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mercredi 29 février 2012

DAVID SYLVIAN dans les étoiles

Rapide billet avant quelques jours de vacances et donc de mise entre parenthèses (rapide aussi j'espère) du blog. Avant de se retrouver, un petit coup de projecteur dû au retour dans l'actualité discographique d'un vieil ami. Même uniquement à l'occasion d'une compilation, il est toujours indispensable de saluer la figure de l'impeccable David Sylvian déjà évoqué ici.

Artiste libre, figure artistique majeure depuis les années 70 & 80, l'ex dandy de Japan au timbre voilé, orfèvre pop haut de gamme avant-gardiste, expérimentateur jazz contemporain ou abstract ambient, est de ceux qui ont bâti une oeuvre aussi exigeante que dégagée des pressions d'un milieu musical souvent superficiel.

Chamane esthète, crooner spiritualiste, paysagiste sonore, le créateur du label Samadishound est un compagnon musical que l'on est toujours content de recroiser. Ses dernières années l'ont vu oeuvrer dans les projets Sleepwalkers (recueil de ses récentes collaborations) ou Died In The Wool (relecture de l'album précédent), on peut juste déplorer que ce soit cette fois-ci avec une compilation de plus et pas un nouveau VRAI projet.

Signe d'un petit surplace dans son inspiration ou volonté commerciale de sa maison de disques à la veille d'une nouvelle tournée mondiale de l'artiste ?
Qu'importe, retrouver l'univers de l'ermite anglais est un bonheur renouvelé, même avec d'infimes changements dans la tracklist depuis la précédente compil Everything And Nothing : un remix du Ghosts de Japan, A Fire In The Forest relecture tirée de Blemish, trois morceaux en compagnie des Nine Horses ou l'inédit final, Where's  Your Gravity.

Peu de découvertes pour les habitués c'est vrai, mais pour les autres sans doute la plus simple porte d'entrée sur les riches terres sylvianesques. Un tour d'horizon en deux parties, des grands opus pop de la fin des années 80 (Brilliant Trees, Secrets Of The Beehive) à la période Samadishound aux expérimentations autant exigeantes que déroutantes (Blemish, Manafon), entouré de collaborateurs de haut vol (Robert Fripp, Christian Fennesz ou Burnt Friedman).

Voici le morceau rare en compagnie d'Hector Zazou (bizarrement absent ici) qui donne son titre à cette compilation :



et l'inédit 2012, Where's Your Gravity :




En espérant que l'artiste, qui a annulé sa tournée Implausible Beauty pour raisons de santé, une fois en meilleure forme, s'attaque à un projet VRAIMENT neuf. Pourquoi pas un album plus mélodique avec une grande pointure de producteur (Danger Mouse ou Nigel Godrich). Et étrange qu'il n'ait jamais travaillé avec le maître ambient Brian Eno ? Voilà une idée à lui suggérer, si jamais vous le croisez. 


Disc One 

1. Ghosts (Remix
2. Bamboo Houses
3. Bamboo Music  

4. Forbidden Colours
5. Red Guitar 

6. The Ink In The Well
7. Pulling Punches 

8. Taking The Veil
9. Silver Moon 

10. Let The Happiness In
11. Orpheus 

12. Waterfront
13. Pop Song 

14. Blackwater
15. Every Colour You Are 

16. Heartbeat (Tainai Kaiki II, Returning To The Womb Remix)

Disc Two :

1. Jean The Birdman  
2. Alphabet Angel
3. I Surrender 

4. Darkest Dreaming
5. Fire In The Forest 

6. The Only Daughter
7. Late Night Shopping

8. Wonderful World
10. The Banality Of Evil 

11. Darkest Birds
12. Snow White In Appalachia 

13. Small Metal Gods
14. Should Not Dare 

15. Manafon
16. Where's Your Gravity ? (
previously unreleased)

David Sylvian. A Victim Of Stars 1982-2012 (EMI Music) paru le 27 février
♥♥♥♥
écouter sur spotify & deezer 
lire sur magic

david sylvian 
samadishound 

jeudi 30 septembre 2010

Memory Of The 80's, eternally (9). DAVID SYLVIAN

Ce "Memory of the 80's" de la semaine triche un peu avec son intitulé. En effet, cela aurait tout aussi bien pu être un "Memory of the 90's", voire "70's et même "2010", tant son auteur possède un long parcours entrepris depuis plus de trente ans. Mais l'ayant découvert au coeur de mes années 80 pré-adolescentes, il est pour moi attaché à cette décennie. En l'occurrence, cette première chanson choisie est une authentique "chanson qui me trotte dans la tête", ce depuis bien longtemps.

