jeudi 25 août 2011

LE CINÉ DE L'ÉTÉ (3). Melancholia

On continue cette ballade cinéma, une petite escale danoise avec "Melancholia" sorti le 10 août :

Contre toute attente, le dernier film de Lars von Trier, enfant terrible et controversé du cinéma danois (Breaking The Waves, Antechrist), est un de ses films les plus ambitieux, et surtout les plus convaincants et personnels.

Le pré-générique peut surprendre avec ses images maniéristes de personnages au ralenti, illustrées par la musique de Wagner, résumé conceptuel du film à venir mais le ton, splendide et funèbre, est lancé : "Melancholia" est placé sous une bonne étoile (cinématographique) : le soleil noir du romantisme et de la tragédie.

Envoûtante de beauté plastique et de fatalisme existentiel, l’atmosphère crépusculaire hantant le film s’inscrit entièrement dans le romantisme le plus allemand qui soit : tableaux d’une nature figée isolant l’homme, un monde solitaire renvoyant à l’imagerie germanique de Caspar David Friedrich ou d'Arnold Böcklin.











Cachée sous l’argument hollywoodien d’un film-catastrophe - la Terre condamnée suite à sa collision imminente avec une planète fatale - "Melancholia" est une oeuvre bipolaire, bluffant de maîtrise, résultant de la dépression qui secoua son auteur : deux parties distinctes, détaillant chacune un personnage (les deux sœurs Kirsten Dunst/ Charlotte Gainsbourg lors du mariage de la première) pour deux styles de cinéma différents.

Si la première s’inscrit dans la lignée du Dogme (caméra à l’épaule et tons ocres suffocants rappelant la tension familiale de Festen) la deuxième affiche un classicisme formel épuré, et suit la montée de l’angoisse face à l’arrivée de la planète mortelle.
Ces deux parties divisent à leur sujet et comptent chacune des pourfendeurs et défenseurs. En fait l’appréhension de ce film singulier ne peut se faire que par l’addition de ces deux segments, qui donne ainsi sa drôle d’unité à ce film somptueux empruntant son titre au graveur Dürer.

Acte I : comme pressentant la tromperie de ce faux bonheur, une Justine/Kirsten dépressive, incapable de participer à l’euphorie de son propre mariage, est le personnage central d’un règlement de comptes familial orageux, qui fait passer celui de "Festen" pour une réunion enfantine, tempête de névroses dont Kirsten Dunst (Prix d'interprétation à Cannes), émouvante de douleur derrière son sourire forcée, ne fait rien pour calmer la violence.
Un récit acide et virtuose d’un gâchis annoncé, où l’on reconnaît le von Trier habituel, sarcastique et détaché, tout en regrettant qu’il se contente pas mal de recycler ses trucs déjà vus de cinéaste malin.

Acte II : couvée par sa sœur Claire/Charlotte, une Justine apaisée voit sans émotion les signes du désastre se confirmer et l’angoisse changeant de camp, c’est autour d’une Charlotte Gainsbourg (sidérante elle aussi) qu’anime l’énergie du désespoir que le danois organise sa nouvelle mise en scène, toute de suspense et d’effroi grandissants.

Si le propos semble se plier au schéma d’un suspense S.F. plus attendu, c’est en fait tout le sujet du film qui se révèle : l’opposition des attitudes des deux sœurs - l’une résignée, l’autre paniquée - ne fait que poser la question de la mort qui se posera à nous tous : comment accepter l’inéluctable ?
La confirmation de l’apocalypse annoncée qui justifie le désespoir fondamental ressenti par Kirsten Dunst, double évident du cinéaste, semble révéler la force de tous les mélancoliques dans l'âme, esprits trop lucides que pour oublier l’issue fatale.

Si souvent l’œuvre et la personne du danois ont pu être taxées de tapageuses ou provocatrices (remember l'affaire de Cannes), c’est que Lars von Trier semble avoir gardé l’esprit tourmentée d’un post-adolescent, volontiers désenchanté et sans illusion.

Mais pour la première fois chez lui, ce constat amer touche et interpelle tandis que le dernier plan du film emporte dans un grondement sourd le destin de ses personnages et clôt de manière saisissante cette fable allégorique d’une noirceur somptueuse, opéra crépusculaire puissant aux résonances intimes qu’on ne s’attendait pas forcément à éprouver.

