mercredi 14 septembre 2011

MIOSSEC. Avoir un bon copain

Qu'un billet sur le dernier Miossec figure ici est une chose qui m'étonne assez moi-même. Pas du tout que la figure du chanteur brestois me laisse indifférent, mais depuis quelques années on a épisodiquement suivi sa carrière qui faisait un certain surplace (excepté le beau "1964" de 2004), flirtant souvent avec une banale chanson-rock et retrouvant en fait rarement la verve de ses deux premiers albums "Boire" et "Baiser" fin des années 90.

Ainsi, l'écoute des "Chansons Ordinaires" commence mal : des titres courts d'un rock minimal à la prise de son brouillonne, brassant les mêmes textes désabusés chantés d'une voix courte, une première écoute qui passe plutôt dans l'indifférence.
Pourtant à s'y reprendre plus tard, son choix de revenir à un format rock plus serré se révèle une bonne idée, d'autant que passées les trois banales et mornes premières chansons, ce huitième album révèle une vraie énergie retrouvée.



Ne pourtant pas chercher de l'innovation musicale dans ce recueil de onze titres - tous débutant ironiquement par "chanson" - enregistré à l'instinct avec de jeunes musiciens proches de Dominique A après seulement trois jours de répétition. On n'y renouvellera pas les fondamentaux d'un Miossec, premier à critiquer la faiblesse de son chant, la tendance qu'aurait son inspiration à radoter ou la simplicité musicale de son approche.

Une fois que l'artiste a réglé lui-même lucidement son propre compte, c'est donc aussi pour ses limites qu'on peut estimer Miossec et prendre plaisir à ces retrouvailles. Comme retrouver un vieil ami perdu de vie (une thématique de l'amitié très présente ici) défauts y compris, mais que le passage du temps rend vraiment plus touchant.

Omniprésence des amours mal fichues, éternelle rage sociale, regret de la liberté artistique de la chanson passée perdue de nos jours, obsession du temps qui passe ("Comme le temps passe, comme il nous abîme, comme il nous laisse de cicatrices" sur Chanson qui laisse des traces) : rien de nouveau, mais Miossec enfonce ici avec efficacité le clou du spleen et de la désillusion déjà planté dès ses débuts (remember Regarde un peu la France).



Plutôt ragaillardi par le format rêche et expéditif de l'expérience, par ses musiciens parfois bruitistes qui jouent sec et dru, ces "Chansons Ordinaires" ne semblent pas être une illusoire tentative de retourner au son de ses débuts.
Juste une étape plus lumineuse et plaisante dans le parcours souvent inégal, mais toujours attachant de ce solitaire irréductible amateur de tension, d'accidents et d'une certaine zone d'inconfort.

Et puis au fond, difficile de renier les vieux amis, ce serait se renier soi-même... Welcome back, Christophe !

Tracklist :
1. Chanson Que Personne N'écoute
2. Chanson Pour les Amis
3. Chanson d'un Fait Divers
4. Chanson Pour un Homme Couvert de Femmes
5. Chanson Pleine de Voix
6. Chanson Dramatique
7. Chanson du Bon Vieux Temps
8. Chanson Protestataire
9. Chanson Qui Laisse des Traces
10. Chanson d'Insomniaque
11. Chanson Sympathique

Miossec. "Chansons Ordinaires" (PIAS France) Sorti le 12 septembre
♥♥
en écoute sur spotify et deezer
2 titres sur la Playlist Pop
article sur magic
Miossec chez Pascale Clark sur france inter

Miossec le site

dimanche 11 septembre 2011

LE CINÉ EN LIBERTÉ. Pater

Alors que le 13ème Festival de la Fiction TV qui s'est tenu dans ma bonne ville va fermer ses portes et qu'encore une fois, je n'ai pas trouvé le moyen (ni vraiment l'envie, avouons-le) d'y mettre les pieds - le programme est ici - permettez-moi de continuer mon immersion cinéma avec un heureux rattrapage opéré lundi dernier.
La venue d'Alain Cavalier à La Coursive, l'excellente scène culturelle rochelaise m'a enfin permis de voir en projection unique son dernier film "Pater", qui fit la joie de la Croisette en mai dernier.

