dimanche 28 août 2011

LE CINÉ DE L'ÉTÉ (5). Les Bien-Aimés

Le cinéma, ça continue, retour en France avec "Les Bien-Aimés" sorti ce 24 août :

Or donc, voilà que Christophe Honoré a sorti son dernier film… Or donc, voilà que les gazettes spécialisées chantent encore les vertus de ce nouvel opus et l’aspect mirifique du cinéma du chouchou de la critique ciné parisienne... Or donc, me voilà une fois de plus étonné par ce concert de louanges à mes yeux surestimé.
Rien de plus vain, me dira-t-on alors, de juger le film d’un cinéaste auquel on n’est pas sensible.

Pourtant, sur le papier le cinéma d’Honoré, héritier de la nouvelle vague, romantique et sentimental, aurait tout pour me charmer. Mais intention n’est pas acte et me voilà avec "Les Bien-Aimés" une fois de plus sur le bord de la route, en décalage évident avec l’avis général.

On aurait pu croire, avec son début pop pimpant où une Ludivine Sagnier sixties - qu’on retrouvera plus tard femme mûre sous les traits de Catherine Deneuve - chaparde des chaussures à talons hauts et succombe ensuite à un séducteur tchèque, qu’Honoré avait modifié certains éléments de son cinéma dans ce qui se veut une "fresque en-chantée".

L’irruption de la chronologie et de la marche du monde ainsi qu’une certaine fantaisie dans un cinéma auparavant replié sur l’intériorité de ses personnages égotistes assez agaçants (Dans Paris, La Belle Personne).

Début trompeur, car reprenant le schéma de ses "Chansons d’Amour" on comprend au bout d’un quart d’heure que rien n’a changé : Honoré va continuer à convier sa troupe d’acteurs habituels dirigée de loin (l’éternel Louis Garrel, Ludivine Sagnier surjouant).
À mélanger frivolité glamour et sérieux mélancolique censé dépeindre le tragique de l’existence.
À aligner scolairement références post-post nouvelle vague (Demy pour le spleen en chansons, Téchiné ou Ozon pour le tourment amoureux et sexuel, Ducastel & Martineau pour le mélange des deux) et recycler sans apport des formules déjà connues.












À développer personnellement très peu d’idées de cinéma en misant tout sur l’aspect immédiat censément "charmant" ou "profond" de scènes se voulant les plus libres possible. Pourtant, au bout de la énième chanson mollement triste, gentiment laborieuse de l’inamovible Alex Beaupain filmée de nuit et approximativement chantée, on se dit qu’Honoré a peu d’idées mais les exploite souvent.

Et que dire de sa volonté de faire sens avec l’évocation du 11 Septembre, tentative d’injecter du poids à son récit familial improbable, sinon qu’elle semble forcée ?
Ainsi que la folie douce festive éparpillée dans le film - les rapports directs du couple Catherine Deneuve-Michel Delpech ou le côté farfelu de Milos Forman - bonne intention mais loin d’être convaincante, ou les tourments se voulant déchirants des amourettes impossibles de Chiara Mastroianni ?

Sentiment d’un film qui ne construit pas grand chose, vite tourné, se contentant d’une ébauche esquissée là où il aurait fallu un eau-forte contrastée, si rarement émouvant et dont la désinvolture affichée peut vite devenir lassante.

En fait la seule et UNIQUE raison qui justifie de passer plus de deux longues heures devant ces "Bien-Aimés", qui dans mon cas portent mal leur titre, c’est pour la présence étonnante d’une Chiara Mastroianni comme jamais vue auparavant à l’écran, et qui justifierait à elle seule le film.

Rayonnante, vive, ironique, joyeusement mélancolique, drôlement triste, voilà enfin un regard pertinent qui capte le talent d’une actrice épanouie toujours juste, là où le reste de la distribution s’avère sans grand relief, maman Deneuve comprise, un peu absente.

