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lundi 19 mars 2012

J'ai deux ans... heu... les Chroniques de Blake ont DEUX ANS

Figurez-vous que j'ai failli manquer la date. Et sans la présence de l'ami Muffin Man qui, lui, a bien toute sa tête, je l'aurais sans doute laissé filer, comme déjà bêtement l'année dernière.

De quoi suis-je en train de parler ? Tout simplement de cet espace - ouvert impulsivement suite au conseil d'une amie que je remercie d'ailleurs ici - qui, comme le blog de Muffin Man, a vu le jour en mars 2010. Les Chroniques de Blake donc, ont très exactement jour pour jour, DEUX ANS.
 
Pas encore l'âge de raison. Mais qui aurait dit, surtout pas moi, que je serai encore là deux ans plus tard ? À griffonner sur le net en vous entretenant de disques découverts, de films vus (enfin, quand j'allai encore au cinéma, vous aurez remarqué), de livres (trop peu) et autres humeurs ou actualités diverses. Devenu ces temps ci exclusivement blog musical, il devrait, je le souhaite, revenir vers ses centres d'intérêt plus larges du début.

Deux ans surtout que vous supportez la bobine de Johnny Depp tirée de l'imagerie de Dead Man sous toutes les coutures, même en dessin, et je vous félicite ici pour votre endurance ! Endurance face à mes papiers à rallonge, coups de coeur, enthousiasmes, baisses de moral ou absences répétées : trois pauses à rallonge mais je suis encore là.

Pour ne pas faire DU TOUT dans l'originalité (désolé de jouer au copieur, Mr Muffin), voilà quelques chiffres. Les Chroniques de Blake, c'est :
- 260 billets
- 156 vidéos en ligne
- autour d'une centaine de disques chroniqués (un peu moins, un peu plus)
- 51 papiers sur le cinéma dont 8 sur le Festival de La Rochelle
- 20 flashbacks sur les années 80, des "Memory Of The 80's
- 15 sur les bouquins (pas assez)
- 10 sur les séries télé (idem)
- 3 super concerts cet hiver à La Sirene

Ainsi que quelques marottes, obsessions et idées fixes :
- 10 mentions de David Bowie, presque autant de MGMT et pas assez des Cocteau Twins
-
une bonne douzaine de coups de coeur dont le premier fut Musée Mécanique, il y a deux ans et les derniers Hooray For Earth et Andrew Bird 
- 2 bugs informatiques carabinés
- 1 refonte récente du blog et mes éclipses et retours répétés.

Et surtout, vous : les lecteurs. Réguliers ou de passage, occasionnels ou habitués, devenus figures connues et amis croisés avec plaisir et connivence, je sais que vous vous reconnaîtrez. C'est sincèrement grâce à vous que ce petit espace d'échange existe encore, lui qui a souvent failli passer à la trappe. Merci de m'avoir accompagné en espérant que la route soit encore longtemps stimulante à parcourir :)

"This is our decision, to live fast and die young (hem! pas si "young" que ça) / We've got the vision, now let's have some fun" :

dimanche 8 janvier 2012

HAPPY BIRTHDAY ZIGGY

Un rapide billet surprise nourri par une vieille fixette perso, mais justifiée cette fois par la stricte actualité de ce dimanche. En effet, un 8 janvier de l'immédiate après-guerre naissait au sud de Londres un certain David Robert Jones que l'histoire retiendra dès le début de la décennie 70 sous le nom de David Bowie :

































Styliste du rock, Dorian Gray protéiforme, chanteur et performer d'exception, initiateur d'un nombre incalculable de courants musicaux, il y a bien un "Avant" et un "Après" David Bowie. Même si on peut regretter sa retraite artistique qui semble partie pour être vraiment définitive, malgré tout, vu l'exceptionnelle trajectoire accomplie et l'ampleur du chemin parcouru, merci pour tout Mr Bowie et Happy Birthday, Ziggy !






davidbowie-news sur facebook

dimanche 25 décembre 2011

HUNKY DORY for Christmas

À l'heure où chacun a ouvert ses cadeaux, je dépose au pied du sapin un cadeau vieux de quarante ans et que tout le monde connaît déjà. Mais qui n'a pas pris une seule ride : toujours aussi irréel qu'il le fut à l'époque.

