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mercredi 7 décembre 2011

REPLAY 2011 (5). ERLAND & THE CARNIVAL

Rien que pour moi-même, cette rubrique a son utilité qui me permet de redonner sa vraie place à "Nightingale", un disque passé à la trappe le printemps dernier. D'abord pour cause de méchants bugs informatiques et ensuite d'impression flottante en première écoute qui me l'avait fait lâcher.

Sentiment injuste car la pop stylée et originale d'Erland & The Carnival, savamment rétive aux étiquettes, mérite bien qu'on s'attache à elle, parfait exemple d'une pop britannique psychédélique à la familière étrangeté.

Un gang d'excentriques londoniens barré par le tandem Simon Tong (guitariste éminence grise) et Erland Cooper (chanteur) dont le deuxième opus est un drôle d'oiseau affichant une pochette rétro nostalgique, habillage sémillant d'une singulière musique entre psyché pop 70's fantomatiques et modernité rock tordue.
Se méfier de l'aspect anodin de leur mini-tube sympa "Map Of The Englisman", lequel masque une collection de fuyantes pop songs à la liberté biscornue et étrangeté inquiète :



Maîtres de la mélodie fluide habillée d'orgues et claviers déréglés, Erland And The Carnival déroulent une pop en chambre à la tenue so british, au faux classicisme trompeur (I'm Not Really Here, Springtime) pour mieux vous prendre ensuite dans les filets de refrains chausse-trappes aux ambiances de manoir hanté (les imparables Emmeline ou Nightingale).

Une formule singulière, mêlant gimmicks pop et atmosphère délétère, à la production sophistiquée portant la marque de la pérennité de l'éternel tempérament excentrique anglais.
Sous référence du meilleur du rock sixties, un bizarre carnaval qui réconcilie fulgurances pop et spleen atmosphérique teinté d'inquiète étrangeté légèrement déréglée :



Mariage original de la folie douce hallucinogène d'un Syd Barrett, de l'élégance baroque de Divine Comedy et de la pop ludique des alchimistes trop sous-estimés du Beta Band, "Nightingale", malgré quelques inégalités ou défauts de cohésion d'ensemble, s'avère une des destinations pop les plus singulières de l'année.












Un territoire d'allure habituelle qui vous donne envie d'y vagabonder, mais en fait vite changeant à l'écoute de ce rossignol si familier, mais au chant légèrement déviant, à en transformer radicalement le paysage. Un art typiquement anglais.

Erland & The Carnival - "Wealldie"

Tracklist :

1. So Tired In The Morning
2. Map Of An Englishman
3. Emmeline
4. I'm Not Really Here
5. I Wish, I Wish
6. This Night
7. Nightingale
8. East & West
9. Springtime
10. Wealldie
11. Dream Of The Rood
12. The Trees They Grow So High

13. Nothing Can Remain
14. The Ballad Of Egremont
(Bonus Track)

Erland & The Carnival. "Nightingale" (Full Time Hobby) sorti le 07 mars 2011
♥♥♥ (♥)
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la
Playlist Replay 2011


Erland & The Carnival le site

lundi 3 octobre 2011

La rentrée de LONEY DEAR

Il est des cas où s'atteler à la critique du nouvel album d'un artiste qu'on aime bien semble vouloir résister à toute objectivité. Ainsi on trouverait plus simple de juste annoncer le fait, simple et brut : "Demain mardi 4 octobre, Loney Dear publie son sixième album "Hall Music" sur le label Something In Construction". Pas plus, pas moins.

Et puis on se reprend, car parler du retour du petit outsider suédois Emil Svanängen prolonge aussi le plaisir de sa musique. On aurait envie de dire paradoxalement que "Hall Music" sonne très familier pour qui le connaît bien et qu'à la première écoute, il n'est peut-être pas le plus grand album de l'orfèvre pop.

Passée cette première impression (c'est pas qu'on serait déçu quand même!) on a vite le sentiment de reprendre une conversation interrompue il y a deux ans suite à son dernier (splendide) album "Dear John", de retrouver avec bonheur ces mélodies folk pop au spleen intimiste, la voix douce et agile de son interprète et ces choeurs enveloppants, sa musicalité fragile et finalement très structurée.



