mardi 14 septembre 2010

ADIEU. La mauvaise blague de Chabrol

Je m'étais dit récemment : "Allez, j'arrête de leur (vous) parler des disparus du cinéma, ou sinon ce blog se transforme pour de bon en journal funèbre".

Mais la série noire continue de plus belle : ce vieux renard rigolard de Claude Chabrol ("Cha-Cha" pour les intimes) nous a quittés dimanche sans crier gare. Alors, tout de même, un rapide salut au plus balzacien des cinéastes français :

Pour m'éviter la tâche de rappeler son parcours, arte s'est fort bien chargé en 4 minutes chrono de résumer, à l'adresse des amnésiques et des martiens, sa carrière bien remplie :


Chabrol, malgré tous les clichés qui suivent, ce n'était pas juste un cinéaste qui :

- aimait le bon vin et la bonne chère, comme l'oncle Alfred H.
- fumait la pipe en toisant le monde de son regard de hibou moqueur (plus jeune, c'était la cigarette)
- choisissait les lieux de tournage de ses films en fonction des restaurants
- racontait sur les plateaux de télé des (bonnes et moins bonnes) blagues en partant d'un gros rire sonore
- en staknanoviste de la pellicule, alignait autant de grands films que de splendides navets (liste longue dans les deux cas)
- adorait vicieusement la télé, surtout les jeux les plus stupides

... c'était aussi :
- un grand critique : sans lui et ses copains Truffaut-Rohmer, on passait à côté du génie d'Hitchcock
- un homme qui vouvoyait toujours Isabelle Huppert, malgré sept films tournés ensemble
- un metteur en scène qui n' a jamais reçu aucun César ou prix à Cannes ...
- un des meilleurs adaptateurs à l'écran de Simenon dont il captait bien l'atmosphère
- un cinéaste qui assumait être devenu le représentant d'un cinéma français classique après avoir débuté comme "jeune turc" de la Nouvelle Vague,
- un ami intime de Truffaut dont il évoquait le souvenir avec pudeur
- un moraliste caché derrière son masque de cynique vachard
- un anarchiste dans la peau d'un bourgeois (ou bien alors l'inverse ?)
- malgré son image de bon vivant, un auteur qui a signé parmi les films les plus féroces, inquiets et sombres du cinéma *
* dont mes préférés à moi sont : La Femme Infidèle, Le Boucher, Les Fantômes du Chapelier, La Cérémonie
- surtout un cinéphile/cinephage/cinévore/cinémalade de cinéma.
Écoutez-le détailler quelques souvenirs cinéphiles de son panthéon le plus intime ... pour changer, pas de Hitchcock ou Lang, mais des Mizoguchi ou des Anthony Mann à redécouvrir :
On ne lui en voudra pas trop d'avoir eu une fin de carrière mollassonne plutôt en pilote automatique.
D'ailleurs, les cinéastes ont rarement une fin de parcours au niveau de leurs meilleures années ...
Ici, évoquant avec franchise ses "navets volontaires" :
Salut "Cha-Cha"...
Petit sondage : et vos films préférés à vous du gars Claude, ce serait lesquels ?
Oui, oui, je suis curieux...

vendredi 10 septembre 2010

MUSIQUE. Syd Matters dans le grand bain

Premier grand disque de cette rentrée, le "Brotherocean" des Syd Matters avait déjà dévoilé une partie de ses beautés à ceux qui, le printemps dernier, avaient découvert avec enthousiasme le EP 4 titres "Hi Life" déjà évoqué ici.

En premier lieu le magnifique morceau-titre, avant-goût prometteur d'un album dont on espérait bien qu'il serait brillant :



Après plusieurs écoutes minutieuses, passée une certaine appréhension - on a cru être déçu au début, vu qu'on connaissait déjà le EP - "Brotherocean" s'avère bien être la réussite escomptée et le point culminant de sa jeune discographie.

