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vendredi 10 février 2012

La pop céleste de AM & SHAWN LEE

Marre comme tout le monde du froid et de la neige qui s'incrustent sans qu'on ne leur ait rien demandé ? En ouverture de ce weekend, rien ne vaut une petite infusion de Celestial Electric. Une galette qui fera idéalement office de cure musicale de repos et d'évasion, une trouvaille rencontrée grâce à l'indispensable lecture du blog Des Chips et du Rosé de l'ami Benoit.

Refuge rêvé loin de toute agression hivernale, la musique de AM & Shawn Lee vous transporte en une note vers une oasis ensoleillée, mix de pop aérienne, funk groovy et pop acoustique soignée aux réminiscences années 70. Un accueillant objet atemporel façonné à quatre mains par le californien AM et l'anglais Shawn Lee qui ont scellé via le net leur collaboration à distance sous le signe des B.O. rétro-seventies et de la sunshine pop légère et scintillante :



Un travail à deux têtes à l'image de l'album de Cant, la collaboration Chris Taylor-Twin Shadow, pour cette échappée rétro-futuriste aux airs de boîte à bonbons pop acidulés, mariage inattendu du goût d'un Danger Mouse pour les sonorités vintage et de la pop catchy tendance Phoenix/Tahiti 80.

À croire que le chanteur du groupe rouennais Xavier Boyer aurait pu poser sa voix sur cet album, vu la troublante similarité vocale à reconnaître tout le long de l'album :



Quoiqu'il en soit, Celestial Electric fera le bonheur des amoureux des ambiances multicolores estampillées seventies aux choeurs en apesanteur (Jackie Blue, Winter Sun) et dégèlera votre esprit engourdi par le froid mordant par son côté feel good music et sa couleur fusion groovy prononcée (une section rythmique d'enfer signée AM).
Une réjouissante échappée qui tombe à point nommé et auquel on pardonne même ses très légers défauts, le dessert étant un peu light et parfois chargé en glucose. Mais en cette période rigoureuse, toute énergie positive - d'autant plus électrique (!) - susceptible de nous faire survivre à cet hiver ne saurait être négligée. Bonne cure céleste à tous !

AM & Shawn Lee. Celestial Electric (ESL Music, Inc) paru en 2011
♥♥♥
écouter sur spotify et deezer 
lire sur des chips et du rosé et magic
am & shawn lee

dimanche 27 novembre 2011

SYD MATTERS EN LIVE. Merci, Mr Morali !



L'existence d'un blog est une course de fond, non exempte d'incidents et d'arrêts imprévus. Plus de dix-sept jours de break momentané, un trou d'air de saison occasionnel qui nous envoie déjà à la fin du mois de novembre.

Et c'est donc à l'occasion d'un concert hier soir, ma deuxième virée passée à La Sirene, que le blog se réveille de sa torpeur passagère. Un concert de Syd Matters, mais quel concert ! Bon, commençons par le début car la soirée pop rock rochelaise s'est déroulée en trois temps.

D'abord le quatuor des Kid Bombardos, petits voisins bordelais qui ont ouvert les hostilités avec l'énergie qui caractérise leur jeune âge. Et admettons que le groupe des frangins Martinelli se tient bien en scène, endroit qu'ils connaissent manifestement comme leur poche. Leurs pop songs charnues et électriques et leur look rétro constituent un apéritif sympa, à défaut d'être original :



Avouons juste que, malgré l'excellence de leur bassiste et leur jeu de guitares furibardes, malgré tout l'engagement scénique dont ils font preuve, le set s'avère un peu lassant, lorgnant sur les sixties et le rock limité des Strokes, pour finir au fond par sonner comme une version hexagonale des Vampire Weekend ou Two Door Cinema Club. Quand en plus, on n'est pas très sensible au phrasé anglais très chewing-gum de Vincent Martinelli. Ceci dit, vu leur âge et leur fougue en scène, je présage que ces kids là ont toute la ressource de me convaincre dans la suite de leur parcours.

myspace kid bombardos

Puis vint le tour des Rouennais de Tahiti 80, le groupe de french pop qui mériterait d'être aussi célèbre que Phoenix, ou au moins, de connaître une part de la reconnaissance médiatique (exagérée) qu'on accorde aux versaillais.

