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mercredi 1 février 2012

La psyché pop de DUMBO GETS MAD

Décidément, Disney s'incruste ici : après le dragon Elliott, voici le tour de Dumbo. Et tant pis pour lui selon le nom de ce groupe qu'il devienne fou et tant mieux pour nous ! Car s'il a fallu près d'un an pour que cet album nous parvienne, une fois entrée dans vos oreilles la musique colorée et kaléidoscopique de Dumbo Gets Mad vous redonnera toutes les couleurs dont cet hiver frisquet nous prive ces temps-ci.

Néo-vintage, langoureux et planant à souhait, l'album de ce groupe italien distribué sur le netlabel Bad Panda voit des éléphants (roses) partout et diffuse un entêtant parfum de néo-psychédélisme droit sorti des sixties revu et corrigé par l'indie style. Très dans l'air du temps mais d'une grande générosité, Elephants At The Door est une mini-odyssée sonore propice à larguer les amarres loin du sol :



Comme un mix séduisant entre les délires space pop de MGMT, Tame Impala, Flying Lotus ou des attachants Peaking Lights, la musique rétro-futuriste de ce jeune duo italien dont je n'ai bizarrement pas trouvé trace des noms regorge de vocaux éthérés déformés (marrant Sleeping Over), rythmiques aquatiques, sons d'orgue garantis d'époque (Hammond? Wurlitzer? Farfisa?) et climats planants typiques de bandes-son seventies aux accents easy listening de l'ère disco.

Un vigoureux trip spatio-temporel auquel il faut s'abandonner sans résister pour en savourer l'essence malgré les légères baisses d'intensité à mi-parcours du disque. Un album-bulle, chaud petit refuge et ascenseur coloré dans lequel il fait bon de monter afin d'échapper, le temps de son ascension, à la grisaille tristoune qui fait en ce moment notre quotidien hivernal.



Un remède d'éléphant à utiliser sans modération en médication quotidienne.

Dumbo Gets Mad. Elephants At The Door (Bad Panda Records) paru en 2011
♥♥♥ (♥)
bandcamp et grooveshark
à lire sur des chips et du rosé, @diffuser.net et ma mère était hipster

mypace
bad panda records
Lien

samedi 8 octobre 2011

Les contes de la nuit de MGMT


D'habitude, ce n'est pas le genre de la maison de parler ici des compilations, genre trop facile et souvent sans grand intérêt, mais l'exception confirmant la règle, on en fera donc une en vous parlant de la dernière livraison des Late Night Tales.

D'abord parce qu'elle a été concoctée par les MGMT eux-mêmes ce qui aurait suffi en soi-même à attirer mon attention, vous connaissez mon vieux faible pour ces deux énergumènes.

Ensuite parce que LateNightTales est une des séries musicales les plus riches du genre qui depuis exactement dix ans propose des albums passionnants, sélections de titres souvent rares effectuée et mixée par des groupes et artistes les plus divers. D'abord orientée DJ et fondus d'électro (Howie B, Groove Armada), la collection s'est élargie aux groupes et formations indés et pas des moindres puisqu'on y trouve Belle & Sebastian, Artic Monkeys, Flaming Lips, Four Tet ou Midlake !













Autant mix idéal pour ravir vos oreilles en soirée ou seul dans votre chambrette que playlist farfouillant dans le grenier aux trouvailles de la pop, cet exercice dévoile avec bonheur et intelligence les coups de coeur, références et influences des artistes aux manettes. Ainsi, instructif de trouver dans le choix des planants Air tant Nino Rota que Black Sabbath (!) et Nick Drake voisinant avec Aphex Twin dans celui des folkeux de Midlake.












Chaque album renferme en plus une reprise inédite élaborée pour l'occasion. Ben et Andrew se sont ainsi attelés de façon étonnante à un titre extrait de "The Sky's Gone Out", un des meilleurs albums de Bauhaus :



Et, plus généralement, cette vingt-sixième livraison est fort généreuse en trouvailles et raretés : connaissiez-vous le folk intimiste et touchant d'artistes difficiles à dénicher comme Charlie Feathers ou Mark Fry ? Ou alors les pépites psyché pop de The Great Society ou des inventifs mais méconnus Jacobites de Nikki Sudden ?