Comme à son habitude depuis son abandon du cinéma traditionnel, le réalisateur de "Thérèse" livre un objet unique, simple et complexe à la fois, fruit de sa rencontre amicale avec l'acteur Vincent Lindon. L'arrivée d'un acteur dit "de métier" dans son cinéma ne change en rien les règles récentes du cinéma artisanal, écrit à la première personne et conçu comme un journal intime du vieux sage qu'est Cavalier.

Sorte de méta-cinéma et work in progress permanent, "Pater" interroge autant les limites entre réalité et conventions fictionnelles que les rapports quasi filiaux instaurés au fur et à mesure du tournage entre l'auteur et son ami acteur. Cavalier ne cache rien, son film portant autant sur sa propre fabrication en live que sur le canevas politique qu'il se permet d'improviser.

Sur le papier, un concept qui peut tourner à la pose intellectuelle ; à l'écran, un stimulant jeu de piste, suite surprenante de séances de travail qui font revenir le cinéma à son aspect ludique de base, deux enfants qui jouent : "Je dirais que je suis Président de la République et toi, Vincent, mon Premier Ministre"

Étonnant que ce petit film, tourné avec deux caméras DV, revendiquant son aspect minuscule et bricolé, conçu alors que Lindon enchaînait deux tournages "sérieux" - révélation de Cavalier lui-même - redonne pourtant à sa façon tout son aspect dérisoire mais essentiel au cinéma, art par lequel les mensonges en disent plus sur la réalité que cette dernière.

Si la presse a beaucoup insisté sur l'aspect "politique" du film, qui singe en effet les moeurs de nos élus - presque toujours filmés à table - Alain Cavalier semble surtout prendre en dérision tout esprit de sérieux, la fausseté de toute position sociale, la duperie permanente de nous tous adultes qui avons oublié que nous n'étions que de vieux enfants.

Humour délicieux d'un vieux cabotin tout fier de porter un costume qu'il ne porte JAMAIS dans la vie, de filmer d'un oeil amusé Vincent Lindon (constamment attachant) qui lui conseille des cravates ou de capter une des célèbres colères de l'acteur.
Mais les frontières se brouillent et le doute s'installe : cette colère de Lindon est-elle une vraie, vécue par l'acteur ou répétée pour le film ? Le programme politique et social énoncé (l'instauration d'un salaire maximal) semble tenir à coeur autant au faux président qu'au réalisateur, mais celui-ci nous avoua ensuite que l'appartement filmé dans "Pater" n'est pas le sien, ni non plus le chat qu'il cajole durant tout le film.

Film fragile et inégal, "Pater" n'est certes pas le plus grand film de l'année ou même de son auteur, mais sans conteste le plus attachant.
Déconcertante mise en abyme
d'un film en complète liberté, prototype unique dont les séquences parfois moins abouties n'arrivent pourtant pas à entamer le charme et la limpide joie d'être et de filmer.
Chaleureuse relation
entre un auteur et son acteur, manifestement père et fils de substitution, contents de s'être trouvés et d'inspirer l'autre.
Étonnante inventivité
d'un film dont le journaliste Jean-Michel Frodon, animateur de la soirée, précisait qu'il était aussi unique sur un point : c'est le seul de l'histoire du cinéma où un metteur en scène tend soudain la caméra à son acteur pour qu'il le filme.

Ne rien prendre au sérieux, surtout pas le cinéma. Malicieux Alain Cavalier.