À se demander même si l’on ne devrait pas ré-orthographier le titre de ce film - qui aura encore du mal à me réconcilier avec le cinéma de son auteur et plus encore avec l’avis quasi-unanime de la critique ciné - de "Bien-Aimés" en … "Bien-Aimée".

"Les Bien-Aimés" (France, 2011).
Réalisation et scénario : Christophe Honoré. Directeur de la photo : Rémy Chevrin. Compositeur : Alex Beaupain. Production : Why Not Productions. Distributeur : Le Pacte. Durée : 139 mn
Sorti le 24 août

Avec : Chiara Mastroianni (Véra) ; Ludivine Sagnier (Madeleine jeune); Louis Garrel (Clément) ; Catherine Deneuve (Madeleine âgée) ; Milos Forman (Jaromil âgé) ; Michel Delpelch (François) ; Paul Schneider (Henderson).





à suivre

samedi 27 août 2011

LE CINÉ DE L'ÉTÉ (4). La Piel que Habito

Après cette nouvelle dont on se serait bien passé, suite du "Ciné de l'Été", voici un petit crochet en Espagne avec "La Piel que Habito" sorti le 17 août :

Soyons clair : l’auteur de ces lignes est loin d’être "Almodóvarien" pur jus, juste un curieux parfois de son cinéma. Et ce n’est pas ce dernier opus qui va clarifier les choses, juste le rendre de nouveau perplexe.

Difficile en effet d’aborder "La Piel que Habito" (La peau que j'habite), nouveau film du cinéaste-star, en le résumant uniquement à son genre, un thriller fantastique adapté du roman "Mygale" de Thierry Jonquet, variation policière autour d’un chirurgien esthétique incarné par Antonio Banderas menant d'étranges recherches.

Un récit volontairement horrifique aux implications complexes (qui est cette jeune Véra - la nouvelle venue Elena Alaya - dans la villa ultra-sécurisée du docteur : patiente ou captive ?) permettant une fois de plus à Almodóvar d’aborder ses thèmes favoris : transgression morale, obsession du corps, identité sexuelle.

Parfait, alors ? C’est vite dit : ce serait omettre le caractère volontiers distant des derniers films d'Almodóvar (remarquez qu’il a fait disparaître son prénom des génériques) devenues froides machines cinématographiques d’une complexité narrative voulue et d’une obsession plastique constante.

Comme si l’ex-cinéaste de la Movida avait conservé ses penchants feuilletonesques remplis de rebondissements improbables pour ses histoires et stylisé sa mise en scène en épure glacée jusqu’à la distanciation.

Ainsi, "La Piel que Habito" se veut une histoire de fous, succession d’actes monstrueux filmée de la manière la plus froide et détachée. Le "maestro" Pedro y pousse encore à l’extrême ses procédés habituels au risque de lasser.
Il évoque encore la mémoire de films célèbres, son goût pour le méta-cinéma systématique chez lui (hier Douglas Sirk ou Mankiewicz, aujourd’hui le Franju des "Yeux sans Visage" pour l’ambiance, le Hitchcock de "Vertigo" pour la recréation d’un amour perdu, le Buñuel de "Tristana" pour l’érotisme malsain).
Il renforce l’aspect grand-guignol de son récit horrifique digne d’un giallo italen du Dario Argento années 70, avec grande demeure isolée, seconds rôles ambivalents et chirurgie terrifiante. Et radicalise son utilisation des récits alambiqués (flash-back très explicatif et "révélation" centrale).












Pour le dire plus vite, le cinéaste madrilène a pas mal chargé sa barque, l’ensemble tournant à l’exercice de style sur-référencé aux ambitions virtuoses confirmant du coup un aspect qui m’a souvent gêné dans son cinéma, parfois surestimé.
Un cinéma brillant mais voyant, exhibant ses origines, étalant ses références, montrant ses "coutures" (allusion facile pour ceux qui verront le film) et n’ayant pas peur de paraître fabriqué, comme le monstre de Frankenstein et comme la Vera que couve un Antonio Banderas bien transparent, quasiment un corps de synthèse.

