samedi 10 décembre 2011

REPLAY 2011 (6). ANE BRUN


Voilà un disque d'hiver par excellence, album-cocon à écouter chez soi bien au chaud et dont la quiétude classique apaisera vos éventuelles tensions. Calme et apaisé, mais ne l'empêchant pas de vibrer d'une belle chaleur contagieuse.

"It All Starts With One" est le nouvel album d'Ane Brun (qu'on prononce Ana Broun), élégante chanteuse norvégienne, aux racines folk, et dont ce quatrième album, à l'orchestration et arrangements de grande tenue, est plus ouvertement pop. Belle occasion, si vous la connaissez mal, de découvrir la voix chaude et expressive de la demoiselle dans cet écrin soigné et atmosphérique. 
Entouré de complices de talent (First Aid Kit, Loney Dear à la batterie, José González de Junip en duo), elle y rayonne de toute l'expressivité de sa voix au vibrato troublant, bien plus vivant que celui d'une Alelia Diane :


Et la production de Tobias Froberg et de Peter Moren (de Peter Bjorn & John, une référence), est un vrai modèle d'élégance et d'intensité illuminé de cordes tombées du ciel, à la Jean-Claude Vannier, et percussions subtiles.
Un emballage luxueux idéal pour révéler la pureté de chansons épurées qui, derrière leur apparente quiétude, révèlent une vraie gravité, voire solennité dramatique pudique (touchants The Light From One et Undertow). Quant au duo avec José González, c'est un sommet folk pop magnétique tissé de leurs voix complémentaires :



Album classique mais d'un accomplissement évident, "It All Starts With One" est une douce réussite, plus emballante, dans un sillage artistique proche, que les derniers opus trop timides d'Agnes Obel ou Lykke Li, et par moments, proche de la clarté du dernier My Brightest Diamond.

Lumières éclairant la nuit ou l'inverse, un bel opus où la norvégienne rejoint la séduction grave dispensée sur les derniers albums de son indispensable consoeur suédoise Anna Ternheim et dont la voix aérienne évoque plus d'une fois celle de sa compatriote trop rare, Anneli Drecker, l'âme des Bel Canto.
À noter que l'album existe en édition deux disques, le second encore plus intime, constitué de titres bonus, folk ou acoustiques, souvent au piano, dont une touchante ballade triste de fin en espagnol. Bonne raison de s'attarder encore avec elle :

Tracklist :
1. These Days
2. Words
3. Worship (feat. Jose Gonzalez)
4. Do You Remember
5. What's Happening With You And Him
6. Lifeline
7. One
8. The Light From One
9. Oh Love
10. Undertow

Disc 2 :
11. Dirty Windshield
12. Take It Slow
13. One Last Try
14. Queen And King
15. Du Gråter Så Store Tåra (English version)
16. I Would Hurt A Fly
17. Another World
18. Alfonsina Y El Mar

Ane Brun. "It All Starts With One" (Ballon Ranger Recordings/Universal) sorti le 20 septembre 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist 2011

à lire sur à l'écoute et pop revue express

vendredi 9 décembre 2011

La lumière pop de KORALLREVEN et de SNAKADAKTAL

Ce temps de début décembre, pluvieux et détrempé vous abat ? La lumière de l'été vous manque déjà ? Envol vers des horizons musicaux dégagés de tout nuage pour refaire le plein d'énergie et bien entamer votre weekend avec deux groupes dont la musique est aussi aérienne que leur noms sont à rallonge.

Départ direct en Suède avec le premier album des Korallreven, rempli de vocaux translucides et mélodies filantes. Duo composé de Daniel Tjäder, claviériste des indispensables The Radio Dept. flanqué de son pote Marcus Joons, Korallreven rêve des îles polynésiennes et des langueurs océanes en les recréant au gré d'une pop cristalline et limpide.

Atmosphérique, synthétique et rêveuse, l'électro pop en suspension du tandem, modeste mais minutieuse, embarque, séduit et aère l'esprit, pas si éloignée de la brume sonore de The Radio Dept., mais évocant surtout le meilleur d'une certaine chillwave évanescente, celle de l'excellent Chad Valley : 

Korallreven - "As Young As Yesterday"





Une croisière charmeuse au trajet sinueux, les pieds dans l'eau (chaude) et la tête dans les étoiles, agrémentée de la touche vocale féminine de Victoria Bergsman de Taken By The Trees.

