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mardi 4 janvier 2011

MEMORY OF THE 80's (15). In Memoriam Mick Karn

"C'est avec une profonde tristesse que nous vous informons que Mick a finalement perdu son combat contre le cancer et est décédé paisiblement à 16h30 aujourd'hui, le 4 Janvier 2011 à son domicile de Chelsea, à Londres. Il était entouré par sa famille et ses amis et sera profondément regretté par tous."

Je vous avoue que je pensais ouvrir plus joyeusement cette année 2011. Mais l'actualité ne choisit pas et nouvel an ou pas, voilà ce qu'on pouvait lire aujourd'hui sur son site : c'est bien le musicien Mick Karn qui vient de tirer sa révérence à 52 ans.

Multi-instrumentiste : claviériste, saxophoniste, mais surtout bassiste virtuose, il a oeuvré au sein de Japan, formation new wave historique, d'abord glam pop, puis arty esthétique avant-gardiste, qui révéla l'indispensable talent de son leader David Sylvian.

Mick Karn
(d'origine grecque, né Andonis Michaelides, deuxième à gauche sur la photo) a façonné durant les cinq albums de Japan ce son de basse fretless si reconnaissable, souple et ondoyant qui était une des caractéristiques sonores du groupe :





Un son sans doute un peu daté mais assez unique, qui lui appartenait en propre, une vraie signature musicale.
Et qu'on retrouve aussi sur "The Waking Hour", l'unique album de Dali's Car, un projet "one shot" réalisé dans la foulée de la séparation de Japan en 1984, initié avec le chanteur à la voix vénéneuse Pete Murphy échappé du gothique Bauhaus.

Un album très emblématique d'une certaine new wave eighties, sorte d'ethno-pop glacée aux lointaines influences orientales, atmosphérique, clinquante et fascinante à la fois, désormais une pièce de musée que je vous réservais pour un possible "Memory of the 80's" du coup précipité ...





... transformé en coup de chapeau à ce musicien discret, à l'époque tenu dans l'ombre d'un David Sylvian, auteur de toutes les chansons du groupe, retrouvé sur l'album unique "Rain Tree Crow" en 1991.

Et même plus tard, la prestigieuse carrière solo de Sylvian écrasant de son poids la bien erratique production d'un Karn tombé dans un relatif oubli malgré une dizaine d'albums, couronné d'une quasi-ruine financière et la maladie par là-dessus.

Pas toujours glamour, le destin d'ex-pointure new wave.

Et voilà qui clôt définitivement une époque révolue et rend encore plus lointain le souvenir des années 80, qui n'avaient pourtant pas besoin de ça.



Bon, comme début d'année on fait mieux, mais ne nous laissons pas abattre.

Tracklist :
1. Dali's Car
2. His Box
3. Cornwall Stone
4. Artemis
5. Create And Melt
6. Moodlife
7. The Judgement Is The Mirror


La compilation "Exorcising Ghosts" de Japan en écoute sur deezer et sur Spotify ainsi que l'album "Dali's Car" sur Spotify
Les titres de Japan et Dali's Car à retrouver sur la Mini Playlist 80's
En guise d'hommage ultime, le saxophone de Mick Karn sur "Night Porter", la plus belle chanson de Japan :



mickkarn.net

jeudi 30 septembre 2010

Memory Of The 80's, eternally (9). DAVID SYLVIAN

Ce "Memory of the 80's" de la semaine triche un peu avec son intitulé. En effet, cela aurait tout aussi bien pu être un "Memory of the 90's", voire "70's et même "2010", tant son auteur possède un long parcours entrepris depuis plus de trente ans. Mais l'ayant découvert au coeur de mes années 80 pré-adolescentes, il est pour moi attaché à cette décennie. En l'occurrence, cette première chanson choisie est une authentique "chanson qui me trotte dans la tête", ce depuis bien longtemps.