Le 17 décembre dernier, on a fêté l'anniversaire de la sortie quatre décennies plus tôt d'un album qui est à mes yeux le plus beau de l'histoire de la pop : Hunky Dory. "Un disque si beau que le simple fait de le posséder, sans même l'écouter, suffit au bonheur" selon la formule de son fan n°1 Jérôme Soligny, qui a vu tellement juste. Un album découvert de mon côté à peu près une bonne douzaine d'années plus tard et qui fut une vraie révélation.

1971 : voici trois ans qu'un jeune auteur-compositeur attend son heure, espérant confirmer pour de bon les espoirs entrevus lors du grand succès de la chanson Space Oddity deux ans auparavant. Et qui ne peut se résoudre à être l'homme d'un seul titre, vu l'ampleur de son ambition. Si la consécration mondiale viendra plus tard avec l'album suivant et le raz-de-marée Ziggy Stardust, en 1971 David Bowie est encore dans l'antichambre de l'histoire du rock.

Après s'être essayé à la pop vintage (l'introductif David Bowie de 1967), le folk onirique (Space Oddity) ou avoir tenté le hard rock glam l'année passée (The Man Who Sold The World), le jeune anglais trouve enfin LA bonne formule avec ce quatrième album. Réunissant les musiciens qui seront ses futurs Spiders From Mars (Mick Ronson, Woody Woodmansey, Trevor Bolder et Rick Wakeman, futur pianiste de Yes), Hunky Dory est le disque d'un talent étonnant, superstar en devenir et songwriter touché par la grâce.  

Mélange d'ambition et de candeur, d'arrogance et d'ingénuité, où le jeune Bowie peaufine son jeu avec l'androgynie et le bizarre, Hunky Dory est le plus délicat de ses albums et celui où éclate son génie de mélodiste.

Remplis de futurs classiques de son répertoire - dont au moins sept, voire huit chefs-d'oeuvre - l'atmosphère unique de cette splendeur aux couleurs d'aquarelle, entre cabaret glam pop et folk mélancolique, saisit la mutation d'une époque. Adieu les années 60 hippies, bientôt l'ère de l'excentricité et de la flamboyance rock, mais marquée d'un esthétisme constant et d'hommage à l'esprit music-hall et cabaret anglais.

Si les singles Changes et Oh! You Pretty Things, futurs classiques inusables, auraient suffi pour que cet album reste dans les annales, que dire alors du sommet Life On Mars?, certainement le plus incroyable des titres chantés alors par l'homme aux yeux vairons. Mélodie tombée du ciel, arrangements magnifiques - signés Mick Ronson - d'une classe rare (ces cordes, ce piano, ce lyrisme!) et sa voix juvénile inouïe aux accents dramatiques :



Si Hunky Dory émeut toujours sans faillir, en-dehors de son extraordinaire musicalité élaborée par le producteur Ken Scott et Bowie lui-même, c'est qu'on y sent la future superstar à venir, mixant avec génie ses influences et emprunts (Marc Bolan, Scott Walker, le Velvet Underground), celle qui jouera en maître de son ambiguïté et de son charisme ravageur, mais s'exprimant ici avec une délicatesse d'expression rarement atteinte jusqu'alors dans le rock mainstream.