Une nouvelle approche vous interpelle alors : "Hall Music" est à la fois très semblable et très différent.
Semblable : parce qu'il semble réunir dans un même écrin la mélancolie électronique de "Dear John" (2009) et la directe simplicité folk de "Loney Noir" (2007), ses deux derniers opus, d'où l'impression de familiarité.
Différent : parce que de ce voyage très court (30 minutes) aux compositions plus brèves et minimalistes se dégage une modeste mais constante impression d'harmonie et d'équilibre, de dialogue permanent entre joie et tristesse sans jamais savoir vraiment nommer l'une ou l'autre comme sur "Loney Blues" :



Moins lyrique, moins sombre, plus dense et acoustique, "Hall Music" résulte de l'expérience de sa dernière tournée où l'accompagnement par un orchestre classique l'a obligé à réarranger ses morceaux de manière plus orchestrale.

On ne s'étonnera pas alors du constant écho que jouent les instruments entre eux, de la douce électronica de "Maria, Is That You" aux échos cascadants de piano sur le désolé "Young Hearts" à un solo surprenant mais savoureux de xylophone soft jazz sur "Calm Down". Ni de la voix féminine de Malin Ståhlberg (photo) sur la très pop "What Have I Become?" finale.

"Hall Music" confirme aussi, s'il le fallait, le talent de compositeur et de mélodiste de Loney Dear bien au-dessus du lot de l'écriture pop moyenne, en parfait équilibre entre félicité et recueillement, introspection et exaltation, comme en témoigne le quasi religieux "Largo", splendeur de l'album. Pour qui est sensible au spleen lumineux du baladin suédois, une pierre de plus dans son parcours qui nous récompense élégamment de notre fidélité à cet attachant solitaire.

Un disque apaisé, radieux, qui semble clore en douceur la fin d'une période pour Svanängen et qui réjouira comme prévu les adeptes de ses mini-bonheurs pop sucrés-salés. Votre voisin ne daigne pas y goûter ? Pas grave, il est des festins qu'on savoure seul avec bonheur.

Loney Dear jouant "Young Hearts" au piano :



Tracklist :
1. Name
2. My Heart
3. Loney Blues
4. Calm Down
5. Maria, Is That You
6. D Major
7. Largo
8. Young Hearts
9. Durmoll
10. I Dreamed About You
11. What Have I Become?

Loney Dear." Hall Music" (Polyvinyl/La Baleine) Sortie le mardi 4 octobre
♥♥♥♥
en écoute sur deezer & spotify
4 titres sur la Playlist Pop
à lire sur musique-indie

Loney Dear
myspace

jeudi 1 septembre 2011

SON LUX. Et la lumière fut...

Rien de mieux que de tomber amoureux par hasard d'un disque pour renouer avec l'actualité musicale de la rentrée prête à se déverser. Publié ces jours-ci en CD mais pourtant apparu dans l'inertie de cet été rare en grandes sorties, "We Are Rising" impose d'emblée son caractère unique et addictif.
Chef-d'oeuvre de la saison ? Disque de chevet immédiat en tout cas.

"We Are Rising" donne la sensation de pénétrer dans les méandres d'un cerveau foisonnant d'idées révélant une production d'une précision maniaque. L'aboutissement du travail obsessionnel de Son Lux sur le son, dont on a déjà eu l'aperçu à travers ses remixes de Radiohead, Beirut ou Owen Pallet, pour ceux qui étaient passés à côté de son premier LP "At War With Walls & Mazes" en 2008.

Disque fou et inspiré, rétif aux catégorisations, tant solaire que nocturne, aussi radieux que taciturne, ce deuxième album d'une beauté irréelle révèle au grand jour le talent surprenant de cet alchimiste sonore, faux solitaire bien entouré.
Entre électro tortueuse, abstract hip-hop, musique contemporaine et pop brûlante, Ryan Lott alias Son Lux mixe le tout transmutant son projet en cathédrale sonore rêvant d'un art total :



Vaisseau spatial à l'atmosphère nocturne et inquiétante, peuplée d'une forêt d'arrangements néo-classiques, de beats à la précision chirurgicale et de choeurs éthérés, l'album est une machine de guerre (WAR) agissant comme un poison profond au caractère explosif.

Musicien de formation classique ayant collaboré à l'écriture de musique de ballets, Son Lux réussit le mariage de l'expérimentation laborantine et de la pop immédiate, alliant rigueur chirurgicale du son (Rising, All The Right Things) et folie baroque des arrangements (Chase ou un Flickers inaugural qui donne le frisson).