Peaufinant son impeccable folk-pop sous influence anglo-saxonne (bien sûr Pink Floyd de la période Syd Barrett des débuts) le discret Jonathan Morali a réussi, dans un paysage sonore français le plus souvent indigent, à construire en quatre albums dont une B.O. un parcours musical d'une belle intégrité.

Mais avec ce cinquième disque, il franchit encore un palier supplémentaire en termes de song writing et de production. Et surtout, l'irruption évidente d'une notable allégresse pop et de rythmes variés donne d'indéniables couleurs à la mélancolie fondamentale de ses compositions dont "Ghost Days" en 2008 représente l'apogée, mais qui pouvait à l'occasion engendrer un peu de monotonie, absente ici.

Richesse des arrangements électro-folk, variété instrumentale (claviers, pianos, guitares, claquements de mains) et surtout omniprésence réjouissante des voix. Comment qualifier l'admirable travail opéré sur les choeurs - souvent ludiques, oui, oui ! - sur ce disque, qui accompagnent toutes les sinuosités, méandres et bifurcations de mélodies complexes dans lesquelles pourtant jamais on ne se perd ?

Des exemples ? "Hi Life" audible en boucle sans lassitude, le mélange électro folk aux choeurs tournoyants d"Halalcsillag", la douce mélancolie du superbe "A Robbery", la ballade folk obsédante "I Might Float", et... et... on citerait tout l'album.


Disque aquatique, ondoyant et fluctuant, inspiré par la découverte de Morali des joies de la baignade en mer, "Brotherocean" n'a rien à envier au meilleur de la production anglo-saxonne.

Production passée : le monde océanique de "Brotherocean" évoque l'univers du vétéran génial Robert Wyatt, période "Rock Bottom". Production actuelle : on songe parfois au petit génie Loney Dear, et surtout à Radiohead : splendides "Lost" ou "Rest" qu'auraient pu écrire un Thom Yorke apaisé, mais aussi production à venir.








Car il est évident qu'avec un disque si maîtrisé et cohérent, l'avenir de Morali et de ses compères musiciens qui donnent vie à l'entité "Syd Matters", devrait dépasser les frontières hexagonales. On le lui souhaite, surtout quand on apprend qu'il a récemment rencontré Nigel Godrich, LE Nigel Godrich producteur de Radiohead, qui connaissait d'ailleurs déjà bien son travail.

Quel que soit son destin, on se réjouit du voyage sonore de haute tenue que nous réservent ses rêveries musicales aux humeurs changeantes, entre noirceur et luminosité.
Où l'auditeur se régale, naviguant entre spleen joyeux et euphorie de la mélancolie. Si, c'est possible, et ce n'est pas le moindre des mérites de cet album de marier les paradoxes à ce point.

Seule réclamation : Mr Morali, pourquoi donc le titre "Shore" qui clôturait le EP "Hi Life" ne figure-t-il pas sur l'album ?

D'abord, parce que c'est mon titre préféré. Ensuite parce qu'il est sublime : mélodie, choeurs, climat en apesanteur, un vrai bijou malheureusement plus audible sur deezer ou spotify. Mystères non élucidés de l'édition discographique.

Tracklist :
1. Wolfmother
2. Hi Life
3. Halalcsillag

4. A Robbery
5.
We Are Invisible
6. River Sister
7. Lost
8. Rest
9. I Might Float
10. Hadrian's Wall

Syd Matters. "Brotherocean" (Because Music) sorti le 30 août
COUP DE COEUR ♥♥♥♥♥
"Brotherocean" en écoute sur spotify et deezer

Version collector avec 2 bonus inédits : "Ocean Soul" et "One By One" disponible sur la fnacLienchroniques sur Hop Blog, La Musique à papa et article sur les Inrocks

Le groupe en virée à Bruxelles interprète "I Might Float" :


Syd Matters

Syd Matters sur MySpace

jeudi 9 septembre 2010

Memory Of The 80's (6). JOHN LENNON & MARTIN GORE

Mon habituel retour en arrière de la semaine ne nous fera rien redécouvrir d'oublié ce coup-ci tant il a pour objet une icône absolue de la pop, et une autre plus récente cachée derrière. Il nous ramène au funeste évènement qui a ouvert le tout début de la décennie 1980 et anticipe en même temps, avec trois mois d'avance, sur celui qui viendra en fin d'année.

