mardi 24 août 2010

Memory Of The 80's, again (3). TOM TOM CLUB


Même si la rentrée approche à grands pas, que je sache, c'est encore l'été... Alors, encore un p'tit coup d'oeil dans le rétro, hé oui, j'y ai pris goût !

En fait, là, je triche un peu, car ce n'est pas vraiment un air qui m'a poursuivi, mais un souvenir qui fait partie de la catégorie des "madeleines".
De ceux qui vous reviennent un jour et qui ressuscitent toute une période lointaine, pensez-donc : l'aube des eighties.

Alors donc, voilà ce morceau réentendu par hasard cet été à la radio, que j'avais quelque peu oublié :


On doit au Tom Tom Club ce titre décontracté, ludique, et pré hip-hopesque. Qu'est-ce donc que le Tom Tom... chose, me diront certains qui n'étaient pas nés au début des années 80 ?
Tout simplement deux têtes pensantes des Talking Heads, Chris Franz et Tina Weymouth, qui jouèrent en 1981, quand David Byrne avait le dos tourné, les rois des dance-floors New Yorkais et bientôt de la planète entière :



"Wordy Rappinghood" : un vrai concentré de branchitude urbaine de l'époque, inspirée de la "street culture" balbubiante de cette période, des tags et des graffitis New Yorkais. Rap blanc pré-électro, funk intello dansant et fun, hip-hop à la mélodie régressive enfantine, un curieux mélange, vraiment. 

Et que dire de cette vidéo vintage usée avec ces créatures chantantes bizarres, du style drag-queens échappées de "Priscilla folle du désert" et ayant un faux air de la femme martienne du "Mars Attacks" Tim Burtonien ? Ah ces années 80, c'était quand même quelque chose...

Pour le plaisir, "Genius of Love", le deuxième méga-succès, encore plus connu de tous, de leur album éponyme "Tom Tom Club" qui contenait aussi "Under The Boardwalk".
Un morceau qui donne irrésistiblement envie de bouger en claquant dans ses mains et au clip animé savoureux, tellement représentatif visuellement de la cuture rap-graff de l'époque :



On regrette au passage que la recette de tels tubes pop si légers et pointus en même temps, qui plaisaient autant aux branchés qu'au grand public, se soit quelque peu perdue de nos jours. À moins que ce ne soit une petite nostalgie de passage, peut-être...

Tracklist :
1. Wordy Rappinghood
2. Genious Of Love
3. Tom Tom Theme
4. L'éléphant
5. As Above, So Below
6. Lorelei
7. On, On, On, On...
8. Booming And Zooming
9. Under The Boardwalk
10. Lorelei (Remix)
11. Wordy Rappinghood (Remix)
12. Genious Of Love (Long Version)