Une richesse sonore, fruit de son travail avec l'ensemble yMusic (choeurs divins dont DM Stith ou Shara Worden de My Brighest Diamond) et instrumentale (cuivres, cordes, piano, bois, électronica) d'une maturité magistrale. Surtout quand on découvre que le tout a été conçu en UN SEUL MOIS, résultat du défi lançé par le magazine RPM !



On pourrait évidemment entendre dans cette pop mutante, cérébrale et organique, les échos d'autres "petits génies" multiformes : le Sufjan Stevens de "The Adge Of Adz" en cent fois plus maîtrisé, le lyrisme orchestral d'Owen Pallett, l'onirisme de Sin Fang, l'éclectisme de Yellow Ostrich.











Seulement, Son Lux impose sa suprématie en combinant luxuriance orchestrale et mélancolie lyrique. Volontiers sombre, introspective et comme illuminée de l'intérieur, sa pop flamboyante impose sa mélancolie majestueuse portée par une voix de mystique habité, d'autant plus troublante dans cet écrin clinique parfait. On songe alors à l'ombre de Radiohead et surtout à The Eraser de Thom Yorke, mariage du feu et de la glace, parent éloigné de ce joyau ou aussi à la récente production inspirée (Scratch My Back) d'un certain Peter Gabriel.

Mais le génie de cet enfant du laptop et du New York Philarmonic est assez grand finalement pour se passer de références et n'attend plus que vous pour succomber.

Quant à la géniale "Leave The Riches", dont je n'ai pas fini d'admirer la richesse, aux choeurs célestes et à la fascinante dimension gothique, elle résonne comme le diamant noir envoûtant de cet album addictif, d'ores et déjà élu une des merveilles de l'année :

Son Lux - Leave The Riches

Tracklist :
1. Flickers
2. All The Right Things
3. Rising
4. Leave The Riches
5. Flowers
6. Chase
7. Claws
8. Let Go
9. Rebuild

Son Lux. "We Are Rising" (Anticon)
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR 
à écouter sur spotify, deezer & grooveshark

bel article sur Magic et avis emballés des voisins sur playlist society, hop blog, little reviews, le noise, funk you dear

mardi 7 juin 2011

Retour vers la HI-FI. Emiliana Torrini, Loney Dear, The Radio Dept.

Après beaucoup d'attente et tracasseries en tout genre, me voilà enfin revenu bien tardivement sur la planète blog.
Oh ! pas de triomphalisme, un retour très modeste et quelque peu gâché par le fait que si je suis de nouveau reconnecté avec le merveilleux (?) monde du net depuis la fin de semaine dernière, ce n'est qu'en partie. Car mon PC bien que flanqué d'un disque dur tout neuf et de nouveau relié au web a subi quelques transformations et pas des bonnes : l'interface y est simplette et pas agréable, certaines fonctionnalités n'y sont plus et les images semblent toutes écrasées.

Besoin de changer le paramétrage ou la configuration ? Nécessité d'installer un nouveau système d'exploitation ?  Sherlock Blake mène l'enquête et est juste en train de secouer les puces au technicien indélicat qui a chamboulé mon chez-moi informatique sans autorisation. Mauvais karma en tout cas ces temps-ci.

Ce long prologue pour vous expliquer que du coup, à part la radio, je suis resté plutôt coupé de l'actualité sonore du moment.
Alors, plutôt que de vouloir courir après le temps inutilement, retour rapide sur trois piliers de ma discothèque perso de ces dernières années revisitées grâce à mon bon vieux lecteur CD qui a dû reprendre instamment du service pour me rassasier de musique.

L'occasion de vérifier que le bonheur n'est pas seulement dans la consommation de l'instant et que certaines galettes récentes se bonifient au fil du temps.

Ainsi, prenez ce "Me And Armini" de 2008, dernière livraison de la trop discrète sirène islandaise Emiliana Torrini. Au pays des volcans irascibles, la douce chanteuse islando-italienne a réussi à se distinguer du lot des sous-Björk et en livrant ce troisième opus autant pop que folk, à tirer vraiment son épingle du jeu.

Pas pénible comme la dite Björk, plus acoustique que Kate Bush, plus énergique que Keren Ann et moins formatée que Nina Persson des Cardigans, la voix mutine et délicieuse de femme-enfant de la chanteuse irradie tout du long de ce voyage sonore sans frontières.

Entre légèreté (Big Jumps) et folk intimiste (Hold Heart), pop débridée (Jungle Drum) et rock envoûtant à la PJ Harvey (Gun) une petite perle très personnelle et touchante, à l'écrin sonore fignolé par le producteur Dan Carey où la voix gracile et sensuelle de la craquante Emiliana emporte tout amateur de bonne musique normalement constitué vers de délicats sommets.

