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mardi 6 septembre 2011

OTHER LIVES. Folk élégant ou Americana scolaire?

La chose n'est pas si courante dans mon cas, mais difficile d'avoir un jugement définitif avec la galette qui nous occupe aujourd'hui. Pour peu qu'on prête un peu attention à l'actualité musicale, le nom d'Other Lives ne vous est pas inconnu ces temps-ci. Avec leur deuxième album "Tamer Animals" - le premier ayant échappé à l'attention de quasi tout le monde - le groupe folk pop venu de Stillwater, Okhaloma, semble être la sensation du moment.

Avec la musique d'Other Lives, on est en terrain connu et familier, en tout cas dans ces colonnes : celui de l'Americana éternelle, folk pop rêveuse évocatrice de liberté et de grands espaces. Ainsi, l'évident single "For 12" semble d'emblée le concentré de cette inspiration, bercé d'arrangements de cordes lumineux :



Élégante, aérienne et plutôt irréprochable, d'où vient alors que la musique du groupe mené par Jesse Tabish dégage chez moi un respect poli là où j'attendais un vrai emballement ? Le sentiment du bon goût mesuré d'un disque irréprochable, assez beau, mais sans réelle prise de risque.
Ainsi, "Tamer Animals" est au croisement de tant d'influences, semble le creusé de tant d'éléments du folk indé U.S. que le poids de ces références finit par quelque peu l'handicaper. Other Lives, victime de l'effet "groupe folk pour les nuls", ou pour les méconnaisseurs du genre en tout cas ?

Ainsi, on songe à tant de groupes - presque un par morceau - que l'effort du groupe finit par un peu en pâlir : et Fleet Foxes, et Grizzly Bear, et The National (Tamer Animals le titre, copié-collé du gang de Matt Berninger), et Midlake, et Lost In The Trees, et The Middle East et ... bon, n'en jetez plus, on s'arrête là.












Mentionner au passage la figure des Middle East fait toucher du doigt ce qui peut différencier les estimables Other Lives du collectif australien ou aussi des excellents Lost In The Trees.

Si ces formations usent toutes les trois avec goût d'arrangements de cordes sophistiquées, les deux premières privilégient l'imprévu, les ruptures de ton et les accidents ainsi qu'une vraie liberté et folie dans l'inspiration. Alors qu'en bons élèves disciplinés, nos barbus venus d'Oklahoma restent dans un classicisme, une joliesse, voire une uniformité qui lisse le tout en un ensemble qui peut sembler bien sage.

Peut-être faut-il laisser reposer cet album avant de décider à long terme de sa place dans nos discothèques, d'autant qu'il se dégage de certaines plages une séduction immédiate (As I Lay My Head Down ou encore "Old Statues" et ses guitares western entre Ennio Morricone et Calexico). Tiens, encore d'autres références.



Pour reprendre une métaphore scolaire de rigueur vu cette période de rentrée : "Élèves studieux et assidus, mais peuvent mieux faire". À moins que l'un d'entre vous dans les commentaires puisse faire pencher la balance de l'autre côté et trancher ce mini-débat entamé entre moi ... et moi.

Tracklist
:
1. Dark Horse
2. As I Lay My Head Down
3. For 12
4. Tamer Animals
5. Dust Bowl III
6. Weather
7. Old Statues
8. Woodwind
9. Desert
10. Landforms
11. Heading East

Other Lives. "Tamer Animals" (Play It Again Sam/PIAS)
entre ♥♥ et ♥♥♥
en écoute sur spotify, deezer & grooveshark
2 titres sur la Playlist Pop

avis d'Ears of Panda avec lequel je me sens le plus proche
nombreux avis plus convaincus sur : esprits critiques, charlu, hop blog, discordance

LienOther Lives

jeudi 23 décembre 2010

TOPS 2010 (4). Mon top 2010 à moi, 10 à 1

Voilà, c'est la dernière ligne droite. Voici les 10 premiers de mon Top 2010 !
Un choix subjectif et partial peut-être pas bien original - le Blake est un animal aux goûts forts classiques - mais reflet fidèle en tout cas des artistes qui m'ont bercé cette année. Pas l'année d'UN SEUL vrai disque, mais celle de nombreux plaisirs ajoutés, à chaque fois illustrés par une prestation live des artistes.