"Melancholia" (Danemark/Allemagne), 2011).
♥♥♥

Réalisation et scénario: Lars von Trier. Directeur de la photo : Manuel Alberto Claro. Effets Spéciaux : Hummer Høimark. Production : Zentropa Productions. Distribution : Les Films du Losange. Durée : 138 mn. Sorti le 10 août

Avec : Kirsten Dunst (Justine) ; Charlotte Gainsbourg (Claire) ; Kiefer Sutherland (John) ; John Hurt (Dexter) ; Charlotte Rampling (Gaby) ; Stellan Skårsgard (Jack).



autre avis sur benzine magazine

à suivre
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mercredi 24 août 2011

LE CINÉ DE L'ÉTÉ (2). Super 8

Suite de cette semaine spécial "Ciné de l'Été", avec pour ce deuxième épisode un arrêt-buffet pour visionner le traditionnel blockbuster estival.
Cette année, il s'agit de "Super 8" sorti le 3 août :

Nouveau maître du cinéma de divertissement avec "Mission Impossible III" et le remake de "Star Trek", J.J. Abrams, l’homme responsable du carton télé de "Lost" est revenu dans les salles obscures pour le désormais rituel blockbuster de l’été.

Un blockbuster destiné aux plus jeunes mais au goût de madeleine 100 % eighties pour les plus grands : en effet, fan du cinéma de Steven Spielberg, l’ami Abrams organise avec son dernier-né "Super 8" rien moins qu’une excursion en Spielberg-land qui rappellera bien des souvenirs aux ex-adolescents de la décennie 80 et aux autres : la petite ville américaine, des enfants en liberté, des militaires, du fantastique, un être venu d’ailleurs…

Damned ! Serait-ce le retour de "E.T" ? Pas loin, ou plutôt un super-hommage de près de deux heures à l’ex-wonder boy du cinéma populaire américain (co-producteur du projet, c’est plus simple), hommage qu’on sent d’ailleurs sincère de la part de Abrams. Pas un plan ou un détail qui ne fasse référence aux éléments de base de Rencontres du Troisième Type, Jurassic Park ou des autres productions Spielberg, les "Goonies" en tête.

"Super 8" mixe le tout récréant avec un plaisir d’antiquaire l’ambiance des seventies finissantes (un air de Blondie, l’arrivée du walkman) : un groupe d’ados dans une triste ville industrielle lancé dans le tournage d’un film de zombies amateur et changé par l’irruption du surnaturel, un Club des Cinq plongé en pleine science-fiction.

Un vrai "Retour vers le passé" qui fait la part belle à l’innocence de ses mini-héros soutenue par la candeur et fraîcheur de ses jeunes interprètes (la bouille de bébé de Joel Courtney, la très juste Elle Fanning). Sur ce plan, "Super 8" retrouve parfois la bonne appréhension de cet "âge des possibles" autrefois à l’oeuvre dans "Stand By Me" de Rob Reiner, autre référence évidente.

Làs, qui dit blockbuster dit action et grand public et nous ne sommes plus en 1982... Si à cette époque, l’aspect encore artisanal des effets spéciaux de Spielberg conférait un côté féerique à son cinéma, le Hollywood de 2011 voit tout en effets numériques et grand spectacle assez patapouf : déraillement de trains, irruptions de l’armée, secret scientifique, attaques de bus... et bébête extra-terrestre surdimensionnée.

Du "E.T" puissance mille indéniablement spectaculaire (la catastrophe ferroviaire surtout qui épate, mais pourquoi ensuite voir tout en gigantesque?) déréalisant de fait le propos en sur-multipliant l’invraisemblance de l’histoire.
Quant au monstre, on voit bien qu’il n’intéresse pas Abrams, qui fait bien de le laisser dans l’ombre le premier tiers du film mais pas encore assez, on voit que les techniciens hollywoodiens sont toujours influencés/traumatisés par "Alien" ! Cette dernière partie, spectaculaire et prévisible, se suit alors sans le même intérêt.

Le plus gênant, c’est le côté appuyé des emprunts spielbergiens qui restitue les défauts de son cinéma parfois maladroit : personnages adultes simplistes et à l’inverse des enfants, mal défendus par leurs interprètes, mélo signifiant (dur, le travail de deuil), bons sentiments triomphants (pour échapper à un monstre, suffit de l’émouvoir!) culminant dans un final appuyé assez ridicule : ah ! ce symbole du pendentif qu’on laisse échapper, on ne changera pas ces américains...