Comme le splendide "Birds", une des envolées musicales les plus libres entendues ces dernières années... 



... ou le fragile et touchant "Hold Heart" :



Tracklist :
1. Fireheads
2. Me And Armini
3. Birds
4. Heard It All Before
5. Ha Ha
6. Big Jumps
7. Jungle Drum
8. Hold Heart
9. Gun
10. Beggar's Prayer
11. Dead Duck
12. Bleeder

Emiliana Torrini. "Me and Armini" (Rough Trade Records) 2008 Coup de coeur ♥♥♥♥
en écoute sur Spotify

Celui qui suit est un de mes disques de chevet, de ceux que ma platine CD apprécie le plus : "Dear John" est toujours une pure merveille signée Loney Dear autrement dit, Émile Svanängen, brillant et attachant outsider suédois devenu indispensable au fil du temps.

Un bijou de folktronica sorti en 2009 avec ses mini-symphonies aux choeurs émouvants (trace de ses travaux avec la chorale pop I'm From Barcelona?) et son électro-pop faussement bricolée. Entre beauté élégiaque digne d'un Brian Wilson nordique ou d'un Jay-Jay Johanson en apesanteur, la voix fragile et plaintive de Loney Dear, volontiers dramatique, illumine cet album aux mélodies constamment étonnantes et arrangements inventifs qui touchent au coeur.

Disque de chambre, album nocturne et solitaire
Svanängen y reprend le tristissime Adagio d'Albinoni, même si la beauté quasi désespérée de ses propres compositions se suffisent à elle-même (splendides Summers, Distant Lights ou Under A Silent Sea qu'on aurait voulu écrire soi-même).

Diablement mélancolique je vous l'accorde, mais de celle qui soigne, guérit et rendrait presque euphorique. Un bouleversant voyage intérieur quasi-utérin dont on sort curieusement ragaillardi et dont j'attends la suite de pied ferme, "Hall Music", sixième album à paraître le 4 octobre prochain à lire ici. Et si vous n'éprouvez aucune chair de poule à l'écoute de ce chef-d'oeuvre, vérifiez si vous êtes toujours bien vivants :



Pour le plaisir, le splendide "Summers" :



Tracklist :
1. Airport Surroundings
2. Everything Turns ToYou
3. I Was Only Going Out
4. Harsh Words
5. Under A Silent Sea
6. I Got Lost
7. Summers
8. Distant
9. Harm/Slow
10. Violent
11. Dear John

Loney Dear. "Dear John" (EMI Records) 2009 Coup de coeur ♥♥♥♥♥
en écoute sur Spotify

Ces derniers jours frustrants et contrariants auraient-ils été si bien digérés si cette galette miraculeuse n'avait pas tourné sans s'arrêter pour les accompagner ? Avec leur "Clinging To A Scheme" de 2010, les suédois indé de The Radio Dept. ont signé une sacré bombinette qui, même si dégoupillée de ma part fort tardivement (je ne l'ai découvert qu'en toute fin d'année dernière) n'a pas fini de distiller sa magie claire.

Voyage sonore qui ressuscite les murs de son du shoegaze années 90, le troisième album du gang de Johan Duncanson est une bulle de pop intemporelle qui ne pourra que ravir les amoureux des ex-labels Sarah Records ou Postcard. Arpèges de guitares, rythmes synthétiques et voix brumeuse distante et attachante qui ressuscite autant les figures de The Field Mice, Another Sunny Day ou des Pale Saints qu'une éternelle post-adolescence miraculeusement conservée ici.

Mais résumer ce disque à un seul revival nostalgique serait passer à côté des beautés de ces pop songs qui révèlent tout leur charme au fur des écoutes.

Mélange d'efficacité rock (This Time Around), d'hymnes pop (Heaven's On Fire) et de compositions sensibles (les bijoux Memory Loss et The Video Dept), cette entreprise inspirée revendique toute l'identité de la culture rock indépendante : pochettes façon Smiths, réminiscences New Order ou malicieux extraits de déclarations de Thurston Moore du Sonic Youth. Tout autant qu'il est un labo sonore bouillonnant d'orfèvres pop qu'un radieux moment musical rayonnant d'une douceur ineffable, comme un jour de soleil en plein hiver.  Un album addictif en diable.