On y voit aussi un artiste dire subtilement au revoir à ses années de formation, évoquer tendrement son fils et sa vie familiale (Kooks), saluer par-delà l'océan ses héros américains (Andy Warhol, Lou Reed, Bob Dylan), développer son goût pour le lyrisme et l'excentricité (Life On Mars?) et avouer de front ses doutes ou désillusions (Don't believe in yourself, Don't decieve with belief, Knowledge come with death's release - Ne croyez pas en vous-même, ne vous trompez pas à cause de vos convictions, la connaissance vient avec l'arrivée de la mort) sur la magique Quicksand :



Album où le futur extraterrestre de la planète rock montre encore un visage humain, une vulnérabilité mêlée à la flamboyance excentrique qui le caractérise, Hunky Dory, riche écrin musical à l'étrange intemporalité, tellement de son époque mais toujours pertinent, est souvent le disque préféré des amateurs de Bowie. Celui qu'admire depuis quarante ans une nuée d'auteurs-compositeurs admiratifs ou jaloux des hauteurs atteinte par le Thin White Duke (même Bono de U2 et combien on le comprend!).

Aujourd'hui comme hier, Hunky Dory et son mélange unique d'exaltation et de mélancolie profonde qui caractérise la jeunesse, touche, enivre, fascine durablement. La porte d'entrée la plus attachante du monstre Bowie, qui se clôt sur le titre-phare The Bewlay Brothers.

Morceau métaphorique et troublant, illustration de la lutte du futur Ziggy mais encore David Robert Jones, contre sa peur de la folie, celle là-même qui rongeait son demi-frère schizophrène Terry. Chanson-clé d'un homme qui s'est servi de son art pour mieux affronter ses angoisses et nourrira ensuite avec génie le rock de ses démons et merveilles :

 

Quarante ans et pas une ride : Happy Birthday, Hunky Dory. Et Joyeux Noël à vous tous.

1. Changes
2. Oh! You Pretty Things
3. Earth Line Poem
4. Life On Mars?
5. Kooks
6. Quicksand
7. Fill Your Heart
8. Andy Warhol
9. Song For Bob Dylan
10. Queen Bitch
11. The Bewlay Brothers

David Bowie - "Hunky Dory" (RCA/EMI) 1971
CHEF-D'OEUVRE ♥♥♥♥♥
david bowie.com
facebook

dimanche 18 décembre 2011

REPLAY 2011 (11, fin). DESTROYER

C'est déjà le dernier Replay de l'année, onze pour l'an 2011, la semaine qui vient étant celle de l'exercice du "sacro-saint-pas-original-mais-inévitable Top de fin d'année" auquel je sacrifierai comme beaucoup, mais avec plaisir.


Pour ce dernier rendez-vous j'aurai pu sortir un disque peu attendu, du genre ambient expérimental d'Oneohtrix Point Never ou afro-beat de Kouyaté-Neerman, deux disques qui changeraient un peu, ma foi. Et puis au risque de passer pour pas original - le disque étant chouchou de pas mal de revues, sites et blogs en pagaille - finalement on clôt la série et l'année en beauté avec cet album paru en janvier, trop rapidement déjà évoqué ici.

"Kaputt", le neuvième album de l'étrange song-writer canadien Dan Bejar, capitaine d'un Destroyer qui n'en fait qu'à sa tête, est donc un des gagnants surprises de cette année et le sommet actuel de sa discographie hétéroclite où l'oiseau a fait preuve de la plus totale liberté (glam, rock, folk ou obsession perso pour Bowie, on est deux alors).

Ici à la tête d'une soft pop seventies élaborée à la Steely Dan avec le son glacé et soyeux de claviers tout droits sortis des eighties, c'est à un singulier voyage, entre easy listening, pop FM années 80 sophistiquée et pop funkysante enluminée de volutes de saxo désuets, qu'il nous a convié :




Bizarre et risqué saut spatio-temporel où le capitaine Bejar, malgré le séduisant régressif retour dans le temps qu'il procure aux trentenaires et quarantenaires en leur offrant le son de leur jeunesse, prend le risque de flirter avec la muzak, avec ces choeurs féminins sensuels ET too much et surtout ce saxo moelleux omniprésent à la David Sanborn.

