mercredi 15 juin 2011

WU LYF vs BATTLES : du neuf, vraiment ?

Hype et buzz, la suite... Avez-vous remarqué que le nom de WU LYF a plus vite fleuri cette semaine sur la blogosphère musicale que des coquelicots sur le bord des routes au printemps?

Nouvelle sensation dont le bruit n'a fait que croître avec un bouche-à-oreille savamment entretenu (traduisez : un non plan média béton), ces mystérieux individus planqués derrière l'acronyme de World Unite! Lucifer Youth Foundation sont présentés comme la next big thing, voire comme des radicaux au discours activiste.

Si on appris à se méfier des ces rumeurs fabriquées, avouons que c'est vrai qu'on aimerait s'abandonner à l'excitation de la découverte, de la révélation qui nous foudroierait sur place et nous ferait tout oublier. Sans idées préconçues, on écoute donc "Go Tell Fire To The Mountain", album au titre et à la pochette promettant des envolées spatiales ou pourquoi pas, de l'invention prophétique.


Damned ! La première écoute nous révèle, en lieu des nouveaux messies du rock attendus, des ébauches inabouties de chansons engluées par une batterie assourdissante, baignant dans un nappage de vieil orgue permanent et un tricotage de guitares plus maladroites qu'inspirées.
Le pire étant ces braillements gutturaux aussi subtils que des cris de primates faisant office de vocaux à volonté "tribal-festif-collectif déchaîné", je suppose.



Je forcis le trait exprès, mais difficile de comprendre l'engouement autour d'eux. Réécouté une autre fois, point d'effet Madchester à la Happy Mondays/Stone Roses lus sur certains articles dithyrambiques, mais on s'aperçoit de l'inachèvement de cette musique, plus post-rock fatigant que nouveauté inédite.

Et cet ennui qui s'installe si vite pendant ces morceaux bien longs et identiques ! Pas la fête dyonisiaque escomptée, juste des musiciens qui croient révolutionnaire de jouer les mystérieux, bouder les journalistes et jouer cachés sur scène. Comme si les Residents ou Daft Punk n'avaient pas déjà occupé le créneau.



On suggère à ces énergumènes qui ont pour eux aux yeux de la presse le fait de venir de Manchester de négliger leur supposée "super-démarche" et plutôt de repenser toute leur musique élue haut la main déception (pénible) de la saison.
Qui n'a rien de passionnant et surtout, de faire une bonne chose : indiquer vite au "chanteur" Ellery Roberts un bon oto-rhino, rien que pour ménager nos oreilles...

Tracklist :
1. L Y F
2. Cave Song
3. Such A Sad Puppy Dog
4. Summas Bliss
5. We Bros
6. Spitting Blood
7. Dirt
8. Concrete Gold
9. 14 Crowns For Me & Your Friends
10. Heavy Pop

WU LYF. "Go Tell Fire To The Mountain " (LYF Recordings)
sorti le 13 juin

écoute sur spotify & deezer
chroniques : tous pour sur Tasca Potosina, La Musique à Papa et Le Noise !

WU LYF

En quête des sensations soniques promises, on se tourne alors vers le deuxième opus des New Yorkais de Battles. Sûr, on ne pourra pas reprocher aux américains de ne pas soigner leur son ou de nous brailler dans les oreilles.
Plus portés sur les instrumentaux musicaux dignes de laborantins fous, les américains portent bien leur nom de scène : Battles, c'est une vraie machine de guerre, une armada de soldats soniques avide d'en découdre avec les beats, les rythmes et les boucles.

Sur le précédent "Mirrored" de 2007, si le quatuor de grosses têtes se montrait autant descendants moderne de Gong ou de Steve Reich que champions d'un math rock expérimental (le single Atlas), le gang désormais réduit à l'état de trio suite au départ de Tyondai Braxton, confirme sa légère mue amorcée avec "The Lines" de la B.O. de Twilight - Eclipse.



Toujours ce goût des triturages sonores portés par un son puissant machinique, mais au ton plus pop, voire ludique.
D'où ce recours à des voix extérieures remplaçant la voix bidouillée de Braxton (Gary Numan, Kazu Makino de Blonde Redhead, Matias Aguayo) même si leur spécialité reste les grandes embardées de rythmes : la triplette "Inchworm"/"Wall Street" entamée avec "Futura", fleuron du genre et morceau générateur d'énergie inépuisable pour la journée.

