mardi 18 mai 2010

LE COIN DES CLASSIQUES. La Nuit du Chasseur de Charles Laughton

Voici une nouvelle rubrique, prétexte à revisiter avec plaisir certains classiques.

À tout seigneur, tout honneur, voici l'un des films les plus authentiquement cultes du cinéma, et l'un de mes films fétiches : "La Nuit du Chasseur" de Charles Laughton.


Dans une petite ville américaine des années 30, Ben Harper (Peter Graves) le père de deux enfants, cache l’argent d’un hold-up et fait promettre à son fils John (Billy Chapin), seul à être au courant, de garder le secret de sa planque. Vite arrêté et jugé, Ben est condamné à être pendu.
Après une période difficile, la mère, Willa (Shelley Winters) fait la connaissance d’un fascinant prêcheur, Harry Powell (Robert Mitchum), hier compagnon de cellule du mari. Leur mariage est aussitôt célébré. Mais le faux pasteur n'est là que pour retrouver le butin et ce, par tous les moyens...
Film unique à tout point de vue et film maudit en raison de son insuccès en 1955, "La Nuit du Chasseur" fut longtemps laissé à la marge de l’histoire du cinéma.
Ironie du sort, la postérité le place depuis plus d’une vingtaine d’années et à juste titre dans le trio de tête de tous les palmarès mondiaux du cinéma. Et sans conteste, c'est l'un des plus beaux films du monde.
Un destin d'autant plus surprenant pour ce film que son auteur, le grand acteur anglais Charles Laughton, eût bien du mal à concrétiser.
Peu soutenu par les producteurs de United Artists, Laughton fit adapter - très fidèlement - l'unique et beau roman de l'auteur Davis Grubb par James Agee, grand scénariste porté sur la bouteille qui abandonna le scénario en route. Laughton le termina lui-même tant bien que mal. Mais déprimé en cours de tournage, il s'éclipsa momentanément.
La légende raconte que Robert Mitchum, contrairement à sa réputation de viveur cynique, reprit le projet, dont il avait compris la singularité artistique, le temps que Laughton se reprenne.
Il aurait même mis en scène la fuite des enfants le long de la rivière, un des sommets du film.
Histoire séduisante, mais difficile à prouver de nos jours...

J'envie réellement les bienheureux chanceux qui découvriront pour la première fois ce film ensorcelant. Un film au pouvoirs rare, un songe puissant qui convie le spectateur à toute la magie et la grâce d’envoûtement dont est capable le cinéma.
Mais peut-on vraiment expliquer un songe ?

On peut d'abord invoquer les fulgurances poétiques de ses images ciselées dans un noir et blanc expressionniste d’anthologie, travail sur l'ombre et la lumière admirable dû au chef-opérateur de génie Stanley Cortez, ex-collaborateur d'Orson Welles, au service d’un metteur en scène atypique, 55 ans à l'époque du tournage. Ce fut d'ailleurs son unique film en tant que réalisateur.
On peut rappeler la composition véritablement hallucinante d’un Robert Mitchum inoubliable en prêcheur assassin, la trouvaille de ses mains tatouées "Love/Hate", ou saluer l’hommage au cinéma muet qu’est le film dans son aspect visuel.
D’où la présence de Lilian Gish, jadis icône du cinéma de D.W. Griffith, maître historique du muet américain.
Pas un hasard non plus, si sa construction - l'opposition ville/corruption et campagne/pureté ou jour/bien et nuit/mal - se rapproche du chef-d'oeuvre de Murnau "L'Aurore" en 1922, bâti sur le même principe.

Mais le réduire à un exercice de style, fût-il d’exception, serait omettre son caractère ambivalent. Film féerique et onirique s’il en est, ce n’en est pas moins un film sur la cruauté et l’ambiguïté de la vie elle-même.