Ainsi, comme un funambule en équilibre instable entre modernité indie pop et rétro-kitsch, passé et présent, standards pop et expérimentation conceptuelle, Destroyer réussit au bout du compte à nous embarquer à son bord.
Le projet est, c'est vrai, immédiatement séduisant (comme les splendides "Savage Night At The Opera" ou "Suicide Demo For Kara Walker" avec son gimmick kitsch à la flûte) mais l'entreprise peut se lire aussi d'une autre manière :





Vu l'esprit de l'hurluberlu et la teneur sombre de ses paroles lancées d'un ton railleur (critique des urbains mondains et du monde de la musique sur le morceau-titre ("Wasting your days / Chasing cocaine to the back rooms of the world all night / Sounds, smash hits, melody maker N.M.E. / All sound like a dream to me"), Dan Bejar fait penser à un receleur qui aurait soigné l'habillage clinquant de sa marchandise pour mieux en dissimuler la noirceur et l'amertume.

Sous le vernis de pop songs glacées renvoyant au eighties voyantes (Avalon de Roxy Music, la pop funky d'ABC, les années yuppie de Bowie) "Kaput" opère un insidieux et rieur travail de sape, comme la production immaculée de Prefab Sprout révélait en fait la profonde introspection et mélancolie des chansons de Paddy McAloon.


Une des références évidentes de cette madeleine sonore atypique qui a pourtant embarqué pas mal des passagers que les lubies de ce drôle de navigateur n'ont pas effrayé, mais au contraire bien réjoui. Tant mieux ! Vive les outsiders, au final.


 Tracklist :
1. Chinatown
2. Blue Eyes
3. Savage Night At The Opera
4. Suicide Demo For Kara Walker
5. Poor In Love
6. Kaputt
7. Downtown
8. Song For America
9. Bay Of Pigs (detail)


Destroyer. "Kaputt"(Merge/Differ-ant) sorti le 25 janvier 2011 
♥♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011
à lire sur muffin man, little reviews, SWOMMB et les inrocks

myspace destroyer

Bientôt les tops de l'année 2011

mercredi 22 juin 2011

JOHN MAUS et SCOTT MATTHEW, outsiders en liberté

Grâce soit rendue au net qui vous fait découvrir si vite l'existence d'artistes dont il y a quelques semaines à peine vous ne soupçonniez même pas l'existence.
L'occasion de jeter un oeil (une oreille, plutôt) sur le parcours de créateurs oeuvrant en solo dans une relative confidentialité, laquelle ne devrait pas durer longtemps.

Prenez d'abord le cas du dit John Maus. Déjà le troisième album pour cet olibrius et néanmoins docteur en philosophie et sciences politiques.
Un parcours atypique pour un oiseau rare ayant déjà commis deux LP et collaboré avec son ami proche, l'ostrogoth Ariel Pink. Et qui accouche d'un disque énigmatique qui mêle dans le même mouvement, comme un situationniste moderne, radicalisme des idées ("Let's kill the cops tonight" sur Cop Killer) et radicalisme musical.

En revisitant à coup de claviers glacés et voix réverbérée toute la new wave minimaliste et clinquante des années 80, John Maus semble prendre un malin plaisir à balader son auditoire, lequel risque de le ranger à tort dans l'habituel revival eighties pratiqué par une certaine indie pop.



Si cette épopée néo vintage, trop courte, ne peut que satisfaire l'éternel accro des années 80 qui dort (?) en moi, cette galette à la fausse distanciation révèle un original prêt à se confronter au fantôme glacé de Joy Division, la new wave synthétique de Human League ou les moulinettes robotiques des ancêtres Kraftwerk.












Le tout évoquant les folies post-punk et pré-électro d'originaux comme Suicide ou Fad Gadget et recouvert à l'occasion d'un vernis d'italian disco pour une synth pop bien minimaliste balancée par de bonnes vieilles boîtes à rythme.



Une bizarrerie oscillant entre revival distancié et folie d'artiste, mais qui repose sur la qualité brute des compositions et la rigueur de son auteur (fantastiques Believer et Quantum Leap).
Un album qui démontre toutes ses facettes changeantes au fur et à mesure des écoutes pour se révéler, bien que trop succint dans sa durée, un plaisir rétro-futuriste diablement addictif, comme récemment dans des registres différents mais voisins, Twin Shadow ou Destroyer.

