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dimanche 18 décembre 2011

REPLAY 2011 (11, fin). DESTROYER

C'est déjà le dernier Replay de l'année, onze pour l'an 2011, la semaine qui vient étant celle de l'exercice du "sacro-saint-pas-original-mais-inévitable Top de fin d'année" auquel je sacrifierai comme beaucoup, mais avec plaisir.


Pour ce dernier rendez-vous j'aurai pu sortir un disque peu attendu, du genre ambient expérimental d'Oneohtrix Point Never ou afro-beat de Kouyaté-Neerman, deux disques qui changeraient un peu, ma foi. Et puis au risque de passer pour pas original - le disque étant chouchou de pas mal de revues, sites et blogs en pagaille - finalement on clôt la série et l'année en beauté avec cet album paru en janvier, trop rapidement déjà évoqué ici.

"Kaputt", le neuvième album de l'étrange song-writer canadien Dan Bejar, capitaine d'un Destroyer qui n'en fait qu'à sa tête, est donc un des gagnants surprises de cette année et le sommet actuel de sa discographie hétéroclite où l'oiseau a fait preuve de la plus totale liberté (glam, rock, folk ou obsession perso pour Bowie, on est deux alors).

Ici à la tête d'une soft pop seventies élaborée à la Steely Dan avec le son glacé et soyeux de claviers tout droits sortis des eighties, c'est à un singulier voyage, entre easy listening, pop FM années 80 sophistiquée et pop funkysante enluminée de volutes de saxo désuets, qu'il nous a convié :




Bizarre et risqué saut spatio-temporel où le capitaine Bejar, malgré le séduisant régressif retour dans le temps qu'il procure aux trentenaires et quarantenaires en leur offrant le son de leur jeunesse, prend le risque de flirter avec la muzak, avec ces choeurs féminins sensuels ET too much et surtout ce saxo moelleux omniprésent à la David Sanborn.

Ainsi, comme un funambule en équilibre instable entre modernité indie pop et rétro-kitsch, passé et présent, standards pop et expérimentation conceptuelle, Destroyer réussit au bout du compte à nous embarquer à son bord.
Le projet est, c'est vrai, immédiatement séduisant (comme les splendides "Savage Night At The Opera" ou "Suicide Demo For Kara Walker" avec son gimmick kitsch à la flûte) mais l'entreprise peut se lire aussi d'une autre manière :





Vu l'esprit de l'hurluberlu et la teneur sombre de ses paroles lancées d'un ton railleur (critique des urbains mondains et du monde de la musique sur le morceau-titre ("Wasting your days / Chasing cocaine to the back rooms of the world all night / Sounds, smash hits, melody maker N.M.E. / All sound like a dream to me"), Dan Bejar fait penser à un receleur qui aurait soigné l'habillage clinquant de sa marchandise pour mieux en dissimuler la noirceur et l'amertume.

Sous le vernis de pop songs glacées renvoyant au eighties voyantes (Avalon de Roxy Music, la pop funky d'ABC, les années yuppie de Bowie) "Kaput" opère un insidieux et rieur travail de sape, comme la production immaculée de Prefab Sprout révélait en fait la profonde introspection et mélancolie des chansons de Paddy McAloon.


Une des références évidentes de cette madeleine sonore atypique qui a pourtant embarqué pas mal des passagers que les lubies de ce drôle de navigateur n'ont pas effrayé, mais au contraire bien réjoui. Tant mieux ! Vive les outsiders, au final.


 Tracklist :
1. Chinatown
2. Blue Eyes
3. Savage Night At The Opera
4. Suicide Demo For Kara Walker
5. Poor In Love
6. Kaputt
7. Downtown
8. Song For America
9. Bay Of Pigs (detail)


Destroyer. "Kaputt"(Merge/Differ-ant) sorti le 25 janvier 2011 
♥♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011
à lire sur muffin man, little reviews, SWOMMB et les inrocks

myspace destroyer

Bientôt les tops de l'année 2011

samedi 17 décembre 2011

REPLAY 2011 (10). LOVE INKS

Pour ce "Replay", encore un disque paru avant l'été, et toujours bêtement négligé à l'époque.
Nous voilà fin 2011 et le voici réhabilité grâce à la simplicité de sa formule qui fait des (petites) merveilles : drum machine + guitare tricoteuse + basse ondoyante + voix soyeuse = plaisir immédiat servi par Love Inks sur leur album "E.S.P".