Paru en 1991, on doit ce titre subtil et envoûtant à l'un des musiciens esthètes les plus haut de gamme de la pop et de la sphère musicale contemporaine. L'album "Rain Tree Crow" cachait en fait des retrouvailles uniques et non renouvelées depuis avec la formation originale avec laquelle il avait débuté en 1978.
Autrement dit, sur "Black Water", David Sylvian renouait avec ses ex-complices de Japan :


Japan, groupe new wave sophistiqué qui révéla la classe unique de Sylvian, comme un fils glam-pop héritier du charisme de David Bowie et du dandysme vocal de Bryan Ferry. Cinq albums entre 1978 et 1982, quatre ans d'étincelles pop dans les charts et puis s'en vont.
Pour que l'artiste, sous l'égide du maître Ryuichi Sakamoto, qui révéla à tous les vertus de sa voix grave et douloureuse de chamane sans âge sur la chanson "Forbidden Colours" du film culte "Furyo", aille durant sa carrière solo débutant dans les 80's défricher des paysages sonores inexplorés :



Je ne peux mieux comparer le travail de Sylvian qu'à celui d'un peintre, alternant les styles et les périodes, les harmonies et les ambiances musicales, à l'image d'un artiste-plasticien disposant les formes et les couleurs sur ses toiles.
Ainsi, dans son parcours exigeant, Sylvian sera tour à tour orientalisant, contemporain, post-moderne, abstrait ou pop-art au gré d'albums élaborés avec la crème de musiciens savants : Robert Fripp (King Crimson), Holger Czukay (Can), David Byrne (Talking Heads) ou le grand trompettiste Jon Hassell.













Le bien-nommé "Brilliant Trees", splendide premier opus de 1984 (j'ai toujours la K7 d'époque), montrait déjà la voie que Sylvian suivrait ensuite, en solitaire très entouré, entre ambient music, expérimentations jazz, rock progressif et perles pop zen. Ainsi que "Dead Bees On A Cake", son album ample et maîtrisé d'inspiration indienne de 1999, deux disques constituant les pierres angulaires de son oeuvre, résumée dans l'excellente compilation "Everything & Nothing."

Mais son album de coeur s'avère être pour moi son "Secrets Of The Beehive" de 1987 :

Disque atmosphérique, intimiste, méditatif et "coconneux", cet album au parfum automnal vivace comme une senteur retrouvée, renferme tout le savoir-faire d'artisan de luxe de Sylvian en matière de ballades languides et élégantes d'une douceur architecturée, aux silences évocateurs et à la mélancolie apaisante (Mother And Child, When Poets Dreamed of Angels, Waterfront).
Si ultérieurement, il se montrera à l'occasion parfois plus austère ou désincarné car plus expérimental, produit ici par Steve Nye il réussit la difficile harmonie de la rigueur orchestrale - admirables arrangements de guitare acoustique, cordes et  piano signés Sakamoto - et de l'émotivité vibrante.

En témoignent les deux bijoux du disque, le magnifique "The Boy With The Gun" :



et le somptueux "Orpheus" :


On n'écoute pas vraiment à la légère le spleen élaboré de David Sylvian - dont on retrouve à l'occasion l'empreinte dans la musique du trop discret Perry Blake - mais renouer de temps à autre avec son oeuvre rigoureuse nettoie les oreilles de certaines impuretés pop indésirables accumulées au fur et à mesure des années.

En ce début d'automne - saison "sylvianesque" par excellence - l'occasion est idéale de vous annoncer la sortie le 27 septembre d'un nouveau disque, "Sleepwalkers" chez Samadhisound, compilation de titres composés au gré de ses collaborations multiples (Sakamoto, Christian Fennesz, son frangin Steve Jansen), une spécialité de l'artiste à la curiosité musicale insatiable.

Par exemple, saviez-vous qu'il a enregistré un duo avec les new yorkais de Blonde Redhead ? *

Un avant-goût, avec ce "Wonderful World" délectable où vous reconnaîtrez la douce voix de la trop rare Stina Nordenstam :



Et quoi de mieux pour refermer (déjà) ce mois de septembre, que de se séparer au son du "September" qui ouvrait "Secrets Of The Beehive" ? La boucle Sylvian est ainsi bouclée.



Tracklist :
1. September
2. The Boy With The Gun
3. Maria
4. Orpheus
5. The Devil's Own
6. When Poets Dreamed Of Angels
7. Mother And Child
8. Let The Happiness In
9. Waterfront
10. Promise (The Cult Of Eurydice)

David Sylvian. "Secrets Of The Beehive" 1987 (Virgin Records)
CHEF-D'OEUVRE ♥♥♥♥♥

Secrets Of The Beehive en écoute sur deezer ainsi que Brilliant Trees
Black Water, The Boy With The Gun et Orpheus en écoute sur la Mini Playlist 80's

* "Messenger" sur "The Secret Society Of Butterflies" EP de Blonde Redhead en 2005