Battles | "Futura" | "A Take Away Show"



On trouvera cet album plus léger que le précédent mais sans doute aussi moins surprenant, les bases de leur son y étant déjà présentes. Le signe d'un surplace créatif ? À voir.
Groovy et puissante, la musique de Battles n'a qu'un seul gros revers : écouter leur disque en entier épuise assez vite, sans oublier leur travers dommageables (le post-rock inaudible de White Electric).

Gros jouet parfois saoulant, mieux vaut y grappiller selon l'humeur un titre ou deux, mais on frise l'indigestion si on veut tout avaler.
Un peu comme ces bandes-son de jeux vidéo auxquels ils font songer, les délires high-tech de Battles peuvent vite tomber dans un côté gadget gratuit. Mais saluons l'énergie de cette bande de cadors musicaux.

Du coup après deux tentatives, me voilà peu prompt à rechercher la modernité sonore à tout prix, souvent illusoire, la plupart des chemins ayant pas mal été défrichés.
Finalement, nouvelle ou pas, il suffit à la musique qu'elle me transporte pour vraiment longtemps. On n'en demande pas plus, mais pas si facile...

Tracklist :
1. Africastle
2. Ice Cream (feat. Matias Aguayo)
3. Futura
4. Inchworm
5. Wall Street
6. My Machines (feat. Gary Numan)
7. Dominican Fade
8. Sweetie And Shag (feat. Kazu Makino)
9. Toddler
10. Rolls Bayce
11. White Electric
12. Sundrome (feat. Yamantaka Eye)

Battles. "Gloss Drop" (Warp) ♥ (♥)
sorti le 3o mai
écoute sur spotify
à lire sur Random Songs et critique sur Magic

Battles

lundi 13 juin 2011

CULTS vs THE RAVEONETTES : ersatz pop ou champagne indie ?

À lundi férié et beaux jours, voilà des musiques légères qui tombent à point nommé : deux albums estampillés très pop qui attirent de fait nos oreilles.
C'est bientôt l'été et prière de vous remuer, voilà ce que semble nous enjoindre à la fois Cults et les Raveonettes, deux couples qui font l'actualité, avec un gros coup de pouce pour Cults propulsés par un gros "buzz"* venu du net.
* toujours aussi vilain
, ce mot...

Et c'est peu de dire que la blogosphère semble prise d'un coup de foudre pour Brian Oblivion et Madeline Follin, les deux tourtereaux dont aucun magazine branché ne veut se passer ce mois-ci. Avouons que leur musique accrocheuse et facile d'accès rentre facilement dans le cortex de l'amateur de musique en quête de sensations immédiates.

Réactivant la pop sixties Phil Spectorienne mixée avec une coolitude branchée si contemporaine, les deux chouchous indé sont prêts à rafler la mise pop du moment. Une dizaine de bonbons pop acidulés décoincés à l'image de l'insouciant single "Go Outside" :



On est pourtant loin de crier au génie devant un album qui franchement n'invente rien et a surtout du mal à renouveler sa formule qui finit par s'épuiser, passés les premiers titres dont l'énergique "Abducted", au fur et à mesure de l'écoute.
Pour craquante que soit leur tentative de relancer le slow langoureux, comment ne pas tiquer devant quelque "emprunt" gênant : les couplets de "You Know What I Mean", simple copier-collé du refrain du "Where Did Our Love Go" des historiques Supremes ? Je vous laisse comparer :





Plutôt prématuré pour trouver mérité le nom des petits Cults pour l'instant encore très injustifié. Du coup, on se prend à penser à d'autres couples en vue qui affolèrent un temps le petit monde musical. Pourquoi Cults finalement plus que ces fêtards de Ting Tings, les fashion rockers de The Kills ou plus pertinents, les She and Him tout autant adeptes d'une pop 60's vintage désuète, et ce bien avant eux ?
Les mystères de la branchitude passagère sont parfois impénétrables
.











Tracklist :
1. Abducted
2. Go Outside
3. You Know What I Mean
4. Most Wanted
5. Walk At Night
6. Never Heal Myself
7. Oh My God
8. Never Saw The Point
9. Bad Things
10. Bumper
11. Rave On

Cults. "Cults" (Columbia/Sony Music) ♥
sorti le 7 juin
écoute sur spotify & deezer et 2 titres sur la Playlist Pop
à lire : pour sur Le noise, Ears of Panda et moins sur Des Chips et du Rosé

Cults

Autre prétendant à accompagner la période estivale, voici le dernier opus de The Raveonettes, le duo venu du froid.
Moins insouciant mais pas sans point commun (l'obsession vintage), le cinquième album du couple Sharin Foo et Sune Rose Wagner affolera moins les gazettes et risque moins de faire danser lors des soirées de votre été.