Ballade non exempte d'un romantisme noir, d'un activisme politique et d'une simple foi dans la musique pop, fut-elle déguisée en réhabilitation des codes et sonorités d'une époque révolue, l'aventure révèle un personnage en dehors des normes que je surveillerai désormais de près.

John Maus - "Keep Pushing On"

Tracklist :
1. Streetlight
2. Quantum Leap
3. ... And The Rain
4. Hey Moon
5. Keep Pushing On
6. The Crucifix
7. Head For The Country
8. Cop Killer
9. Matter Of Fact
10. We Can Break Through
11. Believer

John Maus. "We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves" (Upset The Rhythm) ♥♥♥♥
à écouter sur spotify
à lire
sur La Musique à Papa et article sur Magic

John Maus

Autre découverte personnelle de saison, le dénommé Scott Matthew déambule lui aussi en solo sur la scène musicale.
Arpentant des terrains plus fréquentés, entre crooner indie et songwriter solitaire, cet australien à la sensibilité et la voix proches d'un Antony Hegarty s'adonne lui aussi au plaisir de succomber à la muse mélancolie.

"Gallantry's Favorites Son", ensemble de ballades recueillies conçues comme des confessions de blessures intimes et aux arrangements précieux est surtout, dans mon cas, la découverte d'une voix qui ne peut que rappeler la trace d'illustres aînés, crooners undergrounds et stars atypiques.



Impossible à l'écoute de cette élocution stylée et ce timbre androgyne de ne pas songer à la grandeur dramatique de Scott Walker ou la flamboyance vocale de David Bowie lui-même. Saines influences auxquelles on peut rajouter le vibrato émotionnel d'un Terry Callier ou le timbre élégant d'un Perry Blake (oui, oui, Blake...).























Car on ne peut nier la distinction et le charme de cet album qui ne révolutionnera pas le genre mais qui alterne avec harmonie plages de mélancolie désolée (Buried Alive, True Sting) et titres d'humeur plus légère, presque easy listening (Felicity, No Place Called Hell). Mais d'inspiration et de tonalité élégantes, genre pop sixties, entre choeurs spectoriens, influences gospel et ambiance Burt Bacharach. "The Wonder Of Falling In Love", perle du disque, en est le parfait exemple :



Pourtant à la longue, le timbre plaintif et affecté de Matthew et la couleur sombre, voire désespérée de son spleen parfois complaisant peuvent finir par lasser (à l'instar de Antony & The Johnsons) et on aurait aimé que le disque soit toujours aussi fluide que ce morceau ou intense comme certaines torch songs épurées (Duet).

Restrictions relevées qui n'empêchent pourtant pas le plaisir de ce détour australien plus que fréquentable en compagnie d'un de ces outsiders préférant les chemins de traverse. De ceux qui ont souvent parsemé l'histoire du rock et de la pop, toujours pour notre bonheur.



Tracklist :
1. Black Bird
2. True Sting
3. Felicity
4. Duet
5. Buried Alive
6. Devil's Only Child
7. Sinking
8. The Wonder Of Falling In Love
9. Seedling
10. Sweet Kiss In The Afterlife
11. No Place Called Hell

Scott Matthew. "Gallantry's Favorite Son" (Glitterhouse Records) ♥♥
sorti le
14 juin
en écoute sur spotify et "The Wonder Of Falling In Love" sur la Playlist Pop
article sur les inrocks
Scott Matthew

samedi 7 mai 2011

CHRISTOPHE. La renaissance Bevilacqua

Chronique inattendue pour réécoute impulsive d'un album connu depuis longtemps, mais que l'actualité a remis sous les feux de la rampe pour un "coin des classiques" improvisé.

Réapparition à la faveur de l'activité renaissante de l'artiste de l'album-surprise qui vit sortir de sa tanière il y a quinze ans un des plus purs mystères de la chanson française : Daniel Bevilacqua, autrement plus célèbre sous le nom de Christophe.