Impossible de ne pas avoir l'esprit en paix une fois arrivé à destination. Pour prolongation du plaisir, appuyer juste sur "replay" et le voyage recommence.





Tracklist :
1. As Young As Yesterday (ft. Victoria Bergsman)
2. Sa Sa Samoa
3. The Truest Faith
4. Keep Your Eyes Shut
5. Loved-Up
6. Comin' Closer
7. Pago Pago
8. Honey Mine (ft. Victoria Bergsman)
9. A Surf On Endorphins
10. Comin' Down

Korallreven. "An Album by Korallreven" (Hybris/Warner)
Sorti le 14 novembre 2011
♥♥♥♥
en écoute sur spotify, absent sur deezer
à lire sur des chips et du rosé
myspace korallreven

Le deuxième voyage est moins exotique, mais ne manque pas de charme. Vu la pochette de leur EP, évocatrice de fjords et la sonorité rugueuse de leur nom, on pourrait croire qu'ils viennent du Nord. Mais Snakadaktal est en fait un tout jeune groupe venu de Melbourne, Australie.
Oeuvrant dans une indie pop plus classique, la dream pop des jeunes australiens, avec 2 garçons et 1 fille au chant, fait cependant preuve d'une fraîcheur revigorante et la nature mélodique de leur pop songs addictives entre gaieté radieuse et léger spleen ne fait que s'accroître au fur et à mesure des écoutes :








Si le jeune quintet, qui glisse parfois de l'électronica dans sa pop, cite souvent Metronomy comme influence première, c'est plus au minimalisme post-adolescent de The xx ou des Foals qu'on songe à les rapprocher. Et surtout à la pop en clair-obscur de Dark Dark Dark sur deux titres (Chimera, Air) tenus par la voix claire de la mignonne Phoebe qui évoque à s'y méprendre la belle voix de Nona Marie Envie, atout vocal des trop méconnus Dark Dark Dark.

Un groupe tout neuf qui n'en est qu'à ses tout premiers pas, et prometteur une fois qu'ils s'éloigneront un peu de leur modèles. Si l'album qui devrait suivre bientôt est de la même tenue, voilà une formation à ne pas quitter de l'oeil.

Et dont je remercierai ici un lecteur récent du blog (williams) de m'avoir fait découvrir l'existence. Un blog n'est rien sans ses visiteurs, j'en ai la preuve évidente tous les jours, donc merci !

Tracklist : 
1. Wake Up
2. Chimera
3. Air
4. Carnival (Lobster Monster)
5. Skin
6. Boy

Snakadaktal. "Snakakdaktal EP" (I Oh You)
Sorti le 15 août 2011
♥♥♥
en écoute sur spotify, absent sur deezer
à lire sur La Peppynière
my space snakadaktal et facebook

mercredi 7 décembre 2011

REPLAY 2011 (5). ERLAND & THE CARNIVAL

Rien que pour moi-même, cette rubrique a son utilité qui me permet de redonner sa vraie place à "Nightingale", un disque passé à la trappe le printemps dernier. D'abord pour cause de méchants bugs informatiques et ensuite d'impression flottante en première écoute qui me l'avait fait lâcher.

Sentiment injuste car la pop stylée et originale d'Erland & The Carnival, savamment rétive aux étiquettes, mérite bien qu'on s'attache à elle, parfait exemple d'une pop britannique psychédélique à la familière étrangeté.

Un gang d'excentriques londoniens barré par le tandem Simon Tong (guitariste éminence grise) et Erland Cooper (chanteur) dont le deuxième opus est un drôle d'oiseau affichant une pochette rétro nostalgique, habillage sémillant d'une singulière musique entre psyché pop 70's fantomatiques et modernité rock tordue.
Se méfier de l'aspect anodin de leur mini-tube sympa "Map Of The Englisman", lequel masque une collection de fuyantes pop songs à la liberté biscornue et étrangeté inquiète :



Maîtres de la mélodie fluide habillée d'orgues et claviers déréglés, Erland And The Carnival déroulent une pop en chambre à la tenue so british, au faux classicisme trompeur (I'm Not Really Here, Springtime) pour mieux vous prendre ensuite dans les filets de refrains chausse-trappes aux ambiances de manoir hanté (les imparables Emmeline ou Nightingale).