"Pater". (France, 2011). Réalisation : Alain Cavalier. Directeur de production : Cécile Peyre. Production : Caméra One/Arte France. Distribution : Pathé Distribution. Durée : 105 mn. Sorti le 22 juin 2011
♥♥♥♥

Avec : Alain Cavalier (lui-même/le Président) ; Vincent Lindon (lui-même/Le Premier Ministre) ; Bernard Bureau ; Jonathan Duong ; Jean-Pierre Lindon.



autres critiques
sur le blog de Nicolinux et benzine

vendredi 9 septembre 2011

PART TIME. Souvenir du futur


Permettez-moi de ne pas trop aimer les étiquettes. Pas celles, même réductrices - pop, électro, folk, dubstep - qui aident à se frayer un chemin dans la jungle musicale actuelle. Non, celles collées à vitesse grand V sur les disques et qui vous tromperaient plutôt sur la marchandise.

Ainsi, que fait celle, à la pointe de la hype, de "chillwave" collée sur le premier album du groupe Part Time? Drivé par le flandrin David Speck, ce combo venu de San Francisco aurait plus à voir avec une relecture du post-punk et du rock minimaliste années 80 qu'avec la pop électro volontiers easy listening de Toro Y Moi, Memory Tapes ou consorts, tenants officiels du courant chillwave, devenu un grand fourre-tout plutôt envahissant.

"Chillwave" ou pas, erreur d'étiquetage ou non, il aurait été dommage de passer à côté de "What Would You Say?", nonchalant recueil de vignettes rock portées par des synthés minimalistes et d'antiques boîtes à rythmes.

Une vraie curiosité spatio-temporelle ressuscitant l'esprit des soirées des early eighties, entre fêtards désabusés et spleen blême. Troublant retour en arrière jusque dans la voix lasse de David Speck, qui rappellera bien des souvenirs à ceux que bercèrent la voix d'Alan Vega de Suicide :



On arguera qu'on ne manque pas de formations néo-pop 80's dont l'esthétique cheap et synthétique n'en finit pas de nous revenir depuis quelques années. Mais intelligent, nostalgique et finalement très attachant, le flash-back musical de Part Time distille un charme triste évident, loin de l'opportunisme marketing souvent de mise (à vous de mettre les noms) et plus à ranger du côté des vraies réussites du genre, celles récentes de John Maus, Destroyer, Twin Shadow ou des Metronomy période "Nights Out".













Proche de l'esprit du label Italians Do It Better (l'album des Chromatics), la virée italo-disco et pré new wave de David Speck retrouve l'esprit d'un certain underground d'époque, artisanal et alternatif, entre pop synthético-neurasthénique très Depeche Mode et rock désabusé à la Suicide ou Psychedelic Furs :



Malgré le nombre de références qu'il évoquera sans doute à chacun, "What Would You Say" est en fait assez grand pour sortir tout seul et une virée en sa compagnie ne se refusera pas. Plus proche de la gueule de bois d'après-soirée arrosée que d'un philtre euphorisant, pas sûr qu'il vous guérisse du spleen causé par l'actuelle rentrée. Mais comment résister à son charme froissé ?

Tracklist :
1. Thunderbolts Of Love
2. I Wanna Take You Out
3. Living In Pretend (My Girl Imagination)
4. She's Got The Right
5. In This Filthy City
6. What Would You Say?
7. Hey Kareen
8. Riots In The Streets
9. 19
10. Shes' Playing With Your Mind
11. Cassie (Won't You Be My Doll)

Part Time. "What Would You Say?" (Mexican Summer/Universal Music)
♥♥♥
depuis juillet en digital, paru en CD le 29 août

en écoute sur spotify & deezer
3 titres
sur la Playlist Pop
à lire sur des chips et du rosé et hartzine

Mexican Summer
Italians Do It Better

mercredi 7 septembre 2011

LE CINÉ DE LA RENTRÉE. Habemus Papam

Premier rendez-vous cinéma de la saison et j'espère, pas le dernier, on inaugure cette rentrée avec une petite virée express en Italie.