(Dédicacé à Benoît de Hop Blog, qui devrait comprendre)




 

Tracklist :
1. Domestic Scene
2. Heaven’s On Fire
3. This Time Around
4. Never Follow Suit
5. A Token Of Gratitude
6. The Video Dept.
7. Memory Loss
8. David
9. Four Months In The Shade
10. You Stopped Making Sense

The Radio Dept. "Clinging To A Scheme" (Labrador) 2010 Coup de coeur ♥♥♥♥♥
en écoute sur Spotify

Moralité : faut-il remercier mon PC pour m'avoir lâché et m'avoir involontairement permis de retrouver les joies de l'écoute d'un disque sur de bonnes vieilles enceintes ? Sans aller jusque là, ça aura été l'occasion de saluer ces albums qui m'accompagnent encore et que je n'avais pas salué à l'époque de leur parution. Une initiative à renouveler, qui sait ?
Bon, j'ai toujours un ordi à remettre d'aplomb, moi. N'hésitez d'ailleurs pas à me signaler toute anomalie technique qui m'aurait échappé.

dimanche 15 mai 2011

WEEK-END POP (fin). La fiesta I'm FROM BARCELONA

L'avenir pop serait-il aussi dans les chorales pop ? Promis, c'est la dernière fois que je vous fais le coup.
En plus je ne vous cacherai pas que "Forever Today" est un disque que j'ai mis longtemps à extraire de la pile de nouveautés du printemps, mais on ne va pas se plaindre d'avoir le choix. D'autant que j'ai toujours eu un faible pour la production fort ludique de ce groupe pas comme les autres.

I'm from Barcelona : un collectif suédois mouvant et énergique, entre chorale alternative et bande d'allumés enthousiastes, formule dont le rock indépendant raffole depuis les années 2000 (Of Montreal aux U.S.A., Broken Social Scene au Canada ou Mùm en Islande).

La seule différence étant qu'à l'initiative de leur leader Emanuel Lundgren, ses (nombreux) amis étaient juste musiciens amateurs, avant qu'il ne les réunisse en un méga-band de 28 hurluberlus.

Création à l'enthousiasme communicatif, un disque d'I'm from Barcelona inspire à la joie de l'instant, incitée par leur atmosphère de fanfare alternative comme leur "Let Me Introduce My Friends" inaugural de 2006 en témoigne :



Alors pourquoi donc ai-je légèrement dédaigné au début ce troisième opus à la pochette bleue ? Avais-je gardé le souvenir de "27 Songs" leur album longuet de l'année dernière où chaque membre avait enregistré son (inégale) chanson ?
Ou parce que, "Forever Today", après première impression me paraissait semblable tout le long, moins surprenant, plus lisse.

Que nenni : une fois correctement réécouté, "Forever Today" est un pur petit bonheur printanier. Les suédois, pourtant toujours aussi joyeux, semblent être allés à l'essentiel en s'autorisant moins de digressions inutiles. Un virage qu'on peut taxer plus "pro" mais finalement plus efficace :



Seul mot d'ordre : de la pop et pas de chichis. Collection de bombinettes électro-folk-pop au son carré (peut-on résister on à Get In Line ou Battleships?) mais toujours au style fou-fou et tout cuivres dehors à l'arrière-plan, ce disque évident au sourire permanent semble n'avoir pas d'autre but que de vous mettre en joie sans niaiserie en tapant du pied, le tout unifié par la seule voix d'Emanuel Lundgren :



Voilà une musique modeste sans prétention nullement destinée à changer la face de la pop, mais qui célèbre avec pertinence la joie d'être là, ensemble. La force est-elle dans le groupe ("Come On" comme ils le chantent si bien) ?

Vaste question, mais on ne peut que leur souhaiter que ce recentrage payant ne leur ouvre les portes d'un public plus large. Lequel, s'il a de bonnes oreilles, ne pourra qu'élire leur galette comme un des disques officiels de "feel good music" du printemps... et au-delà !



Et en passant, ça m'apprendra à écouter trop vite un disque !

Tracklist :
1. Charlie Parker
2. Get In Line
3. Battleships
4. Always Spring
5. Can See Miles
6. Come On
7. Skipping A Beat
8. Dr. Landy
9. Game Is On
10. Forever Today

I'm From Barcelona. "Forever Today" (EMI Records/Virgin)
sorti le 21 mars

♥♥♥
à découvrir sur deezer et spotify
chronique sur hop blog et avis sur music story

I'm From Barcelona

samedi 19 mars 2011

POP BATTLE. The Dø vs Moriarty

Vu le (très relatif) calme questions sorties, profitons de la sortie récente quasi conjointe des nouveaux albums de deux groupes emblématiques de "la-scène-pop-française-avec-une-chanteuse-qui-chante-en-anglais" pour les opposer en un mini-match comparatif.