Énigme vivante, la trace de Christophe s'était perdue dans les années 80, toujours marquée par l'image de jeune premier yé-yé héritée de l'encombrante "Aline." Même les méga-succès seventies qui le transformèrent en crooner détaché sur fond de synthés avant-gardistes (peut-on oublier les Mots Bleus et Les Paradis Perdus?) ne révélèrent pas toute l'ampleur du talent du dandy esthète pour l'esquive permanente et les chemins de traverse.













Vrai solitaire, oiseau de nuit rêveur, le "beau bizarre" à la voix unique et sans âge voilée par un asthme naissant, loin d'une vieille gloire show biz, est en fait un amoureux de la marge, cinéphile fou, mordu de rock et de blues séminal. Un esthète complet à la recherche du son parfait, à cheval entre variété flamboyante et rock pur, un pied dans les années 60, l'autre dans le futur. Né en Grande-Bretagne ou aux States, cet oiseau rare serait culte depuis des lustres, à l'image de Robert Wyatt, Scott Walker ou Alan Vega.


Comment parler de "Bevilacqua", album qui en 1996 semblait tombé de nulle part pour l'auditeur peu au fait des lubies Christophiennes ?

Disons qu'à la même période où un certain David Bowie se réincarnait dans le techno-rock industriel incisif grâce à son flair légendaire (Outside, 1995), le latin lover français rentrait en lui-même et se révélait un laborantin sonore expérimental et obsessionnel, bâtisseur de chansons-cathédrales fragiles entre rythmes machino-dance et néo-blues du XXIème siècle :



Dans cet album-univers matriciel de boucles de guitares et de programmations, plongé dans la culture électro-dance,  l'artiste entouré des jeunes producteurs Véronica Ferraro et Boodjie Guerdjou s'immerge dans son monde intérieur, réfugié derrière une écriture digne du cut-up de Williams Burroughs, hâchée, elliptique, parfois hermétique et qui déconcerta alors.

Mais se révéle pourtant beaucoup : l'homme qui semble  se plaindre quand il chante ouvre le parcours en s'auto-interviewant (L'Interview), confirme son amour des bolides roulants dans un "Enzo" planant, déambule d'une voix désincarnée dans les recoins de ses quêtes intimes (J'T'Aime À L'Envers) la voix enregistrée en effet à l'envers et bâtit des paysages sonores déroutants entre tourneries orientales (Point De Rencontre) et blues mutants en français (Label Obscur).

Que "Bevilacqua" ait dérouté son auditoire n'est pas surprenant : cet objet ambitieux mais rétif à toute linéarité est une porte d'entrée bien trop étrange sur les fantasmes d'un créateur visionnaire dans sa bulle, semblant souvent dialoguer avec lui-même et s'étourdir de ses propres chimères. Un disque-portrait qui porte le vrai nom de son auteur, détail révélateur.

Étrange aventure où le temps d'un titre plutôt anecdotique (Rencontre À l'As Vega), il s'offre le luxe d'un duo-rencontre avec son idole Alan Vega, l'homme qui mélangea fin des années 70 les machines synthétiques et le rock des origines au sein de Suicide. Un aperçu de la rencontre :



Ainsi, avec le recul, ce "Bevilacqua" à l'étonnante modernité semble l'esquisse d'époque du dernier album de 2008, "Aimer Ce Que Nous Sommes", son grand oeuvre qui reprendra avec de gros moyens et une maîtrise mélodique imparable des procédés semblables (l'auto-interview, la flânerie déconcertante, les morceaux labyrinthiques).

Sans compter qu'entre-temps, il aura publié en 2001 le plus bel album de la scène française des années 2000, le miraculeux "Comm' Si La Terre Penchait" aux mélodies magiques, disque si beau que je n'ai toujours pas osé en parler. 













