Angeles, sorte d'eden peace and love pour musiciens cools de l'époque (Joni Mitchell, Neil Young, James Taylor, The Byrds entre autres).

Comme une photo sépia mordorée, le premier album solo du quasi inconnu Jonathan Wilson, installé presque par hasard dans la région, ressuscite tout le parfum d'une musique west coast encore enivrée par le flower power, sa coolitude langoureuse et son charme boisé et acoustique (The Way I Feel) ou ses longues digressions très psychédéliques (Natural Rhapsody) :



On pourrait à juste titre lui reprocher de se tenir tellement près de ses modèles (Crosby, Stills, Nash & Young, Jackson Browne, Crazy Horse, voire Pink Floyd), dans l'écriture jusque dans le son rempli à foison d'orgues et de guitares vintage, que l'ensemble pourrait juste se résumer à un exercice de style "à la manière de", durée à rallonge de certains titres y comprise.
Un reproche sans importance quand on vous dira que ce disque est tout simplement beau. Parfois inégal, mais souvent inspiré mélodiquement (Rolling Universe, Waters Down, Magic Everywhere) et témoignant d'un vrai attachement aux vertus d'un folk grand ouvert entre tradition revisitée et hommage sincère.

Pris au jeu, l'ami Wilson recrée depuis à sa façon l'esprit d'échange et de partage du Laurel Canyon grande époque, pour des soirées inter-générationnelles entre jeunes musiciens (Vetiver, Wilco) et anciennes gloires (Graham Nash ou Barry Goldberg, un ex-accompagnateur de Dylan).
Bon témoignage de la vitalité de la jeune génération folk U.S., son élégant "Gentle Spririt" signé sur le toujours clairvoyant Bella Union est emblématique du genre, une bonne surprise à ranger entre les derniers opus de Junip, des Fleet Foxes ou des Vetiver d'Andy Cabic.











Un remède musical d'époque qui permet de reprendre sa place en douceur parmi les vivants, même si certains, je le devine, risquent de le trouver éprouvé, trop utilisé ces temps-ci et plus très neuf, mais pour ma part, toujours efficace et curatif.
Comme l'a bien exprimé chez lui l'ami Muffin Man : "Ça sent le vieux et j'aime ça", auquel je me permettrai juste de rajouter : "Et ça fait rudement de bien !"


Jonathan Wilson - Rolling Universe


1. Gentle Spirit
2. Can We Really Party Today ?
3. Desert Raven
4. Canyon In The Rain
5. Natural Rhapsody
6. Ballad Of The Pines
7. The Way I Feel
8. Don't Give Your Heart To A Rambler
9. Woe Is Me
10. Waters Down
11. Rolling Universe
12. Magic Everywhere
13. Valley Of The Silver Moon

Jonathan Wilson. "Gentle Spirit" (Bella Union) sorti le 03 octobre 2011
♥♥♥♥
en écoute sur deezer & spotify
3 titres sur la Playlist Pop
article sur télérama et un papier documenté sur Laurel Canyon chez les inrocks
à lire chez muffin man

Jonathan Wilson.com
bella union

vendredi 30 septembre 2011

La parenthèse JONO McCLEERY

Alors que la rentrée musicale bat son plein et que les disques à écouter commencent à s'accumuler (Wilco, Zola Jesus et consorts) voilà que je prends déjà un chemin de traverse en allant écouter un peu ailleurs... Effet de la chaleur ou pas, mes oreilles en quête d'apaisement sont tombées par hasard sur "There Is", session de rattrapage impromptue pour un disque paru depuis le 5 septembre.

Déjà estampillé de l'encombrante étiquette de "nouveau James Blake", le dénommé Jono McCleery pourrait être abordé comme un suiveur de saison s'il n'affichait déjà un parcours de folk singer classique entamé avec le mini LP "Darkest Light."

Trêve de références, on écoute et l'aventure retient alors l'attention, mais avouons-le, pas tout de suite : les premiers morceaux, entre dubstep à la James Blake et intonations soul trop proches d'un Kezia Jones (!) agacent un peu et sa reprise de l'anecdotique succès années 80
de Black "Wonderful Life" ne s'impose pas. C'est en fait à partir de "Tomorrow", lent et fascinant quatrième titre, suspendu et atmosphérique, que le cas McCleery commence à intriguer, voire captiver.

"Tomorrow" (version courte) :


Très vite, l'analogie James Blake s'efface un peu, car l'espace esquissé par ce nouveau londonien dessine d'autres paysages, au son moins électro, aux paysages résolument moins novateurs et plus classiques mais pas moins flottants, se frottant au soft jazz et à l'acoustique, descendant du folk de John Martyn, frère pop du Blue Nile ou cousin des anglais Fink ou The Cinematic Orchestra.