Cliquer sur le titre : lire la chronique. Cliquer sur le lien à droite : écouter sur deezer ou spotify.

Je m'en serai voulu de ne pas faire apparaître ici le dernier opus de la plus discrète et plus délicieuse des formations folk. Illuminée par la voix radieuse de Karen Peris, The Innocence Mission publie régulièrement depuis près de vingt ans des perles intemporelles, où la douceur le dispute à la tristesse.
C'est toujours le même disque ? Pas de changement chez eux ? Tant mieux, on ne touche pas aux choses parfaites.
Mon disque français de l'année est un disque nocturne et intrigant. L'insaisissable Bertrand Belin dépouille sa musique pour nous convier à une fascinante balade en terre inconnue.
Un disque comme l'eau qui dort : apparemment distant ou hermétique, en fait d'une familiarité évidente au fil des écoutes. Poétique et épuré, à l'image de sa fascinante chanson-titre, Belin en petit frère alternatif de Manset devrait prochainement acquérir une place convoitée au sein de la scène française.

Un vrai maître de l'archet en la personne du violoniste virtuose américain Owen Pallett qui, avec son album-concept "Heartland", nous embarque dans un enchaînement de mini-symphonies pop baroques parfois expérimentales de toute beauté.
Un album résolument ambitieux mais accessible et audible (Sufjan Stevens devrait l'écouter) sur lequel plane l'ombre "Beach Boysienne" du légendaire Brian Wilson, pas le moindre des compliments à mes yeux.
Vous pensiez vous, qu'on pouvait marier si bien le folk et la musique classique ? Contre toute attente, la formation folk d'Ari Picker l'a réussi pour une enthousiasmante envolée lyrique, féerique et symphonique.
D'un constant équilibre entre la rudesse écorchée du folk et la sophistication des cordes classiques, leur projet charme, envoûte et touche durablement. Une réussite à saluer.
Outsider déboulé sans prévenir, le jeune irlandais Conor O'Brien caché derrière le pseudo de Villagers, tient le pari d'une pop littéraire et flamboyante typiquement britannique.
Ses armes ? Un fort brillant song writing à tiroirs et l'une des voix les plus souples et expressives de l'année.
Pas bien convaincu au début, le premier album de ce très attachant newcomer qui promet n'a fait que s'imposer à moi au fur et à mesure de l'année.



5. Caribou - "Swim"
Électro et élégant. Dansant et cérébral. Charnel et hypnotique. Sophistiqué et immédiat. Ethéré et incarné. Doué et canadien.
Les deux derniers adjectifs concernent Dan Snaith, Caribou pour la scène. Les précédents essayaient juste de cerner la richesse de ce disque addictif et inoxydable.
Quand on croit s'en lasser, il vous étonne encore. Sacré animal ! (préféré à LCD Soundsystem comme disque électro 2010)


4. MGMT - "Congratulations"
N'en déplaise à ceux qui prédisaient la disparition programmée de MGMT après la hype de 2008, ces blancs-becs d'Andrew et Ben en avaient manifestement sous le pied et prolongent sur leur deuxième opus les délires soniques de leur inédit "Metanoia", annonciateur de cet album néo-sixties stratosphérico-bien barré.
En conviant l'auditeur à un voyage au long cours à bord de leur progressive pop songs à tiroirs, plus sinueuses que des anguilles et spatiales à souhait (la déjà culte Siberian Breaks), MGMT s'assure une confortable avance sur tous ses concurrents psyché rock, présents ou à venir.