Bien sûr, dans un film de l’été on ne s’embarrasse pas de subtilités, et rayon pop-corn movie, on a vu bien pire. Si ce reboot du cinéma de Tonton Steven peut échapper in fine au jugement de simple "copié-collé spielbergien", c’est pour la vraie tendresse qu’il réserve à ses figures d'ados se débattant avec les doutes et les espoirs de leur jeune âge.

Et définitivement pour l’amour du cinéma au cœur de son sujet, et l’atmosphère bien rendue du cinéma de genre de l’époque qu’il ressuscite (Joe Dante, George Romero et John Carpenter auquel on songe souvent).
Un amour à l’oeuvre dans la finalement meilleure scène : celle du film réalisé par les enfants, pastiche de film amateur à ne surtout pas rater sur le générique de fin. Et là, pas de mensonge, c’est bien du "Super 8".

"
Super 8" (États-Unis, 2011).
de ♥ à ♥♥
Réalisation : J.J. Abrams. Scénario : Dawn Gilliam d'après J.J. Abrams. Directeur de la photo : Larry Fong. Effets Spéciaux : Ryan D. Compton. Producteurs : Bad Robot & Amblin Entertainment. Musique : Tim Simonec. Distribution France : Paramount Pictures France. Durée : 110 mn.
Sorti le 3 août


Avec : Joel Courtney (Joe Lamb) ; Elle Fanning (Alice Dainard) ; Ryley Griffiths (Charles Kaznyk) ; Ryan Lee (Carey) ; Gabriel Basso (Martin) ; Kyle Chandler (Jackson Lamb).



critique avec même conclusion sur le Blog de Nicolinux

à suivre

mardi 23 août 2011

Retour. LE CINÉ DE L'ÉTÉ (1). The Trip

Lent réveil et réactivation, en cette fin août caniculaire, de cet espace laissé en friche depuis trop longtemps. Mais que voulez-vous : les vacances, la chaleur et le peu d'actualité de cet été un peu morne culturellement avaient conduit "Les Chroniques de Blake" à quelque peu s'endormir sans crier gare.

À l'approche d'une rentrée qui s'avance à grands pas, on tente un retour progressif, un réveil en douceur, histoire de reprendre ses marques, avec l'idée aussi de peut-être changer quelques habitudes.

Ainsi, par exemple, l'envie de parler plus souvent d'un art qui aurait dû tenir plus de place dans ces colonnes. Si l'été a été calme, certains films notables de réalisateur connus ont quand même réveillé l'inertie estivale des salles obscures.
Toute cette semaine aura ainsi des airs de rattrapage en tentant d'afficher chaque jour une séance cinéma. Un "ciné de l'été" avec du bon, du passable, du décevant, de l'excellent, une balade éclectique pour terminer août en douceur. Et content de vous retrouver, au passage.

On commence avec "The Trip" sorti le 10 juillet dernier :

The Trip ou le retour de Michael Winterbottom, le cinéaste anglais qui tourne plus vite que son ombre. "Le voyage", en V.F : un titre obligé pour ce mini road-movie au tempérament baladeur.

On retrouve pour la troisième fois le tandem d’acteurs Steve Coogan-Rob Brydon (déjà à l’affiche de 24h Hour Party People et du savoureux Tournage dans un Jardin Anglais) au menu de ce dix-huitième film du Speedy Gonzales britannique de la caméra à la longue filmographie éclectique (et inégale).

Un cas déroutant ce Winterbottom… qui se fiche bien de diviser farouchement sur son cas critiques et spectateurs : un raconteur d’histoires qui aborde sans peur tous les genres (mélo, film de guerre, thriller, comédie) ou un opportuniste à la virtuosité tape-à-l’œil?

Cas pour ma part toujours pas réglé, avouons-le : les films du monsieur n’atteignant leur cible qu’une fois sur deux, avec une préférence pour les films intimistes, drames ou comédies (Un Eté Italien, Tournage dans un Jardin Anglais) plutôt que les pseudos-documentaires mondialistes (In This World) ou les thrillers (déplaisant souvenir de The Killer Inside Me, sous-Lynch ou Cronenberg mal digéré).