Je vous explique tout de suite : le 8 décembre prochain sera le jour commémoratif de la mort tragique de John Lennon voilà 30 ans.

Je suis loin d'être un adepte des hommages officiels, mais l'occasion est bonne de saluer, avec un peu d'avance, la figure d'une légende essentielle de l'histoire de la musique, et de l'histoire tout court.

Cachée au creux de l'album "Imagine" de 1971, derrière "Jealous Guy" et l'écrasante chanson-titre, "Oh My Love" est une chanson très intime du répertoire de John, témoignant de son épanouissement intense durant cette période faste du couple John-Yoko.
Malgré le dépit des fans en deuil des Beatles, une déclaration d'une franchise et d'une limpidité finalement assez touchantes :

Une fois n'est pas coutume, en voici même la traduction française :

Oh mon amour pour la première fois de ma vie, mes yeux sont grand ouverts /Oh mon amante pour la première fois de ma vie, mes yeux peuvent voir

Je vois le vent, Oh je vois les arbres, Tout est clair dans mon coeur /Je vois les nuages, Oh je vois le ciel, Tout est clair dans notre monde

Oh mon amour pour la première fois de ma vie, Mon esprit est grand ouvert /Oh mon amante pour la première fois de ma vie, Mon esprit peut ressentir

Je ressens la peine, Oh je ressens les rêves, Tout est clair dans mon coeur /Je ressens la vie, Oh je ressens l'amour, Tout est clair dans notre monde.

Dépouillé musicalement et désarmant de simplicité, le morceau est plus essentiel qu'il n'en a l'air, comme la majorité des oeuvres de Lennon d'ailleurs. Mais j'ai bien conscience de ne rien vous apprendre de nouveau à ce sujet.

Avouons que j'ai vraiment redécouvert ce bijou lennonien à la faveur de la reprise respectueuse et personnelle à la fois qu'en a signé Martin L. Gore sur son "Counterfeit 2" en 2003.

Pilier artistique essentiel de Depeche Mode, je tiens le p'tit Martin pour un des meilleurs song writers contemporains et parmi un des mélodistes les plus importants et les plus doués de ces trente dernières années. En tout cas, l'âme créatrice centrale et tourmentée de Depeche Mode.

"DM" ou le plus digne des dinosaures eighties encore en activité, (bientôt 30 ans d'existence, 12 albums studio). Une des plus emblématiques et populaires formations new wave et un groupe dont l'électro pop existentielle et les compositions brillantes de Gore portées par la voix sombre de Dave Gahan m'accompagnent bon an mal an, depuis toujours.


Même si la connexion Beatles/Depeche Mode ne s'impose pas à première vue, sa version synthétique, planante et émue de la chanson - qu'on pourrait prendre pour une composition Depeche Modienne - me séduit peut-être encore plus que l'original, et pourtant c'est un fan des Fab Four qui vous parle :

Ses deux albums de reprises, les "Counterfeit" 1 et 2, sont deux espaces discographiques où, entre deux livraisons pour DM, le taciturne Martin L. (L pour Lee) rend hommage avec discrétion aux idoles rock qui l'ont inspiré.

Ainsi sur le "Counterfeit ep" de 1989 : les très cultes Sparks, Durutti Column, Tuxedomoon, ou les plus obscurs Joe Crow et Comsat Angels.

Et sur son grand frère de 2003 : Iggy Pop, Nick Cave, Lou Reed, Led Zeppelin, Brian Eno et donc John Lennon, le tout dans le climat électro-synthétique anxiogène et apaisé à la fois qui fait sa marque de fabrique très reconnaissable.