Un vrai conte de fées au climat inquiétant, adapté dans l’Amérique en crise des années 30. Un film au changement de ton permanent, débutant dans une ambiance insouciante à la Tom Sawyer, qui se poursuit comme un film noir effrayant et se termine comme une fable de Noël digne de "La Vie est Belle" de Frank Capra.
Et parsemé d'un humour certain : Mitchum avec ses "Chiiildren, Chiiildren" sonores et exagérés qu'il crie en poursuivant les enfants...

Pearl et John les enfants y sont comme les petits frères et sœurs d'Hansel et Gretel, pourchassés par un Prêcheur/Mitchum, ogre plus terrifiant - mais parfois grotesque comme un loup de dessin animé ! - que tous les Barbe-Bleue et sauvés par une Rachel/Lilian Gish, plus douce et rassurante que les bonnes fées de notre enfance.
Cet univers de fable réussit mieux que retranscrire notre plaisir enfantin face aux livres d’images : il saisit cet état d’ambivalence de l’enfance elle-même.
Lorsque l’enfant innocent découvre le monde, mélange de candeur émerveillée – ces visions cosmiques de la nature nocturne – et de prescience de tout le mal dont l’univers est empli – image saisissante de l'apparition quasi démoniaque du pasteur dans la lumière d'un réverbère.


Cette oeuvre inclassable pourrait être comme une parabole ensorcelante sur la pureté enfantine confrontée à bien des dangers : le mensonge du monde adulte, le mal, la perversité, la violence, la peur, la nuit, la mort.

Mais la grâce de "La Nuit du Chasseur" est d’aborder ces thèmes sombres par le moyen du symbole, de l’enchantement, de la poésie pure émanant de scènes de cauchemars sublimes, du charme vénéneux de l’onirisme.

Visionnaire et envoûtante image de cette chevelure féminine ondoyant dans les flots sous-marins.
Sans oublier une utilisation originale des chants et de la musique : ainsi, quand le prêcheur et Rachel entonnent chacun de leur côté le même cantique "Leaning", dans un sens diabolique pour l'un et religieux pour l'autre.

Et que dire de la beauté de la chanson "Pretty Fly" qui accompagne les enfants dans leur fuite ? Un film d'une beauté rare et d'une richesse d'interprétation qui fascinera encore longtemps les cinéphiles.

Et, paradoxe : de cette ode cinématographique à la nuit resplendit une lumière radieuse. Oui, vraiment, peut-on expliquer un songe ? Parfois, il ne vaut mieux pas...

Maintenant, écoutez cette petite voix fluette qui entonne la comptine "Pretty Fly" en descendant la rivière. Prêtez l’oreille aux sons de la nuit autour de vous. Contemplez la lune haut dans le ciel et le tapis infini d'étoiles qui s'offre à vous.

Voilà. Vous êtes dans un monde magique. Vous êtes dans "La Nuit du Chasseur".
La Nuit du Chasseur (U.S.A., 1955). Réalisation : Charles Laughton. Scénario : James Agee, d’après le roman de Davis Grubb "The Night Of The Hunter". Chef-opérateur : Stanley Cortez (N&B). Musique : Walter Schumann. Production : Paul Gregory (United Artists). Durée : 93 mn.
Avec : Robert Mitchum (Harry Powell, le prêcheur) ; Lilian Gish (Rachel Cooper) ; Shelley Winters (Willa Harper) ; Peter Graves (Ben Harper) ; Billy Chapin (John Harper) ; Sally Jane Bruce (Pearl Harper) ; James Gleason (Uncle Birdie).
DVD chez MGM/20th Century Fox.
En images, juste un extrait pour vous donner envie de (re)découvrir le film, sans en montrer trop non plus.
Rachel et le prêcheur chantent ensemble "Leaning" :
Bonne initiative : les Éditions Gallimard proposent dans leur collection folio policier une série de romans noirs en édition de poche ET le DVD du film adapté au cinéma, le tout pour moins de 10 €.

Quelques titres : Quand la Ville Dort, Mortelle Randonnée, Le Grand Sommeil et bien sûr ... La Nuit du Chasseur (folio policier n°354, prix sans DVD : 7,70€).
Vraiment, aucune raison de se priver...

vendredi 14 mai 2010

MUSIQUE. Mesdemoiselles chantent le folk, le rock, la pop, la bossa, and more...