Si l'on sait que le duo de Brooklyn s'est nourri de fort multiples références, il est réjouissant de croiser dans ce vagabondage dans l'arrière-boutique du rock les racines de leur son rétro-futuriste : la figure tutélaire du Velvet Underground et ses descendants post-punk (TV Personalities, Spacemen 3) ainsi qu'un net penchant pour les personnalités d'irréductibles solitaires bien barrés (Dan Treacy, Julian Cope, Viny Reilly et Durutti Column, Martin Rev et Suicide, présent deux fois).













Toutes influences qui ont inévitablement façonné leur son nourri autant du son du rock alternatif américain des années 60 que des excentriques anglais shoegaze et bidouilleurs de synthés (inconnue Pauline Anna Strom ou emblématiques Spacemen 3 avec le futur Sonic Boom, leur récent producteur).

Virée instructive qui donne l'impression de regarder par-dessus l'épaule du groupe, réservoir de leur souvenirs rocks et laboratoire à idées - sorte de prolongement naturel de l'album "Congratulations" - ce dernier LateNightTales ressuscite plusieurs pans de la culture indie qui donne immédiatement l'envie de jouer les explorateurs et archéologues du rock.

Idéal pour les jours où l'actualité musicale immédiate ne vous dit rien, ou au contraire pour éclairer les racines des derniers groupes qui vous enthousiasment.

Dans les deux cas, succombez sans tarder au charme de ces nuits :




1. "Can't See Through It" Disco Inferno
2. "Love You Girl" The Great Society
3. "Cheree" Suicide
4. "Stop And Smell The Roses" TV Personalities
5. "Ocean" The Velvet Underground
6. "Red Indians" Felt
7. "Laughing Boy" Julian Cope
8. "For Belgium Friends" The Durutti Column
9. "Mound Of Clay" Charlie Feathers
10. "Song For Wilde" Mark Fry
11. "All We Ever Wanted Was Everything" (Bauhaus Cover) MGMT
12. "Troubled Mind" Cheval Sombre
13. "Drug Song" Dave Bixby
14. "Hearts Are Like Flower" The Jacobites
15. "Pink Frost" The Chills
16. "Sparks" Martin Rev
17. "Melancholy Man" The Wake
18. "Lord Can You Hear Me?" Spacemen 3
19. "Morning Splendor" Pauline Anna Strom
20. "Lost for Words Part 2" Paul Morley

Late Night Tales."MGMT" (Night Time Stories/EMI) Sorti le 3 octobre
♥♥♥♥en écoute sur spotify
articles sur goûte mes disques et les inrocks

LateNightTales le site
MGMT

dimanche 24 avril 2011

MUSIQUE. Le cas Connan Mockasin

Voilà un disque et un personnage autour desquels j'ai longtemps tournés sans savoir si j'allais jamais l'évoquer ici. Découvert avec surprise, écouté plusieurs fois, apprécié, rejeté ensuite, puis récupéré, remis de côté, etc... La complexité de son cas mérite finalement que je lui accorde un petit billet.

En bref, l'énergumène Connan Mockasin a-t-il pondu un grand disque malade avec son "Forever Dolphin Love" ou un phénomène de buzz momentané ?
Ou les deux, allez savoir. En tout cas, difficile de nier la singularité de ce disque semblant venir d'ailleurs, en fait de Nouvelle-Zélande dont le dit Connan, autrefois Connan & The Mockasins, est un fier représentant :
 


Et un bizarre représentant parce que son album, sorti l'année dernière sous le nom de "Please Turn Me Me Into The Snat" et ressorti de nos jours (augmenté de versions lives) n'est vraiment pas un recueil pop ordinaire. Plutôt le journal de bord d'une étrange créature d'une autre dimension, entre lutin, enfant et poupée à la voix détraquée.