3. Syd Matters - "Brotherocean" 
Accrochez-vous, amis américains : une des merveilles folk pop de l'année est signée par un groupe français. Aboutissement de l'exigence de leur leader Jonathan Morali, avec "Brotherocean", Syd Matters marie le spleen et l'allégresse, le folk et l'électro, l'intime introspectif et le collectif ludique, le voyage intérieur et la pop immédiate et nage en eaux voisines de celles des grands Robert Wyatt ou Radiohead.
On n'est pas toujours fiers d'être français. Ici, on a vraiment le droit.

"Queen Of Denmark" ou le plus bel album des années 70 sorti en 2010. Avec l'album inespéré de sa résurrection, John Grant le rescapé du groupe Czars et épaulé par le groupe Midlake revisite de façon inattendue le meilleur du soft rock des seventies signant au passage parmi les plus belles chansons de l'année (Where The Dreams Go To Die, I Wanna Go To Marz, Caramel).
Un disque aussi amer dans son propos que simple et accompli dans sa forme, folk lyrique et électro vintage. Triste et beau, superbement arrangé et gorgé de mélodies à vous faire frissonner, même en été.




Le disque que j'ai le plus écouté est aussi le premier que j'ai chroniqué sur ce blog, lire la chronique. Bouclage logique du top musical d'une année où j'aurai rarement lâché ce disque lumineux, envoûtant nuage de mélancolie apaisante, aux allures de fête irréelle.

Façonné méticuleusement par les délicats orfèvres Micah Rabwin et Sean Ogilvie, "Hold This Ghost" est un superbe album de folk songs rêveuses et radieuses, remplies d'instruments anachroniques - scie musicale, harmonium, ondes Martenot - qui rendraient jubilatoires le spleen et la mélancolie. Si facile d'y rentrer, tellement difficile à quitter, une splendide bulle de douceur et de beauté fragile.



Voilà, vos remarques sont les bienvenues. Et si on ne se revoit pas avant, je souhaite à tous un

jeudi 21 octobre 2010

L'ART DÉLICAT DE L'ARRANGEMENT. Violens, Agnès Obel, Lost In The Trees

Cette chronique du jour pourrait être sous-titrée : "Dépouillement ou trop-plein, choisis ton camp, camarade musicien..."
En effet, en musique, en dehors de la composition proprement dite, le choix du type de production est souvent crucial pour définir le son d'un artiste ou d'un groupe. Sobriété et retenue, ou ormementation et profusion d'arrangements ?

Prenez le cas du groupe Violens, nouvelle hype du moment de la presse musicale, manifestement adeptes de la seconde option avec leur premier album "Amoral".

Copains de Brooklyn de MGMT et Chairlift, la bande de gandins du dandy Jorge Elbrecht, qui chante comme Brett Anderson qui se prendrait pour Morrissey, a manifestement eu les yeux plus gros que le ventre en élaborant un mur du son surchargé d'effets en tout genre...

Une vraie avalanche de vrilles soniques, de guitares réverbrées et de voix noyées d'échos, totalement disproportionnée pour leur pop songs néo 80's, revisitant habilement - ou bien pillant sans vergogne ? - les Smiths, les Pale Fountains ou les oubliés Lotus Eaters, voire Spandau Ballet (!), saupoudrée de réminiscences sixties.

Avouons-le, si la recette alléchait sur leur EP de 2009 (l'acoustique Already Over), ici ce gâteau étouffe-chrétien écoeure vite et s'avère plutôt indigeste, masquant de plus les rares bonnes chansons plus comestibles (Violent Sensation Descends, Trance Like-Turn, Another Strike Restrained).

Un cas typique de surproduction
et de surcharge ornementale injustifiée qui se retourne contre ses auteurs et donne de suite à nos oreilles des envies de silence. À vous de juger....