Volontairement plus léger - voire light - "The Trip" est la version cinéma d'une mini-série produite pour la BBC et affiche une humeur plus ludique : deux acteurs plus british que nature dans leur propre rôle embarqués dans une tournée gastronomique des adresses de restaus à la mode, Brydon remplaçant au pied levé la petite amie de Coogan, partie réfléchir sur leur couple.

Deux frères ennemis à la langue bien pendue (ennemis des films bavards, celui-ci débordant de longs discours sera votre cauchemar) qui semblent plus concernés par leur amitié/rivalité et leur place dans le métier d’acteur que par la cuisine sophistiquée des restaus chics qu’ils écument, un coté "bobo-chic" qui agace pas mal.

Ce sera donc selon votre humeur : soit l’aspect "two-man show" des deux lascars qui se lancent dans de longues comparaisons de leur talent respectif et la répétition inévitable des scènes (chaque jour, un nouveau restau) auront raison de votre patience.
Soit bon client, vous apprécierez la montagne de sarcasmes spirituels et le sens de la dérision des deux cabotins, avec une préférence pour l’air de suffisance amusée so british de l’attachant Steve Coogan, acteur de films d’auteurs en perte de notoriété qui se venge en se moquant de la réussite de son compère Brydon, imitateur télévisuel mais plus populaire que lui. Vrai ou fausse rivalité ?









Qu’importe, car au gré des mises en boîte des compères, on savourera l’absurdité de leurs concours d’imitations (qui imite le mieux des deux l’accent cockney de Michael Caine ou l'accent smart de Sean Connery dans James Bond ? je vote personnellement pour Coogan, Brydon est vraiment saoulant)...

... ainsi que le portrait dessiné par Winterbottom d’un milieu narcissique mais aiguisant la fragilité naturelle des acteurs, soumis à une rivalité sans pitié. Des saillies verbales souvent réjouissantes mais qui souffrent tout le long du film - d'ailleurs un poil long - de la tendance qu'à le cinéaste à capter la quasi-improvisation de ses acteurs en laissant tourner la caméra, une réalisation "les mains dans les poches" trop désinvolte, voire paresseuse.

Finalement, au bout de cette critique ambivalente sur un film ludique mais aux défauts voyants, si "The Trip" peut emporter la partie, c’est pour le discret et réel hommage à la culture anglaise qui irrigue le film : une traversée de la campagne au son de Joy Division, un franc délire commun sur la chevalerie au cinéma ou un hommage vibrant à la poésie anglaise devant la tombe de Samuel Coleridge. Un attachement profond des personnages - et imaginons-le du réalisateur - à leur île britannique.

Pour peu qu’on partage alors ce même amour, on passera sur les défauts constitutifs de The Trip, donc ceux de Winterbottom, en appréciant le côté décontracté et mineur de ce (petit) voyage ... si le film est toujours à l’affiche près de chez vous, évidemment.

"The Trip" (Grande-Bretagne, 2011).

Réalisation : Michael Winterbottom. Directeur de production : Amy Jackson. Directeur de la photo : Ben Smithard. Production : BBC/Revolution Films. Distribution : Ad Vitam. Durée : 106 mn.
Sorti le 10 juillet

Avec : Steeve Coogan (Steve) ; Rob Brydon (Rob) ; Margo Stilley (Mischa) ; Marta Barrioh (Yolanda) ; Claire Keelan (Emma) ; Paul Popplewell (Paul).



Barême d'appréciation :

à déconseiller
bof, bof
♥ moyen, pas mal
♥♥ bien
♥♥♥ excellent, à voir
♥♥♥♥ indispensable, à ne pas rater

À demain pour une nouvelle séance ciné

mardi 2 août 2011

mardi 12 juillet 2011

PAUSE ESTIVALE

Un rapide petit mot pour vous informer que le blog est en pause d'été. Certainement une semaine au moins, voire deux, l'occasion de voir un peu la famille et de se remettre de la fatigue de fin de Festival de la Rochelle, la Nuit Blanche de fin n'aidant pas.
Tiens d'ailleurs, le Festival, parlons-en : même pas pris le temps de vous livrer les deux dernières chroniques à peine esquissées durant le Festival pour vous tenir au courant de la fin de l'évènement.

