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vendredi 15 octobre 2010

CINÉ, AMOUR, TRAVAIL. Les Amours imaginaires & Entre nos mains

Encore un petit manque de temps cette semaine qui raréfie un peu mes interventions...
Mais l'actualité cinéma joue plutôt en ma faveur, puisque sont sortis récemment deux films que votre serviteur a vus cet été en avant-première et dont je vous avais touché un rapide mot ici. L'occasion de redire tout le bien que j'en pense, sans me répéter j'espère...

Deux films qui abordent au fond chacun deux éléments fondamentaux de nos vies à tous...
L'amour d'abord avec le deuxième film du québécois Xavier Dolan "Les Amours Imaginaires", qui confirme son jeune talent avec cette chronique des affres de l'amour en forme de (faux) film branché maniéré.
Au final, un vrai petit bonheur de cinéma, et une analyse assez pertinente des illusions amoureuses.

Sur un sujet parcouru de long en large par le cinéma, souvent français et parisien - deux jeunes gens, Marie et Francis, amoureux du même troisième, Nicolas - Dolan règle un réjouissant et ironique ballet des sentiments de ces jeunes gens encore plus amoureux du sentiment amoureux que de l'être aimé.

Air connu : il soigne donc la forme, illustre en vrai styliste pop leurs fantasmes et projections - toute cette cristallisation sur des petits riens, objets, rites, moments où les amoureux se rêvent en néos-James Dean ou Audrey Hepburn - enveloppe le tout d'une bande originale ironique (Bach, The Knife et ... Dalida!), sans oublier ces vrais-faux témoignages d'anonymes (?) québécois dissertant sur leur vie sentimentale, souvent hilarants.


Volontiers poseur et dandy, à l'image de son auteur-acteur, ce film qui a tout pour agaçer et en agaçera de fait certains est tout de même assez irrésistible, car drôle et triste à la fois, et d'une férocité et justesse assez étonnantes pour un si jeune metteur en scène.
Xavier Dolan, tout narcissique tête-à-claques qu'il soit, a réussi un film pop mélancolico-euphorisant.
Peuplé de citations cinéphiles - ralentis Wong Kar-waïens, couleurs Almodovariennes, plans Gus Van Santiens - qui n'empêchent cependant pas cette promenade aux (faux) airs superficiels d'être un film malicieux, finalement personnel, et plus amer qu'il n'y paraît.
Et une mention spéciale à l'épatante Monia Chokri, attachante Marie...

De courts extraits du film :




"Les Amours Imaginaires" (Québec, 2009) Réalisation et scénario : Xavier Dolan. Chef-Opérateur : Stéphanie Weber-Biron. Production : Remstar Media Partners. Distribution : MK2 Diffusion. Durée : 95 mn.
Avec : Xavier Dolan (Francis) ; Monia Chokri (Marie) ; Niels Schneider (Nicolas) ; Anne Dorval (la mère de Nicolas) ; Perrette Souplex (la coiffeuse) ; l'invité (Louis Garrel)
sorti le 29 septembre 2010













chroniqué sur De l'autre côté, perché avec le blanc lapin et Tadah ! Blog
... Le travail ensuite, denrée primordiale car fragile, dans une société qui le maltraite de plus en plus.
Sur le sujet, rien ne remplace le regard du documentaire, d'autant que le film Entre nos mains", bénéficie du regard précieux de la documentariste Mariana Otero, auteur entre autres, du magnifique film familial "Histoire d'un secret."
Plantant sa caméra dans une entreprise de lingerie féminine à l'heure de son dépôt de bilan dû au patron indélicat que l'on ne verra jamais à l'écran, c'est grâce à sa patience et sa discrétion que nous assistons aux multiples échanges et questionnements qui secouent les employé(e)s : doivent-ils (elles) soutenir financièrement ce projet de SCOP (Société Coopérative de Production) qui leur permettrait de prendre en main la société, et leur avenir ?
S'immiscant avec complicité dans ce quotidien pétri de doutes, Mariana Otero filme en douceur la progression possible de l'individu isolé, doutant, hésitant, consultant les collègues, se méfiant de leurs délégués, soupesant le pour et le contre ... jusqu'à pourquoi pas, la reprise effective possible de l'entreprise en un collectif durable.
Belle utopie qui rassemble les ouvrières, à l'origine éclatées en clans, beaux portaits de femmes à la spontanéité et au naturel radieux qui figurent parmi les plus beaux moments d'un film toujours digne, car respectant toujours ses intervenants filmés.
Sans trop craindre de rompre le suspense, on peut révéler que, face aux manoeuvres tordues du patron, qui préfère sacrifier la viabilité de sa boîte plutôt que de la voir perdurer sans lui, l'utopie fera long feu...
Dur retour à la réalité, amer et pourtant pas désen-chanté, puisque la réalisatrice a le courage de clore son film sur une séquence douce-amère, dernier élan collectif qui voit ces héroïnes du quotidien sublimer leur déception.
Soudain, c'est le cinéma de Jacques Demy qui fait son irrruption, jolie conclusion d'un film élégamment et éminemment politique, où l'on se plaît à espérer pour nos lendemains à tous, sans angélisme, plus d'élans collectifs qui permettraient à chacun de passer d'instrument anonyme à seul maître de son destin. ... C'est trop demander ?
Vu en avant-première en présence des principales "actrices" de l'histoire, ce film à voir sans restriction prenait de fait pleinement toute sa dimension sociale et humaine.
Bande-annonce et extrait :