Une formule singulière, mêlant gimmicks pop et atmosphère délétère, à la production sophistiquée portant la marque de la pérennité de l'éternel tempérament excentrique anglais.
Sous référence du meilleur du rock sixties, un bizarre carnaval qui réconcilie fulgurances pop et spleen atmosphérique teinté d'inquiète étrangeté légèrement déréglée :



Mariage original de la folie douce hallucinogène d'un Syd Barrett, de l'élégance baroque de Divine Comedy et de la pop ludique des alchimistes trop sous-estimés du Beta Band, "Nightingale", malgré quelques inégalités ou défauts de cohésion d'ensemble, s'avère une des destinations pop les plus singulières de l'année.












Un territoire d'allure habituelle qui vous donne envie d'y vagabonder, mais en fait vite changeant à l'écoute de ce rossignol si familier, mais au chant légèrement déviant, à en transformer radicalement le paysage. Un art typiquement anglais.

Erland & The Carnival - "Wealldie"

Tracklist :

1. So Tired In The Morning
2. Map Of An Englishman
3. Emmeline
4. I'm Not Really Here
5. I Wish, I Wish
6. This Night
7. Nightingale
8. East & West
9. Springtime
10. Wealldie
11. Dream Of The Rood
12. The Trees They Grow So High

13. Nothing Can Remain
14. The Ballad Of Egremont
(Bonus Track)

Erland & The Carnival. "Nightingale" (Full Time Hobby) sorti le 07 mars 2011
♥♥♥ (♥)
en écoute sur spotify et deezer
3 titres sur la
Playlist Replay 2011


Erland & The Carnival le site

mardi 6 décembre 2011

LE CINÉ ANIMÉ. Le Tableau de Jean-François Laguionie

Une séance ciné qui nous emmène aussi au musée, ou plutôt, dans l'atelier du peintre, avec le film "Le Tableau", petite merveille animée qui ne devrait nullement rester caché derrière l'arrivée des habituels blockbusters enfantins de Noël.

Rêverie créative autour d'un tableau inachevé dont les personnages vivent leur vie propre mais aussi lumineuse métaphore sociale, on doit ce réjouissant film au discret mais talentueux Jean-François Laguionie, auteur de "L'Ile de Black Mor", un des trois mousquetaires (ils étaient plutôt quatre, je sais) du renouveau de l'animation française avec Michel Ocelot et Sylvain Chomet.

Un talent à la hauteur de ses ambitions, l'initiation au monde de la peinture, brillamment relevé. "Le Tableau" est d'abord un enchantement visuel d'une grande beauté plastique et personnelle (graphisme et personnages stylisés aux angles aigus, couleurs éclatantes, animation limpide) réussissant à s'adresser autant aux plus jeunes - à partir de sept ans - qu'à séduire les plus grands.

Car son scénario est d'une belle pertinence qui dresse une métaphore censée de la société à travers celle de ses personnages au statuts différents : les terminés (Toupins) qui s'arrogent le pouvoir contre ceux qu'ils jugent inférieurs car inachevés (Pafinis), encore plus contre les vrais intouchables que sont les à peine esquissés (Rufs), de véritables damnés réprouvés.
Ramo jeune favorisé s'opposant au système, accompagné d'une Pafinie la pétulante Lola, ainsi que de Plume un Ruf méprisé, décide d'aller retrouver le peintre afin qu'il termine son oeuvre et apaise leur monde.

Si la situation et le public enfantin d'abord visé peuvent faire craindre un certain manichéisme, pourtant nulle trace ou presque à l'écran, Laguionie dévidant le fil de sa fable inventive comme un magicien-conteur au sommet de son art.
Élégante, tendre et ludique, sa balade dans le monde des pigments et des gouaches est d'un tempérament poétique et rêveur, aussi lumineuse dans son initiation sans didactisme aux courants picturaux de l'histoire de l'art (abstraction exceptée) que légère dans son appel à la tolérance et au respect mutuel.