Dès mon retour aux affaires, vous devriez peut-être les lire en entier, à moins que d'ici là, d'autres évènements ne les aient déjà chassées de mon esprit. À bientôt, donc.

mercredi 6 juillet 2011

FESTIVAL LA ROCHELLE épisode 2, la suite

Houlà, déjà quasiment à mi-parcours et comme chaque année, à peine le temps de souffler parmi cette avalanche de films en tous genres qui s'offre au spectateur !

Être dans la peau d'un festivalier de La Rochelle, c'est surtout question d'organisation, d'équipement (vive le sac à dos et gare à la chaleur!) et gestion du temps (avant et pendant les files d'attente). Une fois bien assimilées ces règles de base, reste le choix des films eux-même : un muet précieux de Buster Keaton ou une avant-première inédite ? Un film scénarisé par Jean-Claude Carrière ou une rareté de David Lean ?

Une chose est sûre : faire confiance à ses envies du moment sans avoir peur de trop se tromper, vu l'embarras du choix sans trop prévoir à l'avance, en laissant faire le bouche-à-oreille et la dernière minute...

Deux, trois images saisies au vol : un Jean-Claude Carrière tout sourire déambulant près des files d'attente en pantalon vert sur lequel s'était posée une coccinelle (!) ; un Bertrand Bonello qui n'en croyait pas ses yeux de voir une salle archi-comble pour la projection de son film ; ou une Chiara Mastroianni désarmante de naturel aux côtés de Christophe Honoré pour "Les Bien-Aimés", leur dernier film en commun.












L'occasion de vous entretenir vite fait de certains films vus en avant-première, ce qui ne signifie pas forcément que le bonheur soit au bout. Pas sympa de dire du mal, mais avouons une impression mitigée, pour pas dire de déception pour certains, malgré le plaisir de les avoir vus en projection avant leur sortie française à la rentrée prochaine...

Passe encore de ne pas être bien emballé par "Les Bien-Aimés", dernier-né de Christophe Honoré, cinéaste qui ne m'a jamais franchement convaincu, sentiment très perso mais persistant.

Pas de surprise donc : malgré un casting fourni (Deneuve et sa fille Chiara, Ludivine Sagnier, les inattendus Milos Forman et Michel Delpech [!]) et malgré la folie-douce festive des situations et dialogues, difficile de croire à cette histoire bancale et à ces personnages improbables chantant leur malheurs joués par des acteurs souvent inégaux, Miss Sagnier en tête, pas crédible. Difficile en fait de trouver ce cinéma post-post nouvelle vague vraiment novateur.

Comme me disait une dame croisée plus tard : "C'est toujours pareil les films d'Honoré : il nous a refait le coup des "Chansons d'Amour!" Bien vu, sauf une seule chose : une Chiara Mastroanni hyper-rayonnante filmée avec amour, heureusement pour le film qu'elle soit là.

Le reste pour moi, c'est plus du Lelouch que du Jacques Demy, désolé Christophe...

Sortie le 24 août




Malheureusement, c'est un peu le même cas pour "L'Appolonide, souvenirs de la maison close" du sérieux Bertrand Bonello. Le nouveau film de l'auteur de "De la guerre" se veut le portrait d'une maison close au tournant du XXème siècle. De la place de la prostituée, mais aussi celle de la femme et de la sexualité dans la société.

Sujet fort mais plutôt rebattu, vision compatissante mais pas originale (de Maupassant à la série TV "Maison Close"), le film s'enferre dans une suite de tableaux naturalistes et un ennui "auteuriste" persistant. Dommage pour la troupe de jeunes comédiennes valeureuses (dont Céline Salette) qui ne suffit pas à animer cet étalage de chair triste, cette morbidité languissante qui dessert à la longue le projet.

Logique ensuite lorsqu'on apprend du pourtant sympathique Bonello lors de sa présentation, que ce film lui avait donné un mal fou, un sentiment hélas partagé par le spectateur. Oui, dommage...

Sortie le 21 septembre



Finalement, l'ultime film de ce trio d"exclusifs" ne s'en sort pas si mal.
Pas que "Melancholia" soit le grand film que certains ont cru voir. Mais, par comparaison, le dernier opus du souvent tapageur Lars Von Trier, fable allégorique sur la (sa) dépression, aux airs de fin du monde baignée par la musique de Wagner, témoigne d'une beauté plastique et d'une maîtrise de réalisation assez bluffantes.