À ma gauche : le duo franco-finlandais The Dø, chouchou du public hexagonal et des gazettes indé depuis 2008, année du succès de leur premier LP "A Mouthful" (avec le multi-entendu On My Shoulders). À ma droite : le groupe franco-américain Moriarty qui revisite à sa façon les musiques patrimoniales des U.S.A : country, folk, blues and co...








Sur le papier, The Dø est celui des deux qui semblait partir avec une tête d'avance, fort des origines nordiques de sa chanteuse Olivia Merilahti, souvent synonymes de félicité pop mêlées d'expérimentation inventive (obligée depuis Björk?).

Il est vrai qu'on ne pourra pas reprocher au duo d'éviter de proposer un copié-collé du premier album "A Mouthful" (2008) quoique hétéroclite et généralement surcôté.

Sur ce deuxième opus on les entend qui tentent des choses, essayent d'éviter la reconduction d'une formule trop prévisible et les recettes pop radiophoniques, cherchant des chemins de traverse plus accidentés...


Encore faudrait-il qu'ils aient trouvé,
car cela ne débouche jamais sur un résultat probant et un univers musical cohérent. Juste l'impression d'un fourre-tout pop même pas vraiment expérimental, juste très décousu, plein d'embardées sans réelle décision artistique (pop tribale? dream pop évanescente?) et assez pénible sur la longueur car dépourvu de réelle grande chanson.

Du coup, votre appréciation dépendra surtout de l'effet qu'a sur vous la voix d'Olivia : soit vous supporterez son timbre suraïgu, soit vous serez exaspéré par les affèteries de femme-enfant de sa voix très en avant.



En fait, on prendra son (petit) plaisir dans les chansons les plus pop, quoique relativement anodines (les immédiates Too Insistent ou The Wicked & The Blind) en se désolant de ce non-album et en regrettant à l'écoute du seul titre réellement touchant, le "Dust It Off" d'ouverture, que le couple ait raté ainsi son incursion dans l'onirisme pop expérimental.

The ­Dø - Dust It Off


Un domaine où des groupes tels que CocoRosie, Seabear ou The Knife s'avèrent des modèles qu'ils auront du mal à égaler. D'ailleurs, en groupe largement surévalué, en auront-ils jamais les moyens ?

Tracklist :
1. Dust It Off
2. Gonna Be Sick!
3. The Wicked And The Blind
4. Too Insistent
5. Bohemian Dances
6. Slash Them All
7. Leo Leo
8. B.W.O.J.
9. Slippery Slope
10. The Calendar
11. Was It A Dream
12. Quake, Mountain, Quake
13. Moon Mermaids


The Dø. "Both Ways Open Jaws" (Wagram/Cinq Sept)

écoute intégrale sur Deezer et Spotify

"Dust It Off" sur la Playlist Hiver


Contre toute attente, on trouvera donc son plaisir dans un univers musical plus classique, mais pas sans séductions. Au moins, chez les franco-américains de Moriarty, pas de démarche pseudo-arty tournant à la prétention quand elle est dépourvue de résultat.

Comme sur leur premier album en 2007 "Gee Whiz But This Is A Lonesome Town" (avec le savoureux titre Jimmy), mais avec une liberté encore plus manifeste, le groupe franco-américain revisite avec un plaisir évident et une belle aisance les codes des musiques de l'Ouest, le vrai..

Ritournelle folk qui fleure bon la poussière des westerns (jolie Isabella), blues grasseyant à l'atmosphère humide (Dark Line In The Middle Of), folk rural aérien (Beasty Jane), ballade blues-rock intense à deux voix (Julie Gold's Candy Cane Tale) : un voyage à priori peu dépaysant tellement nous sommes familiarisés depuis des décennies avec ces sonorités.



Mais le tout est revisité avec tant de savoir-faire et d'inspiration, genre "artisan doué et partageur" qu'on aurait mauvaise grâce à bouder son plaisir.

Rien n'y manque
: violons, hamonica, superbes guitare dobro et guitare acoustique, et surtout la voix craquante de Rosemary Standley, notre guide au charme étrange qu'on ne quitte pas des yeux (oreilles) durant ce voyage aux images très cinématographiques.