Car les deux danois ne se sont toujours pas remis de leur découverte conjointe du son originel du Velvet Underground et du rock synthétique noir des Jesus & Mary Chain. Ne cédant pas un pouce de terrain, ils explorent toujours les joies des guitares réverbérées et des vocaux gentiment distordus avec leur post-shoegaze très assumé.










Pour autant avec leur album qui annonce sa couleur plus noire dès son titre et sa pochette volontiers dark, les deux accros aux feedbacks et climats délétères y confirment leur attachement aux canons pop et leur indéniable influence Phil Spectorienne, eux aussi !
En témoigne la ballade joliment susurrée "Summer Moon" que des Ronettes d'époque auraient pu entonner sans problème :



Fidélité à une esthétique et un courant plus qu'attachant, la démarche des Raveonettes ne révolutionne certes rien mais reste toujours pertinente.
En gros, s'ils n'inventent rien quitte à sembler scolaires dans leurs admirations, la vraie flamme et la sincérité de leur démarche me touchent au final plus que les refrains charmants mais dangereusement volatiles d'une hype "cultienne" qui risque d'être passagère.

Vous me direz : est-on obligés de les opposer ? Nullement, mais parfois ça fait du bien d'être radical et de choisir vraiment dans une époque qui veut trop nous faire croire à tort que tout se vaut.

The Raveonettes -"Forget That You're Young"

Tracklist :
1. Recharge And Revolt
2. War In Heaven
3. Forget That You're Young
4. Apparitions
5. Summer Moon
6. Let Me On Out
7. Ignite
8. Evil Seeds
9. My Time 's Up


The Raveonettes. "Raven In The Grave" (Vice Records) ♥♥♥
sorti le 4 avril

écoute sur spotify & deezer et 4 titres sur la Playlist Pop dont l'inédit "Sun Goes Down"
à lire sur Des Chips et du Rosé et Little Reviews

The Raveonettes

samedi 11 juin 2011

WILD BEASTS. Des bêtes pas si sauvages

Idéal aussi que ce troisième album des Wild Beasts pour remettre doucement pied sur terre et animer un week-end qui s'annonce maussade. Ainsi, "Smother", le nouvel opus des ces outsiders anglais est peut-être de ceux qui va révéler au plus grand nombre les vertus de leur musique.

Indéniablement pop, trempée dans l'électro et prenant ses sources dans une excentricité british entre influences cabaret et culture électro pop, la musique au spleen subtil du gang venu de Kendal est surtout marquée par la voix si identifiable de son chanteur principal Hayden Thorpe :



Chanteur principal mais pas unique, certains titres étant assurés par le bassiste Tom Fleming, mais avouons que le falsetto marqué de Thorpe est une composante plus qu'essentielle du son des Wild Beasts.
Du genre "voix qui peut diviser", entre fans de sa préciosité hypersensible ou vrais hermétiques à son emphase dramatique toujours en équilibre sur le fil du too much. Un aspect maniéré qui ne m'a pas gêné à l'écoute de ce timbre surtout expressif.

Une voix en tout cas véhicule parfait pour des pop songs dont l'excellence des compositions et de la production s'avère indéniable au fur et à mesure de l'écoute d'un disque au son percutant et affûté, plus subtil que prévu.

Élaboré dans les studios des sorciers électro Caribou et Four Tet, "Smother" - étouffé en V.F. - affirme une belle harmonie sonore, entre cascades de piano entêtant (la perle "Lion's Share), percussions martelées (Reach A Bit Further), mini-tubes entêtants (Plaything) et arrangements synthétiques aériens (le sommet Loop The Loop) dans une ambiance fascinante assez voisine des productions de Nigel Godrich :



L'affirmation d'une belle continuité dans la lignée de leur second album "Two Dancers" de 2009, affiné musicalement et évitant à la fois les pièges de l'électro-branchouillerie à laquelle n'échappe pas les Hot Chip ou les excès théâtraux où leur lyrisme enflammé aurait pu les conduire, genre The Irrepressibles.