Qu’Almodóvar pratique également un cinéma de synthèse n’aurait rien de dommageable si celui-ci, trop corseté dans son délire distancié - comment avaler tant de péripéties n’ayant pas peur du grotesque, voire du ridicule ? - empêchait de vraiment ressentir et d’éprouver un trouble durable au risque de produire le sentiment d’être peu concerné. Son cinéma préoccupé par la chair et ses pulsions, ne me semble pas ici si "incarné" que le mériteraient ses préoccupations sur la nature humaine et ses tourments.

Pour autant, le film impressionne souvent et, d’une noirceur viscérale confinant à la misanthropie, pose de bonnes questions sur le fantasme, la perversité masculine, la folie de la vengeance, la "chosification" galopante du corps dans une époque en perte de repères moraux. Sur la construction et l’identité foncière des êtres surtout, sujet présent depuis toujours chez lui.

Mais, si peu défenseur des tocades foldingues de son cinéma post-Movida d’antan, il me semble que les mêmes questions passaient pourtant mieux dans les péripéties baroques chaleureuses de "Tout sur ma mère" ou "Volver" que dans cette sombre machine, se voulant glacée comme le cinéma conceptuel d’un Michael Haneke.
Si les "almodóvariens" sont déjà la noce avec ce nouveau film, ce n'est pas encore pour cette fois d’être complètement convaincu ou de me rallier enfin aveuglément à leur cause. Donc à vous d’essayer, maintenant, qui sait ?

"La Piel que Habito" (Espagne, 2011).

Réalisation : Pedro Almodóvar. Scénario : Pedro et Agustín Almodóvar d'après Thierry Jonquet. Décors : Carlos Bodelón. Montage : José Salcedo. Production : El Deseo. Directeur de la photo : José Luis Alcaine. Distribution France : Pathé Distribution. Durée : 117 mn.
Sorti le 17 août

Avec : Antonio Banderas (Robert Ledgard) ; Elana Anaya (Vera) ; Marisa Paredes (Marilia) ; Roberto Alamo (Zeca) ; Blanca Suárez (Norma) ; Eduard Fernàndez (Fulgencio) ; Jan Cornet (Vicente).



l'avis de Hop Blog

à suivre

vendredi 26 août 2011

BERNARD LENOIR IS LEAVING

Petite interruption de la semaine ciné, mais cette info ne pouvait pas passer inaperçue :

"Heaven Knows We're Miserable Now". Voilà, ce qu'on redoutait est arrivé : "C’est Lenoir" sur France-Inter, c’est fini. Pas vraiment surprenant de la part de l'ami Bernard dont on sentait ces derniers temps une légère lassitude, et pas seulement pour une raison d'horaire trop tardif.

Mais pour ma part c'est quand même au minimum 28 ans de compagnonnage fidèle qui se font la malle lire ici un billet écrit sur lui l'an dernier.
Fondation essentielle de ma petite éducation musicale et indissociable de mon adolescence (et bien au-delà!), la voix la plus chaleureuse de la radio prend donc congé sur la pointe des pieds.

Il y aurait tant à dire sur le lien affectif indéfectible que l'animateur discret avait su tisser avec son public.

Lenoi
r pour moi, c’est la découverte d’une voix chaleureuse et tranquille dans l’apathie de l’été 83 diffusant sur France-Inter une musique que je n’entendais nulle part ailleurs : souvenir précis d’une soirée enregistrée en cassette - comme tellement d’autres par la suite - où s’enchaînaient des groupes et artistes comme Japan, Robert Plant, Bauhaus, Jackson Browne, Tom Robinson Band, Talking Heads, Tom Tom Club ou les pop stars Bananarama qui chantaient un "Cruel Summer" au titre prémonitoire désormais en cette fin août 2011.