Tom Tom Club. "Tom Tom Club" (1981) ♥♥♥♥ en écoute sur deezer et spotify


vendredi 20 août 2010

LECTURES D'ÉTÉ. Colum McCann

Deuxième étape de ma rubrique sur les livres lus les étés passés. Un souvenir fort de lecture avec le meilleur roman, à mes yeux, d'un des plus brillants auteurs contemporains, l'Irlandais Colum McCann.
"Les Saisons de la Nuit" de Colum McCann, publié en 1998, est le deuxième grand roman de Colum McCann, l'auteur de "Danseur", un écrivain de la race des "raconteurs d'histoire", formule qu'il se plaît souvent à raconter en entretien, mais rigoureusement exacte.
Un auteur qui a le goût des histoires humaines fortes portées par une prose inspirée, parfois âpre, mais d'un souffle romanesque constant.
Ainsi, "Les Saisons de la Nuit" est le portrait, du début du XXème siècle jusqu'à nos jours, d'une famille ouvriers américains. C'est surtout un roman explorant avec une force rare l'époque des terrassiers oeuvrant à l'édification des tunnels du métro sous l'East River...
... et dans sa partie contemporaine, un récit qui plonge dans la (sur)vie au jour le jour de sans-abri terrés au fonds de ces mêmes tunnels de Riverside Park.
Deux parties distinctes, symbolisée pour l'une par Nathan Walker, jeune manoeuvre de 19 ans en butte au racisme ordinaire des années 20, et pour l'autre, par un mystérieux SDF surnommé Treefrog.
"Seigneur, j’ai pas vu un coucher de soleil depuis que j’suis descendu là. J’suis tellement au fond du trou, quand je lève les yeux, je vois que le fond..."
Deux parties distinctes, mais parallèles et complémentaires qui révèlent au grand jour l'ingratitude d'une Amérique envers ceux qui oeuvrèrent à la bâtir.
Un grand livre sur la marginalité urbaine et la solitude, un voyage sombre et parfois éprouvant, mais toujours illuminé par une écriture inspirée, poétique et vibrante.
Extrait :
"Rhubarbe Vannucci et Sean Power installent une cage à pigeons sur le toit de l’immeuble de Vannucci dans le Lower East Side. Il y a eu des vols, récemment, alors Vannucci a plongé ses pigeons dans des bacs de teinture éclatante qu’il s’est procuré dans une fabrique de vêtements.
Il les a trempés entièrement, sauf la tête. Même le dessous des ailes a absorbé la couleur. Ils s’ébattent dans le ciel avec leur plumage d’un orangé violent. Ainsi, n’importe qui dans le quartier peut immédiatement reconnaître un pigeon Vannucci. On dirait des pelures d’orange fendant les cieux de Manhattan..."
Une oeuvre forte qui témoigne du regard fraternel constant de McCann et de son goût pour les existences autres, hors des conventions, déclassés, exilés, bourlingueurs, artistes (Danseur, sa bio romancée de Rudolf Noureev, gros succès de librairie)...
Un grand talent qui sait restituer tout le poids des existences vécues.
Avouons cependant que McCann prenait dernièrement comme des "trucs d'écrivain" et que ses deux derniers romans (Zoli et Que le vaste monde poursuive sa course folle), quoique toujours beaux, m'ont paru trop ambitieux et trop construits, moins spontanés.
Mais son talent était évident dès "Le Chant du Coyote", son premier roman qui met en scène les relations pudiques et gênées d'un père, routard irlandais instable, et de son fils, deux individus comme empêchés par leur liens personnels et l'histoire famililale.

Un beau roman d'atmosphère qui témoigne surtout que Colum McCann était déjà un écrivain possédant une voix, la singularité d'un regard solidaire mêlée à celle d'un styliste et narrateur inspirés. Une voix à découvrir, si ce n'est déjà fait, sans tarder...



















Les Saisons de la Nuit, Belfond, 1998, réédité en 2007 et en 10/18, 322 pages, 7 €
Le Chant du Coyote, Belfond 1995, et en 10/18, 290 pages, 6 € 60

mercredi 18 août 2010

CINÉMA. British Summer. Stephen Frears et Michael Winterbottom


Alors que l'été est une saison souvent pauvre en sorties cinéma, cette année on trouve quand même pour étancher sa soif de cinéphile - hormis l'immanquable "Inception" évoqué ici - des films signés par des cinéastes réputés : ainsi les derniers opus des très British Stephen Frears et Michael Winterbottom, "Tamara Drewe" et "The Killer Inside Me".

Avec son nez refait, son job dans la presse people et sa facilité à briser les coeurs, Tamara Drewe revient dans le village de son enfance : bobos et ruraux, auteur de best-sellers, rock-star ou fils du pays, tous sont attirés par Tamara dont les choix amoureux vont provoquer un enchaînement de circonstances absurdes.

Vu un peu par hasard et sans réelle conviction, "Tamara Drewe" de Stephen Frears - qui s'était égaré avec son adaptation académique de "Chéri" - ressemble à première vue à une caricature des anglais vus par le reste du monde : verte campagne cosy, petits-bourgeois envieux, marivaudages et tromperies... un univers déjà bien arpenté par la littérature et le cinéma anglais.


Et, pour cause, le film est l'adaptation d'une bande dessinée de Posy Simmonds, elle-même transposant parodiquement "Loin de la Foule Déchaînée", un classique du XIXème de Thomas Hardy.

Une satire acide et assez drôle - les anglais ont de l'esprit, quoi qu'on en dise - d'un petit monde d'écrivaillons et de villageois frustrés, entre citadins parvenus et ruraux empêtrés dans leurs impasses amoureuses et leurs ambition sociales.
Et menée sans temps mort et filmé avec une verve certaine par un Frears qui semble se réjouir de ce petit théâtre cruel.

