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vendredi 20 août 2010

LECTURES D'ÉTÉ. Colum McCann

Deuxième étape de ma rubrique sur les livres lus les étés passés. Un souvenir fort de lecture avec le meilleur roman, à mes yeux, d'un des plus brillants auteurs contemporains, l'Irlandais Colum McCann.
"Les Saisons de la Nuit" de Colum McCann, publié en 1998, est le deuxième grand roman de Colum McCann, l'auteur de "Danseur", un écrivain de la race des "raconteurs d'histoire", formule qu'il se plaît souvent à raconter en entretien, mais rigoureusement exacte.
Un auteur qui a le goût des histoires humaines fortes portées par une prose inspirée, parfois âpre, mais d'un souffle romanesque constant.
Ainsi, "Les Saisons de la Nuit" est le portrait, du début du XXème siècle jusqu'à nos jours, d'une famille ouvriers américains. C'est surtout un roman explorant avec une force rare l'époque des terrassiers oeuvrant à l'édification des tunnels du métro sous l'East River...
... et dans sa partie contemporaine, un récit qui plonge dans la (sur)vie au jour le jour de sans-abri terrés au fonds de ces mêmes tunnels de Riverside Park.
Deux parties distinctes, symbolisée pour l'une par Nathan Walker, jeune manoeuvre de 19 ans en butte au racisme ordinaire des années 20, et pour l'autre, par un mystérieux SDF surnommé Treefrog.
"Seigneur, j’ai pas vu un coucher de soleil depuis que j’suis descendu là. J’suis tellement au fond du trou, quand je lève les yeux, je vois que le fond..."
Deux parties distinctes, mais parallèles et complémentaires qui révèlent au grand jour l'ingratitude d'une Amérique envers ceux qui oeuvrèrent à la bâtir.
Un grand livre sur la marginalité urbaine et la solitude, un voyage sombre et parfois éprouvant, mais toujours illuminé par une écriture inspirée, poétique et vibrante.
Extrait :
"Rhubarbe Vannucci et Sean Power installent une cage à pigeons sur le toit de l’immeuble de Vannucci dans le Lower East Side. Il y a eu des vols, récemment, alors Vannucci a plongé ses pigeons dans des bacs de teinture éclatante qu’il s’est procuré dans une fabrique de vêtements.
Il les a trempés entièrement, sauf la tête. Même le dessous des ailes a absorbé la couleur. Ils s’ébattent dans le ciel avec leur plumage d’un orangé violent. Ainsi, n’importe qui dans le quartier peut immédiatement reconnaître un pigeon Vannucci. On dirait des pelures d’orange fendant les cieux de Manhattan..."
Une oeuvre forte qui témoigne du regard fraternel constant de McCann et de son goût pour les existences autres, hors des conventions, déclassés, exilés, bourlingueurs, artistes (Danseur, sa bio romancée de Rudolf Noureev, gros succès de librairie)...
Un grand talent qui sait restituer tout le poids des existences vécues.
Avouons cependant que McCann prenait dernièrement comme des "trucs d'écrivain" et que ses deux derniers romans (Zoli et Que le vaste monde poursuive sa course folle), quoique toujours beaux, m'ont paru trop ambitieux et trop construits, moins spontanés.
Mais son talent était évident dès "Le Chant du Coyote", son premier roman qui met en scène les relations pudiques et gênées d'un père, routard irlandais instable, et de son fils, deux individus comme empêchés par leur liens personnels et l'histoire famililale.

Un beau roman d'atmosphère qui témoigne surtout que Colum McCann était déjà un écrivain possédant une voix, la singularité d'un regard solidaire mêlée à celle d'un styliste et narrateur inspirés. Une voix à découvrir, si ce n'est déjà fait, sans tarder...



















Les Saisons de la Nuit, Belfond, 1998, réédité en 2007 et en 10/18, 322 pages, 7 €
Le Chant du Coyote, Belfond 1995, et en 10/18, 290 pages, 6 € 60