Nouvelle petite sélection musicale : cette fois, un choix d'albums signés par des demoiselles, les publications d'artistes féminines se multipliant beaucoup ces temps-ci, et ce n'est pas pour me déplaire...

On débute avec un disque sorti fin mars dernier, "Origin of Stars", le premier album de Kyrie Kristmanson, jeune canadienne de vingt ans, aux lointaines origines islandaises, d'où son nom, qui fait preuve - déjà - d'une aisance musicale certaine.

Folk, pop, jazz : de sa voix gracile d'alouette, sur Birdsong ou Song X, par exemple, elle glisse en funambule d'un style à l'autre, signant un recueil de onze titres à l'atmosphère dépouillée, qu'on pourrait qualifier de folk néo-médiéval et mystique.

Si l'assurance de l'artiste en impose, cela n'empêche pas une certaine sécheresse générale du projet, sa virtuosité indéniable générant un ennui poli et peu d'émotion.
De l'allure, mais trop de maîtrise distanciée. Pour la suite, on souhaite qu'elle se débride un brin...

Kyrie Kristmanson. "Origin of Stars" (No Format) en écoute sur Spotify et sur son Myspace

"Song X" en live sur Le HibOO.com :


Changement de décor avec "Grey Oceans", le quatrième opus du duo des excentriques soeur Bianca & Sierra Cassidy, les CocoRosie, chouchous de la scène néo-folk branchée depuis 2004, l'année de leur premier album "La Maison de mon rêve".

Si les demoiselles devaient sortir d'un film, ce serait "Les Enfants Terribles" de Melville, d'après Cocteau, tellement les deux soeurs semblent perpétuer, dans leurs comptines bricolo-ludiques (mêlant folk, sons hip-hop et avant-garde sonore), un état d'enfance permanent entre émerveillement magique et refus de grandir.
Un album-cocon bâti autour du piano où les mélodies étranges portées par la voix chuchotée de Bianca inspire dans les meilleurs moments (Lemonade, Hopscotch ou le morceau-titre Grey Oceans) une séduction certaine.

Pour le reste, pour peu qu'on supporte ou pas leur démarche arty voyante et des affèteries sonores souvent inutiles, on peut, selon l'humeur, succomber au charme de leur univers original, ou au contraire, être singulièrement agacé et rester à la porte en boudant.

J'oscille donc entre ces deux avis, selon les écoutes successives de ce "Grey Oceans", desservi de plus par une pochette d'une laideur et d'un aspect éminemment répulsif sur lesquels tout le monde, presse ou web, semble d'accord !

CocoRosie. "Grey Oceans" (Pias) ♥ en écoute intégrale sur Deezer



Avec le disque suivant, "As Days Follows Night", retour à une formule plus classique : une jolie voix et des mélodies caressantes serties dans des arrangements soignés.
Avec cet album, le premier à nous parvenir - et troisième pour elle -, l'australienne Sarah Blasko nous propose une collection de chansons intimistes portées par sa voix joliment voilée, qui ne manque pas de charme.

Le seul problème étant qu'il fait immanquablement penser à celle de la suédoise Anna Ternheim, dont elle partage en plus le même producteur-arrangeur, le stylé Björn Yttling spécialiste des cordes, du trio Peter, Bjorn & John. Une proximité qui ne joue pas trop en sa faveur, les chansons de la suédoise étant plus fortes et plus troublantes.

Mais cette légèreté et l'efficacité pop de certains titres (Hold On My Heart, All I Want) délivrent au bout du compte un album estimable, quoique trop policé.
Ne lui reste plus qu'à s'affranchir de cette référence pour se construire sa propre identité.