De plus, le solide savoir-faire de Moriarty, même traditionnel, nous console de l'aspect Canada Dy d'une inodore scène folk française trop proprette (Cocoon, Lily Wood & The Prick, June & Lula, etc).

Plaisir modeste ? Peut-être, mais de quoi donner l'envie de se procurer un Stetson et de grimper sur le premier Jolly Jumper venu pour se consoler de la déception toujours pas digérée du pâle western "True Grit" des frères Coen. C'est déjà ça !

BONUS : leur version du "Enjoy The Silence" de Depeche Mode


Tracklist :
1. I Will Do
2. Isabella
3. Clementine
4. Where Is The Light
5. Beasty Jane
6. Serial Fields
7. How Many Tides
8. [ ]
9. Decaf'
10. Julie Gold's Candy Cane Tale
11. Mah-Jong
12. The Dark Line in The Middle Of
13. Roboto Oshii

Moriarty. "The Missing Room" (Air Rytmo) ♥♥
écoute intégrale sur Deezer et Spotify

autres chroniques sur Tasca Potosina et Des Chips et du Rosé

3 titres de Moriarty sur la Playlist Hiver

mercredi 1 décembre 2010

PETITS & GRANDS PLAISIRS EN EP. Cascadeur, Django Django, Iron & Wine, Owen Pallett

Après le léger coup de sang de la dernière fois, reprise d'une petite sélection musicale, cette fois-ci par le biais d'un rapide tour d'horizon des EP - il n'y a pas que les albums dans la vie - format qui permet à certains artistes de se faire connaître et à d'autres de rester dans l'actualité musicale.

Ce qui est le cas de l'hyper-actif canadien Owen Pallett. Violoniste prodige, compositeur-interprète, arrangeur (The Last Shadow Puppetts, Beirut), le jeune homme cumule beaucoup de casquettes et divise pas mal cette année la blogosphère à son sujet.

Artiste brillant déjà auteur du très remarqué (remarquable) "Heartland" en début d'année ou virtuose maniéré trop sûr de lui ?
Personnellement, je suis preneur de sa pop baroque orchestrée et sur "A Swedish Love Story", son EP sorti fin septembre, le musicien nous dévoile une face pop plus immédiate, moins conceptuelle que les longues pièces d"Heartland", plus électro aussi.

Ce qui n'empêche pas "Heartland" d'être à mes yeux un des albums de l'année.


Et je me régale toujours avec ses envolées de violon à la Andrew Bird (Scandal At The Parkade) et ses inflexions de voix si Beach Boys à la Brian Wilson, maître pop incontesté. Réjouissant de musicalité, limpide et acrocheur, offrez-vous ce court plaisir pop avant de statuer sur le sort de cet artiste rebelle aux étiquettes.
Owen Pallett. "A Swedish Love Story" (Domino Recordings) ♥♥♥ EP 5 titres en écoute sur spotify et deezer
Avec la bande d'énergumènes venus d'Écosse identifiés sous le nom de Django Django, c'est une autre affaire.

On ne sait trop comment appréhender ces excentriques à la production fort rare (deux singles depuis l'an dernier, même pas de EP, là j'ai triché un peu). Pour une musique au curieux mélange, entre rock sixties style Shadows et pop psyché barrée à la Beta Band avec choeurs inspirés très en place.

Un résultat assez séduisant et ludique comme en témoigne leur premier single paru l'an dernier, "Love's Dart" :


Mais il faut avouer que les petits Django Django feraient mieux de se méfier.

Car, malgré quelques médias que leur cas intéresse (merci Bernard, toujours Lenoir sur Inter), la présence de l'excellent titre "Storm" sur une compil Rough Trade et d'irrégulières visites à quelques festivals, à trop espacer leur production (pas d'album en vue et pas signés sur un label digne de ce nom), ils risquent fort de passer de la case "espoirs prometteurs" à "ex-vedettes indé" mort-nées avant même d'avoir existées.

Allez, on se bouge un peu les gars, et on espère avoir d'autres choses à écouter prochainement de plus consistant - en terme de quantités - que ce petit single 2 titres (Wor et Skies Over Cairo) néanmoins gouleyant, avec parfois ce goût de néo Devo ou B-52's.