Doux et classiques, mais sans trop de gnan-gnan, ses petits personnages ne sont pas sans défaut : Ramo est ouvert mais montre sa "supériorité", Ruf pessimiste et aigri, Lola vive mais indépendante, chacun devant dépasser ses propres préjugés, mais leur curiosité (et l'amour) seront là pour y remédier.

L'équipée de la petite troupe découvrant le monde (un peu comme celle de Toy Story, tiens), à la recherche de leur créateur et passant de tableau en tableau, devient alors une vertigineuse ballade dans l'espace d'une virtuosité technique rare, leurs tribulations paraissant plus en relief que bien des films en 3D injustifiés : formidable rendu des volumes et matières opposé au côté plat du monde pictural.

Une échappée malicieuse passant d'un tableau guerrier à un carnaval vénitien, sarabande festive où l'on reconnaîtra dans les toiles diverses du peintre autant de jolies références à Picasso, Cézanne, Matisse ou Chagall que dans cette odyssée au charme intemporel un clin d'oeil au romantisme du cinéma de Marcel Carné ou à la douceur humaniste de l'univers de Paul Grimault (Le Roi et l'Oiseau) avec lequel Laguionie, jeune animateur, apprit le métier à ses côtés.

On ne dévoilera pas plus les rebondissements variés de cet enchantement, surtout pas la rencontre finale au joli prolongement philosophique, afin de garder tout son charme à ce film intelligent et tous publics, parfait cadeau de Noël - familial ou pas - en avance, beau livre où les images ont un sens et aussi une (belle) âme :



"Le Tableau" (France, 2011) À partir de 7 ans
Sorti le 23 octobre 2011

♥♥♥♥
Réalisation : Jean-François Laguionie. Scénario : Anik Le Ray. Dialogues : Anik Le Ray et Jean-Francois Laguionie. Chef-Décorateur : Jean Palenstijn. Directeur de l'animation : Lionel Chauvin. Musique : Pascal Le Pennec. Production : RTBF/France 3/Blue Spirit. Distribution : Gebeka Films. Durée : 76 mn.

Avec les voix de : Jessica Monceau (Lola) ; Adrien Larmande (Ramo); Thierry Jahn (Plume) ; Céline Ronte (Garance) ; Thomas Sagols (Magenta) ; Jean-François Laguionie (le peintre).

entretien avec l'auteur + extraits vidéo sur télérama

letableau-le film.fr

samedi 3 décembre 2011

REPLAY 2011 (4). PEAKING LIGHTS

Encore un petit "Replay" de l'année, on ne traîne pas, le temps presse. L'occasion d'un petit voyage en coolitude absolue avec le disque de Peaking Lights paru avant l'été et qui garde toutes ses couleurs même en hiver.

Un disque plus que jamais dans l'actualité d'ailleurs, auparavant paru sur Not Not Fun et maintenant disponible sur Weird Word, filiale de l'excellent label Domino. Raison de plus pour se replonger dans le monde au temps étiré des Peaking Lights, psyché pop vaporeuse entre expérimentation soft et culture dub.

Album proposant une couleur tenue tout du long assez loin du formatage pop, "936" ravira ceux pour qui un disque est d'abord l'occasion de s'immerger dans un univers libre détaché du monde et des critères d'une hype musicale souvent prévisible.

Une fois adapté à la musique aux contours flous du duo californien Aaron Coyes et Indra Dunis, aux vocaux clairs et langoureux d'Indra, aux tempos hypnotiques et climats brumeux du bidouilleur Aaron, difficile de ne pas céder à la pop primitive et sophistiquée du couple, bulle parfaite aux effets psychotropes, qu'elle soit sous influence de douces substances en tous genres ou pas :

Peaking Lights - "All The Sun That Shines"

Entre minimalisme pop (lointains échos de Young Marble Giants) et plongée tête la première dans le reggae et la culture dub des années 70, Peaking Lights propose une relecture aux effluves radieuses, psyché pop ralentie un rien baba teintée d'expérimentation et sonorités cold doucement tribales.

Comme si Broadcast ou des Portishead décoincés avaient décidé de revisiter la discographie du jamaïcain Lee 'Scratch' Perry.
Un mariage voluptueux du froid et du chaud, douce oasis brumeuse et confortable à la spontanéité naïve, dont vos oreilles, une fois acclimatées à la température et aux rythmes du lieu, ne voudront plus se passer :


Petit ovni atypique imposant ses propres règles et sa couleur arc-en-ciel, "936" mériterait d'être à l'affiche des nombreux listes et tops des galettes de l'année avec son côté tombé du ciel.