Sarah Blasko. "As Days Follows Night" (Dramatico) ♥ en écoute sur son Myspace


La dernière Miss, elle, ne manque pas vraiment de caractère.
Sur son troisième album, "Last Venus Resort Place Hotel", la brésilienne Cibelle, auteur(e) d'une emballante fusion electro-bossa nova depuis son excellent premier disque en 2004, nous propose le concept suivant : enlevée par des extra-terrestres (!), elle est devenue porteuse d'un message du style : "la fin du monde arrive, il faut en profiter avant de disparaître".

Concept étrange un brin fumiste, prétexte à un voyage tropicalo-cosmico-exotique.
Où elle se rêve en déesse rétro futuriste, genre Sheena de la Jungle, lointaine diva exotique à la voix soyeuse, qui chanterait pour les étoiles (Lightworks).
Dépaysante en diable, la traversée aurait pu être encore plus azimutée, vu la liberté que ce genre de projet ouvre.

Mais le charme de sa voix et la qualité musicale des accompagnateurs, et les ambiances assez variées du projet procurent un plaisir certain à cette "Indie Brasilian Pop" recommandable, qui donne des envie de voyages.

Cibelle. "Last Venus Resort Palace Hotel" (Crammed Discs) ♥ en écoute intégrale sur Deezer

La vidéo de "Lightworks" :

Comme d'habitude, à vous de vous faire votre avis sur les forfaits musicaux des ces dames en les écoutant grâce aux liens proposés. Bon (s) voyage (s) !

mardi 11 mai 2010

RADIO. La musique au scalpel. "Système disque" de Valli

Vous voulez échapper à l'eau tiède musicale dont les radios nous inondent et entendre une vraie tribune musicale passant en revue l'actualité du disque ? Les amateurs doivent déjà connaître le rendez-vous du vendredi soir sur France-Inter sur "Système Disque" entre 22h et 23h.
Une petite heure d'échanges variés, parfois divergents, entre chroniqueurs, journalistes et rédacteurs de la presse musicale française. Qui analysent, dissèquent - et parfois enterrent ! - trois albums différents par semaine.
Une émission menée surtout tambour battant avec fraîcheur et dynamisme par la plus française des américaines, la sympathique Valli. Vous vous souvenez bien de Valli ? La chanteuse du duo éphémère Chagrin d'amour, auteur du tube pré-rap "Chacun fait c'qui lui plaît", à l'aube des années 80.
Par égard pour les jeunes générations, on leur épargnera l'écoute de la chanson, mais la pochette d'époque rappellera bien des souvenir aux plus anciens...

Tout ça, c'est du passé. Depuis longtemps reconvertie en animatrice, d'abord sur Europe 2, l'ex-chanteuse pop eighties est une vraie amoureuse de musique.
En témoigne donc son émission, à l'antenne d'Inter depuis 2001 et vraiment pertinente depuis qu'elle l'a transformée en tour d'horizon hebdomadaire sur le modèle du "Masque et la Plume", en version réduite et consacrée à l'actualité musicale.
Qui ne laissera personne de côté, grâce à son choix large, entre artistes confirmés et jeunes pousses, chanson française et rock indépendant, nouveaux buzz musicaux hyper-tendance ou gloires sur le retour.
Un choix élaboré avec les programmateurs maisons sous l'égide de Bernard Chérèze, directeur musical de la station.

Drôle, vive et enjouée, tout le charme de Valli n'est pas de trop pour concilier les avis souvent très antagonistes des critiques. Un panel de chroniqueurs tournant souvent, donc sans risque de lasser l'auditer, et puisé dans les musicaux branchés Magic, Inrocks, Vox-Pop ou les généralistes Libé, Le Figaro, L'Express.
... Où se confirme que l'avis d'un critique, même spécialisé, reste un avis SUBJECTIF, dépendant de l'âge, de la culture musicale, des racines culturelles, de sa sensibilité en général...

[Donc, c'est tout à fait normal qu'à chaque fois que s'exprime le très énervant Gilles Verlant, pourtant excellent biographe de Gainsbourg, à l'écoute de sa mauvaise foi et son contre-snobisme musical limite démagogique, j'ai quasi l'envie de casser mon poste ? ]





Allez, on se calme, et on se réjouit qu'en amateurs de musique, on puisse entendre de vrais avis critiques stimulantes et pas seulement l'habituel ronron promotionnel.