Avec "Habemus Papam", Nanni Moretti est entré au Vatican ! Enfin, pour dissiper toute méprise, précisons plutôt que la religion catholique et l’église italienne sont au coeur du sujet de son dernier film. Difficile en effet, pour un cinéaste italien, de ne pas aborder un jour le sujet inévitable du poids de la religion dans un pays si marqué par cette dernière.

On pouvait s’attendre de sa part, connaissant la figure contestataire et de citoyen en colère de l’ami Nanni (Journal Intime, Le Caïman) à une attaque en règle des mœurs et coutumes des cardinaux, à un pamphlet explosif et salutaire.

Surprise : l’athée Moretti - en portraiturant ici le Vatican en proie à l’inquiétude après que le nouveau pape tout fraîchement élu mais frappé de stupeur (Michel Piccoli) rechigne à occuper son poste - porte un regard plus tendre et amusé que celui, intraitable et incendiaire, auquel on s’attendait. "Habemus Papam", avec son joli point de départ - le cri saisissant de bête blessée poussé par Piccoli juste avant son accession - s’inscrit comme une fable cocasse sur le refus du pouvoir, ménageant de jolis moments de comédie, voire de burlesque pur.

En s'immisçant dans le quotidien de cardinaux en conclave désignant un obscur outsider, le cardinal Melville - oui, comme l’écrivain - manifestement pas à la hauteur de la tâche, l’auteur de "La Chambre du Fils" montre le petit théâtre du pouvoir, ce petit monde dérisoire vu comme un grand pensionnat coupé de l'extérieur rempli de cardinaux grand enfants attardés, priant tous pour ne pas être l’(heureux?) élu.

Rôle d’ailleurs en or pour un Michel Piccoli, fabuleux de trouble et habité par le doute. Traversant cette aventure frappé de stupeur comme par la foudre, fuguant comme un adolescent sa charge inhumaine, se cherchant lui-même, la démonstration magistrale, s’il en était besoin, du talent étonnant d’un toujours grand acteur.

La charge féroce attendue devient donc une comédie douce-amère sur le renoncement et la dépression, se révélant en fait autant anti psychanalyse qu’anticléricale, où le psy appelé à la rescousse (Nanni Moretti lui-même) mais contraint de soigner son patient en public (!) devient alors le nouveau centre d’intérêt.

Si l’épisode ne manque pas de saveur, la faconde de l’acteur-réalisateur manque souvent de supplanter la figure du pape en vadrouille au risque de perdre du coup son sujet de vue. On préfère ainsi la pertinence de cette balade en liberté quand elle compare le Vatican au monde trompeur du spectacle, du théâtre en particulier - ainsi plus jeune, le pape aurait voulu devenir acteur - que les épisodes burlesques d’un psy trompant l’ennui des cardinaux en improvisant un match de volley, marotte d’un Moretti se citant lui-même (déjà vue dans Palombella Rossa).

Le film, après avoir débuté comme une aimable fantaisie, se révèle un questionnement inquiet pétri de doute existentiel et confirme qu'un Nanni Moretti reste toujours un bon moment de cinéma. Substituant l’ironie complice et une vraie anxiété à la colère explosive autrefois à l’oeuvre dans le cinéma Morettien, "Habemus Papam" interroge à sa manière l’air de rien la question du renoncement, de l’abandon d’un destin sclérosant qui éloignerait de soi-même, de la vanité de tout pouvoir.

En souhaitant que certains prétendants à un destin national chez nous, s’ils voient ce film, en tirent les modestes mais salutaires enseignements. On peut toujours rêver, non ?

"Habemus Papam" (Italie/France, 2011).
♥♥

Réalisation : Nanni Moretti. Scénario : Federica Pontremoli, Francesco Piccolo, Nanni Moretti. Directeur de la photo : Alessandro Pecci. Production : Sacher Films, France 3. Musique : Franco Piersanti. Distribution France : Le Pacte. Durée : 102 mn
Sortie : 7 septembre 2011

Avec : Michel Piccoli (Melville), Nanni Moretti (Brezzi), Margherita Buy (La psychanalyste), Renato Scarpa (Cardinal Gregori), Jerzy Stuhr (Le porte-parole), Dario Cantarelli (l'acteur de Tchékhov).

mardi 6 septembre 2011

OTHER LIVES. Folk élégant ou Americana scolaire?