Pour lâcher ces sempiternelles comparaisons, disons que la pop en apesanteur de McCleery, pour peu qu'on s'abandonne à sa voix superbe de soulman blanc et à son apprivoisement instrumental de l'espace, distille un calme contemplatif à l'atmosphère changeante, aux échos d'orages à la Radiohead (Garden), de soul music au groove recueilli (superbes Home et It's All) ou d'images bucoliques dignes du folk anglais (The Gymnopedist, moment de grâce voltigeuse).

Étrange album qu'on aurait tort de prendre pour un copié-collé opportuniste de James Blake puisqu'il cherche moins ouvertement les effets électro-dubstep ou à créer de nouveaux espaces sonores. D'une autre manière, il n'en est pas moins un disque libre, à la croisée entre folk et soul music, mutation de blues antique et pop futuriste se basant sur l'instrumentation jazz :



Album à la fois classique et contemporain, on ne peut encore présager de l'avenir sonore à long terme de cet opus. Mais qu'il soit prochainement détrôné par un nouveau prétendant importe peu, tant par l'intemporalité de son inspiration, il risque de faire la joie de ceux - à mon avis nombreux - sensibles au talent de vocalistes inspirés, au spleen de Nick Drake, au groove de Gil Scott-Heron ou à la sensibilité d'un Thom Yorke.
On attend d'ailleurs vos avis.

Tracklist :
1. Fears
2. Garden
3. Wonderful Life
4. Tomorrow
5. It's All
6. Stand Proud
7. Home
8. Only
9. Tie Me In
10. Raise Me
11. The Gymnopedist
12. She Moves

Jono McCleery. "There Is" (Counter Records)
♥♥♥
Paru le 5 septembre
en écoute sur deezer & spotify et 3 titres sur la Playlist Pop
avis sur les inrocks, musique-culture et bon pour les oreilles

jono mc cleery.com

lundi 26 septembre 2011

L'échappée belle de PIERS FACCINI

Parfois les rencontres avec certains artistes prennent du temps. Ainsi, prenez le cas de Piers Faccini : découvert en 2004 lors de son album inaugural "Leave No Trace" sous influence du folk intimiste de Nick Drake, j'avoue avoir perdu de vue depuis le discret song writer après un deuxième volume avec la présence de Ben Harper (Tearing Sky), jusqu'à en avoir zappé son troisième essai en 2009 (Two Grains Of Sand).

Mais toujours se méfier de l'eau qui dort : voilà que le tenace "globbe-trotter singer" sort un nouvel opus que je n'attendais pas et qui se révèle pourtant d'une totale évidence.

Un beau travail d'orfèvre qui voit notre italo-anglais basé en France révéler toute l'ampleur lumineuse de son folk subtil en le frottant d'influences africaines, moyen-orientales, slaves ou tziganes et ainsi larguer la cohorte de ses rivaux folkeux grand public encombrant trop souvent le marché musical.

Sans jamais verser dans la world music plaquée, "My Wilderness" colore le folk pop toujours de bon goût de Faccini pour nous entraîner dans une libre virée entre continents, ballade balkanique et pop intimiste (The Beggar & The Chief), blues africain et folk blanc (les très réussies Tribe et Dreamer) signant des perles immédiates à damner tous les groupes actuels aspirants à l'afro pop :


Piers Faccini - "Tribe"









Une convaincante alchimie musicale qui le voit marier la mélancolie séminale du folk anglais (Richard Thompson, Nick Drake) et le blues malien d'Ali Farka Touré dans le même élan, serti d'arrangements lumineux et cristallins de cuivres et de cordes servis par des instrumentistes inspirés comme l'artiste malien Makan Tounkara, le trompettiste Ibrahim Maalouf ou le violoncelliste Vincent Segal.














Cet opus varié, plus dynamique et cohérent révèle un charme tenace, faussement classique, où son timbre de voix voilé bonifié par le temps touche lors d'introspectifs morceaux (l'émouvant Strange Is The Man en tête), le parallèle souvent évoqué avec Nick Drake ou Jeff Buckley ici justifié jetant le trouble.



Si le genre folk pop est devenu un créneau encombré souvent peu porteur de vraies richesses musicales, avec cet album plus original qu'il n'en a l'air, mariage très harmonieux de la mélancolie blanche et des climats du Delta africain, Piers Faccini, l'air de ne pas y toucher, vient de livrer une réelle réussite qui devrait inquiéter RayLaMontagne, Iron & Wine, voire Bon Iver : la preuve qu'en Europe aussi, on sait faire de très bons disques de folk moderne.