Une formule pourtant fort connue depuis l'ère post-punk et new wave et qu'on pourrait croire souvent usée et pas toujours concluante (voir Chairlift ou Warpaint). Car manier des ingrédients si simples nécessite tout de même qu'une étincelle jaillisse pour emporter la conviction.

Heureusement, le trio de Love Inks la possède grâce à ses chansons, minimalistes et gracieuses. Son climat, épuré et cotonneux propice au mystère, tissé par Adam Linnell et Kevin Dehan. Et surtout la voix sensuelle et atmosphérique de son atypique chanteuse Sherry LeBlanc, voisine des langueurs de Hope Sandoval ou du magnétisme de Victoria Legrand de Beach House) :



Un disque dont la légèreté et le minimalisme n'ont l'air de rien mais finalement vous accompagnent sur la longueur, alternant bombinettes pop (Blackeye), pièces plus capiteuses (Skeleton Key) ou reprise rock (le Rock On de David Essex).

Qu'importe que parfois la formule semble moins prégnante, tant l'ensemble, pourtant de courte durée, possède une belle unité. Et puis, on fond quand un groupe est capable de vous offrir les petites perles que sont le beau "In My Dreams" ou l'addictif "Leather Glove" :



Finalement, malgré les nombreuses références qu'il évoque (la figure historique des séminaux Young Marble Giants d'abord) et des cousinage récents (du minimalisme de The xx au climat brumeux des Chromatics), l'épure modeste mais gracieuse de Love Inks est une belle réussite du revival indie comme la dream pop vaporeuse des Still Corners, autre jolie révélation de cette année.



















Rien de nouveau sous le soleil ? Quand c'est réalisé avec tant de fraîcheur et de talent, on aurait tort de bouder son évident plaisir.

Tracklist :
1. Wave Goodbye
2. Blackeye
3. Leather Glove
4. Can't Be Wrong
5. Skeleton Key
6. Down And Out
7. Too Wild
8. Rock On
9. In My Dreams
10. Too Late

Love Inks. "E.S.P." (Hell, Yes!/PIAS) sorti le 3 mai 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011
à lire sur hop blog, nextmusic, magic et un petit mot par Dominique A

love inksLien

vendredi 16 décembre 2011

REPLAY 2011 (9). IDAHO

Voilà un disque hors des modes qui nous ramène au moins quinze ans en arrière. Ce qui pourtant ne l'empêche pas d'être à mes yeux (oreilles) hautement recommandable : souvenirs émus pour ceux qui vibrèrent à l'écoute des Red House Painters, Swell, Lambchop ou American Music Club.

L'époque fructueuse - même si toujours trop confidentielle - des vaillants hérauts du rock slowcore, discrets représentants d'une Americana introspective et sensible dont Idaho fut un des artisans.

À notre époque touchée par l'amnésie, pas étonnant que ce nom évoque peu de choses, sa musique trop peu spectaculaire n'ayant d'ailleurs jamais touché le plus grand nombre. Pas grave, tellement ce nouvel album, inespéré depuis six ans, du solitaire Jeff Martin perpétue avec une belle harmonie et tranquillité l'art en demi-teintes d'un courant finalement vivace qui n'a pas dit son dernier mot, le dernier album de Low en est le meilleur exemple.

Intimistes et désolées, les courtes pièces d'Idaho ne respirent pourtant nullement l'abattement, juste une beauté chiffonnée et souveraine :



Disque changeant sous ses airs paisibles et accueillants (piano apaisé, voix feutrée, choeurs enrobants) You Were A Dick privilégie les formats courts, alterne ballades intimes (superbe Flames), rocks feulés plus électriques (The Space Between) et courts instrumentaux.
Une sorte de bréviaire, peut-être imparfait mais attachant, qui donne corps et âme, voire énergie à la mélancolie rêveuse et positive du "beautiful loser" Jeff Martin.
Autant épanchement de son humeur que source de joie, le tout d'une élégance vraiment intemporelle :



Peut-être trop intemporel dans une période avide de nouveauté, fut-elle éphémère et périssable. Mais alors que les hypes qui s'affichent partout risquent vite de disparaître de notre mémoire, m'est avis qu'on réécoutera encore dans quelques années avec affection et plaisir cet opus épanoui et finalement insaisissable.