Avouons que l'aspect boulevardier du film, le côté caricatural des personnages et son parfum caustico-frivole m'ont laissé un peu sur ma faim à la vision du film.
Mais, pour peu qu'on l'acccepte pour ce qu'il est - une tragi-comédie pétillante, plutôt "light", mais aux changements de tons réjouissants et tout simplement drôle - "Tamara Drewe" vieillit bien et laisse un agréable petit souvenir.

Parfait pour aérer nos neurones un peu au repos l'été... sans oublier les paysages du Dorset filmés dans une lumière chaude magnifique et une troupe d'acteurs parfaits, les femmes en tête : Tamsin Greig très juste en épouse meurtrie et la bombe Gemma Arterton, belle et touchante à la fois.

Et puis après, vous ne verrez plus un troupeau de vaches de la même façon... Aucun rapport avec la photo ci-dessous, ceux qui verront le film comprendront !

Tamara Drewe (Grande-Bretagne, 2010). Réalisation : Stephen Frears. Scénario : Moira Buffini d'après la bande dessinée de Posy Simmonds. Chef-Opérateur : Ben Davis. Musique : Alexandre Desplat. Production : BBC Films. Durée : 109 mn.
Avec : Gemma Arterton (Tamara Drewe), Dominic Cooper (Ben Sergeant), Bill Camp (Glen McGreavy), Roger Allam (Nicolas Hardiment), Tamsin Greig (Beth Hardiment).
Sorti le 14 juillet 2010.



La bande-annonce :


Changement complet de décor avec "The Killer Inside Me", adaptation d'un polar noir de chez noir de Jim Thompson (auteur de Série Noire, Les Arnaqueurs, Coup de Torchon).

Texas, années 50: shérif adjoint, Lou Ford est un homme charmant et efficace, apprécié de tous, l'un des piliers de la communauté. Aussi séduisant soit-il, il connaît toutefois quelques problèmes avec les femmes et la loi. Les meurtres se multiplient dans sa petite ville du Texas et on ne tardera pas à découvrir que c'est lui qui en est l'auteur...

Plus américain comme ambiance, décor et thème, on ne peut pas. Mais c'est l'anglais Michael Winterbottom - très prolifique réalisateur de films très divers, entre docu-fiction mondialisé (In This World) ou drame familial intime (Un Été Italien) - qui a réalisé cette virée aux côtés d'un psychopathe, un vrai de vrai, de ceux qu'affectionne le cinéma américain depuis longtemps.
Un tueur d'autant plus troublant qu'il emprunte les traits rassurants de Casey Affleck, l'acteur qui monte, quasiment de tous les plans de ce film qui se présente comme une plongée asphyxiante au coeur du Mal incarné, mystérieusement protégé par son entourage.

Une composition glaçante avec sa voix douce chuchotée (l'accent est un poil appuyé par contre), sa gueule d'ange et son air supérieur, qui donne toute la démesure de ce tueur pervers sans limites.
Dommage que le film ne soit pas à son niveau et que son auteur n'en ait pas, lui, de limites...

Car, pour Winterbottom cela ne reste qu'un - parfois séduisant - exercice de style "polar tordu", dont il ne filme ici que les clichés rebattus : décorum années 50, galerie de péquenots affreux, tractations inutilement embrouillées de notables corrompus, non-psychologie du meurtrier se voulant "signifiante", mais qui traduit en fait son non-regard sur le sujet.


En fait, tout semble tourner autour de ces deux trop longues scènes de violence éprouvante, où les femmes sont des punching-balls qui disent encore '"Je t'aime" même presque mortes - pauvres Jessica Alba et Kate Hudson, pas gâtées par leur rôles de victimes passives - une violence aveugle volontairement extrême d'accord, mais révélateur chez Winterbottom d'un côté "épate-bourgeois" bien limité.
Résultat des courses : un film hybride et plutôt vain, presque désagréable, au final de plus très grand-guignol qui achève le tableau. Dommage pour la performance de Casey Affleck.
Un produit comparable au Canada Dry, qui fait penser à ..., mais très éloigné des réussites des frères Coen (No Country For Old Men) ou de la vraie réflexion de Cronenberg sur la contamination de la violence (History of Violence).
Et qui, du coup, sur ce coup-là, me fait reconsidérer comme un cinéaste assez opportuniste ce Winterbottom qui croit pouvoir tout filmer.