Sans lui, les soirées radio auront un air plus morne et moins libre, car Lenoir n’est pas uniquement ce défricheur essentiel auquel je dois tout, qui sauva de l’ennui et façonna le goût musical et les oreilles avides de plusieurs générations au joies du rock indépendant - sans lui aurai-je découvert et tant aimé (quelques noms au hasard dans une liste fort longue : Joy Division, Echo & The Bunnymen, David Sylvian, Prefab Sprout, The Divine Comedy, My Bloody Valentine, Perry Blake et autres Cocteau Twins essentiels ?
Et en France : Dominique A, Miossec, Yann Tiersen, Arman Méliès, Murat ou Gérard Manset, l'ermite solitaire qu’il sut pourtant faire parler ?























Lenoir
, "John Peel français", passeur essentiel évidemment... Mais pour moi, surtout un rempart fragile mais réconfortant contre la médiocrité médiatique, une résistance au formatage culturel à l’œuvre partout ailleurs, un havre de paix pour pop-maniaques enflammés et rock- addicts acharnés (Hugo Cassavetti, Emmanuel de Buretel, Michka Assayas entre autres).

Une figure de pessimiste actif, se méfiant des modes passagères, souvent désabusé comme nous tous par la marche absurde du monde, mais toujours lucide et élégant.
Car élégant jusqu’au bout, l’ami Bernard s’éclipse comme il dit "au sommet de la vague", vague qu’il savourera désormais au soleil, connaissant le goût de l'homme pour les plages du Pays Basque.

Bien sûr, il faut bien partir un jour. Bien sûr, à l'heure du net et des blogs, la musique qu'il a défendue si longtemps est plus visible qu'avant, mais ne plus entendre le rock indie audible sur la radio du service public me semble un pas en arrière, sans parler des Black Sessions, moments rares qui vont nous manquer.

Plutôt que trop s’apitoyer sur ce départ dommageable - le petit coup de blues n'est pas loin - je préfère garder en mémoire le souvenir de cet album de Divine Comedy gagné chez lui l’an dernier (merci, Bernard!) ou de la diffusion-express à l'antenne d’un titre du groupe Musée Mécanique suite à un mail perso envoyé à l’émission.

La classe intégrale, vous dis-je ce "Gentleman Lenoir"...

explication de son départ

"Lenoir, le rock et moi" portrait par son ami Hugo Cassavetti sur télérama.fr

réagir, témoigner sur France Inter

De bonne augure : on devrait retrouver Le Black sur le net dans l'aventure d'un blog, le plus tôt possible espérons-le.

Séquence ancien combattant et souvenirs garantis avec ces classiques des Smiths et de This Mortal Coil, titres pour moi les plus associés au programme :




jeudi 25 août 2011

LE CINÉ DE L'ÉTÉ (3). Melancholia

On continue cette ballade cinéma, une petite escale danoise avec "Melancholia" sorti le 10 août :

Contre toute attente, le dernier film de Lars von Trier, enfant terrible et controversé du cinéma danois (Breaking The Waves, Antechrist), est un de ses films les plus ambitieux, et surtout les plus convaincants et personnels.

Le pré-générique peut surprendre avec ses images maniéristes de personnages au ralenti, illustrées par la musique de Wagner, résumé conceptuel du film à venir mais le ton, splendide et funèbre, est lancé : "Melancholia" est placé sous une bonne étoile (cinématographique) : le soleil noir du romantisme et de la tragédie.

Envoûtante de beauté plastique et de fatalisme existentiel, l’atmosphère crépusculaire hantant le film s’inscrit entièrement dans le romantisme le plus allemand qui soit : tableaux d’une nature figée isolant l’homme, un monde solitaire renvoyant à l’imagerie germanique de Caspar David Friedrich ou d'Arnold Böcklin.