Si le coeur vous en dit, n'hésitez pas à réagir par mail à l'émission : l'ayant fait plusieurs fois, j'ai eu le plaisir - et la dernière fois pas plus tard que la semaine dernière - d'avoir une réponse de Valli elle-même. Une disponibilité et une interactivité qui renforcent de fait la proximité avec ses auditeurs. À signaler : pas d'émission ce vendredi, la prochaine le vendredi 21 mai.

Bon, j'avoue, je l'aime beaucoup, Valli, avec son accent craquant. Ça marche toujours, les accents...

"Système disque" par Valli le vendredi de 22h à 23h sur France Inter : vous trouverez ici le site de l'émission avec le podcast de l'émission précédente


Allez, je craque : un petit coup de
Chagrin d'Amour, pour tous les ex-enfants des années 80. Et Valli est mille fois mieux de nos jours, d'ailleurs...

vendredi 7 mai 2010

CINÉMA. Les marivaudages coréens de Hong Sang-soo

On reste encore un peu dans l'ambiance cannoise de la précédente chronique. En effet, sera bientôt projeté dans la sélection Un Certain Regard, le dernier film du cinéaste coréen Hong Sang-soo, nommé "Ha Ha Ha", un titre pas difficile à traduire, au moins.

Alors que son opus précédent, "Les Femmes de mes amis", est sorti tout juste cette semaine sur les écrans français. Mystères de la distribution, car c'est un film que j'ai pourtant pu voir il y a presque un an sous un titre anglais "Like You Know It All", fin juin 2009 dans ce festival dont je vous ai déjà parlé.

L'entrée en matière avait en plus un écho certain dans ce contexte festivalier, l'argument du film étant l'arrivée de Ku, réalisateur de films d'auteur, dans un festival d'art et essai comme membre du jury. Peu motivé par sa tâche, perdu affectivement, s'endormant aux projections (ça, c'est du vécu, je vous le dis), il renoue avec un ancien camarade et rencontre ensuite la femme de celui-ci.

Hong Sang-soo est un drôle d'oiseau, un cinéaste nourri à la nouvelle vague française (Bresson, Rohmer surtout) et fort travaillé par les histoires d'amour chaotiques, souvent à trois personnages, le sexe et l'alcool.
En effet, les scènes alcoolisées reviennent régulièrement dans le cinéma funambulique et burlesco-mélancolique de ce coréen taciturne, comme dans "La Femme est l'avenir de l'homme" dont je me rappelle bien les scènes de beuveries homériques des deux personnages principaux.

"Les Femmes de mes amis" est du même tonneau (hum), à l'évidence d'inspiration autobiographique quoique d'un ton plus léger. Le cinéaste, par l'intermédiaire de son double, joué par le réjouissant acteur Jung-woo Ha, ne se fait pas de cadeau, se montrant comme un artiste très égotiste, amer de ne pas être devenu un réalisateur-star, s'adonnant à la boisson et affectivement plutôt immature.

J'avoue que le film fait souvent mouche avec ce anti-héros dépassé par le monde (scènes drôles et bien vues où on le voit tenter, sans succès, d'expliquer son cinéma à des étudiants manifestement pas convaincus) ou dans sa critique non voilée des défauts d'un micro-milieu spécialisé, auteurs, critiques et directeurs de festivals inclus.

Même si tout cela tourne un peu en rond et peine à maintenir l'intérêt, en se perdant dans les affres sentimentales, morales et maritales du trio vers la fin. Des scènes un peu longuettes, comme le film qui fait sans doute vingt minutes de trop.
Tous les films de Hong Sang-soo (ou Hang Sangsoo, ça dépend des écoles et, non, je ne parle pas le coréen) racontent d'ailleurs plus ou moins la même histoire, celle d'artistes souvent inadaptés, nostalgiques, maladroits en quête d'affection et se raccrochant le plus souvent à leurs bouteilles pour se consoler.