Après tout, que son nom circule partout ou soit ignoré des tops de fin d'année, quelle importance ? Une fois que vous aurez poussé la porte de son abri biscornu, l'album d'Idaho vous sera devenu une adresse que vous serez content de fréquenter.

Tracklist :
1. You Were A Dick
2. Weigh It Down
3. Reminder
4. Impaler
5. Structure
6. The Serpent And The Shadow
7. The Happiest Girl
8. The Space Between
9. Someone To Relate To
10. Up the Hill
11. A Million Reasons
12. The Setting Sun
13. Flames
14. What Was That?
15. Waited For You

Idaho. "You Were A Dick" (Talitres) sorti le 27 juin 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011à lire sur little reviews, pop revue express et article sur magic
idaho.com
bandcamp

mercredi 14 décembre 2011

REPLAY 2011 (8). SBTRKT

Voila un disque zappé cet été dernier et redécouvert à la faveur d'une programmation tardive un weekend de novembre sur France Inter.
Et surtout, un replay qui tombe à point nommé pour diffuser ses bonnes vibrations et redonner l'énergie qui nous manque avec ce temps plombant. De bonnes ondes groovy, électroniques et dansantes pour une version colorée et dynamique du dubstep.

Ainsi, les compositions remplies de house, soul et culture électro de SBTRKT révèlent un territoire accueillant et un versant moins radical du dubstep.
Une halte salutaire qui ravira les night clubbers exigeants ainsi que vos oreilles friandes de sons inventifs, comme l'atmosphérique "Hold On"et son xylophone addictif :



Car derrière un pseudo imprononçable et étrange, mais vite éclairci ("Sbtrkt" pour substract) se cache derrière un masque des arts primitifs, le sorcier-producteur Aaron Jerome, DJ expert en rythmes dansants et boucles addictives.

Moins sombre que celle de Burial, moins épurée que celle de James Blake, sa version de la dubstep, sensuelle et accessible, tour à tour house, pop ou atmosphérique, s'adresse autant à votre corps avide de danser qu'à votre âme sensible à la sensualité de son groove lumineux.
Le tout habillé des voix chaudes de nombreux invités : Little Dragon, Jessie Ware et surtout le timbre élégant de Sampha qui marque d'un feeling vibrant cette jolie fête sonore, et qu'on retrouve à ses côtés en scène :



Hédoniste, immédiate et décomplexée, sa musique obéit à une belle énergie vitale sans sophistication extrême ou noirceur excessive qui repose bien l'esprit, sans compter les racines électro et house auxquelles il renvoie (la house de Detroit années 90) additionnées d'une notable touche ethno sur les percussions (Go Bang).

Modeste mais rempli d'un courant d'air fais salutaire, "SBTRKT" devrait vous redonner la lumière que décembre refuse de nous dispense ces temps-ci et se déguste de fait comme une savoureuse friandise à consommer sans nulle crainte de l'indigestion.

Tracklist :
1. Heatwave
2. Hold On (ft. Sampha)
3. Wildfire (ft. Little Dragon)
4. Sanctuary (ft. Jessie Ware and Sampha)
5. Trials Of The Past (ft. Sampha)
6. Right Thing To Do (ft. Jessie Ware)
7. Something Goes Right (ft. Sampha)
8. Pharaohs (ft. Roses Gabor)
9. Ready Set Loop
10. Never Never (ft. Sampha)
11. Go Bang
12. Living Like I Do (ft. Sampha)

SBTRKT. "Sbtrkt" (Young Turks/XL Recordings) sorti le 27 juin 2011
♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011
à lire sur des chips et du rosé, little reviews et magic

SBTRKT.com
facebook

mardi 13 décembre 2011

REPLAY (7). THE LAST MORNING SOUNDTRACK

Voici un modeste papier sur un disque dont je n'aurais pas effectué l'écoute (et ça aurait été dommage!) si je n'avais pas été aiguillé par l'avis enthousiaste d'un de mes collègues blogueurs et ami, Muffin Man*.

* Je vous conseille (ordonne!) la lecture régulière de ses pages. Au programme : recettes gourmandes sucrées et chroniques musicales savoureuses relevées de l'enthousiasme chaleureux qui le caractérise, à lire ici.

Disque sorti au printemps dernier, "A Distance. A Lack." est en fait un album qui prend toute sa dimension cet hiver. Un refuge contre les vents mauvais et les bourrasques, à l'intimisme pudique et à la douce architecture sonore, entre solitude nue et mélancolie consolatrice.