Car
il serait dommage ne pas partir en ballade aux côtés de ce couple discret dont la musique aux vertus curatives tombe à point nommé pour échapper à la morosité de petits matins et soirées d'hiver grisâtres.
"Amazing And Wonderful" comme le précise un de leurs meilleurs titres, un parfait anti stress et relaxant, à prescrire matin, midi et soir.

Tracklist :

1. Synthy
2. All The Sun That Shines
3. Amazing And Wonderful
4. Birds Of Paradise (Dub Version)
5. Hey Sparrow
6. Tiger Eyes (Laid Back)
7. Marshmellow Yellow
8. Summertime

Peaking Lights. "936" (Weird World Records) Sorti le 11 octobre et en juin sur Not Not Fun Records
♥♥♥
en écoute sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011

à lire sur des chips et du rosé et wizz music
article sur magic

facebook de Peaking Lights
Weird World Records

vendredi 2 décembre 2011

LE CINÉ DE L'HIVER. Curling de Denis Côté

Suite de la thématique hivernale improvisée de cette semaine avec une virée impromptue dans la nature blanche du Québec. Une blancheur suspendue et aveuglante, un chemin de traverse apparemment douillet et confortable, mais en fait étrange et perturbant : "Curling", bon exemple du cinéma hors-normes original pratiqué par le québécois (du Canada) Denis Côté.

Un nom peu familier chez nous, "Curling" étant son premier film correctement distribué en France, le reste de sa filmographie ayant été abondamment montré et récompensé dans les festivals (Locarno, Rotterdam, La Rochelle) dont il est manifestement un favori.

Ce statut "d'auteur bien vu" et les références cinéphiliques sérieuses affichées par l'artiste (Pialat, Fassbinder) peuvent effrayer de prime abord ainsi que le souvenir personnel de son "Carcasses" vu à La Rochelle, déconcertant objet entre documentaire, happening et cinéma en évolution.

Pourtant avec ce nouveau film plus narratif, le cinéma tenté par le formalisme mais elliptique et intrigant du bonhomme mérite votre curiosité. Un voyage de cinéma dont il ne nous fournit pas (à dessein) tous l'itinéraire et les codes, une plongée sans approche psychologique dans l'intimité d'une petite cellule familiale isolée par Jean-François, un père renfermé surprotégeant dans leur maison sans âge sa grande petite fille coupée de l'école et le plus possible du reste du monde.

Étrange récit dont le talent est de nous faire prendre comme banales des situations pour le moins anormales : cette micro-famille aux règles strictes, ce père, triste employé de motel et de bowling qui semble si peu vivre, aimant mais asphyxiant, comme ce blanc hivernal étouffant.
Toute une soi-disant "normalité" si soigneusement décrite (rituels répétitifs, mornes taches du bowling) que soudain des évènements étranges dignes d'un film noir vont faire dérailler.

Ou plutôt "devraient" ! Car comme dans un rêve inquiétant, malgré l'irruption de l'insolite (un tigre dans la neige) et de la morbidité (morts et disparitions inexpliquées), rien ne semble vouloir rompre le fil de l'existence pseudo-banale du sclérosant Jean-François, excellent Emmanuel Bilodeau et de sa fille Julyvonne, douce Philomène Bilodeau.
Comme dans un songe déformé, c'est ainsi la poursuite coûte que coûte de ce quotidien qui rend l'existence absurde et effrayante à la lecture des éléments horribles découverts dont Denis Côté ne tiendra jamais à donner l'exacte résolution.

Cinéma suggestif qui fait confiance au spectateur et sa part d'extrapolation (bonne nouvelle!), "Curling" emprunte à la fois au conte onirique lynchien, au documentaire social, au thriller horrifique (aux lointains échos de Fargo ou Pychose).
Mais pour mieux s'en dégager par la dérangeante bulle d'opacité que dégagent ces deux vies à l'arrêt, "l'inquiétante étrangeté" de cet isolement anxiogène d'un père qui vacille soudain face à l'incapacité d'éloigner les dangers du monde de l'innocence de sa fille et de leur vie isolée.

