À tout seigneur, tout honneur, voici l'un des films les plus authentiquement cultes du cinéma, et l'un de mes films fétiches : "La Nuit du Chasseur" de Charles Laughton.
Après une période difficile, la mère, Willa (Shelley Winters) fait la connaissance d’un fascinant prêcheur, Harry Powell (Robert Mitchum), hier compagnon de cellule du mari. Leur mariage est aussitôt célébré. Mais le faux pasteur n'est là que pour retrouver le butin et ce, par tous les moyens...
Film unique à tout point de vue et film maudit en raison de son insuccès en 1955, "La Nuit du Chasseur" fut longtemps laissé à la marge de l’histoire du cinéma.Ironie du sort, la postérité le place depuis plus d’une vingtaine d’années et à juste titre dans le trio de tête de tous les palmarès mondiaux du cinéma. Et sans conteste, c'est l'un des plus beaux films du monde.
Un destin d'autant plus surprenant pour ce film que son auteur, le grand acteur anglais Charles Laughton, eût bien du mal à concrétiser.Peu soutenu par les producteurs de United Artists, Laughton fit adapter - très fidèlement - l'unique et beau roman de l'auteur Davis Grubb par James Agee, grand scénariste porté sur la bouteille qui abandonna le scénario en route. Laughton le termina lui-même tant bien que mal. Mais déprimé en cours de tournage, il s'éclipsa momentanément.
La légende raconte que Robert Mitchum, contrairement à sa réputation de viveur cynique, reprit le projet, dont il avait compris la singularité artistique, le temps que Laughton se reprenne.Il aurait même mis en scène la fuite des enfants le long de la rivière, un des sommets du film.
Histoire séduisante, mais difficile à prouver de nos jours...
Mais peut-on vraiment expliquer un songe ?
On peut rappeler la composition véritablement hallucinante d’un Robert Mitchum inoubliable en prêcheur assassin, la trouvaille de ses mains tatouées "Love/Hate", ou saluer l’hommage au cinéma muet qu’est le film dans son aspect visuel.
D’où la présence de Lilian Gish, jadis icône du cinéma de D.W. Griffith, maître historique du muet américain.Pas un hasard non plus, si sa construction - l'opposition ville/corruption et campagne/pureté ou jour/bien et nuit/mal - se rapproche du chef-d'oeuvre de Murnau "L'Aurore" en 1922, bâti sur le même principe.
Et parsemé d'un humour certain : Mitchum avec ses "Chiiildren, Chiiildren" sonores et exagérés qu'il crie en poursuivant les enfants...
Pearl et John les enfants y sont comme les petits frères et sœurs d'Hansel et Gretel, pourchassés par un Prêcheur/Mitchum, ogre plus terrifiant - mais parfois grotesque comme un loup de dessin animé ! - que tous les Barbe-Bleue et sauvés par une Rachel/Lilian Gish, plus douce et rassurante que les bonnes fées de notre enfance.Cet univers de fable réussit mieux que retranscrire notre plaisir enfantin face aux livres d’images : il saisit cet état d’ambivalence de l’enfance elle-même.

Mais la grâce de "La Nuit du Chasseur" est d’aborder ces thèmes sombres par le moyen du symbole, de l’enchantement, de la poésie pure émanant de scènes de cauchemars sublimes, du charme vénéneux de l’onirisme.Visionnaire et envoûtante image de cette chevelure féminine ondoyant dans les flots sous-marins.
Sans oublier une utilisation originale des chants et de la musique : ainsi, quand le prêcheur et Rachel entonnent chacun de leur côté le même cantique "Leaning", dans un sens diabolique pour l'un et religieux pour l'autre.
Et que dire de la beauté de la chanson "Pretty Fly" qui accompagne les enfants dans leur fuite ? Un film d'une beauté rare et d'une richesse d'interprétation qui fascinera encore longtemps les cinéphiles.Et, paradoxe : de cette ode cinématographique à la nuit resplendit une lumière radieuse. Oui, vraiment, peut-on expliquer un songe ? Parfois, il ne vaut mieux pas...
Voilà. Vous êtes dans un monde magique. Vous êtes dans "La Nuit du Chasseur".
La Nuit du Chasseur (U.S.A., 1955). Réalisation : Charles Laughton. Scénario : James Agee, d’après le roman de Davis Grubb "The Night Of The Hunter". Chef-opérateur : Stanley Cortez (N&B). Musique : Walter Schumann. Production : Paul Gregory (United Artists). Durée : 93 mn.
En images, juste un extrait pour vous donner envie de (re)découvrir le film, sans en montrer trop non plus.Quelques titres : Quand la Ville Dort, Mortelle Randonnée, Le Grand Sommeil et bien sûr ... La Nuit du Chasseur (folio policier n°354, prix sans DVD : 7,70€).





















Remarquez qu'on y boit encore. Du coup, nous voilà bien renseignés, c'est sûr.











Un coup de génie du producteur J.J. Abrams et des créateurs Damon Lindelof et Carlton Cuse qui, avec leur mix azimuté de Robinson Crusöé, Le Prisonnier et La Quatrième Dimension ont remporté la palme de plus grands raconteurs de fariboles et embobineurs de spectateurs, désormais accros à leurs délires.