Un vrai disque d'indie folk digne des meilleurs orfèvres U.S. pourtant signé ... d'un petit français, le rennais Sylvain Texier sous le nom de The Last Morning Soundtrack. Fruit d'une longue maturation artistique, cette "bande-son du dernier matin" respire autant une mélancolie introspective et fragile, fruit de questionnements personnels de l'auteur, qu'un constant appel vers l'épanouissement et l'apaisement.

Épurées et allant à l'essentiel, ses compositions à l'apparente fragilité de libellule révèlent une solidité sculptée dans la luminosité d'arrangements raffinés (guitare acoustique claire, violons et violoncelles soyeux, glockenspiel enchanté, toy piano aérien, voix doublée entêtante). Une délicatesse de porcelaine, un matin d'hiver irisé de givre au ciel bleu radieux :



De sa douce invitation, Sylvain Texier marie les folk songs intimistes de Damien Rice ou d'Elliott Smith avec le ravissement enfantin de Pascal Comelade ou la tendre nostalgie d'un Yann Tiersen première manière.













Pour résumer simplement : un beau disque, plus d'une fois touchant (les babillements d'enfant sur Around The Bend, la nudité de Such A Cold Winter) se refermant sur un Last Chapter d'une belle intensité.


The Last Morning Soundtrack - "A Snowman In Summer"

J'aurais mis le temps, mais une fois entendu l'oasis musicale de ce dernier matin, difficile de se défaire de cette "bande-son" d'une pureté salvatrice. De celle capable d'une seule note de vous faire oublier la morosité de cet hiver humide et maussade et surtout, de vous faire partager les vertus de la mélancolie, celle qui soigne et guérit de tout.

Merci encore à Fabrice

Tracklist :

 1. Heartbeats & Headache
2. A Snowman In Summer
3. Empty Frames
4. Locked-In Syndrome
5. Around The Bend
6. Your Escape. My Guiltiness.
7. Your Wedding Day
8. Such A Cold Winter
9. The Belated Promise Of Lovers
10. The Last Chapter

The Last Morning Soundtrack. "A Distance. A Lack." (Tlms) sorti le 28 mars 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011à lire sur the muffin man
interview sur the muffin man et vidéo-interview sur fma

The Last Morning Soundtrack
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samedi 10 décembre 2011

REPLAY 2011 (6). ANE BRUN


Voilà un disque d'hiver par excellence, album-cocon à écouter chez soi bien au chaud et dont la quiétude classique apaisera vos éventuelles tensions. Calme et apaisé, mais ne l'empêchant pas de vibrer d'une belle chaleur contagieuse.

"It All Starts With One" est le nouvel album d'Ane Brun (qu'on prononce Ana Broun), élégante chanteuse norvégienne, aux racines folk, et dont ce quatrième album, à l'orchestration et arrangements de grande tenue, est plus ouvertement pop. Belle occasion, si vous la connaissez mal, de découvrir la voix chaude et expressive de la demoiselle dans cet écrin soigné et atmosphérique. 
Entouré de complices de talent (First Aid Kit, Loney Dear à la batterie, José González de Junip en duo), elle y rayonne de toute l'expressivité de sa voix au vibrato troublant, bien plus vivant que celui d'une Alelia Diane :


Et la production de Tobias Froberg et de Peter Moren (de Peter Bjorn & John, une référence), est un vrai modèle d'élégance et d'intensité illuminé de cordes tombées du ciel, à la Jean-Claude Vannier, et percussions subtiles.
Un emballage luxueux idéal pour révéler la pureté de chansons épurées qui, derrière leur apparente quiétude, révèlent une vraie gravité, voire solennité dramatique pudique (touchants The Light From One et Undertow). Quant au duo avec José González, c'est un sommet folk pop magnétique tissé de leurs voix complémentaires :



Album classique mais d'un accomplissement évident, "It All Starts With One" est une douce réussite, plus emballante, dans un sillage artistique proche, que les derniers opus trop timides d'Agnes Obel ou Lykke Li, et par moments, proche de la clarté du dernier My Brightest Diamond.