Et pour les fans - ou les sceptiques qui douteraient encore du talent de Gore - on se quitte avec une chanson rare du répertoire de Depeche Mode, l'émouvante "Death's Door." Un titre à l'origine écrite en 1991 pour la B.O. de "Until The End of The World", le film de Wim Wenders, et capté lors de la tournée mouvementée du groupe en 1993.

Sombre et réconfortante à la fois, c'est presque la quintessence de l'art de Martin L. Gore, mêler l'ombre et la lumière, le tragique et l'espoir dans la même foulée :


Paroles magnifiques qui justifient également la traduction française :

Ainsi je frappe à la porte de la mort, Vais-je enfin me reposer, parmi les gens bénis ? /Mère attends-tu ? Père flânes-tu ? Je reviens à la maison

Je frappe à la porte de la mort, Vais-je enfin me reposer, dans mes habits du dimanche ? /Mère es-tu inquiète ? Père es-tu présomptueux ? Je reviens à la maison

Je suis parti trop longtemps, mais si longtemps cela me renforce /Je suis parti trop longtemps, je sais que j'ai eu tort, Alors je reviens à la maison

Ainsi je frappe à la porte de la mort, Vais-je enfin me reposer ? Ai-je réussi le test ? /Mère pries-tu ? Père je le répète, Je reviens à la maison.


Textes et thème finalement assez appropriés dans le cadre d'un hommage à John Lennon et le contexte de sa disparition brutale...

John Lennon 1940-1980

Les deux versions de "Oh My Love" et "Death's Door" de DM en écoute sur la Mini Playlist 80's


mercredi 8 septembre 2010

MUSIQUE. Soldes d'été. The Coral, James Yuill, Eels

Avant d'ouvrir grandes ses oreilles aux nouveautés de la rentrée, rattrapons quelque peu notre retard et faisons place nette en farfouillant dans la pile des - rares - disques sortis durant l'été qui se termine. Autrement dit, faisons les soldes !

On commence avec le sixième album de p'tits gars venus de Liverpool - oui, comme ceux auxquels vous pensez - les cinq "lads" de The Coral, perpétuant la tradition des groupes à guitares et chansons mélodiques tout droits venus des paru années 60.

Et il est vrai qu'à l'écoute de ce "Butterfly House" paru le 30 juillet dernier, on croirait entendre les Shadows qui joueraient à être les Byrds en chantant les harmonies des Beach Boys. Sans oublier la voix du chanteur James Skelly aux accents voisins du bon vieux McCulloch de leur aînés liverpudliens d'Echo & The Bunnymen récemment évoqué ici.

Un vrai voyage rétro dans le temps d'une époque pop révolue. Et c'est peut-être le problème de The Coral, dont souvent la presse rock s'étonne qu'il ne soit pas plus reconnu.

J'oserai avancer que c'est parce qu'il propose un rock tellement classique et référencé qu'on croirait presque entendre un groupe d'époque. Il est donc logique que, malgré tout leur talent, leur démarche très mimétique assez figée artistiquement ne soulève pas un enthousiasme débordant en dehors des amateurs.

Un voyage agréable à défaut d'être nouveau, un peu long aussi - à choisir, je crois préférer le précédent "Roots & Echoes" - à entreprendre pour quelques perles (Sandhills, 1000 Years, Walking In The Winter) et un charme d'antiquaire nostalgique.

Tracklist :
1. More Than A Lover
2. Rowing Jewel
3. Walking In The Winter
4. Sandhills
5. Butterly House
6. Green Is The Colour
7. Falling All Around You
8. Two Faces
9. She's Comin' Around
10. 1000 Years
11. Coney Island
12. North Parade
13. Into The Sun
14. Coming Through The Rye
15. Dream In August
16. Another Way
17. Circles

The Coral
. "Butterfly House" (Universal Music) ♥♥ en écoute sur deezer

chroniques sur des chips et du rosé et playlist society & portrait sur les inrocks



Disque paru le 21 juin dernier, "Movement In A Storm" est le deuxième album de James Yuill, discret artisan folk-pop oeuvrant dans le folktronica (folk + électro), une formule dont, à défaut d'être vraiment l'inventeur, il est un représentant inspiré, à l'instar de The Notwist ou The Postal Service.