Pourtant, comment certains ont pu rester sourds à la pure beauté romantique du "Tourne-Coeur", romance à l'atmosphère suspendue, nappes synthétiques et piano en apesanteur, illuminée par une mélodie venue du ciel ? Et ces sublimes paroles :

"Les choses les plus belles au fond / Restent toujours en suspension / Et dans ce tourbillon fragile / Je redeviens le Tourne-Coeur / Prometteur d'avenir / Beau qui fait rêver les filles" :



Qui, à part lui, peut oser cette poésie la plus fleur bleue, limite kitsch, tout en nourrissant cet éternel chavirement intime produit par sa voix fiévreuse ? Ah, la voix irréelle et envoûtante de Christophe : on croit l'avoir épuisée, une fois réécoutée, elle en ferait oublier toutes les autres et vous poursuit partout, imprégnant votre subconscient de sa marque indélébile.

Un artiste unique et génie décalé au potentiel à peine découvert. Car pour l'avoir vu plusieurs fois en spectacle, les concerts de Christophe sont parmi mes plus beaux moments vécus en live.

Un redoutable mélange d'euphorie, d'émotion esthétique et de mélancolie réconfortante, tout cela puissance mille. Souvenir de versions d'anthologie du "Dernier des Bevilacqua" et de "Mots Bleus" absolument renversants. Le monde d'un homme qui ne truque pas. Qui vous offre des sensations ineffables et qui a le don de faire vôtres ses propres émotions.



Belle année où l'auteur de "Samouraï" se montre plus productif que jamais : on annonce la sortie en 2012 d'un nouvel album (Love Is Art), il apparaîtra en duo sur le tout prochain Brigitte Fontaine...

...et surtout depuis le 26 avril dernier, Christophe figure sur "Tels", une compilation en hommage à Bashung. J'avoue volontiers n'avoir écouté que sa reprise immanquable d"Alcaline", un titre que son ami disparu écrivit d'ailleurs en 1989 en clin d'oeil à son vieux tube "Aline" :



La boucle est donc bouclée. La ballade était plaisante et l'insaisissable ami Christophe devrait revenir un jour dans ces pages.

Tracklist :
1. L’Interview
2. Qu’Est Ce Que Tu Dis Là ?
3. Enzo (départ)
4. Enzo
5. Label Obscur
6. Parfums d’Histoires
7. J’T’Aime À L’Envers
8. Taqua
9. Le Tourne-Cœur
10. Point de Rencontre
11. Shake Hit Babe
12. Rencontre À l’As Vega (avec Alan Vega)
13. Je Cherche Toujours

Christophe. "Bevilacqua" (1996) réédité en mars 2011 (Sony Music/Epic/Dreyfus) Un classique ♥♥♥♥

en écoute complète sur Deezer et Spotify
article détaillé sur Magic

Pour (re)vivre l'expérience de Christophe en live, se précipiter sans tarder sur le DVD de son retour sur scène après 26 ans d'absence, "Christophe Olympia 2002" : un concert d'anthologie mémorable.

christophe le site

dimanche 24 avril 2011

MUSIQUE. Le cas Connan Mockasin

Voilà un disque et un personnage autour desquels j'ai longtemps tournés sans savoir si j'allais jamais l'évoquer ici. Découvert avec surprise, écouté plusieurs fois, apprécié, rejeté ensuite, puis récupéré, remis de côté, etc... La complexité de son cas mérite finalement que je lui accorde un petit billet.

En bref, l'énergumène Connan Mockasin a-t-il pondu un grand disque malade avec son "Forever Dolphin Love" ou un phénomène de buzz momentané ?
Ou les deux, allez savoir. En tout cas, difficile de nier la singularité de ce disque semblant venir d'ailleurs, en fait de Nouvelle-Zélande dont le dit Connan, autrefois Connan & The Mockasins, est un fier représentant :
 


Et un bizarre représentant parce que son album, sorti l'année dernière sous le nom de "Please Turn Me Me Into The Snat" et ressorti de nos jours (augmenté de versions lives) n'est vraiment pas un recueil pop ordinaire. Plutôt le journal de bord d'une étrange créature d'une autre dimension, entre lutin, enfant et poupée à la voix détraquée.