Étrange film où les deux parties sont très différentes voire plutôt inégales... La première avec une Kirsten Dunst troublante est un règlement de comptes familial plus noir encore que "Festen", alors que la seconde qui oppose les deux soeurs (une étonnante Charlotte Gainsbourg) va à la fois au coeur du sujet (comment accepter l'inéluctable?) quitte à s'empêtrer dans un suspense S.F. apocalyptique plus conventionnel, un peu attendu.

Mais ce diable de danois sous influence du romantisme allemand fournit là, non le vrai choc attendu, mais peut-être un de ses films les plus personnels, chose assez rare pour être relevée.

Sortie le 10 août



Bon, fin de cette chronique - j'espère pas trop négative - sur les relatives déceptions, en plus il n'y a pas que les avant-premières à La Rochelle.
La prochaine fois, un coup d'oeil sur les petits... non les grands plaisirs glanées ici ou là, découvertes ou classiques mélangés. Ici, on n'a que l'embarras du choix !

(billet rédigé le 6 juillet mais par manque de temps, mis en ligne le 7 juillet)

le Festival en vidéo

vendredi 1 juillet 2011

FESTIVAL. Le ciné de La Rochelle, c'est parti !

La date rituelle est arrivée, l'été est déjà là et la grande course pour un super marathon d'images va reprendre son cours. Chouette, le Festival International du Film de La Rochelle, 39ème du nom a démarré !

L'année dernière déjà, je vous avais servi un laïus expliquant pourquoi l'activité de ce modeste blog risquait d'être ralentie durant ces dix jours de folie. La vieille histoire du four et du moulin : difficile de voir des films et d'écrire dessus en même temps, trouver le temps de dormir, etc...
à lire ici pour les amnésiques

Donc, plus souvent Blake est dans les salles, les files d'attentes ou les avant-premières, donc moins il pourra être sur le net ou derrière l'écran du PC. ... Tiens, la Delonmania qui fait parler de soi à la troisième personne est en train de me gagner, attention.

Ceci dit, j'essaierai de vous toucher un mot rapide des films que j'aurais vu, qu'il s'agisse de rétrospectives (David Lean ou Jean-Claude Carrière) de films inédits en exclusivité (Christophe Honoré ou Lars Von Trier) ou d'hommages (Bertrand Bonello, Mahamat Saleh-Haroun)
à lire ici aussi

Et avouons que la fête a bel et bien commencé dès cette soirée d'ouverture bondée de monde où j'ai bien cru ne pas avoir de place vu l'affluence, avec la présentation en avant-première de "Habemus Papam" le dernier Nanni Moretti en présence (excusez du peu) de Michel Piccoli, vieil habitué de La Rochelle.

Fable loufoque sur un pape fraîchement nommé refusant d'assumer sa fonction, le dernier-né de l'ami italien Moretti avec son joli point de départ, ménage de jolis moments de comédie, voire de burlesque pur en s'immisçant dans le quotidien de cardinaux en conclave désignant un obscur outsider manifestement pas à la hauteur de la tâche.
Rôle en or pour un Michel Piccoli fabuleux de trouble et habité par le doute, grand acteur du début à la fin.

Admettons quand même que la rencontre de l'athée Moretti et du Vatican ne donne pas lieu à la charge anti-religion qu'on pouvait attendre. Plutôt à une comédie douce-amère sur la dépression et le renoncement, très souvent drôle et humaine mais qui, une fois posée son postulat, jette un regard plus tendre que vachard sur le monde catholique, ces cardinaux grands enfants attardés ou ce petit monde dérisoire vu comme un grand pensionnat coupé de l'extérieur.

Balade
parfois pertinente quand elle compare l'église et le Vatican au monde du spectacle, mais où l'acteur Moretti, en psy appelé à la rescousse (!) manque souvent de supplanter le pape fugueur au risque de perdre celui-ci de vue et du coup son sujet.

Mais un Moretti, même mineur, reste toujours un moment sympathique et donne de quoi mettre en appétit pour les reste des festivités. À vous de vous faire votre opinion lorsque le film sortira en salles le 7 septembre prochain :


Maintenant, c'est donc parti. Immergeons-nous dans les salles avec curiosité et jubilation, goût de la découverte et joie des retrouvailles. C'est l'été, le cinéma, les vacances. Le temps du plaisir...



Festival du Film de La Rochelle, le site