Lumières éclairant la nuit ou l'inverse, un bel opus où la norvégienne rejoint la séduction grave dispensée sur les derniers albums de son indispensable consoeur suédoise Anna Ternheim et dont la voix aérienne évoque plus d'une fois celle de sa compatriote trop rare, Anneli Drecker, l'âme des Bel Canto.
À noter que l'album existe en édition deux disques, le second encore plus intime, constitué de titres bonus, folk ou acoustiques, souvent au piano, dont une touchante ballade triste de fin en espagnol. Bonne raison de s'attarder encore avec elle :

Tracklist :
1. These Days
2. Words
3. Worship (feat. Jose Gonzalez)
4. Do You Remember
5. What's Happening With You And Him
6. Lifeline
7. One
8. The Light From One
9. Oh Love
10. Undertow

Disc 2 :
11. Dirty Windshield
12. Take It Slow
13. One Last Try
14. Queen And King
15. Du Gråter Så Store Tåra (English version)
16. I Would Hurt A Fly
17. Another World
18. Alfonsina Y El Mar

Ane Brun. "It All Starts With One" (Ballon Ranger Recordings/Universal) sorti le 20 septembre 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist 2011

à lire sur à l'écoute et pop revue express

mercredi 7 décembre 2011

REPLAY 2011 (5). ERLAND & THE CARNIVAL

Rien que pour moi-même, cette rubrique a son utilité qui me permet de redonner sa vraie place à "Nightingale", un disque passé à la trappe le printemps dernier. D'abord pour cause de méchants bugs informatiques et ensuite d'impression flottante en première écoute qui me l'avait fait lâcher.

Sentiment injuste car la pop stylée et originale d'Erland & The Carnival, savamment rétive aux étiquettes, mérite bien qu'on s'attache à elle, parfait exemple d'une pop britannique psychédélique à la familière étrangeté.

Un gang d'excentriques londoniens barré par le tandem Simon Tong (guitariste éminence grise) et Erland Cooper (chanteur) dont le deuxième opus est un drôle d'oiseau affichant une pochette rétro nostalgique, habillage sémillant d'une singulière musique entre psyché pop 70's fantomatiques et modernité rock tordue.
Se méfier de l'aspect anodin de leur mini-tube sympa "Map Of The Englisman", lequel masque une collection de fuyantes pop songs à la liberté biscornue et étrangeté inquiète :



Maîtres de la mélodie fluide habillée d'orgues et claviers déréglés, Erland And The Carnival déroulent une pop en chambre à la tenue so british, au faux classicisme trompeur (I'm Not Really Here, Springtime) pour mieux vous prendre ensuite dans les filets de refrains chausse-trappes aux ambiances de manoir hanté (les imparables Emmeline ou Nightingale).

Une formule singulière, mêlant gimmicks pop et atmosphère délétère, à la production sophistiquée portant la marque de la pérennité de l'éternel tempérament excentrique anglais.
Sous référence du meilleur du rock sixties, un bizarre carnaval qui réconcilie fulgurances pop et spleen atmosphérique teinté d'inquiète étrangeté légèrement déréglée :



Mariage original de la folie douce hallucinogène d'un Syd Barrett, de l'élégance baroque de Divine Comedy et de la pop ludique des alchimistes trop sous-estimés du Beta Band, "Nightingale", malgré quelques inégalités ou défauts de cohésion d'ensemble, s'avère une des destinations pop les plus singulières de l'année.












Un territoire d'allure habituelle qui vous donne envie d'y vagabonder, mais en fait vite changeant à l'écoute de ce rossignol si familier, mais au chant légèrement déviant, à en transformer radicalement le paysage. Un art typiquement anglais.

Erland & The Carnival - "Wealldie"

Tracklist :

1. So Tired In The Morning
2. Map Of An Englishman
3. Emmeline
4. I'm Not Really Here
5. I Wish, I Wish
6. This Night
7. Nightingale
8. East & West
9. Springtime
10. Wealldie
11. Dream Of The Rood
12. The Trees They Grow So High

13. Nothing Can Remain
14. The Ballad Of Egremont
(Bonus Track)

Erland & The Carnival. "Nightingale" (Full Time Hobby) sorti le 07 mars 2011
♥♥♥ (♥)
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la
Playlist Replay 2011


Erland & The Carnival le site

samedi 3 décembre 2011

REPLAY 2011 (4). PEAKING LIGHTS

Encore un petit "Replay" de l'année, on ne traîne pas, le temps presse. L'occasion d'un petit voyage en coolitude absolue avec le disque de Peaking Lights paru avant l'été et qui garde toutes ses couleurs même en hiver.

