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dimanche 26 février 2012

Le spleen PERFUME GENIUS


On ne brisera pas le rythme au ralenti de ce weekend. Juste un atterrissage en douceur, et en beauté, en compagnie des dernières complaintes intimistes de Perfume Genius.

Ce n'est pas qu'avec cette nouvelle livraison, le torturé Mike Hadreas ait modifié les éléments qui présidaient à son premier opus Learning : ballades désolées, piano triste, filet de voix chagrine. Mais sans rien changer, ou si peu, à sa formule musicale, à son inspiration de garçon sensible et l'imagerie gay qu'il revendique, avouons que ce Put Your Back N°2 It retient bien plus l'attention et touche durablement.

Partageant le même penchant maniériste, voire l'affectation qui peuvent en rebuter certains chez ses confères Antony &The Johnsons ou Scott Matthew, le frêle Hadreas réussit ici à transcender le risque d'auto-apitoiement ou de complaisance que guette parfois ce genre d'exercice délicat.



Recueil désolé mais ô combien habité de pièces courtes à l'humeur changeante, d'inspiration gospel ou folk indie, son nouveau journal intime affiche une couleur mélodique plus affirmée, habillé d'orchestrations plus colorées (batterie, guitares, synthés). Lesquelles donnent corps et chair au spleen permanent de l'artiste (solitude, abandon, addiction diverses) plongeant au plus profond de la tristesse pour en trouver la force qui permet d’affronter le lendemain et pour que l’ensemble évite de très loin le piège de la monotonie :



Pour un récit à la tonalité grave, toujours émouvant, voire bouleversant (No Tear, Dirge, Take Me Home) mais à la luminosité permise (Normal Song) parsemée de touches atmosphériques ambient (Floating Spit, All Waters) dignes d’une B.O. de David Lynch qui ajoutent une part de grandeur et de mystère à ses vignettes indie.
Cherchant dans l'éternel mélancolie des romantiques un début de réconfort et d'apaisement tout en laissant se déployer l'énergie de ses morceaux, Perfume Genius réussit à dénicher de beaux moments hors du temps et de beauté fragile (rien que le morceau-titre), pas si loin de Patrick Watson ou Youth Lagoon :



Un très beau disque qui confirmera aux habitués familiers des vertiges du spleen - comme votre serviteur - la singularité de la mélancolie. Pour peu qu'on s'y adonne armé de bréviaires si lumineusement inspirés comme ici, il n'est souvent pas de bonheur plus doux.


Perfume Genius. Put Your Back N 2 It (Turnstile / Matador) paru le 21 février
♥♥♥♥♥
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myspace perfume genius

lundi 28 novembre 2011

Le doux hiver de YOUTH LAGOON

Plonger tête la première dans un lagon en cette période frisquette, ça vous tente? C'est ce que nous propose avec un brin d'insolence Youth Lagoon, révélation du moment qui a tous les atouts pour être une vraie sensation dans les prochains mois et années.

Pseudo étrange qui sonne comme un curieux mélange entre le Black Lagoon de la créature années 50 du même nom et nos vieux amis de Sonic Youth. Photos zarbies qu'on croirait tirées d'un film de David Lynch (qui vient de sortir son album solo officiel, décevant). Et surtout, musique vaporeuse entre lo-fi sonore et indie pop songs coconneuses.

Derrière Youth Lagoon se cache en fait un "one man band", Trevor Powers, jeunot de 22 ans venu d'Idaho, planqué derrière ses chansons bricolées comme un spationaute isolé dans une navette spatiale oubliée.

Ou un ermite pot-adolescent transformant son isolement par la magie des claviers en pépites musicales :



Troublant album qui sonne très vite comme familier, dans le bon sens du terme, entre minimalisme à la The xx et échos réverbérés de shoegaze ou dream pop aérienne de la meilleure new wave (évident sur Cannon, Daydream ou Montana).

Ainsi, nulle surprise en apprenant que l'historique Treasure de mes Cocteau Twins préférés est le disque fétiche de notre musicien introspectif. Une raison imparable pour s'enticher de ce nouveau venu, même si la musique des illustres écossais ne ressemble pas tout à fait à celle de ce nouveau venu.

Qui, bien que pratiquant un revival indie fort couru ces derniers temps, emporte la conviction par le minimalisme sonore de son univers épuré. Et surtout, par la beauté floue de ses chansons de poche, aux vraies qualités mélodiques qu'on découvre vite sous la carapace sonore au son caverneux que s'est construite l'oiseau (prod saturée, voix fêlée à la Patrick Watson, guitares désolées) qui confère son identité musicale touchante, entre eighties revisitées et home studio fissuré :



Bel album surprise, cette "année d'hibernation", Powers partage avec bonheur sa solitude et adoucit de fait la nôtre, devient rapidement un compagnon , d'hiver idéal qui devrait bousculer pas mal les tops et listes de la fin d'année.

Voisin des vagabondages solo de Bradford Cox quand il s'appelle Atlas Sound, de la mélancolie de Perfume Genius, des rêveries néo eighties de John Maus ou Part Time, un disque-journal de bord à l'évidence très intime pour son auteur, tellement accueillant et immédiat qu'il est vite devenu le nôtre, enfin le mien !



Et comment mieux vous donner envie de l'écouter sans tarder qu'en vous conseillant, vous ordonnant, de poser une oreille sur "Montana", déjà une des plus belles chansons de l'année ?


Tracklist :
1. Posters
2. Cannons
3. Afternoon
4. 17
5. July
6. Daydream
7. Montana
8. The Hunt
9. Bobby (Bonus Track)
10. Ghost To Me (Bonus Track)

Youth Lagoon. "The Year Of Hibernation" (Fat Possum Records) Sorti le 27 septembre
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR

en écoute sur & deezer et spotify avec titres bonus
article sur magic
chroniques sur la musique à papa et pop revue express
interview en anglais sur new raleigh

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