La chose n'est pas si courante dans mon cas, mais difficile d'avoir un jugement définitif avec la galette qui nous occupe aujourd'hui. Pour peu qu'on prête un peu attention à l'actualité musicale, le nom d'Other Lives ne vous est pas inconnu ces temps-ci. Avec leur deuxième album "Tamer Animals" - le premier ayant échappé à l'attention de quasi tout le monde - le groupe folk pop venu de Stillwater, Okhaloma, semble être la sensation du moment.

Avec la musique d'Other Lives, on est en terrain connu et familier, en tout cas dans ces colonnes : celui de l'Americana éternelle, folk pop rêveuse évocatrice de liberté et de grands espaces. Ainsi, l'évident single "For 12" semble d'emblée le concentré de cette inspiration, bercé d'arrangements de cordes lumineux :



Élégante, aérienne et plutôt irréprochable, d'où vient alors que la musique du groupe mené par Jesse Tabish dégage chez moi un respect poli là où j'attendais un vrai emballement ? Le sentiment du bon goût mesuré d'un disque irréprochable, assez beau, mais sans réelle prise de risque.
Ainsi, "Tamer Animals" est au croisement de tant d'influences, semble le creusé de tant d'éléments du folk indé U.S. que le poids de ces références finit par quelque peu l'handicaper. Other Lives, victime de l'effet "groupe folk pour les nuls", ou pour les méconnaisseurs du genre en tout cas ?

Ainsi, on songe à tant de groupes - presque un par morceau - que l'effort du groupe finit par un peu en pâlir : et Fleet Foxes, et Grizzly Bear, et The National (Tamer Animals le titre, copié-collé du gang de Matt Berninger), et Midlake, et Lost In The Trees, et The Middle East et ... bon, n'en jetez plus, on s'arrête là.












Mentionner au passage la figure des Middle East fait toucher du doigt ce qui peut différencier les estimables Other Lives du collectif australien ou aussi des excellents Lost In The Trees.

Si ces formations usent toutes les trois avec goût d'arrangements de cordes sophistiquées, les deux premières privilégient l'imprévu, les ruptures de ton et les accidents ainsi qu'une vraie liberté et folie dans l'inspiration. Alors qu'en bons élèves disciplinés, nos barbus venus d'Oklahoma restent dans un classicisme, une joliesse, voire une uniformité qui lisse le tout en un ensemble qui peut sembler bien sage.

Peut-être faut-il laisser reposer cet album avant de décider à long terme de sa place dans nos discothèques, d'autant qu'il se dégage de certaines plages une séduction immédiate (As I Lay My Head Down ou encore "Old Statues" et ses guitares western entre Ennio Morricone et Calexico). Tiens, encore d'autres références.



Pour reprendre une métaphore scolaire de rigueur vu cette période de rentrée : "Élèves studieux et assidus, mais peuvent mieux faire". À moins que l'un d'entre vous dans les commentaires puisse faire pencher la balance de l'autre côté et trancher ce mini-débat entamé entre moi ... et moi.

Tracklist
:
1. Dark Horse
2. As I Lay My Head Down
3. For 12
4. Tamer Animals
5. Dust Bowl III
6. Weather
7. Old Statues
8. Woodwind
9. Desert
10. Landforms
11. Heading East

Other Lives. "Tamer Animals" (Play It Again Sam/PIAS)
entre ♥♥ et ♥♥♥
en écoute sur spotify, deezer & grooveshark
2 titres sur la Playlist Pop

avis d'Ears of Panda avec lequel je me sens le plus proche
nombreux avis plus convaincus sur : esprits critiques, charlu, hop blog, discordance

LienOther Lives

samedi 3 septembre 2011

BAXTER DURY et CHAD VALLEY. So long, summer

La rentrée vous déprime un brin ? Envie de prolonger les vacances Rapide petit billet au léger parfum estival. Histoire de rester dans l'ambiance avec deux exemples de parfaites bandes-son qui ont (peut-être) accompagné vos vacances ou auraient dû le faire, tout au moins ! Un pour chaque jour de ce weekend capital.