C'est d'ailleurs sous forme de pantin que se présente l'énergumène qui signe aussi la pochette, à la voix suraigüe asexuée, première particularité de cet album improbable.
Un LP à l'atmosphère flottante, entre surréalisme sub-aquatique, jazz-pop expérimental et néo-psychédelisme barré
. Du nanan pour qui veut entendre des sons et un climat sortant de l'ordinaire, la musique de ce blondinet tricotant une indie pop déviante devrait pas mal les satisfaire :
 


Cependant, cependant, loin de moi l'idée de rafraîchir les ardeurs, mais passée la découverte et les évidentes références brassées par le garçon, on oscille entre une fascination pour l'originalité de la démarche (avec d'indéniables perles pop : It's Choade My Dear, Faking Jazz Together, Megumi The Mikyway Above) et un certain détachement de défense, surtout avec cette voix glaçante, plus naturelle en live.
La faute au côté appliqué de l'étrangeté, l'atmosphère générale brumeuse l'emportant souvent sur la réelle force de compositions un peu noyées, comme le morceau-titre, long de plus de 10 minutes !
 

Oui, Connan Mockasin nous emporte ailleurs, mais de façon volontaire, sans réelle innocence, voire une volonté maligne de sonner bizarre à tout prix.
Et puis, après de nouvelles écoutes, malgré tout, on y revient encore. Est-ce parce que ce disque obscur et lumineux à la fois, pop zarbie volontiers inquiétante mais accueillante, cultive en nous une fleur maladive et cette "envie d'ailleurs" dont parle l'ami Charlu, un ailleurs qui serait aussi notre moi intime ?

Ou parce que les fantômes rock convoqués dans cet étrange carnaval sont parmi les plus estimés de mon panthéon perso : "Forever Dolphin Love", c'est un peu "Syd Barrett meets Xavier Cugat meets Robert Wyatt meets Cocteau Twins" : les arrangements barrés du Floyd sous LSD, la mambo-pop désuète années 50 de Cugat, l'évanescence évaporée d'un Wyatt angélique, les nappes de guitare planantes de nos Twins new wave préférés. Une vraie rencontre indie pop au sommet.
 










Et cette marionnette qui semble être le double de Mockasin avec cette voix menaçante de pantin renvoient à la fois au clown blanc inquiétant incarné par Bowie-le-magnifique de "Ashes To Ashes", à la voix de Johnny Rotten des Sex Pistols et aux poupées de ventriloques des films fantastiques .... surtout l'effrayante poupée Chucky, la voix déréglée du néo-zélandais ressemblant parfois à celle de la sanglante poupée meurtrière. Brrr, malsain !












Sans doute vais-je trop au cinéma, me direz-vous, mais l'imaginaire déployé est frappant, renvoyant aux démons et merveilles du monde de l'enfance. Sans doute la raison de la fascination exercée par cet album et artiste dont je n'arrive toujours pas à décider si son disque est un indispensable du moment ou non*. Et vous ?

* Perso, j'ai toujours un faible pour le "Summer Echoes" de l'islandais Sin Fang, mais ça n'engage que moi.

Forever Dolphin Love : excellente version électro par Erol Alkan (Remix Radio Edit)
 


BONUS : La voix de Mockasin plus tordue que jamais avec les rappeurs de BPA :



Tracklist :
1. Megumi The Milkyway Above
2. It's Choade My Dear
3. Faking Jazz Together
4. Quadropuss Island
5. Forever Dolphin Love
6. Muss
7. Egon Hosford
8. Unicorn In Uniform
9. Grampa Moff
10. Please Turn Me Into The Snat
+ 7 titres live

Connan Mockasin. "Forever Dolphin Love" (Phantasy/Because Music)
♥♥♥ sorti le 23 mars 2011
en écoute sur deezer et spotify
interview chez magic et 3 titres sur la Playlist Pop


Connan Mockasin affole un peu la blogosphère : Hop Blog, Le Noise, SWOMMB, Little Reviews, Les Chroniques de Charlu, Nuage Noir

Le débat Mockasin est ouvert : et votre avis à vous ?

myspace Connan Mockasin