Un peu tôt pour entamer le weekend, mais difficile de résister à la perspective quand elle prend les atours séduisants de la musique de Porcelain Raft. Qu'est-ce donc que Porcelain Raft ? Le projet derrière lequel se cache le "one man band" Mauro Remiddi. Encore un italien - décidément ! - mais cette fois en solo et qui a élaboré aux États-Unis cet album typique de la tendance dominante.
À savoir : un individu isolé, des complaintes intimes et de l'électro pop vaguement chillwave se parfumant au revival shoegaze.
"Pouce! Assez!" est-on tenté de crier tant le marché devient saturé de cette tendance omniprésente (Twin Shadow, Blood Orange,Neon Indian and co).
Sauf que, c'est visible dans ces pages, elle continue à m'attirer. Et même si la formule en a déjà lassé certains, il est difficile de balayer d'un revers de main ce disque qui ne semble pas payer de mine à la première écoute, mais impose son évidence.
Tout simplement car l'italien, déjà auteur du mémorable Dragonfly, sait écrire d'excellentes chansons et développer une belle atmosphère :
Atmosphère qui n'a rien de neuf c'est vrai, tant sa musique semble brasser les figures imposées du genre (dream rock brumeux, drums machines, réverbération) qui, de Lush à Slowdive, ont posé les bases du shoegazing. Mais l'ensemble au son parfait, presque trop maîtrisé, s'avère d'une fluidité évidente. D'une qualité d'écriture et vraie inspiration mélodique (les irrésistibles deux morceaux d'entrée) pour que ce "radeau de porcelaine" dépasse l'exercice de recyclage.
Deux, trois références démontrent le niveau d'exigence atteint par ce globe-trotter de chambre : les échos de guitare réverbérées striant tout l'album évoquent le lyrisme mal léché des grands Jesus And Mary Chain et son électro intimiste voisine avec la désolation solitaire d'Atlas Sound ou les complaintes récentes d'un Youth Lagoon :
On pourrait jouer longtemps à un stérile jeu des ressemblances (Electronic, Suede, The Big Punk). Mais on préférera se réjouir des vrais progrès vocaux de Remmidi, hier un peu trop proche du maniérisme d'un Brian Molko. Et on succombera au charme d'un album dont le but n'est pas le moins du monde révolutionnaire. Juste de proposer, entre intimisme et fougue tranquille, passé et présent, sa petite musique séduisante et sa marque élégante.
Modeste mais très réussi programme de fin de semaine.
Porcelain Raft. Strange Weekend (Secretly Canadian) paru le 24 janvier
Après beaucoup d'attente et tracasseries en tout genre, me voilà enfin revenu bien tardivement sur la planète blog.
Oh ! pas de triomphalisme, un retour très modeste et quelque peu gâché par le fait que si je suis de nouveau reconnecté avec le merveilleux (?) monde du net depuis la fin de semaine dernière, ce n'est qu'en partie. Car mon PC bien que flanqué d'un disque dur tout neuf et de nouveau relié au web a subi quelques transformations et pas des bonnes : l'interface y est simplette et pas agréable, certaines fonctionnalités n'y sont plus et les images semblent toutes écrasées.
Besoin de changer le paramétrage ou la configuration ? Nécessité d'installer un nouveau système d'exploitation ? Sherlock Blake mène l'enquête et est juste en train de secouer les puces au technicien indélicat qui a chamboulé mon chez-moi informatique sans autorisation. Mauvais karma en tout cas ces temps-ci.
Ce long prologue pour vous expliquer que du coup, à part la radio, je suis resté plutôt coupé de l'actualité sonore du moment.
Alors, plutôt que de vouloir courir après le temps inutilement, retour rapide sur trois piliers de ma discothèque perso de ces dernières années revisitéesgrâce àmon bon vieux lecteur CD qui a dû reprendre instamment du service pour me rassasier de musique.
L'occasion de vérifier que le bonheur n'est pas seulement dans la consommation de l'instant et que certaines galettes récentes se bonifient au fil du temps.
Ainsi, prenez ce "Me And Armini" de 2008, dernière livraison de la trop discrète sirène islandaise Emiliana Torrini. Au pays des volcans irascibles, la douce chanteuse islando-italienne a réussi à se distinguer du lot des sous-Björk et en livrant ce troisième opus autant pop que folk, à tirer vraiment son épingle du jeu.
Pas pénible comme la dite Björk, plus acoustique que Kate Bush, plus énergique que Keren Ann et moins formatée que Nina Persson des Cardigans, la voix mutine et délicieuse de femme-enfant de la chanteuse irradie tout du long de ce voyage sonore sans frontières.
Entre légèreté (Big Jumps) et folk intimiste (Hold Heart), pop débridée (Jungle Drum) et rock envoûtant à la PJ Harvey (Gun) une petite perle très personnelle et touchante, à l'écrin sonore fignolé par le producteur Dan Carey où la voix gracile et sensuelle de la craquante Emiliana emporte tout amateur de bonne musique normalement constitué vers de délicats sommets.
Comme le splendide "Birds", une des envolées musicales les plus libres entendues ces dernières années...