"Entre nos mains" (France, 2010). Documentaire. Réalisation et photographie : Mariana Otero. Musique : Fred Fresson. Producteur : Denis Freyd (Archipel 33). Distribution : Diaphana Distribution. Durée : 90 mn. sorti le 6 octobre 2010



article sur Le Monde Diplomatique

jeudi 8 juillet 2010

FESTIVAL (suite). Dans l'oeil du cyclone...

Ouf ! Juste une petite halte pour vous dire que je suis toujours vivant et plongé jusqu'au cou en plein Festival International du film de la Rochelle (17)
... Toujours pas d'appareil-photo, pas assez détaché pour vous dresser un aperçu complet du festival (pas le temps, déjà cette p'tite chronique est faite à l'arrache) ou faire des papiers de fonds sur chaque film.

Juste pour vous dresser l'ambiance unique de l'évènement : les estivants en vacances sous la chaleur et le soleil, les cinéphiles fous - moi inclus - enchaînant les projections et les salles combles à quasiment chaque séance.

Merci France 3 pour ce petit reportage qui vous donnera un apercu de cette fête cinéphile :


Bon, pour faire rager ceux qui bossent encore : il en faut du courage, vous savez, pour supporter de faire le pied de grue en discutant ciné dans les files d'attente (minimum 45 mn avant le début du film) en plus face à la mer ensoleillée et au vieux port, quel affreux point de vue, franchement !

Allez, en vrac :
... où l'on peut confirmer la force intacte des films du grand Élia Kazan - photo-ci dessus en face de Brando (À l'Est d'Eden, La Fièvre dans le Sang), en découvrir de méconnus (L'Héritage de la Chair) et se réjouir de les voir tous si beaux sur grand écran ;
- une plongée-découverte dans le jeune cinéma indien indépendant ;
- la joie de (re)découvrir les films comiques rares (Yoyo, Le Grand Amour) du clown-cinéaste Pierre Etaix, ex-gagman de Tati dans sa jeunesse (à gauche) et la simplicité de l'artiste et de l'homme (yes, j'ai eu une dédicace !) lire ici l'article de Sud-Ouest

... et la confirmation du charisme d'une légende unique, la Divine Garbo (vous avez bien vu la photo ci-dessus : incroyable de beauté, non ?) au cours de séances de ses films muets - dont le très sensuel "La Chair et le Diable" - accompagnés par l'exceptionnel ciné-concertiste Jacques Cambra ;
- une soirée émouvante lundi autour du documentaire "Entre nos mains" de Mariana Otero, sur la tentative de reprise d'une entreprise textile par ses employées (lire ici)

Encore un petit reportage de France 3 qui vous en dira plus sur ce beau film, avec ambiance rochelaise et images de sa présentation triomphale en présence de l'équipe :


... et des découvertes de films du monde en exclusivité (turque, mexicain, espagnol, ukrainien) ;
...et des films français en avant-première, juste après leur sélection cannoise ;... et des curiosités américaines rares et inclassables des années 60/70, entre autres : "Electra Glide In Blue" de James William Guercio (lire ici) ou "Abattoir 5" de George Roy Hill (lire ici) qui sortiront normalement ? de manière nationale à la rentrée.












On reparlera de tout ça en temps et en heure...

Un résumé très très accéléré de ces premiers jours dont me reste, pour finir, la découverte hier en avant-première du second film - après "J'ai tué ma mère" - du jeune réalisateur québécois Xavier Dolan : "Les Amours Imaginaires", un film sur un trio amoureux post-adolescent (une fille/un garçon, tous deux épris d'un deuxième garçon).
Rien de nouveau dans le fond et petit sujet fort ténu, mais un film au style pop rafraîchissant, stylé et finalement attachant, auquel on pardonnera ses défauts juvéniles parfois irritants - à l'image de son auteur, doué mais plutôt tête à claques - grâce à son ironie, sa causticité, voire sa franche drôlerie comico-triste (ces expressions québécoises !).

On se souviendra avec plaisir du duo Marie (irrésistible et "so cute" Monia Chokri) et Francis (Xavier Dolan lui-même en dandy-narcissique-amoureux-mélancolique).


Sur le même thème et dans le même univers, le très surestimé Christophe Honoré avait complètement raté selon moi ses "Chansons d'Amour."
Le très jeune (21 ans!) Dolan devrait sans peine rallier du monde à ses "Amours Imaginaires" lors de la sortie française le 29 septembre prochain :



Suite (et fin) au prochain épisode... Fatigué, le Blake : au lit, maintenant !