C'est d'ailleurs sous forme de pantin que se présente l'énergumène qui signe aussi la pochette, à la voix suraigüe asexuée, première particularité de cet album improbable.
Un LP à l'atmosphère flottante, entre surréalisme sub-aquatique, jazz-pop expérimental et néo-psychédelisme barré
. Du nanan pour qui veut entendre des sons et un climat sortant de l'ordinaire, la musique de ce blondinet tricotant une indie pop déviante devrait pas mal les satisfaire :
 


Cependant, cependant, loin de moi l'idée de rafraîchir les ardeurs, mais passée la découverte et les évidentes références brassées par le garçon, on oscille entre une fascination pour l'originalité de la démarche (avec d'indéniables perles pop : It's Choade My Dear, Faking Jazz Together, Megumi The Mikyway Above) et un certain détachement de défense, surtout avec cette voix glaçante, plus naturelle en live.
La faute au côté appliqué de l'étrangeté, l'atmosphère générale brumeuse l'emportant souvent sur la réelle force de compositions un peu noyées, comme le morceau-titre, long de plus de 10 minutes !
 

Oui, Connan Mockasin nous emporte ailleurs, mais de façon volontaire, sans réelle innocence, voire une volonté maligne de sonner bizarre à tout prix.
Et puis, après de nouvelles écoutes, malgré tout, on y revient encore. Est-ce parce que ce disque obscur et lumineux à la fois, pop zarbie volontiers inquiétante mais accueillante, cultive en nous une fleur maladive et cette "envie d'ailleurs" dont parle l'ami Charlu, un ailleurs qui serait aussi notre moi intime ?

Ou parce que les fantômes rock convoqués dans cet étrange carnaval sont parmi les plus estimés de mon panthéon perso : "Forever Dolphin Love", c'est un peu "Syd Barrett meets Xavier Cugat meets Robert Wyatt meets Cocteau Twins" : les arrangements barrés du Floyd sous LSD, la mambo-pop désuète années 50 de Cugat, l'évanescence évaporée d'un Wyatt angélique, les nappes de guitare planantes de nos Twins new wave préférés. Une vraie rencontre indie pop au sommet.
 










Et cette marionnette qui semble être le double de Mockasin avec cette voix menaçante de pantin renvoient à la fois au clown blanc inquiétant incarné par Bowie-le-magnifique de "Ashes To Ashes", à la voix de Johnny Rotten des Sex Pistols et aux poupées de ventriloques des films fantastiques .... surtout l'effrayante poupée Chucky, la voix déréglée du néo-zélandais ressemblant parfois à celle de la sanglante poupée meurtrière. Brrr, malsain !












Sans doute vais-je trop au cinéma, me direz-vous, mais l'imaginaire déployé est frappant, renvoyant aux démons et merveilles du monde de l'enfance. Sans doute la raison de la fascination exercée par cet album et artiste dont je n'arrive toujours pas à décider si son disque est un indispensable du moment ou non*. Et vous ?

* Perso, j'ai toujours un faible pour le "Summer Echoes" de l'islandais Sin Fang, mais ça n'engage que moi.

Forever Dolphin Love : excellente version électro par Erol Alkan (Remix Radio Edit)
 


BONUS : La voix de Mockasin plus tordue que jamais avec les rappeurs de BPA :



Tracklist :
1. Megumi The Milkyway Above
2. It's Choade My Dear
3. Faking Jazz Together
4. Quadropuss Island
5. Forever Dolphin Love
6. Muss
7. Egon Hosford
8. Unicorn In Uniform
9. Grampa Moff
10. Please Turn Me Into The Snat
+ 7 titres live

Connan Mockasin. "Forever Dolphin Love" (Phantasy/Because Music)
♥♥♥ sorti le 23 mars 2011
en écoute sur deezer et spotify
interview chez magic et 3 titres sur la Playlist Pop


Connan Mockasin affole un peu la blogosphère : Hop Blog, Le Noise, SWOMMB, Little Reviews, Les Chroniques de Charlu, Nuage Noir

Le débat Mockasin est ouvert : et votre avis à vous ?

myspace Connan Mockasin