C'est bien pour un auteur d'avoir un univers mais encore mieux pour les spectateurs de ses films de penser à le renouveler un peu. Peut-être avec le prochain, ce "HaHaHa" cannois ? Quel titre, je ne m'y fais pas.

"Les Femmes de mes amis" (ex-Like You Know It All) (Corée du Sud, 2009). Réalisation : Hong Sang-Soo. Durée : 126 mn. Avec Jung-woo Ha, Ko Hyeon-jeong, Tae-woo Kim. Sorti depuis le 5 mai.
La bande-annonce du film :
Et, impatients que vous êtes, voici pour vous une photo en avant-première de "Ha Ha Ha" :
Remarquez qu'on y boit encore. Du coup, nous voilà bien renseignés, c'est sûr.

mercredi 5 mai 2010

FESTIVAL. Le Barnum de Cannes

Le joli mois de mai, c'est le mois du muguet, des jours fériés et des ponts - quoique cette année, ils tombent mal ! - et surtout, pour tous les cinéphiles, celui du Festival de Cannes.

D'ici à peine une petite semaine donc, tous les médias planteront leurs chapiteaux voyants sur la Croisette et braqueront leurs gros yeux avides sur Cannes qui deviendra le centre absolu du monde pour eux pendant douze jours.

Douze jours qui devraient en théorie réjouir les amoureux des salles obscures, mais avouons que cela fait bien des années (pas depuis le début quand même ?) qu'on n'y parle plus vraiment de cinéma et que le Festival est devenu une vitrine tapageuse et bruyante, vampirisée par des people et des pseudo-célébrités en manque de bains de foules.

Relayée par des médias obsédés par de grasses audiences - l'omniprésente Canal + en tête avec les rituelles Cérémonies d'ouverture et de clôture - la Fête est devenue un cirque nouveau riche surexposé, souvent obscène et peu propice aux critiques, découvertes et emballements cinéphiles.

"Le Grand Journal"
du transparent passe-plat Michel Denisot sur Canal étant l'émission qui couvrira quotidiennement l'événement, on y jettera quand même un oeil, ainsi que le plus rigoureux "Journal de la Culture" sur arte.
Mais j'essaierai d'éviter soigneusement toute autre chaîne, pour échapper au robinet à "peopleries glamoro-vulgaro-exhibo-auto-satisfaites".

À part ça, quelles réjouissances au programme pour cette édition présidée par le grand enfant Tim Burton ? À première vue, cette année, une sélection plus recentrée sur la vraie cinéphilie, pure et dure. Plutôt bien vu, Messieurs Thierry Frémaux et l'inamovible Gilles Jacob.

Au hasard de la Sélection Officielle et Un Certain Regard, les nouveaux films de réalisateurs de haut vol : Takeshi Kitano, Bertrand Tavernier, Manoel De Oliveira, Hong Sang-soo, Mike Leigh, Alejandro Gonzales Inarritu, Abbas Kiarostami avec Mrs Juliette BinÔÔche, Lee Chang-Dong, Xavier Beauvois, Apichatpong Weerasethakul (mais non, c'est facile à prononcer).