Cachée sous l’argument hollywoodien d’un film-catastrophe - la Terre condamnée suite à sa collision imminente avec une planète fatale - "Melancholia" est une oeuvre bipolaire, bluffant de maîtrise, résultant de la dépression qui secoua son auteur : deux parties distinctes, détaillant chacune un personnage (les deux sœurs Kirsten Dunst/ Charlotte Gainsbourg lors du mariage de la première) pour deux styles de cinéma différents.

Si la première s’inscrit dans la lignée du Dogme (caméra à l’épaule et tons ocres suffocants rappelant la tension familiale de Festen) la deuxième affiche un classicisme formel épuré, et suit la montée de l’angoisse face à l’arrivée de la planète mortelle.
Ces deux parties divisent à leur sujet et comptent chacune des pourfendeurs et défenseurs. En fait l’appréhension de ce film singulier ne peut se faire que par l’addition de ces deux segments, qui donne ainsi sa drôle d’unité à ce film somptueux empruntant son titre au graveur Dürer.

Acte I : comme pressentant la tromperie de ce faux bonheur, une Justine/Kirsten dépressive, incapable de participer à l’euphorie de son propre mariage, est le personnage central d’un règlement de comptes familial orageux, qui fait passer celui de "Festen" pour une réunion enfantine, tempête de névroses dont Kirsten Dunst (Prix d'interprétation à Cannes), émouvante de douleur derrière son sourire forcée, ne fait rien pour calmer la violence.
Un récit acide et virtuose d’un gâchis annoncé, où l’on reconnaît le von Trier habituel, sarcastique et détaché, tout en regrettant qu’il se contente pas mal de recycler ses trucs déjà vus de cinéaste malin.

Acte II : couvée par sa sœur Claire/Charlotte, une Justine apaisée voit sans émotion les signes du désastre se confirmer et l’angoisse changeant de camp, c’est autour d’une Charlotte Gainsbourg (sidérante elle aussi) qu’anime l’énergie du désespoir que le danois organise sa nouvelle mise en scène, toute de suspense et d’effroi grandissants.

Si le propos semble se plier au schéma d’un suspense S.F. plus attendu, c’est en fait tout le sujet du film qui se révèle : l’opposition des attitudes des deux sœurs - l’une résignée, l’autre paniquée - ne fait que poser la question de la mort qui se posera à nous tous : comment accepter l’inéluctable ?
La confirmation de l’apocalypse annoncée qui justifie le désespoir fondamental ressenti par Kirsten Dunst, double évident du cinéaste, semble révéler la force de tous les mélancoliques dans l'âme, esprits trop lucides que pour oublier l’issue fatale.

Si souvent l’œuvre et la personne du danois ont pu être taxées de tapageuses ou provocatrices (remember l'affaire de Cannes), c’est que Lars von Trier semble avoir gardé l’esprit tourmentée d’un post-adolescent, volontiers désenchanté et sans illusion.

Mais pour la première fois chez lui, ce constat amer touche et interpelle tandis que le dernier plan du film emporte dans un grondement sourd le destin de ses personnages et clôt de manière saisissante cette fable allégorique d’une noirceur somptueuse, opéra crépusculaire puissant aux résonances intimes qu’on ne s’attendait pas forcément à éprouver.

"Melancholia" (Danemark/Allemagne), 2011).
♥♥♥

Réalisation et scénario: Lars von Trier. Directeur de la photo : Manuel Alberto Claro. Effets Spéciaux : Hummer Høimark. Production : Zentropa Productions. Distribution : Les Films du Losange. Durée : 138 mn. Sorti le 10 août

Avec : Kirsten Dunst (Justine) ; Charlotte Gainsbourg (Claire) ; Kiefer Sutherland (John) ; John Hurt (Dexter) ; Charlotte Rampling (Gaby) ; Stellan Skårsgard (Jack).



autre avis sur benzine magazine

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mercredi 24 août 2011

LE CINÉ DE L'ÉTÉ (2). Super 8

Suite de cette semaine spécial "Ciné de l'Été", avec pour ce deuxième épisode un arrêt-buffet pour visionner le traditionnel blockbuster estival.
Cette année, il s'agit de "Super 8" sorti le 3 août :

Nouveau maître du cinéma de divertissement avec "Mission Impossible III" et le remake de "Star Trek", J.J. Abrams, l’homme responsable du carton télé de "Lost" est revenu dans les salles obscures pour le désormais rituel blockbuster de l’été.