Véritables champions de feel good music, difficile de résister au vraies bombes sunshine pop du groupe du sympathique Xavier Boyer, dont la récente approche électro n'a fait que bonifier leur pop fruitée et mélodiquement irrésistible. Quand en plus le gang fait preuve d'une évidente aisance scénique, aucune raison de bouder son plaisir :



Hélas, c'était sans compter sans l'apathie ou l'indifférence d'une partie du public qui les toisait avec l'air blasé d'un troupeau de bestiaux regardant passer un TGV. Ainsi, une certaine qui regardait en coin d'un air navré ma tentative personnelle de danse improvisée d'un air quasi attéré.
Réflexion tardive
: "Si tu viens au concert pour faire la gueule, même quand les artistes sont bons, fallait pas venir, Machine !"
"Vous allez l'air sage, trop sage!" lança un Xavier Boyer conscient du problème, plutôt piqué et semble-t-il agacé par l'obligation de terminer à un horaire imposé. Décidés à les faire bouger, le gang enchaîna avec un choix imparable de machines à danser (Gate 33, Darlin', Crack Up). Mais cette dernière n'ayant, à ma grande surprise, pas encore réveillé les endormis, Boyer & co ont semblé rendre prématurément les armes, ce que je comprends dans ces circonstances, et sans aucun rappel, que ce petit public de zombies ne méritait d'ailleurs pas.
Du coup, tout le monde en a été privé. C'est pas juste pour les autres, dont moi !

tahiti 80

Le temps d'un nouveau (et bien long) changement de matériel, j'en vins à m'interroger sur la suite : est-ce que cette attente valait le coup? Avais-je bien fait de vouloir voir Syd Matters en scène?

Autant dire que dès que l'obscurité s'est faite, à peine éclairée d'une petite lumière bleue aquatique et que les premières mesures de "River Sister" ont résonné, le climat change et le niveau monte d'un cran. Plus de questions, la certitude d'être au bon endroit, au bon moment, et de voir des artistes légitimes dans la pleine mesure de leur talent :



Si le folk-pop rigoureux et inventif de Syd Matters charme déjà sur disque (le génial "Brotherocean"), les voir en scène constitue un vrai aboutissement. Voir chanter Jonathan Morali avec une rare intensité, les yeux fermés comme plongé dans son monde intérieur, envoûte par son caractère spirituel qui impose l'exigence à tous. Light show inspiré, son parfait, musiciens concentrés, choeurs chaleureux, section rythmique d'enfer, compositions habitées : de la pure magie, un vrai moment de grâce étonnant.

Jonathan Morali semble investi dans chaque mot de chaque chanson, et quelles chansons ! Intimes, fluctuantes, émouvantes, complexes et limpides à la fois, l'énergie de la scène leur confère une dimension supplémentaire et une électricité rock insoupçonnée en studio.


















Alternant épure acoustique, digressions instrumentales dignes des meilleures heures du prog rock et longues boucles guitaristiques ou variations électro aux vertus psychédéliques, Syd Matters impressionne par sa force tranquille, sa puissance de feu et laisse muet plus d'une fois (somptueux "Obstacles" ou "I Might Float", au hasard) :





Un moment en apesanteur, où la gravité perce sous la douceur, l'euphorie sous la mélancolie, rempli des regards de connivence de Morali vers ses quatre complices et de son émotion lors d'un double rappel triomphal et bluffant de beauté. Dignes enfants de Pink Floyd, cousins hexagonaux de Midlake mais surtout de Radiohead, voilà, à mon humble avis, le plus grand groupe français actuel en activité.

Dont je ne remercierai jamais assez l'actuelle prestation. Surtout pour nous rappeler combien il est bon, dans une époque de faux-semblants et de vrais blasés, de se retrouver en position d'admiration devant le talent de vrais artistes, une sensation rare pour un plaisir réconfortant.

Des étoiles dans les yeux, bien qu'à moitié sourd après le concert, je cours récupérer une affiche du groupe. Derrière moi, deux couples commencent à s'échauffer, l'un reprochant à l'autre d'avoir parfois parlé et ri trop fort lors du set, même lorsque les morceaux ne s'y prêtaient pas :
"- Ça, on peut dire qu'on vous a entendu, vous !"
"- Comment, on doit se taire? C'est la messe, c'est Dieu, Syd Matters ?"

Même ridicules et inappropriées, ces interventions n'avaient pourtant pas réussi à briser l'harmonie de ce rendez-vous entre ciel et terre, air et eau, ombre et lumière.

Un moment qui restera comme un des meilleurs concerts que j'ai vus, un instant protégé par la bulle aérienne du monde de Syd Matters. Vous savez ce qui vous reste à faire si d'aventure ils passent près de chez vous : y courir sans hésitation !