En témoigne son réjouissant premier opus "Turning Down Water For Air", un de mes disques préférés de l'an dernier.
Armé de son ordinateur portable et sa guitare acoustique, en homme-orchestre ou solitaire, il y réussissait le difficile alliage de l'intimisme mélancolique et des rythmes synthétiques (Over The Hils ou This Sweet Love, petites perles d'équilibre entre acoustique et électro).

Ce jeune trentenaire londonien aux airs de trader bossant à la City a donc récidivé, en accentuant le caractère plus rythmé et groovy de ses arrangements, conférant un aspect plus dynamique à ses morceaux (Crying For Hollywood, My Fears), voire new wave à la New Order (First In Line) typique de ses travaux annexes de remixeur.

Un aspect à première vue plus mainstream et vendable de sa musique, qui ne fait pourtant pas oublier que Yuill est bien un orfèvre folk ouvrageant de modestes tableaux intimistes d'inspiration très Nick Drake (Foreign Shore) certes enrobés d'un habillage très contemporain.
Mais qui ne trompera pas sur les qualités d'écriture et le tempérament mélancolique de son auteur (Taller Son, beau morceau triste de fin).

Certes, on est encore loin du talent plus intense d'un Loney Dear avec son "Dear John", l'ensemble reste toujours un peu sage, mais finalement la voix blanche un peu en retrait de son auteur ajoute à l'attachement. Et le tout est assez délicieux que pour être recommandé.

Tracklist :
1. Give You Away
2. Crying For Hollywood
3. First In Line
4. Foreign Shore
5. On Your Own
6. Sing Me A Song
7. My Fears
8. Wild Goose At Night
9. Ray Gun
10. Taller Son

James Yuill.
"Movement In A Storm" (Kitsuné/Moshi Moshi Records) ♥♥♥ en écoute sur deezer

chronique sur la quenelle culturelle et article sur magic


James Yuill.com

On termine ces soldes estivales avec le nouvel album sorti le 17 août de Eels, autrement dit l'hurluberlu Mark E. Everett, le grand escogriffe au regard abattu et à la voix pâteuse de la pop indépendante U.S.

Quatorze ans, depuis le mémorable "Beautiful Freak" qu'il nous distille ses vignettes cocoono-dépressives, comme un "beautiful loser", balançant l'air de rien ses états d'âmes, souvent chaotiques, dans ses albums aux faux airs d'auberges espagnoles musicales.

Pop, folk, blues, soul, bidouillages électro, western : on trouve de tout chez Eels et cet album-ci, le troisième en à peine un an, ne déroge pas à la règle.

Et même si Everett change peu les bases de sa pop personnelle - les habitués trouveront que ça ronronne un brin - l'individu en a assez sous le pied pour proposer un album fort plaisant à écouter, même une fois passé le moment des retrouvailles.

De ballades cassées (What I Have To Offer, I like The Way This Is Going) en gospels alternatifs (Looking Up) en passant par de mini-voyages sonores (This Is Where Its Gets Good, Oh So Lovely), il est fort agréable de se promener dans les chemins de traverse d'un artiste fort prolifique d'accord, mais sans jamais encore nous (me) lasser.

Tracklist :
1. In Gratitude For This Magnificent Day
2. I'm A Hummingbird
3. The Morning
4. Baby Loves Me
5. Spectacular Girl
6. What I Have To Offer
7. This Is Where It Gets Good
8. After The Earthquake
9. Oh So Lovely
10. The Man
11. Looking Up
12. That's Not Her way
13. I Like The Way This Is Going
14. Mystery Of Life

Eels.
"Tomorrow Morning" (E. Works Records) ♥♥ (♥) en écoute sur deezer

chroniques sur des chips et du rosé et culturopoing

le site officiel de Eels

Et si j'ai oublié de mentionner la sortie du troisième album publié par un groupe qui commence par Arcade et finit par Fire, c'est exprès : oui, je ne suis pas connaisseur ni très amateur de la musique de ce groupe qui finit par Fire et commence par Arcade.