Sûr que les 20h de TF1 ou de France 2, pour leur audimat, préfèreront recevoir Russell Crowe pour "Robin des Bois" ou un Michaël Douglas surbotoxé pour "Wall Street, 22 ans après", ou encore le petit film d'un petit nouveau, Woody Allen.
J'ai noté la sélection du dernier Godard (ah, il était pas mort, le Jean-Luc?), "Vie Socialisme" (une comédie familiale, certainement ?) qui, si le cinéaste suisse est présent, brisera sans doute le ronron médiatique.
Prometteurs aussi, le film "Carlos" d'Olivier Assayas, version ciné d'une série télé sur le terroriste, hein, pas le chanteur de Big Bisou ! ;
les nouvelles oeuvres des très doués Lodge Kerrigan (réalisateur de Keane) ; "Rebecca H." produit par la française Sylvie Pialat avec un casting frenchy également, Géraldine Pailhas et Pascal Greggory ;
"Kaboom" ou les premiers émois sexuels de jeunes étudiants vus par le no future destroy Gregg Araki (réalisateur de Mysterious Skin) ;
ou encore "Tamara Drewe", l'adaptation à l'écran d'une B.D. de Posy Simmonds par le very british Stephen Fears, qu'on ne présente plus.
Et même, plus surprenant à Cannes, "Chatroom", le dernier-né tourné aux U.S.A du japonais Hideo Nakata, l'auteur des cultissimes films "Ring" et "Dark Water". Un film fantastique plutôt prometteur, sur le papier.
Un autre événement qui ferait - presque - regretter de ne pas être sur La Croisette, c'est La Leçon de Cinéma dispensée par le maître Marco Bellochio, dernier grand metteur en scène de l'âge d'or du cinéma italien.
Comme chaque année, on se résignera donc à suivre l'actualité Cannoise, pourvoyeuse de futures réjouissances - ou déceptions - cinéphiliques, une partie de la sélection étant visible en salles au même moment. (Et le reste, je le verrai dans un Festival en juillet qui se tient dans une ville dont vous devriez deviner le nom, non ? cherchez donc dans mes bafouilles précédentes)
Ouverture du cirque, donc, le 12 mai à 19h.
Voici la liste complète de la Sélection Officielle :
ANOTHER YEAR de Mike LEIGH
BIUTIFUL
de Alejandro GONZÁLEZ IÑÁRRITU
COPIE CONFORME de Abbas KIAROSTAMI
DES HOMMES ET DES DIEUX de Xavier BEAUVOIS
FAIR GAME de Doug LIMAN
HORS LA LOI de Rachid BOUCHAREB
LA NOSTRA VITA de Daniele LUCHETTI
LA PRINCESSE DE MONTPENSIER de Bertrand TAVERNIER
ONCLE BOONMEE CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTÉRIEURES (LUNG BOONMEE RALUEK CHAT) de Apichatpong WEERASETHAKUL
OUTRAGE de Takeshi KITANO
POETRY de LEE CHANG-DONG
RIZHAO CHONGQING de WANG XIAOSHUAI
MON BONHEUR (SCHASTYE MOE) de Sergei LOZNITSA
UN GARCON FRAGILE-LE PROJET FRANKENSTEIN (SZELÍD TEREMTÉS-A FRANKENSTEIN TERV) de Kornél MUNDRUCZÓ
THE HOUSEMAID de IM SANG-SOO
TOURNÉE de Mathieu AMALRIC
UN HOMME QUI CRIE de Mahamat-Saleh HAROUN
L'EXODE, SOLEIL TROMPEUR 2 (UTOMLYONNYE SOLNTSEM 2, PREDSTOYANIE) de Nikita Milkhakov
Les films Hors Compétition :
L'AUTOBIOGRAPHIE DE NICOLAS CEAUSESCU (AUTOBIOGRAFIA LUI NICOLAE CEAUSESCU) de Andrei UJICA
CARLOS de Olivier ASSAYAS
KABOOM de Gregg ARAKI
L'AUTRE MONDE de Gilles MARCHAND
ROBIN DES BOIS (ROBIN HOOD) de Ridley SCOTT
TAMARA DREWE de Stephen FREARS
THE TREE (L'ARBRE) de Julie BERTUCCELLI
WALL STREET, L'ARGENT NE DORT JAMAIS (WALL STREET, MONEY NEVER SLEEPS) de Oliver STONE
YOU WILL MEET A TALL DARK STRANGER de Woody ALLEN

Pour les autres sélections (Un certain Regard, la Quinzaine des Réalisateurs, la Caméra d'Or, la Semaine de la Critique) ou la liste des membres des divers jurys, un petit effort, à vous d'aller consulter le site officiel du Festival ici
et également le site de l'inévitable Canal+ riche en exclusivités, avouons-le et encore la page spéciale Cannes sur arte.tv
On se quitte avec l'affiche officielle de cette 63ème édition. Tiens donc, mais c'est encore Mrs Juliette BinÔÔche.
Et Cannes, ça vous inspire quoi, vous ?

lundi 3 mai 2010

PETIT ÉCRAN. On a retrouvé Lost...