Idéal pour se vider la tête et prendre la vie comme elle vient, l'électro légère et sans conséquence du jeune Hugo Manuel a/k/a Chad Valley sera le compagnon parfait pour profiter des derniers beaux jours, la preuve avec son EP "Equatorial Ultravox".
Hédoniste, séduisante et remplie de synthés clinquants rêvant de sunshine pop, la production néo-eighties de Chad Valley réussit fort là où les gandins de Violens nous fatiguent et largue sur un terrain proche les dernières formations du genre (Kisses, Washed Out, Memory Tapes), estampillées "chillwave" ou pas :



Diablement addictif et cohérent, son mini-trip tropical réunit avec talent amateurs du dancefloor, fondus d'électro disco et dance music intelligente. Comme un mini Brian Wilson tombé dans la potion synthétique et surfant sur une Floride imaginaire : un bain de santé salutaire et revigorant.

Rien de mieux que de prolonger l'été en sa lumineuse compagnie.

Chad Valley - "Shell Suite"

Tracklist :
1. Now That I'm Real
2. Reach Lines
3. Shell Suite
4. Acker Bilk
5. Fast Challenges
6. I Want Your Love
7. Shapeless

Chad Valley. "Equatorial Ultravox EP" (Universal)
♥♥

en écoute sur spotify, deezer & grooveshark
2 titres sur la Playlist Pop
à lire sur des chips et du rosé et branche ton sonotone

Chad Valley


Discret champion de cette avant-rentrée, le troisième album du rejeton de Ian Durie remporte un joli succès critique et public qui fait plaisir. Le modeste Baxter Dury ne prétend rien révolutionner : juste charmer l'auditeur le temps de la sympathique balade en sa compagnie.

Comme un vieil ami perdu de vue, l'anglais déroule une nonchalante virée pop rock, égrenant de sa voix de cockney décontracté ses petites vignettes amoureuses désabusées.
Minimale, groovy et ironique, l'anglais réactive les choeurs féminins froufroutants (tradition Jona Lewie), va voir du côté de Jarvis Cocker/Pulp (sur Leak At The Disco) et emporte finalement le morceau avec sa pop lo-fi intemporelle.

Parfait exemple du lad anglais, crooner décalé cousin d'un Merz, Edwyn Collins ou d'un Stephen Jones (remember le zigoto de Baby Bird avec "You're Gorgeous"?), on remercie l'ami Dury, prénom Baxter, pour son recul sympathique, ses pop songs sans prétention et la légèreté de son humeur :




Une jolie potion pop au parfum de coolitude intemporelle qui met en joie sans avec ce qu'il faut d'amertume et de dérision.

De quoi aborder septembre gonflé à bloc sans trop de regrets, la rentrée musicale saura d'ailleurs vite nous les faire oublier.

Baxter Dury - "The Sun"

Tracklist :
1.
Isabel
2. Claire
3. Leak At The Disco
4. Afternoon
5. Happy Soup
6. Trellic
7. Picnic On The Edge
8. Hotel In Brixton
9. The Sun
10. Trophies


Baxter Dury. "Happy Soup" (EMI)
♥♥
en écoute sur spotify, deezer & grooveshark
2 titres sur la Playlist Pop
à lire sur muziksetcultures, les chroniques de charlu, la musique à papa

Baxter Dury

jeudi 1 septembre 2011

SON LUX. Et la lumière fut...