Comme certains s'en sont déjà chargés avec des avis différents : des chips et du rosé, random songs, le sous-marin jaune, tout va donc fort bien.

Les soldes, c'est donc fini. À venir très bientôt : les nouveautés de la rentrée.

vendredi 3 septembre 2010

Memory Of The 80's, always (5). THE FIELD MICE

Ça y est, on est en plein dedans : retour, rentrée, reprise, routine. Allez, mon désormais habituel retour en arrière musical pour ralentir un peu le temps, toujours dans la catégorie "J'ai cette chanson dans la tête"...

Une chanson qui me poursuit d'autant plus qu'en fait, je connais assez peu le reste de l'oeuvre de ce groupe période 80's tardives, que l'histoire récente du rock relie au mouvement shoegazing et noisy-pop typique des années 90.

Mais ils auraient juste signé cette perle de pop indie que cela aurait justifié que l'on se souvienne d'eux :


"La souris des champs," autrement dit : The Field Mice, discrète formation pop-rock venu de Mitcham, anonyme ville du sud de Londres, basée autour de Mark Dobson et Bob Wratten, aux airs d'étudiants rêveurs et fragiles, exactement le propos de leur imparable titre "Sensitive" :


Une vraie photo-souvenir musicale pour tous ceux qui écoutaient Lenoir ou feuilletaient les Inrocks en se demandant ce qu'ils feraient de leur vie, quand sortit ce titre en 1989.
Et qui doivent se remémorer avec plaisir ce morceau intime et épique en même temps, où la voix blanche du chanteur, timide et décidée à la fois, expose son mal-être mélancolique (By showing you I'm sensitive/My feelings are hurt so easily) sur un mur du son de guitares saturées rageuses et sans fin qui donne le frisson - à moi , en tout cas.
Une chanson qui pourrait ne jamais finir avec sa boucle instrumentale quasi-infinie, obsédante, mais douce et consolante.
Un hymne noisy à la sensibilité de cet âge post-adolescent qui était celui de ses auteurs, un des fers de lance du label alternatif artisanal Sarah Records (The Orchids, St-Christopher, Another Sunny Day).
Tout cela juste avant la période faste de la noisy-pop, rappelez-vous : My Bloody Valentine, Ride, Teenage Fan club, Slowdive, The Boo Radleys, Lush, et tant d'autres...
Vu le retour de flamme du mouvement shoegaze, The Field Mice, aujourd'hui dissous, bénéficie vingt ans après, d'un nouvel éclairage et a directement influencé, par exemple, les petits jeunes de The Pains of Being Pure At Heart.
Si vous voulez redécouvrir The Field Mice, leur compilation "Snowball" n'attend que vous...

Mais nos petites souris des champs ont plus à voir avec de petits descendants des Byrds, de discrets cousins des Smiths ou des précurseurs de Belle & Sebastian, eu égard à la délicatesse mélodique de certains de leurs autres titres, comme ici :

Bien vu ! Hé oui, chers amis de Field Mice, "septembre n'est pas si loin que cela."
En fait, il a bel et bien débuté, même si une partie de nous-même est un peu restée en vacances...
Sensitive et September's Not So Far Away en écoute sur la Mini Playlist 80's
The Field Mice en écoute sur spotify et le site de sarah records

jeudi 2 septembre 2010

LECTURES D'ÉTÉ. Joseph Boyden

Nouvelle et avant-dernière étape de mes chroniques livres lus les étés passés. En l'occurrence, un de mes meilleurs souvenirs de lecture, dû à l'écrivain Joseph Boyden :


Avec son premier livre "Le Chemin des Âmes", ce jeune auteur canadien avait frappé très fort.
Impossible d'oublier ce roman à la force d'évocation rare, périple âpre et inspiré sur la guerre de 14/18 vécue aux côtés d'Amérindiens engagés dans l'armée canadienne partis sur les sentiers de la gloire et happés dans la folie meurtrière que fut ce premier conflit mondial.