Un disque plus que jamais dans l'actualité d'ailleurs, auparavant paru sur Not Not Fun et maintenant disponible sur Weird Word, filiale de l'excellent label Domino. Raison de plus pour se replonger dans le monde au temps étiré des Peaking Lights, psyché pop vaporeuse entre expérimentation soft et culture dub.

Album proposant une couleur tenue tout du long assez loin du formatage pop, "936" ravira ceux pour qui un disque est d'abord l'occasion de s'immerger dans un univers libre détaché du monde et des critères d'une hype musicale souvent prévisible.

Une fois adapté à la musique aux contours flous du duo californien Aaron Coyes et Indra Dunis, aux vocaux clairs et langoureux d'Indra, aux tempos hypnotiques et climats brumeux du bidouilleur Aaron, difficile de ne pas céder à la pop primitive et sophistiquée du couple, bulle parfaite aux effets psychotropes, qu'elle soit sous influence de douces substances en tous genres ou pas :

Peaking Lights - "All The Sun That Shines"

Entre minimalisme pop (lointains échos de Young Marble Giants) et plongée tête la première dans le reggae et la culture dub des années 70, Peaking Lights propose une relecture aux effluves radieuses, psyché pop ralentie un rien baba teintée d'expérimentation et sonorités cold doucement tribales.

Comme si Broadcast ou des Portishead décoincés avaient décidé de revisiter la discographie du jamaïcain Lee 'Scratch' Perry.
Un mariage voluptueux du froid et du chaud, douce oasis brumeuse et confortable à la spontanéité naïve, dont vos oreilles, une fois acclimatées à la température et aux rythmes du lieu, ne voudront plus se passer :


Petit ovni atypique imposant ses propres règles et sa couleur arc-en-ciel, "936" mériterait d'être à l'affiche des nombreux listes et tops des galettes de l'année avec son côté tombé du ciel.

Car
il serait dommage ne pas partir en ballade aux côtés de ce couple discret dont la musique aux vertus curatives tombe à point nommé pour échapper à la morosité de petits matins et soirées d'hiver grisâtres.
"Amazing And Wonderful" comme le précise un de leurs meilleurs titres, un parfait anti stress et relaxant, à prescrire matin, midi et soir.

Tracklist :

1. Synthy
2. All The Sun That Shines
3. Amazing And Wonderful
4. Birds Of Paradise (Dub Version)
5. Hey Sparrow
6. Tiger Eyes (Laid Back)
7. Marshmellow Yellow
8. Summertime

Peaking Lights. "936" (Weird World Records) Sorti le 11 octobre et en juin sur Not Not Fun Records
♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011

à lire sur des chips et du rosé et wizz music
article sur magic

facebook de Peaking Lights
Weird World Records

mercredi 30 novembre 2011

REPLAY 2011 (3). TREEFIGHT FOR SUNLIGHT

Déjà décembre demain ! Il est plus que temps de reprendre la rubrique "Replay", encore plus en retard après l'interruption prolongée du blog : juste un petit mois pour parler de quelques galettes oubliées ici dans l'année.

Négligé ici au printemps dernier, ce cocktail pop nordique mérite pourtant qu'on ne l'oublie pas : "Treefight For Sunlight" ou comment affronter l'hiver avec le sourire grâce à l'élixir revitalisant concoté par ces Danois remplis de bonnes ondes.

Quatuor optimiste qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale, les ludions à l'énergie lumineuse de Treefight For Sunlight réconcilient sunshine pop californienne et pop moderne euphorisante, entre Beach Boys solaires et MGMT venus du Nord.
Une joie quasi enfantine parcourt ce recueil gorgé de choeurs radieux et mélodies naïves à l'insouciance communicative :



Une vraie ration de mélodies aérienne qui ravira les adorateurs des perles pop des Byrds ou des orfèvreries mélodiques passées d'XTC, le song writing des danois emmenés par Niels Kirks relevant le défi de leurs glorieux aînés.