"Brotherocean" en écoute sur spotify

syd matters
la sirene

Merci sincère aux lecteurs et blogueurs amis (Christo, Benoit, Joris, Muffin Man, Charlu, Vincent et les autres) quand l'envie s'essouffle parfois, pour me redonner régulièrement envie de repartir. Thanks a lot !

vendredi 4 mars 2011

POP PLEASURES. Toro Y Moi et Tahiti 80

Même si ce papier aurait dû voir le jour bien plus tôt ces jours-ci (mais que voulez-vous, cette semaine est passée si vite) voilà deux disques idéaux pour saluer le soleil revenu/à venir, avant-goût d'un printemps 2011 fortement désiré et deux disques qui arborent tous des pochettes assez répulsives au goût discutable, un effort, les gars !

D'abord le retour du petit Chaz Bundick qui, planqué derrière le pseudo de Toro Y Moi, reprend ses pérégrinations de petit prodige de la chillwave après "Causers of This", son opus remarqué de 2010.

"Chillwave" : encore un raccourci journalistique hâtif fourre-tout regroupant quelques artistes (Memory Tapes, Neon Indian, Washed Out et d'autres) pratiquant une pop easy listening lorgnant sur les sons pré-électro des années 70/80.

Si le précédent affichait une évanescence électro-digitale à la texture surchargée (samples, révérbérations, voix éthérées, bidouillages en tous genres) qui menaçait de faire disparaître sa musique dans le flou le plus complet, ce deuxième album se révèle bien plus incarné, déjà dans son instrumentation plus directe d'inspiration dance-floor années 70, basse funky et batterie disco, un son plus "garage" selon l'intéressé qui exagère un brin :













On notera surtout qu'il revisite avec inspiration le son des productions seventies, des bande-sons d'Ennio Morricone et François de Roubaix (influence évidente d'ailleurs revendiquée), au space disco estampillé late 70's (New Beat) et un amour des climats en apesanteur qui le voit battre Air sur son propre terrain (Divina).



"Underneath The Pine" est même le disque de french pop que les versaillais ne savent plus vraiment faire, rehaussé d'une chaleur et d'un aspect foutraque un peu soulant qui fait finalement son charme, culminant sur les scintillants "How I Know" et "Elise" qui mixent des harmonies vocales dignes des Beach Boys à celles plus baggy des Stones Roses ou autres Charlatans :


C'est dire la palette plutôt large que déplie cet alchimiste attachant pour un voyage en pop rétro-futuriste et hypnagogique où le groove dansant équilibre la mélancolie rêvasseuse des compositions d'un Toro souvent plus aérien que terrien, malgré la photo qui précède ces lignes.

Toro Y Moi. "Underneath The Pine" (Karpack Records)
Sorti le 22 février
♥♥♥♥
en écoute sur spotify
Toro Y Moi
Après près de douze ans de carrière et presque une demi-douzaine d'albums, les éternels Poulidor de la pop française, autrement dit, les rouennais de Tahiti 80 repointent le bout de leur nez avec "The Past, The Present & The Possible". Est-ce en prémisse des beaux jours ?

En tout cas, un parfait disque de pop légère et séduisante, délivré par des artisans doués dont le handicap a toujours été d'être cantonnés dans l'ombre d'un groupe modèle - ou rival? - portant le nom d'une célèbre ville d'Arizona. Vous voyez ? (mais si, c'est marqué sur la photo à côté)

Pourtant bien que les médias s'agenouillent devant le succès international de ces derniers, qui personnellement me laissent souvent froid et bien que labourant le même territoire pop, le groupe de Xavier Boyer ne démérite pas et pourrait bien livrer son opus le plus cohérent.

Une collection de pop songs à la production électronique plus marquée qui lui donne un aspect apparemment un peu lisse.

Mais tendez l'oreille : hormis des titres un poil formatés comme "Defender" et "Gate 33" où il semblent se prendre pour des New Order français, cet album renferme bien des plaisirs : un "Solitary Bizness" irrésistible avec ses gimmicks dignes du Tom Tom Club de la meilleure époque, un "Crack Up" ludique en diable, ou "Want Some?" et "Easy", parfaits exemples de sunshine pop :



Et quelques titres plus intimistes comme la chanson-titre, sympathique morceau à tiroirs, où la voix discrète mais attachante de Xavier Boyer n'a rien à envier à celle de Thomas Mars, sans omettre un song writing classique mais lumineux :



En fait, il faut prendre ce cinquième album des Tahiti 80 pour ce qu'il est, un recueil de vignettes pop modestes mais soignées, qui ne révolutionneront certes pas le paysage pop, mais tel n'est pas le but de ces discrets artisans hexagonaux.

"The Past, The Present & The Possible" (Human Sounds)
Sorti le 21 février
♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
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Tahiti 80