Un slalom subtil et bien mené à l'image des vocalises de la voix au vibrato haut perché de Thorpe qui, plus que l'inévitable cousinage avec Antony & The Johnsons qu'on peut y voir tout de suite, évoque surtout toute une lignée d'excentriques androgynes dont le Marc Almond de Soft Cell, Jimmy Sommerville ou même le vétéran Marc Bolan.












Mais surtout, on les aime aussi les Wild Beasts, car la vraie référence cachée qui s'impose, c'est celle réactivée grâce à eux de la figure du regretté Billy McKenzie. Une personnalité exubérante qui imposa ses prouesses vocales et sa différence au sein des méconnus Associates, combo atypique des années 80 monté avec son compère Alan Rankine, devenu depuis producteur.

Groupe obscurément culte durant leur poignée d'années d'existence, marquée de jalons à la fois kitschs et flamboyants (The Affectionate Punch 1980, Sulk 1982) et marqué par la personnalité baroque et changeante du tourmenté McKenzie, faux bouffon et vrai marginal qui mit fin à ses jours en 1997 :





Une figure d'outsider à revisiter si le coeur vous en dit ici sur Spotify, référence qui semble plus que jamais au coeur de l'inspiration mélancolique et précise de nos Wild Beasts contemporains, animaux plus sensibles que réellement dangereux une fois bien apprivoisés.

Tracklist :
1. Lion's Share
2. Bed Of Nails
3. Deeper
4. Loop The Loop
5. Plaything
6. Invisible
7. Albatross
8. Reach A Bit Further
9. Burning
10. End Come Too Soon

Wild Beasts. "Smother" (Domino Recordings)
♥♥♥♥
sorti le 9 mai

en écoute sur deezer et le single "Albatross" sur spotify
3 titres sur la Playlist Pop

chroniques sur ears of panda et la musique à papa
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Wild Beasts

vendredi 10 juin 2011

Lent réveil avec LOW

À retour en catimini, musique à l'unisson. Toujours pas de vraie nouveauté puisque ce disque date de mi-avril. Mais on rattrape son retard comme on peut.
Et puis, le rythme et le ton de cet album correspondent bien à l'humeur qui fut la mienne le temps de ce break forcé. "Low": bas, down, au fond, presque électro-encéphalogramme plat.

Et comme une invitation à se plonger dans cette morosité qui nous tend les bras, ce titre d'album incitateur : "C'Mon". Venez, venez donc vous réjouir à broyer du noir avec nous.
Et comment résister quand la musique qui vous accueille est d'une douceur mélodique et cotonneuse comme une fin de soirée brumeuse ou un début de journée vaporeux ?

Voilà dix-huit ans qu'Alan Sparhawk et Mimi Garson, membres fondateurs de Low se sont fait champions d'un rock lent, évidemment, mélancolique et atmosphérique.
Et comme l'exprimait l'excellent Muffin Man : "Je plaide coupable votre honneur, coupable de n’avoir jamais écouté Low", formule que je reprends ici sans hésitation et sans vergogne s'il m'y autorise.

Si le nom du groupe m'était connu, mes oreilles ne se rappellent pas s'être vraiment posées sur certaines de leur productions.
Trop tard pour le regretter, d'autant que les approcher avec ce neuvième album est de toute beauté : un disque majestueux, envoûtant et inspiré où les titres "Witches", "$20" et "Nightingale" sonnent comme des classiques qu'on pourrait croire déjà existants.



Groupe à la formule musicale dépouillée - en témoignent des versions en acoustique à dénicher sur le net - entre électricité rock et influences country, les ballades de Low où s'épanouissent les voix hantées d'Alan Sparhawk et Mimi Parker resplendissent d'harmonie et de tension mêlées, apprivoisant la mélancolie et l'isolement pour en faire des muses bienfaisantes.



Un art retrouvé qui renoue ici, selon l'avis des spécialistes, avec leur meilleure inspiration du début pour un groupe champion du rock slowcore ressuscitant au passage les figures d'heureuse mémoire d'autres héros indé des années 90 : Slowdive, Spain, American Music Club ou encore les valeureux Red House Painters bien-aimés, entre autres.





















Et sur des titres comme "$2
0" où le groupe dévoile sa sincérité -"My love is for free" - et "I'm nothing but heart" - je ne suis rien qu'amour - sur l'envoûtant "Nothing But Heart", long morceau de bravoure électrique à la Neil Young, Low ressuscite chez moi la mémoire d'un groupe plus ancien, précurseur d'une Americana entre folk, western music et rock velvetien : les quasi cultes Cowboy Junkies où brillait la voix de la magnétique chanteuse Margo Timmins.