"Un roman brillant et sombre à la fois. Il vous fera peut-être souffrir, mais ça en vaut véritablement la peine. Irrésistible."
C'est le grand auteur américain Jim Harrison, qui a salué ainsi les premiers pas de son jeune confrère...
Étonnant qu'un roman si maîtrisé, d'un souffle épique constant soit en fait le premier ouvrage de ce jeune auteur, par ailleurs aux origines multiples (écossaise, irlandaise et amérindienne, de la tribu des Cree).

Un livre à la construction originale alternant deux récits croisés : d'un côté, le plongeon dans les horreurs de la guerre de Xavier et Elijah, chasseurs indiens mués en tireurs d'élite de leur section ; de l'autre, durant le voyage qui les ramène chez eux, le récit de l'histoire familiale par Niska, vieille indienne venu accueillir celui qu'elle croyait être Elijah, en fait son propre neveu Xavier porté disparu, malade et détruit par la guerre.

Au fil de l'eau de cette lente traversée en canoé prend vie un somptueux hommage à la mémoire de ces combattants oubliés, rayés de la mémoire de la Grande Guerre et de l'histoire du Canada.
Et surtout, un des plus puissants romans ressuscitant au plus vif l'enfer des tranchées, la routine terrible des tueries quotidiennes successives, le cauchemar des champs de bataille, surtout l'effroyable bataille de Vimy en 1917.

Extrait
:
"Je dirais aux anciens les choses étranges que j'ai vues (...) les patrouilles, la nuit, quand on se faufile comme un renard pour aller réparer des fils de fer et nettoyer les cratères ennemis, et les obus, qui arrivent en sifflant de nulle part, un beau matin, pour arracher les bras, la tête, les jambes de l'homme auquel vous parliez la veille."

Plus encore que la violence des combats, Boyden décrit dans un style ample et incarné la logique guerrière qui fait disparaître un peu plus chaque jour l'humanité des combattants, le goût du sang qui s'empare d'eux, le basculement dans la folie meurtrière que vit le farouche Elijah, comme passé de l'autre côté de l'humanité :

"Alors McCaan s’emploie à bander la plaie, mais nous savons tous que ça ne sert à rien. Je me penche sur le visage de Sean Patrick et je plonge mes yeux dans les siens : il me répond par un regard de pure terreur.
Moi, je souris pour le rassurer, lui faire comprendre que bientôt il sera sur le long chemin où il ne connaîtra plus la peur ni la douleur, le froid ni la pluie. Je vois que sa terreur recule un peu, en même temps que la lumière s’éteint dans ses yeux"
.

Un vrai "Voyage au bout de l'Enfer" littéraire, éprouvant mais magnifique, qui devrait vous hanter durablement.
Voici un futur classique, réquisitoire magistral contre la déshumanisation engendrée par la guerre et vibrant hommage d'un auteur à son peuple, inspiré par l'expérience passée de son grand-père.
Sitôt refermé ce "Chemin des Âmes" - à lire toutes affaires cessantes, S.V.P. - sachez que son auteur a aussi publié un très beau recueil de nouvelles "Là-haut vers le Nord", dépeignant le quotidien des Amérindiens, vivant dans leurs réserves entre débrouilles, désoeuvrement et espoir malgré tout.

Sans oublier de mentionner un deuxième roman "La Saison de la solitude" en 2009 que je n'ai pas encore lu, mais ça ne saurait tarder. Car Joseph Boyden est un talent à surveiller de très près désormais...












Le Chemin des Âmes, Albin Michel, 2006 et Livre de Poche, 2008, 480 pages, 6, 95 €

À lire également : Là-haut vers le Nord, Albin Michel, 2007 et Livre de Poche, 2010, 320 pages, 6, 50 €