Paru en 1991, on doit ce titre subtil et envoûtant à l'un des musiciens esthètes les plus haut de gamme de la pop et de la sphère musicale contemporaine. L'album "Rain Tree Crow" cachait en fait des retrouvailles uniques et non renouvelées depuis avec la formation originale avec laquelle il avait débuté en 1978.
Autrement dit, sur "Black Water", David Sylvian renouait avec ses ex-complices de Japan :


Japan, groupe new wave sophistiqué qui révéla la classe unique de Sylvian, comme un fils glam-pop héritier du charisme de David Bowie et du dandysme vocal de Bryan Ferry. Cinq albums entre 1978 et 1982, quatre ans d'étincelles pop dans les charts et puis s'en vont.
Pour que l'artiste, sous l'égide du maître Ryuichi Sakamoto, qui révéla à tous les vertus de sa voix grave et douloureuse de chamane sans âge sur la chanson "Forbidden Colours" du film culte "Furyo", aille durant sa carrière solo débutant dans les 80's défricher des paysages sonores inexplorés :



Je ne peux mieux comparer le travail de Sylvian qu'à celui d'un peintre, alternant les styles et les périodes, les harmonies et les ambiances musicales, à l'image d'un artiste-plasticien disposant les formes et les couleurs sur ses toiles.
Ainsi, dans son parcours exigeant, Sylvian sera tour à tour orientalisant, contemporain, post-moderne, abstrait ou pop-art au gré d'albums élaborés avec la crème de musiciens savants : Robert Fripp (King Crimson), Holger Czukay (Can), David Byrne (Talking Heads) ou le grand trompettiste Jon Hassell.













Le bien-nommé "Brilliant Trees", splendide premier opus de 1984 (j'ai toujours la K7 d'époque), montrait déjà la voie que Sylvian suivrait ensuite, en solitaire très entouré, entre ambient music, expérimentations jazz, rock progressif et perles pop zen. Ainsi que "Dead Bees On A Cake", son album ample et maîtrisé d'inspiration indienne de 1999, deux disques constituant les pierres angulaires de son oeuvre, résumée dans l'excellente compilation "Everything & Nothing."

Mais son album de coeur s'avère être pour moi son "Secrets Of The Beehive" de 1987 :

Disque atmosphérique, intimiste, méditatif et "coconneux", cet album au parfum automnal vivace comme une senteur retrouvée, renferme tout le savoir-faire d'artisan de luxe de Sylvian en matière de ballades languides et élégantes d'une douceur architecturée, aux silences évocateurs et à la mélancolie apaisante (Mother And Child, When Poets Dreamed of Angels, Waterfront).
Si ultérieurement, il se montrera à l'occasion parfois plus austère ou désincarné car plus expérimental, produit ici par Steve Nye il réussit la difficile harmonie de la rigueur orchestrale - admirables arrangements de guitare acoustique, cordes et  piano signés Sakamoto - et de l'émotivité vibrante.

En témoignent les deux bijoux du disque, le magnifique "The Boy With The Gun" :



et le somptueux "Orpheus" :


On n'écoute pas vraiment à la légère le spleen élaboré de David Sylvian - dont on retrouve à l'occasion l'empreinte dans la musique du trop discret Perry Blake - mais renouer de temps à autre avec son oeuvre rigoureuse nettoie les oreilles de certaines impuretés pop indésirables accumulées au fur et à mesure des années.

En ce début d'automne - saison "sylvianesque" par excellence - l'occasion est idéale de vous annoncer la sortie le 27 septembre d'un nouveau disque, "Sleepwalkers" chez Samadhisound, compilation de titres composés au gré de ses collaborations multiples (Sakamoto, Christian Fennesz, son frangin Steve Jansen), une spécialité de l'artiste à la curiosité musicale insatiable.

Par exemple, saviez-vous qu'il a enregistré un duo avec les new yorkais de Blonde Redhead ? *

Un avant-goût, avec ce "Wonderful World" délectable où vous reconnaîtrez la douce voix de la trop rare Stina Nordenstam :



Et quoi de mieux pour refermer (déjà) ce mois de septembre, que de se séparer au son du "September" qui ouvrait "Secrets Of The Beehive" ? La boucle Sylvian est ainsi bouclée.



Tracklist :
1. September
2. The Boy With The Gun
3. Maria
4. Orpheus
5. The Devil's Own
6. When Poets Dreamed Of Angels
7. Mother And Child
8. Let The Happiness In
9. Waterfront
10. Promise (The Cult Of Eurydice)

David Sylvian. "Secrets Of The Beehive" 1987 (Virgin Records)
CHEF-D'OEUVRE ♥♥♥♥♥

Secrets Of The Beehive en écoute sur deezer ainsi que Brilliant Trees
Black Water, The Boy With The Gun et Orpheus en écoute sur la Mini Playlist 80's

* "Messenger" sur "The Secret Society Of Butterflies" EP de Blonde Redhead en 2005