Désolé, mais n'est pas Kubrick qui veut, Michael ...

The Killer Inside Me (Grande-Bretagne, 2010). Réalisation : Michael Winterbottom. Scénario : Jim Curran d'après Jim Thompson. Chef-Opérateur : Marcel Zyskind. Musique : Joel Cadbury. Production : Morena Films/Wild Bunch. Durée : 105 mn.
Avec : Casey Affleck (Lou Ford), Jessica Alba (Joyce Lakeland), Kate Hudson (Amy Stanton), Ned Beatty (Chester Conway), Elias Koteas (Joe Rothman), Brent Briscoe (L'étranger), Simon Baker (Howard Hendricks).
Sorti le 11 Août 2010.



La bande-annonce :

Alors, comédie rurale ou thriller sanglant, à vous de choisir maintenant...

samedi 14 août 2010

Memory Of The 80's (2). ECHO & THE BUNNYMEN

Allez, c'est toujours l'été et personne ne regarde, ou presque. Encore un p'tit coup d'oeil dans le rétro des souvenirs...

Voici encore une mélodie qui m'a souvent trottée en tête. Mais celle-là, c'est choisi, voulu, assumé, je l'aime beaucoup : c'est même une de mes chansons préférées de toujours.


Un titre au climat magnétique et à la mélodie envoûtante, certainement le meilleur dû à l'une des plus belles voix du rock, Ian McCulloch, qui, à la tête de son légendaire groupe, Echo & The Bunnymen, a écrit une des plus grandes pages du rock liverpudlien et de la new wave anglaise.

En 1984, il signaient avec "The Killing Moon" un des bijoux de leur répertoire :
Une chanson que ce fanfaron et vantard de McCulloch présentait comme "la plus belle chanson jamais écrite". Mais avait-il seulement tort ?

Plus sérieusement, "Ocean Rain", dont est extrait la chanson, est un des plus mémorables albums pop-rock des années 80.
Une merveille d'atmosphère et de romantisme rock, lyrique, inspiré, ténébreux et lumineux à la fois, réédité en 2003 en version augmentée de bonus live.
Compositions impeccables (Nocturnal Me, Silver, My Kingdom, The Killing Moon, Seven Seas) servies par de somptueux arrangements inspirés de la musique slave (cordes, glockenspiels, cymbalums), un écrin sonore parfait pour les digressions virtuoses du guitariste Will Sergeant où rayonne la voix remarquable et expressive de McCulloch, aux accents voisins de celles de Jim Morrison ou Bowie.
Et sans un seul son de synthétiseur, rare pour l'époque !
Sans conteste l'apogée - après "Crocodiles" (1980), "Heaven Up Here" (1981) et "Porcupine" (1983) - de la discographie de ce valeureux groupe séparé début des années 90 le temps que McCulloch satisfasse ses envies de carrière solo, pas concluante d'ailleurs.











Depuis, régulièrement reformé, le groupe est toujours en activité de nos jours, toutefois fort moins brillant que par le passé, soyons justes. ... Quoique leur modeste dernier opus "The Fountain" (2009), à défaut d'être inventif, ne soit pas complètement dénué d'intérêt.


Et je vous avouerai - et que ça reste entre nous, d'accord ? - que je réécoute plus volontiers leur musique, à celle trop entendue à mon goût, d'une célèbre formation dont le leader fort décoiffé à la voix plaintive se prénomme Robert, se battait contre des araignées géantes dans ses clips et porte encore aujourd'hui le rouge à lèvre baveux à son âge assez avancé.


Vous voyez bien de qui je parle ? ici vu par les créateurs de la série d'animation déjantée "South Park" =>

Mais en disant cela, je risque d'ouvrir un débat qui va me dépasser, je le pressens...