... ou le fragile et touchant "Hold Heart" :
Tracklist :
1. Fireheads
2. Me And Armini
3. Birds
4. Heard It All Before
5. Ha Ha
6. Big Jumps
7. Jungle Drum
8. Hold Heart
9. Gun
10. Beggar's Prayer
11. Dead Duck
12. Bleeder
Emiliana Torrini. "Me and Armini"(Rough Trade Records)2008 Coup de coeur ♥♥♥♥
en écoute sur Spotify
Celui qui suit est un de mes disques de chevet, de ceux que ma platine CD apprécie le plus : "Dear John" est toujours une pure merveille signée Loney Dear autrement dit, Émile Svanängen, brillant et attachant outsider suédois devenu indispensable au fil du temps.
Un bijou de folktronicasorti en 2009 avec ses mini-symphonies aux choeurs émouvants (trace de ses travaux avec la chorale pop I'm From Barcelona?) et son électro-pop faussement bricolée. Entre beauté élégiaque digne d'un Brian Wilson nordique ou d'un Jay-Jay Johanson en apesanteur, la voix fragile et plaintive de Loney Dear, volontiers dramatique, illumine cet album aux mélodies constamment étonnantes et arrangements inventifs qui touchent au coeur.
Disque de chambre, album nocturne et solitaire où Svanängen y reprend le tristissime Adagiod'Albinoni, même si la beauté quasi désespérée de ses propres compositions se suffisent à elle-même (splendidesSummers, Distant Lights ou Under A Silent Seaqu'on aurait voulu écrire soi-même).
Diablement mélancolique je vous l'accorde, mais de celle qui soigne, guérit et rendrait presque euphorique. Un bouleversant voyage intérieur quasi-utérin dont on sort curieusement ragaillardi et dont j'attends la suite de pied ferme, "Hall Music", sixième album à paraître le 4 octobre prochain à lire ici. Et si vous n'éprouvez aucune chair de poule à l'écoute de ce chef-d'oeuvre, vérifiez si vous êtes toujours bien vivants :
Pour le plaisir, le splendide "Summers" :
Tracklist :
1. Airport Surroundings
2. Everything Turns ToYou
3. I Was Only Going Out
4. Harsh Words
5. Under A Silent Sea
6. I Got Lost
7. Summers
8. Distant
9. Harm/Slow
10. Violent
11. Dear John
Loney Dear."Dear John" (EMI Records) 2009Coup de coeur♥♥♥♥♥
en écoute surSpotify
Ces derniers jours frustrants et contrariants auraient-ils été si bien digérés si cette galette miraculeuse n'avait pas tourné sans s'arrêter pour les accompagner ? Avec leur "Clinging To A Scheme" de 2010, les suédois indé de The Radio Dept. ont signé une sacré bombinette qui, même si dégoupillée de ma part fort tardivement (je ne l'ai découvert qu'en toute fin d'année dernière) n'a pas fini de distiller sa magie claire.
Voyage sonore qui ressuscite les murs de son du shoegaze années 90, le troisième album du gang de Johan Duncanson est une bulle de pop intemporelle qui ne pourra que ravir les amoureux des ex-labels Sarah Records ou Postcard. Arpèges de guitares, rythmes synthétiques et voix brumeuse distante et attachante qui ressuscite autant les figures de The Field Mice, Another Sunny Day ou des Pale Saints qu'une éternelle post-adolescence miraculeusement conservée ici.
Mais résumer ce disque à un seul revival nostalgique serait passer à côté des beautés de ces pop songs qui révèlent tout leur charme au fur des écoutes.
Mélange d'efficacité rock (This TimeAround), d'hymnes pop (Heaven's On Fire) et de compositions sensibles (les bijoux Memory Loss et The Video Dept), cette entreprise inspirée revendique toute l'identité de la culture rock indépendante : pochettes façon Smiths, réminiscences New Order ou malicieux extraits de déclarations de Thurston Moore du Sonic Youth. Tout autant qu'il est un labo sonore bouillonnant d'orfèvres pop qu'un radieux moment musical rayonnant d'une douceur ineffable, comme un jour de soleil en plein hiver. Un album addictif en diable.
(Dédicacé à Benoîtde Hop Blog, qui devrait comprendre)
Tracklist :
1. Domestic Scene
2. Heaven’s On Fire
3. This Time Around
4. Never Follow Suit
5. A Token Of Gratitude
6. The Video Dept.
7. Memory Loss
8. David
9. Four Months In The Shade
10. You Stopped Making Sense
The Radio Dept. "Clinging To A Scheme" (Labrador) 2010Coup de coeur ♥♥♥♥♥
en écoute sur Spotify
Moralité: faut-il remercier mon PC pour m'avoir lâché et m'avoir involontairement permis de retrouver les joies de l'écoute d'un disque sur de bonnes vieilles enceintes ? Sans aller jusque là, ça aura été l'occasion de saluer ces albums qui m'accompagnent encore et que je n'avais pas salué à l'époque de leur parution. Une initiative à renouveler, qui sait ?
Bon, j'ai toujours un ordi à remettre d'aplomb, moi. N'hésitez d'ailleurs pas à me signaler toute anomalie technique qui m'aurait échappé.