Violens. "Amoral" (Static Recital) sorti le 3 octobre en écoute sur Deezer

article sur les Inrocks et chronique sur Des Chips et du Rosé

Petit exercice : comparez les deux versions du single "Acid Reign", celle de l'album et le "In The Trees Mix" et choisissez votre préférée, ou plutôt, la moins pire :





Violens.net

À l'opposé complet du spectre musical, Agnes Obel a joué la carte exactement inverse. Autrement dit : nettoyage par le vide, absence de superflu, un instrument prédominant, une voix et des chansons.

Sur son premier album "Philharmonics", cette jeune Danoise férue de folk, fan de Joni Mitchell, aux faux airs de Madonna sur sa pochette, fait surtout montre de sa formation en piano classique, base de tous ses morceaux au son intimiste et recueilli, éclairés par sa voix pure, à l'atmosphère ouatée de neige tombante.

Un recueil de ballades intemporelles, à la production maîtrisée, à peine agrémentée d'une guitare ou de pincements de cordes.
Évitant le piège de l'austérité, bénéficiant de quelques jolis morceaux (Riverside en tête, Philharmonics ou Close Watch, reprise de John Cale), sa démarche n'est cependant pas au bout du compte à l'abri d'une certaine impassibilité où rien ne dépasse vraiment, comme le bien sage single "Just So."

Un peu comme chez la folkeuse Alelia Diane, toujours de bon goût, mais sans réelle surprise ou vraie prise de risque. Dans un registre voisin, l'imprévisible Shara Worden de My Brighest Diamond s'avère bien plus troublante.

Autant qu'une surproduction excessive, trop d'épure et de dépouillement peut nuire également un tantinet à l'intensité. Néanmoins, une artiste à surveiller.
Agnes Obel. "Philharmonics" (PIAS) ♥♥ sorti le 4 octobre en écoute sur Deezer

chroniques sur Les chroniques de Charlu et SWOMMB





Agnes Obel sur Myspace

Finalement, entre l'opulence ou la sobriété des arrangements, certains ont préféré surtout se poser la question de savoir ce que cela apportait à leur musique...

Ainsi, la bande des musiciens de Lost In The Trees de l'inclassable groupe folk américain mené par le compositeur Ari Picker, a-t-elle relevée le défi d'inaugurer un croisement folk/musique classique et d'habiller d'arrangements authentiquement classiques, exécutés par un orchestre symphonique, leurs rustiques folk songs, sur "All Alone in an Empty House".

Une démarche très loin d'un quelconque décorum musical prétentieux si souvent de mise, où les somptueux arrangements classiques révélent ici le panache et la liberté des compositions de Picker, conférant une vigueur et une élégance à ces complaintes écorchées dignes d'Elliott Smith, de fait réellement habitées.

Pour s'en convaincre, il n'est que d'écouter l'étonnant "Walk Around The Lake" aux surprenants coups d'archet dignes de Bernard Hermann, suivi d'une pièce instrumentale classique (Mvt I Sketch), et les enchantées "Song for the Painter" ou "We Burn The Leaves" qui donnent le frisson.

Autant de féériques envolées qui justifient l'imagerie sylvestre développée tout au long du voyage poétique de ces bardes américains inspirés. Des arrangements rigoureux et lyriques qui portent haut ce folk au caractère charnel et spirituel à la fois, qui rappelle la belle virtuosité et la liberté de l'insaisissable Andrew Bird.

Refusant le trop ou le trop peu, Lost In The Trees a finalement décidé d'appliquer ses propres règles, opérant le croisement esthétique harmonieux de deux styles pour leur projet atypique.

Si, finalement, plus qu'un habillage de surface, le choix des bons arrangements révélait la réelle créativité des artistes et surtout la vraie profondeur de leur musique ?

Lost In The Trees. "All Alone in an Empty House" (Anti Records) sorti le 23 août

Coup de coeur ♥♥♥♥ en écoute sur Spotify

découvert grâce à Hop Blog

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