Le tout avec ce je-ne-sais-quoi de foutraque et psychédélique, choeurs jubilatoires digne de leurs cousins suédois d'I'm from Barcelona ou euphorie sonore très space cake à la MGMT, boostée par une production scintillante.
Une musique qui réconcilie présent et passé, une recette colorée aux effets euphorisants garantis :



Volontiers naïve voire candide, la musique de ces farfadets radieux est en fait un doux refuge aux couleurs franches et lumineuses, comme un dessin d'enfant gribouillé et craquant. Comme leurs homologues néo-zélandais Phoenix Foundation ou islandais de Seabear (moins la mélancolie de ces derniers), ils cultivent un goût pour les merveilles de l'enfance nullement régressif mais simplement stimulant.

Préservant cette part d'innocence que l'on devrait tous garder, si toutefois vous l'avez perdue, la musique modeste mais éclatante de Treefight For Sunlight devrait vite vous la faire retrouver.

Treefight For Sunlight - "What Became Of You And I"

Tracklist :

1. A Dream Before Sleep
2. You And The New World
3. The Universe Is A Woman
4. They Never Did Know
5. Facing The Sun
6. Rain Air
7. Tambourhinoceros Jam
8. Riddles In Rhymes
9. What Became Of You And I ?
10. Time Stretcher

Treefight For Sunlight. "Treefight For Sunlight" (Bella Union) Sorti le 14 février
♥♥♥♥
à écouter sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011

à lire sur hop blog et les inrocks

Treefight For Sunlight

vendredi 21 octobre 2011

REPLAY 2011 (2). THE PHOENIX FOUNDATION

On poursuit la petite rubrique "Replay" afin de ne pas oublier les bonnes surprises de l'année non encore traitées ici.
Ainsi, il aurait été dommage de ne pas évoquer la dernière livraison d'un groupe venu de Nouvelle-Zélande, stars chez eux et encore trop méconnus chez nous, The Phoenix Foundation.

Une joyeuse bande menée par Samuel Flynn Scott, dont le dernier album "Buffalo" fut le premier à atteindre nos contrées alors que c'est déjà leur quatrième. Et qu'il est urgent enfin de dire partout tout le bien que méritent ces précieux mélodistes pop, au charme immédiat entre psychédélisme intemporel et électro ludique.
Impossible de résister à leur hymne "Buffalo", à rendre jaloux MGMT, une bombe pop au gimmick électro-rock en boucle, qui aurait méritée d'être la bande-son indie de l'été :



Et au-delà, car The Phoenix Foundation est bien loin d'être le groupe d'une seule chanson ! Plutôt de brillants alchimistes capable de mélanger sunshine pop digne des sixties (Pot), héritage d'orfèvres mélodistes dignes de leurs ancêtres australiens Go-Betweens ou des anglais de House Of Love (Bailey's Beach) et cousinage électro pop ludique (Skeleton).
Comme des Flaming Lips qui joueraient avec des Animal Collective décontractés.

Pop moderne ayant digéré le passé et tournée vers le futur, la musique des néo-zélandais est d'une constante séduction, autant joueuse que romantique et d'une parfaite luminosité.

Dix titres d'une partageuse fluidité et spatiale zénitude bercés par le timbre tranquille de crooner indie de Samuel Flynn Scott, un vrai havre de félicité qui gagne en qualité au fur et à mesure des écoutes. Je vous défends de ne pas avoir le sourire aux lèvres à l'écoute de perles comme la joviale "Pot", la craquante "Wonton" ou la fantaisiste "Orange & Mango" :


De quoi donner envie sur le champ, sinon de déménager en Nouvelle-Zélande (quoique...), mais surtout de se plonger dans la discographie d'un groupe qui n'a vraiment rien à envier à ses cousins américains, je songe aux Freelance Whales ou autres Local Natives.
Et qui devraient - du moins pour ceux qui l'auront écouté - se retrouver en position enviable dans les palmarès de fin d'année.

Comment ça, on s'en rapproche à grands pas, déjà ? Vite, un petit coup de The Phoenix Foundation pour me remonter le moral !


The Phoenix Foundation - "Bitte Bitte"

Tracklist :
1. Eventually
2. Buffalo
3. Flock Of Hearts
4. Pot
5. Bitte Bitte
6. Skeleton
7. Orange & Mango
8. Bailey's Beach
9. Wonton
10. Golden Ship

The Phoenix Foundation. "Buffalo" (Memphis Industries/PIAS)
Sorti le 10 janvier
♥♥♥♥

à écouter sur deezer & spotify et en version DeLuxe avec titre bonus
3 titres sur la Playlist Replay 2011
à lire sur benzine, hop blog et article sur les inrocks

The Phoenix Foundation