Un blockbuster destiné aux plus jeunes mais au goût de madeleine 100 % eighties pour les plus grands : en effet, fan du cinéma de Steven Spielberg, l’ami Abrams organise avec son dernier-né "Super 8" rien moins qu’une excursion en Spielberg-land qui rappellera bien des souvenirs aux ex-adolescents de la décennie 80 et aux autres : la petite ville américaine, des enfants en liberté, des militaires, du fantastique, un être venu d’ailleurs…

Damned ! Serait-ce le retour de "E.T" ? Pas loin, ou plutôt un super-hommage de près de deux heures à l’ex-wonder boy du cinéma populaire américain (co-producteur du projet, c’est plus simple), hommage qu’on sent d’ailleurs sincère de la part de Abrams. Pas un plan ou un détail qui ne fasse référence aux éléments de base de Rencontres du Troisième Type, Jurassic Park ou des autres productions Spielberg, les "Goonies" en tête.

"Super 8" mixe le tout récréant avec un plaisir d’antiquaire l’ambiance des seventies finissantes (un air de Blondie, l’arrivée du walkman) : un groupe d’ados dans une triste ville industrielle lancé dans le tournage d’un film de zombies amateur et changé par l’irruption du surnaturel, un Club des Cinq plongé en pleine science-fiction.

Un vrai "Retour vers le passé" qui fait la part belle à l’innocence de ses mini-héros soutenue par la candeur et fraîcheur de ses jeunes interprètes (la bouille de bébé de Joel Courtney, la très juste Elle Fanning). Sur ce plan, "Super 8" retrouve parfois la bonne appréhension de cet "âge des possibles" autrefois à l’oeuvre dans "Stand By Me" de Rob Reiner, autre référence évidente.

Làs, qui dit blockbuster dit action et grand public et nous ne sommes plus en 1982... Si à cette époque, l’aspect encore artisanal des effets spéciaux de Spielberg conférait un côté féerique à son cinéma, le Hollywood de 2011 voit tout en effets numériques et grand spectacle assez patapouf : déraillement de trains, irruptions de l’armée, secret scientifique, attaques de bus... et bébête extra-terrestre surdimensionnée.

Du "E.T" puissance mille indéniablement spectaculaire (la catastrophe ferroviaire surtout qui épate, mais pourquoi ensuite voir tout en gigantesque?) déréalisant de fait le propos en sur-multipliant l’invraisemblance de l’histoire.
Quant au monstre, on voit bien qu’il n’intéresse pas Abrams, qui fait bien de le laisser dans l’ombre le premier tiers du film mais pas encore assez, on voit que les techniciens hollywoodiens sont toujours influencés/traumatisés par "Alien" ! Cette dernière partie, spectaculaire et prévisible, se suit alors sans le même intérêt.

Le plus gênant, c’est le côté appuyé des emprunts spielbergiens qui restitue les défauts de son cinéma parfois maladroit : personnages adultes simplistes et à l’inverse des enfants, mal défendus par leurs interprètes, mélo signifiant (dur, le travail de deuil), bons sentiments triomphants (pour échapper à un monstre, suffit de l’émouvoir!) culminant dans un final appuyé assez ridicule : ah ! ce symbole du pendentif qu’on laisse échapper, on ne changera pas ces américains...