Un isolement, une sorte de mort permanente plus perturbante même que le plus sombre des polars : "Vivre, c'est risquer", nous murmure ce film troublant, que son aspect âpre additionné d'un humour tendre et loufoque émaillé d'expressions locales ("Toi, t'es celui qui se réfugie dans un lac pour échapper à la pluie!") terminent de rendre singulier.

Si on peut au passage y entendre (comprendre, comptez pas sur moi!) les règles du bizarre jeu de curling, c'est surtout l'occasion d'y voir un troublant moment de cinéma non formaté ou pré-mâché :


"Curling" (Canada, 2010) Sorti le 26 octobre 2011
♥♥♥♥
Réalisation et scénario : Denis Côté. Directeur de la photo : Josée Deshaies. Montage : Nicholas Roy. Production : Stéphanie Morrissette & Denis Côté. Distribution France : Cappricci Films. Durée : 92 mn.

Avec : Emmanuel Bilodeau (Jean-François Sauvageau) ; Philomène Bilodeau (Julyvonne Sauvageau) ; Sophie Desmarais (Isabelle) ; Roc Lafortune (Kennedy) ; Muriel Dutil (Odile) ; Johanne Haberlin (Rosie) ; Yves Trudel (Yvan).

chroniques sur benzine, télérama et le blog d'Olivier Père directeur du Festival de Locarno

entretien avec Denis Côté sur Films du Québec

mercredi 30 novembre 2011

REPLAY 2011 (3). TREEFIGHT FOR SUNLIGHT

Déjà décembre demain ! Il est plus que temps de reprendre la rubrique "Replay", encore plus en retard après l'interruption prolongée du blog : juste un petit mois pour parler de quelques galettes oubliées ici dans l'année.

Négligé ici au printemps dernier, ce cocktail pop nordique mérite pourtant qu'on ne l'oublie pas : "Treefight For Sunlight" ou comment affronter l'hiver avec le sourire grâce à l'élixir revitalisant concoté par ces Danois remplis de bonnes ondes.

Quatuor optimiste qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale, les ludions à l'énergie lumineuse de Treefight For Sunlight réconcilient sunshine pop californienne et pop moderne euphorisante, entre Beach Boys solaires et MGMT venus du Nord.
Une joie quasi enfantine parcourt ce recueil gorgé de choeurs radieux et mélodies naïves à l'insouciance communicative :



Une vraie ration de mélodies aérienne qui ravira les adorateurs des perles pop des Byrds ou des orfèvreries mélodiques passées d'XTC, le song writing des danois emmenés par Niels Kirks relevant le défi de leurs glorieux aînés.

Le tout avec ce je-ne-sais-quoi de foutraque et psychédélique, choeurs jubilatoires digne de leurs cousins suédois d'I'm from Barcelona ou euphorie sonore très space cake à la MGMT, boostée par une production scintillante.
Une musique qui réconcilie présent et passé, une recette colorée aux effets euphorisants garantis :



Volontiers naïve voire candide, la musique de ces farfadets radieux est en fait un doux refuge aux couleurs franches et lumineuses, comme un dessin d'enfant gribouillé et craquant. Comme leurs homologues néo-zélandais Phoenix Foundation ou islandais de Seabear (moins la mélancolie de ces derniers), ils cultivent un goût pour les merveilles de l'enfance nullement régressif mais simplement stimulant.

Préservant cette part d'innocence que l'on devrait tous garder, si toutefois vous l'avez perdue, la musique modeste mais éclatante de Treefight For Sunlight devrait vite vous la faire retrouver.

Treefight For Sunlight - "What Became Of You And I"

Tracklist :

1. A Dream Before Sleep
2. You And The New World
3. The Universe Is A Woman
4. They Never Did Know
5. Facing The Sun
6. Rain Air
7. Tambourhinoceros Jam
8. Riddles In Rhymes
9. What Became Of You And I ?
10. Time Stretcher

Treefight For Sunlight. "Treefight For Sunlight" (Bella Union) Sorti le 14 février
♥♥♥♥
à écouter sur spotify & deezer
3 titres sur la Playlist Replay 2011

à lire sur hop blog et les inrocks

Treefight For Sunlight