Conseil d'ami, jetez donc une oreille sur "The Trinity Session", leur
premier opus de 1988 grâce à Spotify, un disque toujours aussi fascinant.

Leur reprise du "Sweet Jane" du Velvet Underground :



Ce n'est pas pas le moindre des mérites de cette musique idéale que de remettre doucement pied sur la planète blog tout en ravivant des souvenirs pas si oubliés finalement.


Low - Nothing but heart

Tracklist :

1. Try To Sleep

2.
You See Everything

3. Witches

4. Done

5. Especially Me

6. $ 20

7. Majesty/Magic

8. Nightingale

9. Nothing But Heart

10. Something’s Turning Over


Low. "C'Mon" (SubPop/Pias) ♥♥♥
sorti le 11 avril 2011

chroniques sur Hop Blog, Les Chroniques de Charlu et évidemment, Muffin Man

Low

mardi 7 juin 2011

Retour vers la HI-FI. Emiliana Torrini, Loney Dear, The Radio Dept.

Après beaucoup d'attente et tracasseries en tout genre, me voilà enfin revenu bien tardivement sur la planète blog.
Oh ! pas de triomphalisme, un retour très modeste et quelque peu gâché par le fait que si je suis de nouveau reconnecté avec le merveilleux (?) monde du net depuis la fin de semaine dernière, ce n'est qu'en partie. Car mon PC bien que flanqué d'un disque dur tout neuf et de nouveau relié au web a subi quelques transformations et pas des bonnes : l'interface y est simplette et pas agréable, certaines fonctionnalités n'y sont plus et les images semblent toutes écrasées.

Besoin de changer le paramétrage ou la configuration ? Nécessité d'installer un nouveau système d'exploitation ?  Sherlock Blake mène l'enquête et est juste en train de secouer les puces au technicien indélicat qui a chamboulé mon chez-moi informatique sans autorisation. Mauvais karma en tout cas ces temps-ci.

Ce long prologue pour vous expliquer que du coup, à part la radio, je suis resté plutôt coupé de l'actualité sonore du moment.
Alors, plutôt que de vouloir courir après le temps inutilement, retour rapide sur trois piliers de ma discothèque perso de ces dernières années revisitées grâce à mon bon vieux lecteur CD qui a dû reprendre instamment du service pour me rassasier de musique.

L'occasion de vérifier que le bonheur n'est pas seulement dans la consommation de l'instant et que certaines galettes récentes se bonifient au fil du temps.

Ainsi, prenez ce "Me And Armini" de 2008, dernière livraison de la trop discrète sirène islandaise Emiliana Torrini. Au pays des volcans irascibles, la douce chanteuse islando-italienne a réussi à se distinguer du lot des sous-Björk et en livrant ce troisième opus autant pop que folk, à tirer vraiment son épingle du jeu.

Pas pénible comme la dite Björk, plus acoustique que Kate Bush, plus énergique que Keren Ann et moins formatée que Nina Persson des Cardigans, la voix mutine et délicieuse de femme-enfant de la chanteuse irradie tout du long de ce voyage sonore sans frontières.

Entre légèreté (Big Jumps) et folk intimiste (Hold Heart), pop débridée (Jungle Drum) et rock envoûtant à la PJ Harvey (Gun) une petite perle très personnelle et touchante, à l'écrin sonore fignolé par le producteur Dan Carey où la voix gracile et sensuelle de la craquante Emiliana emporte tout amateur de bonne musique normalement constitué vers de délicats sommets.

Comme le splendide "Birds", une des envolées musicales les plus libres entendues ces dernières années... 



... ou le fragile et touchant "Hold Heart" :



Tracklist :
1. Fireheads
2. Me And Armini
3. Birds
4. Heard It All Before
5. Ha Ha
6. Big Jumps
7. Jungle Drum
8. Hold Heart
9. Gun
10. Beggar's Prayer
11. Dead Duck
12. Bleeder

Emiliana Torrini. "Me and Armini" (Rough Trade Records) 2008 Coup de coeur ♥♥♥♥
en écoute sur Spotify

Celui qui suit est un de mes disques de chevet, de ceux que ma platine CD apprécie le plus : "Dear John" est toujours une pure merveille signée Loney Dear autrement dit, Émile Svanängen, brillant et attachant outsider suédois devenu indispensable au fil du temps.