Django Django. "Wor" ♥♥♥
2 titres en écoute sur spotify et Storm sur Rough Trade Counter Culture
Avec Iron & Wine, c'est autre chose. Derrière ce nom de groupe bien noté "Amérique locale", se cache l'auteur-compositeur Sam Beam que je pourrais qualifier de bon élève du folk indépendant et de l'Americana. Copain des Band of Horses, sorte de Bon Iver en moins torturé, sa carrière est jalonnée d'excellents disques, souvent aux réminiscences très Nick Drake (sa voix y fait fortement songer).
Et pour le dernier en date "The Shepherd's Dog" en 2007, il avait même agrandi sa palette musicale - blues, jazz et cuivres, parfois sous influence des Calexico
Le voilà qui, à l'occasion d'un EP "Walking Far From Home" se met aux sons électroniques, comme tout le monde ces temps-ci, railleront certains pour trois compositions assez attachantes. Manque à mes yeux un tout petit quelque chose, un peu de fantaisie peut-être pour m'emporter complètement.

Mais laissons-lui le bénéfice du doute, d'autant plus que le EP est annonciateur d'un nouvel album "Kiss Each Other Clean" à paraître en janvier prochain (on espère d'ailleurs un visuel plus gracieux). Et que le résultat s'avère tout de même plus audible que les récentes facéties saoûlantes de Sufjan Stevens.

Iron & Wine. "Walking Far From Home" (Warner)
♥♥ (♥) EP 3 titres en écoute sur grooveshark
chronique sur I Left Without My Hat


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Et, pour finir en beauté - et je pèse mes mots - voici un EP comme il en sort peu chaque année, et dont son auteur qui bénéficie déjà d'une côte d'amour grandissante justifiée, s'avère être ... un petit français.

En effet, venu de Metz comme Chapelier Fou, autre talent hexagonal en vue, Alexandre Longo, planqué derrière le pseudo de Cascadeur, se cache sur scène sous un casque de motard, comme les Daft Punk en leur temps. Manière de se protéger du public, ou moyen efficace de se distinguer et faire parler de lui ?
Qu'importe, tellement la beauté indéniable des quatre-cinq titres de "Walker", la chanson-titre en premier lieu, efface tout et balaye toutes les préventions qu'une telle démarche artistique pourrait éveiller.
"Walker" en live aux Francos 2010 :



Une pop lyrique illuminée par un piano triste, irradiée par une voix d'ange haut perchée et déroulant un tapis de mélancolie consolatrice à effet immédiat.

Ou, pour sortir les éternelles comparaisons musicales, des titres où se mêleraient la fougue vocale équilibriste de Jeff Buckley, le trouble d'un Robert Wyatt, la sensibilité d'un Antony & The Johnsons sans le pathos, ou les vertiges d'un Patrick Watson.
Et ce piano solitaire et désolé, aux notes bleu nuit, comme si Satie croisait les fantaisies électro des CocoRosie. Autant dire, tout un univers touchant et une poésie peu courante en France.
Et qui justifie l'emballement de la sphère média, des Inrocks aux Francofolies - il y est passé, idiot que je suis, je l'ai raté sans le savoir - même jusqu'à Europe 1.
Il va sans dire que la sortie de son premier album est fièvreusement attendue, et que, s'il s'avère d'aussi haut niveau que ce "Walker", l'avenir de Cascadeur promet d'être radieux.
Avouons qu'il fait bon succomber à la mélancolie émouvante de ces morceaux hypnotiques et ces paroles à la douleur apaisée. Comme chanté sur "Meaning" : "Someday, I'll understand the meaning of my life".

Même si on ne sort pas tout à fait indemne, voire tout chamboulé d'une chanson comme "Your Shadow", ma préférée, concourant déjà au titre de plus belle chanson triste de l'année, aux côtés de "Caramel" de John Grant ou "A Robbery" de Syd Matters.
 
Cascadeur est aussi soucieux de ses prestations scéniques, plutôt imagées et spectaculaires ajoutant un plus visuel à sa musique déjà évocatrice d'images en elle-même.
Foules sentimentales, indie pop ou non, Cascadeur est fait pour vous.


Cascadeur. "Walker" (Mercury/Universal Music) EP 5 titres en écoute sur Deezer et Spotify
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR
chroniques sur des chips et du rosé et sur artistic rézo


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Prévision de sortie du premier album "The Human Octopus" : février 2011

Avez-vous remarqué ? "Les Chroniques de Blake" en sont à leur centième billet... déjà ! Je me dois déjà de saluer les lecteurs, de passage ou réguliers, qui sont passés ici depuis mon arrivée sur le net en mars dernier. Le voyage est bien agréable avec vous, j'avoue.