Bien sûr, dans un film de l’été on ne s’embarrasse pas de subtilités, et rayon pop-corn movie, on a vu bien pire. Si ce reboot du cinéma de Tonton Steven peut échapper in fine au jugement de simple "copié-collé spielbergien", c’est pour la vraie tendresse qu’il réserve à ses figures d'ados se débattant avec les doutes et les espoirs de leur jeune âge.

Et définitivement pour l’amour du cinéma au cœur de son sujet, et l’atmosphère bien rendue du cinéma de genre de l’époque qu’il ressuscite (Joe Dante, George Romero et John Carpenter auquel on songe souvent).
Un amour à l’oeuvre dans la finalement meilleure scène : celle du film réalisé par les enfants, pastiche de film amateur à ne surtout pas rater sur le générique de fin. Et là, pas de mensonge, c’est bien du "Super 8".

"
Super 8" (États-Unis, 2011).
de ♥ à ♥♥
Réalisation : J.J. Abrams. Scénario : Dawn Gilliam d'après J.J. Abrams. Directeur de la photo : Larry Fong. Effets Spéciaux : Ryan D. Compton. Producteurs : Bad Robot & Amblin Entertainment. Musique : Tim Simonec. Distribution France : Paramount Pictures France. Durée : 110 mn.
Sorti le 3 août


Avec : Joel Courtney (Joe Lamb) ; Elle Fanning (Alice Dainard) ; Ryley Griffiths (Charles Kaznyk) ; Ryan Lee (Carey) ; Gabriel Basso (Martin) ; Kyle Chandler (Jackson Lamb).



critique avec même conclusion sur le Blog de Nicolinux

à suivre

mardi 23 août 2011

Retour. LE CINÉ DE L'ÉTÉ (1). The Trip

Lent réveil et réactivation, en cette fin août caniculaire, de cet espace laissé en friche depuis trop longtemps. Mais que voulez-vous : les vacances, la chaleur et le peu d'actualité de cet été un peu morne culturellement avaient conduit "Les Chroniques de Blake" à quelque peu s'endormir sans crier gare.

À l'approche d'une rentrée qui s'avance à grands pas, on tente un retour progressif, un réveil en douceur, histoire de reprendre ses marques, avec l'idée aussi de peut-être changer quelques habitudes.

Ainsi, par exemple, l'envie de parler plus souvent d'un art qui aurait dû tenir plus de place dans ces colonnes. Si l'été a été calme, certains films notables de réalisateur connus ont quand même réveillé l'inertie estivale des salles obscures.
Toute cette semaine aura ainsi des airs de rattrapage en tentant d'afficher chaque jour une séance cinéma. Un "ciné de l'été" avec du bon, du passable, du décevant, de l'excellent, une balade éclectique pour terminer août en douceur. Et content de vous retrouver, au passage.

On commence avec "The Trip" sorti le 10 juillet dernier :

The Trip ou le retour de Michael Winterbottom, le cinéaste anglais qui tourne plus vite que son ombre. "Le voyage", en V.F : un titre obligé pour ce mini road-movie au tempérament baladeur.

On retrouve pour la troisième fois le tandem d’acteurs Steve Coogan-Rob Brydon (déjà à l’affiche de 24h Hour Party People et du savoureux Tournage dans un Jardin Anglais) au menu de ce dix-huitième film du Speedy Gonzales britannique de la caméra à la longue filmographie éclectique (et inégale).

Un cas déroutant ce Winterbottom… qui se fiche bien de diviser farouchement sur son cas critiques et spectateurs : un raconteur d’histoires qui aborde sans peur tous les genres (mélo, film de guerre, thriller, comédie) ou un opportuniste à la virtuosité tape-à-l’œil?

Cas pour ma part toujours pas réglé, avouons-le : les films du monsieur n’atteignant leur cible qu’une fois sur deux, avec une préférence pour les films intimistes, drames ou comédies (Un Eté Italien, Tournage dans un Jardin Anglais) plutôt que les pseudos-documentaires mondialistes (In This World) ou les thrillers (déplaisant souvenir de The Killer Inside Me, sous-Lynch ou Cronenberg mal digéré).