La vidéo du splendide "Nocturnal Me" :



Tracklist :
1. Silver
2. Nocturnal Me
3. Crystal Days
4. The Yo-Yo Man
5. Thorn Of Crowns
6. The Killing Moon
7. Seven Seas
8. My Kingdom
9. Ocean Rain
10. Angels & Devils (Bonus Tracks)
+ 7 titres live d'époque sur la réédition de 2003

Echo & The Bunnymen. "Ocean Rain" 1984 (Warner Music) ♥♥♥♥

"Ocean Rain" en écoute intégrale sur Deezer

"The Killing Moon" et "Nocturnal Me" en écoute sur la Mini Playlist 80's

site de Echo & The Bunnymen

jeudi 12 août 2010

LECTURES D'ÉTÉ. Brady Udall

D'habitude, l'été, c'est le moment où l'on se plonge avec plaisir dans tous les livres que l'on a pas eu le temps de lire le reste de l'année. Mais bizarrement cet été, je n'ai pas trouvé - ni eu trop le goût en fait de lire tout court - de bouquins très passionnants...

Alors, je m'en vais vous parler de quelques souvenirs de lectures estivales passées mémorables, et ce, dans des univers très différents.


On commence dans l'Amérique des laissés-pour-compte avec "Le Destin Miraculeux d’Edgar Mint de Brady Udall paru en 2001.

Un auteur qui, à part un excellent recueil de nouvelles "Lâchons les chiens", n'a pas vraiment ensuite tenu les promesses de ce roman, pourtant un livre qui fait partie de ces livres rares, ceux qui vous embarquent dès la première page et ne vous lâchent plus.
Il nous faisait ici le cadeau d’un personnage fort et original, Edgar, jeune métis indien qui nous livre le récit de sa vie depuis ce jour de juillet où, à 7 ans, un grave accident changea toute sa vie.

Extrait :
"Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j'avais sept ans quand le facteur m'a roulé sur la tête. Aucun événement n'aura été plus formateur.
Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et les peines, tout cela, d'une manière ou d'une autre, découle de cet instant, où, un matin d'été, la roue arrière gauche de la jeep de la poste a écrasé ma tête..."

Début saisissant de l’aventure d’une vie forte en péripéties et feu vert pour le lecteur d’un plaisir de lecture inoubliable.
Où dès la première page, se fait entendre la voix unique d’Edgar, véritable miraculé de l’existence qui ne sera pas au bout de ses peines, lui qui dès sa naissance malheureuse n’a jamais eu beaucoup de chance.
Comment parler de ce livre sans en déflorer toutes les surprises et rebondissements?

On peut le comparer à un véritable voyage sur les montagnes russes, à l’image de la vie de ce gamin rescapé du pire, enfant d’un père blanc inconséquent et d’une indienne alcoolique à la dérive. Mais qui finira, au bout du chemin, par découvrir la vérité sur son surprenant destin....

Un périple picaresque situé dans les endroits les plus dantesques (hôpital deshérité, terrible orphelinat indien) et peuplé de figures paternelles de substitutions éclopées et ambiguës toutes représentatives d'une Amérique impitoyable envers ses citoyens les plus faibles.
Une histoire qui prend toute sa chair dans la vitalité d’une écriture inventive et d’un récit baroque et puissant, mélange sans concession d’espoir et de crudité triviale, d’humour noir loufoque et de rage froide, de désespérance profonde, mais surtout d’amour infini pour la vie.

Posant un regard fait de tendresse, de lucidité et de compassion sur cette troupe de marginaux fragiles, réprouvés du rêve américain et rescapés de l’existence, Brady Udall instaure un climat rare qui fait d’Edgar une des créations littéraire mémorable : "Edgar l’enfant-coma" qui, ne sachant plus écrire, transporte avec lui sa machine à écrire sur laquelle il tape son malheur, ses espoirs, son irrépressible besoin d’amour, et son désir de vivre.

Une lecture jubilatoire, générant en nous des émotions apparemment éloignées entre fou rire, effroi, mélancolie et tendresse profonde.
En ouvrant ces pages, vous découvrirez un frère d’âme au crâne cabossé mais au coeur large comme tout, véritable preuve de l’indestructible volonté de l’être humain à vivre, malgré tout ce qu’ici-bas il doit parfois endurer...



Le Destin Miraculeux d'Edgar Mint,
Albin Michel, 2001 et en poche chez 10/18, 544 pages, 9, 40 €

À lire également : Lâchons les chiens en poche chez 10/18, 256 pages, 7 €