Un bijou de folktronica sorti en 2009 avec ses mini-symphonies aux choeurs émouvants (trace de ses travaux avec la chorale pop I'm From Barcelona?) et son électro-pop faussement bricolée. Entre beauté élégiaque digne d'un Brian Wilson nordique ou d'un Jay-Jay Johanson en apesanteur, la voix fragile et plaintive de Loney Dear, volontiers dramatique, illumine cet album aux mélodies constamment étonnantes et arrangements inventifs qui touchent au coeur.

Disque de chambre, album nocturne et solitaire
Svanängen y reprend le tristissime Adagio d'Albinoni, même si la beauté quasi désespérée de ses propres compositions se suffisent à elle-même (splendides Summers, Distant Lights ou Under A Silent Sea qu'on aurait voulu écrire soi-même).

Diablement mélancolique je vous l'accorde, mais de celle qui soigne, guérit et rendrait presque euphorique. Un bouleversant voyage intérieur quasi-utérin dont on sort curieusement ragaillardi et dont j'attends la suite de pied ferme, "Hall Music", sixième album à paraître le 4 octobre prochain à lire ici. Et si vous n'éprouvez aucune chair de poule à l'écoute de ce chef-d'oeuvre, vérifiez si vous êtes toujours bien vivants :



Pour le plaisir, le splendide "Summers" :



Tracklist :
1. Airport Surroundings
2. Everything Turns ToYou
3. I Was Only Going Out
4. Harsh Words
5. Under A Silent Sea
6. I Got Lost
7. Summers
8. Distant
9. Harm/Slow
10. Violent
11. Dear John

Loney Dear. "Dear John" (EMI Records) 2009 Coup de coeur ♥♥♥♥♥
en écoute sur Spotify

Ces derniers jours frustrants et contrariants auraient-ils été si bien digérés si cette galette miraculeuse n'avait pas tourné sans s'arrêter pour les accompagner ? Avec leur "Clinging To A Scheme" de 2010, les suédois indé de The Radio Dept. ont signé une sacré bombinette qui, même si dégoupillée de ma part fort tardivement (je ne l'ai découvert qu'en toute fin d'année dernière) n'a pas fini de distiller sa magie claire.

Voyage sonore qui ressuscite les murs de son du shoegaze années 90, le troisième album du gang de Johan Duncanson est une bulle de pop intemporelle qui ne pourra que ravir les amoureux des ex-labels Sarah Records ou Postcard. Arpèges de guitares, rythmes synthétiques et voix brumeuse distante et attachante qui ressuscite autant les figures de The Field Mice, Another Sunny Day ou des Pale Saints qu'une éternelle post-adolescence miraculeusement conservée ici.

Mais résumer ce disque à un seul revival nostalgique serait passer à côté des beautés de ces pop songs qui révèlent tout leur charme au fur des écoutes.

Mélange d'efficacité rock (This Time Around), d'hymnes pop (Heaven's On Fire) et de compositions sensibles (les bijoux Memory Loss et The Video Dept), cette entreprise inspirée revendique toute l'identité de la culture rock indépendante : pochettes façon Smiths, réminiscences New Order ou malicieux extraits de déclarations de Thurston Moore du Sonic Youth. Tout autant qu'il est un labo sonore bouillonnant d'orfèvres pop qu'un radieux moment musical rayonnant d'une douceur ineffable, comme un jour de soleil en plein hiver.  Un album addictif en diable.

(Dédicacé à Benoît de Hop Blog, qui devrait comprendre)




 

Tracklist :
1. Domestic Scene
2. Heaven’s On Fire
3. This Time Around
4. Never Follow Suit
5. A Token Of Gratitude
6. The Video Dept.
7. Memory Loss
8. David
9. Four Months In The Shade
10. You Stopped Making Sense

The Radio Dept. "Clinging To A Scheme" (Labrador) 2010 Coup de coeur ♥♥♥♥♥
en écoute sur Spotify

Moralité : faut-il remercier mon PC pour m'avoir lâché et m'avoir involontairement permis de retrouver les joies de l'écoute d'un disque sur de bonnes vieilles enceintes ? Sans aller jusque là, ça aura été l'occasion de saluer ces albums qui m'accompagnent encore et que je n'avais pas salué à l'époque de leur parution. Une initiative à renouveler, qui sait ?
Bon, j'ai toujours un ordi à remettre d'aplomb, moi. N'hésitez d'ailleurs pas à me signaler toute anomalie technique qui m'aurait échappé.