Tracklist
:
1. No Reply
2. The Beggar & The Thief
3. That Cry
4. Strange Is The Man
5. Dreamer
6. My Wilderness
7. Tribe
8. And Still The Calling
9. The Branches Grow
10. Say But Don't Say
11. Three Times Betrayed

Piers Faccini." My Wilderness" (Tôt ou Tard) sorti lundi 26 septembre 2011
♥♥♥♥

en écoute sur deezer & spotify
4 titres sur la Playlist Pop
articles sur les inrocks, bon pour les oreilles et blog-zik

Piers Faccini sera en concert avec Ibrahim Maalouf le 15 décembre à La Sirène, espace de musiques actuelles de La Rochelle, nouvelle scène rock rochelaise à l'excellente programmation. Ceux qui ont prévu de s'y rendre devraient donc m'y croiser, ainsi d'ailleurs lors des concerts d'I'm From Barcelona (12 octobre) ou Syd Matters et Tahiti 80 (26 novembre).

Version alternative - plus réussie à mon goût - de la pochette de l'album :

piers faccini.com
myspace

mardi 6 septembre 2011

OTHER LIVES. Folk élégant ou Americana scolaire?

La chose n'est pas si courante dans mon cas, mais difficile d'avoir un jugement définitif avec la galette qui nous occupe aujourd'hui. Pour peu qu'on prête un peu attention à l'actualité musicale, le nom d'Other Lives ne vous est pas inconnu ces temps-ci. Avec leur deuxième album "Tamer Animals" - le premier ayant échappé à l'attention de quasi tout le monde - le groupe folk pop venu de Stillwater, Okhaloma, semble être la sensation du moment.

Avec la musique d'Other Lives, on est en terrain connu et familier, en tout cas dans ces colonnes : celui de l'Americana éternelle, folk pop rêveuse évocatrice de liberté et de grands espaces. Ainsi, l'évident single "For 12" semble d'emblée le concentré de cette inspiration, bercé d'arrangements de cordes lumineux :



Élégante, aérienne et plutôt irréprochable, d'où vient alors que la musique du groupe mené par Jesse Tabish dégage chez moi un respect poli là où j'attendais un vrai emballement ? Le sentiment du bon goût mesuré d'un disque irréprochable, assez beau, mais sans réelle prise de risque.
Ainsi, "Tamer Animals" est au croisement de tant d'influences, semble le creusé de tant d'éléments du folk indé U.S. que le poids de ces références finit par quelque peu l'handicaper. Other Lives, victime de l'effet "groupe folk pour les nuls", ou pour les méconnaisseurs du genre en tout cas ?

Ainsi, on songe à tant de groupes - presque un par morceau - que l'effort du groupe finit par un peu en pâlir : et Fleet Foxes, et Grizzly Bear, et The National (Tamer Animals le titre, copié-collé du gang de Matt Berninger), et Midlake, et Lost In The Trees, et The Middle East et ... bon, n'en jetez plus, on s'arrête là.












Mentionner au passage la figure des Middle East fait toucher du doigt ce qui peut différencier les estimables Other Lives du collectif australien ou aussi des excellents Lost In The Trees.

Si ces formations usent toutes les trois avec goût d'arrangements de cordes sophistiquées, les deux premières privilégient l'imprévu, les ruptures de ton et les accidents ainsi qu'une vraie liberté et folie dans l'inspiration. Alors qu'en bons élèves disciplinés, nos barbus venus d'Oklahoma restent dans un classicisme, une joliesse, voire une uniformité qui lisse le tout en un ensemble qui peut sembler bien sage.

Peut-être faut-il laisser reposer cet album avant de décider à long terme de sa place dans nos discothèques, d'autant qu'il se dégage de certaines plages une séduction immédiate (As I Lay My Head Down ou encore "Old Statues" et ses guitares western entre Ennio Morricone et Calexico). Tiens, encore d'autres références.



Pour reprendre une métaphore scolaire de rigueur vu cette période de rentrée : "Élèves studieux et assidus, mais peuvent mieux faire". À moins que l'un d'entre vous dans les commentaires puisse faire pencher la balance de l'autre côté et trancher ce mini-débat entamé entre moi ... et moi.

Tracklist
:
1. Dark Horse
2. As I Lay My Head Down
3. For 12
4. Tamer Animals
5. Dust Bowl III
6. Weather
7. Old Statues
8. Woodwind
9. Desert
10. Landforms
11. Heading East

Other Lives. "Tamer Animals" (Play It Again Sam/PIAS)
entre ♥♥ et ♥♥♥
en écoute sur spotify, deezer & grooveshark
2 titres sur la Playlist Pop

avis d'Ears of Panda avec lequel je me sens le plus proche
nombreux avis plus convaincus sur : esprits critiques, charlu, hop blog, discordance

LienOther Lives