Pour la chronique de ce jour, j'hésitais un peu entre un billet cinéma (mais trop peu de films vus et intéressants) ou musique (on y reviendra)...

Mais, un petit tour dans les programmes TV m'a soudain imposé le sujet de ce lundi : l'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune - au moins - : Alleluia ! La saison finale de LOST est enfin diffusée cette semaine !

Vous ne vous rendez pas compte à quel point c'est important : six ans de naufragés perdus sur une île, de luttes fratricides entre les rescapés du vol Océanic 815 (Kate, Jack, Sawyer, Locke & cie) et "les autres" (le machiavélique Ben, Richard, Jacob) ; six ans de voyages-surprise dans le temps, de miracles et de disparitions, de chiffres maudits, de fumée noire et de "projet Dharma" ; six ans de questions insolubles, d'hypothèses métaphysiques, d'embrouillaminis scénaristiques et de retournements acrobatiques de dernière minute... vont bientôt prendre fin, au terme de ces dix-huit et ULTIMES épisodes.

Ne riez pas, l'heure est grave, et on a presque peur de reprendre contact avec cette série, sachant que ce sera ... LE DERNIER.

Quelqu'en soit le dénouement - et on espère qu'il sera vraiment à la hauteur - c'est depuis longtemps déjà une des séries les plus cultes et mémorables que la télévision américaine ait jamais produite.

Un coup de génie du producteur J.J. Abrams et des créateurs Damon Lindelof et Carlton Cuse qui, avec leur mix azimuté de Robinson Crusöé, Le Prisonnier et La Quatrième Dimension ont remporté la palme de plus grands raconteurs de fariboles et embobineurs de spectateurs, désormais accros à leurs délires.

Je me moque, mais... j'en fais bel et bien partie, même si j'ai failli la quitter à mi-parcours, agacé par trop de questions sans réponses et l'impression (fausse ?) que les scénaristes improvisaient à vue sans savoir où les conduisaient leurs divagations.
Pour devenir ensuite encore plus fan, grâce aux brillantes et inventives 4ème et 5ème saisons. Donc, n'allez pas venir me déranger mercredi vers 23 h, sinon je me fâche...

Quant aux impatients qui sont peut-être déjà allés chercher la réponse à leurs questions en visionnant la saison 6 sur le web : SURTOUT, NE ME DITES RIEN !

Blague à part, cette série-phénomène est un réservoir d'aventures, de suspense, de fantastique, de science-fiction, et de surprises narratives décidément inépuisable.

En plongeant dans cet univers feuilletonesque, ce monde d'énigmes créant ses références et sa propre mythologie, peuplé de ces personnages égarés qui se débattent dans l'espace et le temps, on a bien affaire à une machinerie diabolique qui emballe l'imagination et nous fait retrouver notre âme d'enfant prêt à tout avaler.

Tout, puisque dans "Lost", vraiment TOUT, peut arriver.... Que demander de plus ?

"Lost, saison 6" : 18 épisodes diffusés à partir du 5 mai sur TF1 vers 23h, avec deux épisodes par soirée. Détail à noter : alors que sa diffusion aux États-Unis n'est pas encore terminée...

La bande-annonce originale de Lost, saison 6 sur ABC :



P.S : On se retrouve peut-être dans 9 semaines pour pleurer la fin de la série/se réjouir d'un dénouement génial/râler contre une conclusion décevante/pester contre un final incompréhensible ou bâclé (rayer les mentions inutiles)... Pour prolonger l'aventure, surtout....

le site de Lost sur TF1

Lostpédia, l'espace Lost sur Wikipédia

le site officiel américain sur ABC