Volontairement plus léger - voire light - "The Trip" est la version cinéma d'une mini-série produite pour la BBC et affiche une humeur plus ludique : deux acteurs plus british que nature dans leur propre rôle embarqués dans une tournée gastronomique des adresses de restaus à la mode, Brydon remplaçant au pied levé la petite amie de Coogan, partie réfléchir sur leur couple.

Deux frères ennemis à la langue bien pendue (ennemis des films bavards, celui-ci débordant de longs discours sera votre cauchemar) qui semblent plus concernés par leur amitié/rivalité et leur place dans le métier d’acteur que par la cuisine sophistiquée des restaus chics qu’ils écument, un coté "bobo-chic" qui agace pas mal.

Ce sera donc selon votre humeur : soit l’aspect "two-man show" des deux lascars qui se lancent dans de longues comparaisons de leur talent respectif et la répétition inévitable des scènes (chaque jour, un nouveau restau) auront raison de votre patience.
Soit bon client, vous apprécierez la montagne de sarcasmes spirituels et le sens de la dérision des deux cabotins, avec une préférence pour l’air de suffisance amusée so british de l’attachant Steve Coogan, acteur de films d’auteurs en perte de notoriété qui se venge en se moquant de la réussite de son compère Brydon, imitateur télévisuel mais plus populaire que lui. Vrai ou fausse rivalité ?









Qu’importe, car au gré des mises en boîte des compères, on savourera l’absurdité de leurs concours d’imitations (qui imite le mieux des deux l’accent cockney de Michael Caine ou l'accent smart de Sean Connery dans James Bond ? je vote personnellement pour Coogan, Brydon est vraiment saoulant)...

... ainsi que le portrait dessiné par Winterbottom d’un milieu narcissique mais aiguisant la fragilité naturelle des acteurs, soumis à une rivalité sans pitié. Des saillies verbales souvent réjouissantes mais qui souffrent tout le long du film - d'ailleurs un poil long - de la tendance qu'à le cinéaste à capter la quasi-improvisation de ses acteurs en laissant tourner la caméra, une réalisation "les mains dans les poches" trop désinvolte, voire paresseuse.

Finalement, au bout de cette critique ambivalente sur un film ludique mais aux défauts voyants, si "The Trip" peut emporter la partie, c’est pour le discret et réel hommage à la culture anglaise qui irrigue le film : une traversée de la campagne au son de Joy Division, un franc délire commun sur la chevalerie au cinéma ou un hommage vibrant à la poésie anglaise devant la tombe de Samuel Coleridge. Un attachement profond des personnages - et imaginons-le du réalisateur - à leur île britannique.

Pour peu qu’on partage alors ce même amour, on passera sur les défauts constitutifs de The Trip, donc ceux de Winterbottom, en appréciant le côté décontracté et mineur de ce (petit) voyage ... si le film est toujours à l’affiche près de chez vous, évidemment.

"The Trip" (Grande-Bretagne, 2011).

Réalisation : Michael Winterbottom. Directeur de production : Amy Jackson. Directeur de la photo : Ben Smithard. Production : BBC/Revolution Films. Distribution : Ad Vitam. Durée : 106 mn.
Sorti le 10 juillet

Avec : Steeve Coogan (Steve) ; Rob Brydon (Rob) ; Margo Stilley (Mischa) ; Marta Barrioh (Yolanda) ; Claire Keelan (Emma) ; Paul Popplewell (Paul).



Barême d'appréciation :

à déconseiller
bof, bof
♥ moyen, pas mal
♥♥ bien
♥♥♥ excellent, à voir
♥♥♥♥ indispensable, à ne pas rater

À demain pour une nouvelle séance ciné

mardi 2 août 2011