Rien de mieux que de tomber amoureux par hasard d'un disque pour renouer avec l'actualité musicale de la rentrée prête à se déverser. Publié ces jours-ci en CD mais pourtant apparu dans l'inertie de cet été rare en grandes sorties, "We Are Rising" impose d'emblée son caractère unique et addictif.
Chef-d'oeuvre de la saison ? Disque de chevet immédiat en tout cas.

"We Are Rising" donne la sensation de pénétrer dans les méandres d'un cerveau foisonnant d'idées révélant une production d'une précision maniaque. L'aboutissement du travail obsessionnel de Son Lux sur le son, dont on a déjà eu l'aperçu à travers ses remixes de Radiohead, Beirut ou Owen Pallet, pour ceux qui étaient passés à côté de son premier LP "At War With Walls & Mazes" en 2008.

Disque fou et inspiré, rétif aux catégorisations, tant solaire que nocturne, aussi radieux que taciturne, ce deuxième album d'une beauté irréelle révèle au grand jour le talent surprenant de cet alchimiste sonore, faux solitaire bien entouré.
Entre électro tortueuse, abstract hip-hop, musique contemporaine et pop brûlante, Ryan Lott alias Son Lux mixe le tout transmutant son projet en cathédrale sonore rêvant d'un art total :



Vaisseau spatial à l'atmosphère nocturne et inquiétante, peuplée d'une forêt d'arrangements néo-classiques, de beats à la précision chirurgicale et de choeurs éthérés, l'album est une machine de guerre (WAR) agissant comme un poison profond au caractère explosif.

Musicien de formation classique ayant collaboré à l'écriture de musique de ballets, Son Lux réussit le mariage de l'expérimentation laborantine et de la pop immédiate, alliant rigueur chirurgicale du son (Rising, All The Right Things) et folie baroque des arrangements (Chase ou un Flickers inaugural qui donne le frisson).

Une richesse sonore, fruit de son travail avec l'ensemble yMusic (choeurs divins dont DM Stith ou Shara Worden de My Brighest Diamond) et instrumentale (cuivres, cordes, piano, bois, électronica) d'une maturité magistrale. Surtout quand on découvre que le tout a été conçu en UN SEUL MOIS, résultat du défi lançé par le magazine RPM !



On pourrait évidemment entendre dans cette pop mutante, cérébrale et organique, les échos d'autres "petits génies" multiformes : le Sufjan Stevens de "The Adge Of Adz" en cent fois plus maîtrisé, le lyrisme orchestral d'Owen Pallett, l'onirisme de Sin Fang, l'éclectisme de Yellow Ostrich.











Seulement, Son Lux impose sa suprématie en combinant luxuriance orchestrale et mélancolie lyrique. Volontiers sombre, introspective et comme illuminée de l'intérieur, sa pop flamboyante impose sa mélancolie majestueuse portée par une voix de mystique habité, d'autant plus troublante dans cet écrin clinique parfait. On songe alors à l'ombre de Radiohead et surtout à The Eraser de Thom Yorke, mariage du feu et de la glace, parent éloigné de ce joyau ou aussi à la récente production inspirée (Scratch My Back) d'un certain Peter Gabriel.

Mais le génie de cet enfant du laptop et du New York Philarmonic est assez grand finalement pour se passer de références et n'attend plus que vous pour succomber.

Quant à la géniale "Leave The Riches", dont je n'ai pas fini d'admirer la richesse, aux choeurs célestes et à la fascinante dimension gothique, elle résonne comme le diamant noir envoûtant de cet album addictif, d'ores et déjà élu une des merveilles de l'année :

Son Lux - Leave The Riches

Tracklist :
1. Flickers
2. All The Right Things
3. Rising
4. Leave The Riches
5. Flowers
6. Chase
7. Claws
8. Let Go
9. Rebuild

Son Lux. "We Are Rising" (Anticon)
♥♥♥♥♥ COUP DE COEUR 
à écouter sur spotify, deezer & grooveshark

bel article sur Magic et avis emballés des voisins sur playlist society, hop blog, little reviews, le noise, funk you dear